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Publié par Edouard Boulogne

Villiers-le-Bel : La République brûle-t-elle ?
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C’était en 2001, pendant le match de football France Algérie.
L’équipe de France dominait et allait gagner. Une majorité  du public, composée de « jeunes » issus de l’immigration ne put le supporter (quoique que l’équipe française fut tout à fait « black blanc beur »), et envahit le terrain, interrompant la compétition. Un peu auparavant la Marseillaise avait été sifflée, sans que le premier ministre présent (Lyonnel Jospin) pense à réagir.
Un peu après les « jeunes » se répandaient dans Paris en criant « Vive Ben Laden »!
Les bien pensants du politiquement correct parlèrent du sort tragique de ces laissés pour compte de la société française . On parla aide psychologique, matérielle (surtout). Trois ans plus tard c’était la banlieue à feu et à sang, (Clichy-sous-bois) par les même acteurs, et pour une cause, la mort électrocutée de deux jeunes gens , poursuivis par la police, et qui n’avaient pas la conscience tranquille. La gauche récita sa litanie habituelle, sur les « moyens qui manquent », sur la réaction compréhensible  de jeunes « victimes du racisme et du mépris ». Une certaine droite, stupide et chiraquienne, espérant que les troubles engloutiraient Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, ricana sous cape.
Il y a quelques jours, nouveau match de foot : France-Maroc. Le Stade de France est rouge, couleur du Maroc. Les joueurs maghrébins de confession musulmanes sont applaudis, les autres, y compris les noirs, (notre Thuram par exemple, tellement anti Sarko, pourtant, mais vulgairement « laïque » quant à ses convictions) est sifflé. Peut-être cela le fera-t-il réfléchir).
Et aujourd’hui le feu reprend.
Deux gamins à motos, sans casques, heurtent une voiture de police, et meurent. Cela est regrettable, pour les deux gosses, pour leurs familles. Mais depuis trois jours, les voitures, les maisons, les écoles, les bibliothèques flambent sous l’action folle de jeunes barbares. Plus de quatre-vingt membres des forces de l’ordre sont blessés, plus ou moins brièvement.
On craint la contagion. Et beaucoup ont du mal à comprendre.
Je crois qu’il est temps que l’on prenne conscience de l’extrême gravité de ces évènements, qui pourraient à terme plus ou moins long mettre en jeu l’existence même de notre pays.
Il ne s’agit pas d’un problème économique ou social, mais de quelques chose de beaucoup plus grave, sur quoi il importe de réfléchir, et contre quoi il faut réagir avec lucidité et courage.
Pour ce faire, je propose ci-dessous quelques textes très remarquables extraits d’un ouvrage collectif publié au début de 2006, peu de temps après la première crise par une dizaine d’universitaires, sociologues, philosophes, de haut niveau et de grand courage. L’ouvrage, dirigé par Raphaël Draï et Jean-François Mattéi  s’intitule : La République brûle-t-elle ? Essais sur les violences urbaines en France.
J’ai retenu des extraits de deux auteurs :
1) Robert Redeker d’abord, professeur agrégé de philosophie, auteur d’une œuvre importante, et celui-là même qui pour avoir critiqué l’Islam, se vit menacé  dans sa vie et obligé de quitter son activité professionnelle, sous la protection de la DST. Cela en France, aujourd’hui, déjà !
2) Mezri Haddad, ensuite, Professeur à Paris IV, premier intellectuel de tradition islamique à avoir été qualifié par le conseil national des universités en théologie catholique. Lui aussi auteur de nombreux ouvrages de référence.
 
 Je demande d’être attentif à ces textes, de les lire, éventuellement de les relire, lentement, et d’en parler.
La gravité de la situation oblige à dépasser les « informations » radios télévisées, et les déclarations politiciennes.
Les lecteurs les plus motivés peuvent aussi commander l’ouvrage qui est publié aux éditions Michalon.

Edouard Boulogne.

PS : Les sous titres sont de la rédaction du Scrutateur.






(I) Un manque : le désir d’assimilation.


Qu’on me permette un détour autobiographique. S'il fallait s'adresser à ces jeunes de banlieue, je leur dirais directement ceci :
«Vous n'êtes ni la première ni la dernière génération allogène accueillie sur la vieille terre de France, sur le sol de "ce cher et vieux pays", comme aimait à dire le général de Gaulle. Pourtant, vous semblez peiner à vous amalgamer à sa substance - à sa chère et vieille sub-stance - au contraire de ce que fit la génération des grands-parents de M. Sarkozy, ou de ce que mes parents, puis votre serviteur firent à leur tour. Vous savez - c'est un rêve barrésien, n'est-ce-pas ? - l'enfant étranger et pauvre comme vous l'êtes aujourd’hui que je fus au début des années soixante, refusera pour l'heure de son trépas la moderne incinération, afin de pouvoir dormir l'interminable temps de la mort dans le linceul de cette terre, encerclée par elle jusqu'à finir absorbée par elle, telle l'encre par un buvard. Vous savez, aujourd'hui octogé-naires, ma mère et mon père veulent acquérir la nationalité française avant de mourir, pour vivre dans la gratitude le passage à l'outre-tombe, estimant, après tout ce que la France leur a donné, qu'il était juste d'être enterré comme Français dans le sol de France. "Étranger" -le mot est lâché. Devenir français est une longue, difficile et belle
histoire, passant par des épreuves initiatiques, dont il faut dire quelques mots. Comme les vôtres, mes parents souffraient de grand dénuement quand ils débarquèrent sur le sol de France; ils ne parlaient pas la langue (qu'ils ne pratiquent aujourd'hui encore que trop approxima-tivement), n'avaient aucun diplôme dans leur besace, que peu de culture, quand leur ventre était trop souvent torturé par la faim. Ils choisirent la France, ne pouvant souffrir de vivre dans leur pays d'origine, à cause du déshonneur dont à jamais il était frappé, l'Allemagne. Il était aussi peu facile d'être allemand dans la Françe_du début des années cinquante qu'algérien dans celle d'aujourd’hui. Mon père se loua comme journalier agricole durant plusieurs lustres, avant de se hisser, à la force de ses bras et l'obstination de son courage, au statut tant envié par lui, de vacher. Ma mère épuisa sa santé en divers travaux agricoles, s'employant précairement à "faire des ménages" ici ou là. Quatre enfants naquirent de ce couple - ils connurent la misère et le pain noir, les rats dans leur chambre ainsi que les cabinets à l'extérieur et l'absence de salle d'eau, l'humidité des taudis, les jours sans repas, la méfiance de la population et l'hostilité de ceux qui n'avaient que l'insulte "boche" à la bouche, l'isolement culturel dans les campagnes reculées de la Gascogne et du Comminges. Et pourtant, le miracle français de l'assimilation se produisit, une fois de plus : père et mère veulent, pour l’éternité faire partie du corps de la France, tandis que moi, je tiens l'histoire de France, depuis les origines, comme étant mon histoire personnelle, mélangée à ma chair et à mes sentiments. Comment ce prodige - qui n'est possible qu'en France, et sur un autre mode aux États-Unis pu se produire ?                             
L’hospitalité oblige des deux côtés. À toute la fratrie, père et mère     ne cessaient d'inculquer le principe suivant : vous, les enfants, qui êtes destinés à vous enraciner en France, un devoir d'irréprochabilité vous est prescrit. Vous devez vous montrer en toute chose plus vertueux et     plus travailleurs et plus  respectueux que les_Francais eux-mêmes parce que vous êtes leurs hôtes. Vous n'avez rien à exiger, mais tout à mériter : quand on dîne à la table d'autrui, on remercie. Avec bon sens, ils nous affirmaient également que l'étranger qui n'est pas content du sort qui lui est réservé là où il s'est invité n'a qu'à partir. Ainsi, doit-on se défaire de ses habitudes, de ses traditions, se libérer de ses détermi nismes et de ses particularismes - ou plutôt : n’en conserver que la part demeurant tolérable par l'hôte - pour, à force de vertu, de travail,   et de gratitude, entrer en fusion avec cet hôte. Cette éducation à la  ; modestie, à l'effacement et au travail, ne parvint pas à un résultat  détestable : mon frère, symptomatiquement prénommé François, a
monté une PME florissante, une de mes soeurs codirige avec son mari une exploitation agricole, et l'autre a conduit une carrière honorable/ chez un industriel de l’agro-alimentaire ; quant à l’auteur de ces propos il a obtenu l’agrégation de philosophie. Vous voyez, la pauvreté et l’inculture ne sont pas des excuses ; en France elles peuvent être des chances. (Robert Redeker pp : 32-34).






(II) La crise de la culture.


" L'incompréhension, par de nombreux jeunes gens de banlieue, de cet imaginaire national, et le déchaînement de violence appuyé sur cette incompréhension, trouve son explication dans la victoire de la conception sociologique de la culture sur sa conception philosophique. Pour la sociologie (nous parlons ici de la sociologie aussi déterministe que compassionnelle issue de Bourdieu) servant de base à tous les travailleurs sociaux, médiateurs, intervenants en banlieue, « la » culture n’existe pas ; seules existent « les » cultures, toutes légi-times a égalité. À force de marteler que « la » culture est oppression, élitisme, qu'une pièce de Shakespeare n'a pas plus de valeur qu'une chanson, et qu'un vers de Racine ne vaut pas mieux qu'un couscous, comment s'étonner qu'on brûle des bibliothèques ? Mais il y a plus : on ne cesse de dévaluer « la » culture (sens philosophique du mot) et de surévaluer, au nom du différentialisme, « les » cultures (sens socio-logique), dans leur pluralité. Deux attitudes se superposent : d'une part, les travailleurs sociaux ne cessent, dans les banlieues, d'incriminer la France au nom de l'anti-colonialisme, de l'anti-esclavagisme, et son histoire, quand d’autre part, au nom du respect des différences de l'anti-élitisme, on dévalorise « la » culture. Ce discours est distillé aux jeunes immigrés des banlieues : la France est mauvaise, elle a été colonialiste, et vous êtes ses victimes. On leur serine: l'oppression coloniale continue dans les banlieues, la France a une dette envers vous. Comment s'étonner de la non-intégration, alors que ces jeunes se sentent justifiés dans ce qu'ils sont, autorisés à refuser les règles de la citoyenneté puisque tout est légitimé ? Alors qu'on leur construit une identité de victime, victime du pays dans lequel ils  vivent, et dans lequel il faudrait qu'ils s'intègrent, en l'aimant. Du fait de ces jetons, il devient impossible de poser des idéaux régulateurs, desquels çhacun aurait à s'approcher : un modèle idéal de l'homme un modèle idéal du citoyen, un modèle idéal du Français. Les définitions de l'homme, du Français et au citoyen, à cause de ce pluralisme culturel, entrent en concurrence aux dépens des jeunes de banlieue, qui ne savent plus à quoi il faut essayer de ressembler puisque tout est légitime, que tout se vaut, et que la société d'accueil est abjecte. (…..).
Adressons-nous une dernière fois à ces jeunes :
« Être un étranger est à la fois un présent et un devenir; c'est être ce qu'on est tout en devenant progressivement autre, ce à quoi on veut
s'assimiler. Les générations précédentes d'enfants venus de partout, aujourd'hui assimilés au corps de la France, ne peuvent se recon-naître ni dans votre haine du pays d'accueil (rien de plus contraire au désir de s'intégrer et au respect de ses hôtes que les sifflets en  direction de la Marseillaise, ou que les projectiles lancés contre des ministres de cette même République, lors d'un match de foot ball d’apocalyptique mémoire) ni dans votre mépris de ses  traditions (la laïcité)  et de ses coutumes ; elle empêchera l'opération alchimique, quasi mystique qui se produit depuis des siècles, de l'incorporation de l'élément étranger au corps de la nation. La beauté, la grandeur, la difficulté du statut de l'étranger consiste en ceci, qui relève de l'ordre éthique : être un étranger est aussi un devoir. Brûler des théâtres, des lycées juifs, attaquer des centres sociaux, ne correspond pas au devoir d'être un étranger. C'est la figure même de l'étranger, c'est-à-dire pour vous la possibilité d’être" à travers un statut symbolique et celle de devenir autre chose, un Français, que vous détruisez par vos comportements actuels. Voyons en eux un nihilisme massacrant aussi bien votre présent (l'être étranger) que votre futur (devenir autre qu'étranger). Tous ceux qui ont obstinément travaillé pour devenir français, qui en tout domaine ont voulu être plus parfaits que les Français, qui sont passés par les arcanes de l'initiation, ressentent des haut-le-cœur devant ce refus du devoir d'être un étranger. »
« Étranger » n'est pas une question de carte d'identité :j’appelle
étranger toute personne n'étant pas encore entrée dans une relation
d'amalgame avec la France, sa géographie et son histoire.
(Robert Redeker, pp 32-35).


(III) La démission et le politiquement correct, où l’on refuse d’appeler un chat un chat et racaille, une racaille



Pour traiter de façon radicale un mal, la première des conditions  consiste à  poser le bon diagnostic. S'il est vrai que les mesures coura-geuses prises par le gouvernement (instauration du couvre-feu, expul-sion des voyous coupables de violence...) et les projets envisagés (durcissement des lois relatives à l'immigration, révision de l'ordon-nance de 1945 sur les mineurs, lutte contre l'exclusion et les discrimi-nations à l'embauche, aides aux associations...) sont proportionnelles à la gravité de la situation et aux dommages occasionnés, force est de constater que ses initiatives répondent à une logique de l'urgence, s'inscrivant par conséquent dans le court et moyen terme. Elles sont  immédiatement dissuasives mais pas définitivement curatives, puis qu'elles s'occupent a posteriori des effets bien plus que des causes.
Or, ces causes ne sont pas uniquement sociales ou économiques. Comme  nous allons essayer de l’expliquer dans les pages qui  suivent, elles sont également culturelles.

Désigner pour comprendre

II y a une réelle difficulté à bien saisir ce phénomène dans toute son ampleur et dans toute sa complexité, de l'analyser pour pouvoir éventuellement y remédier. Et cette difficulté découle d'emblée de la timidité de le nommer. Autrement dit, du manque d’appeler « un chat, un chat ». Et pour cause: si vous dites que la majorité des  casseurs est d'origine africaine ou nord-africaine, ce qui a été parfai-tement établi , on vous soupçonnera tout de suite de faire le jeu du Front national et les ayatollahs des droits de l'homme vous poursui-vront peut-être pour incitation à la haine raciale. La notion  même d'ethnicité est suspecte. Pourtant, il y a bien une science qui porte son nom, l’ethnologie, et une autre qui peut difficilement en abolir l'usage, l'anthropologie. L’emploi extrêmement modéré du terme d’ethnicité s’explique par le fait qu’il renvoie à l’idée de nature, et plus précisément de race.

Telle une épée de Damoclès, ce terrorisme intellectuel inhibe en effet les intelligences et oriente les recherches scientifiques dans un sens  politique; ou idéologique. Il réduit considérablement la liberté du journaliste à rendre compte de la réalité, incite les politiques à prati-quer la langue de bois ou la litote et maintient les chercheurs dans les limites du scientifiquement correct. Du coup, c'est la sociologie, la psychologie sociale, l'anthropologie culturelle, la psychanalyse - ensemble de disciplines qu'on a coutume d'appeler « sciences socio-culturelles » - qui se trouvent handicapées dans leur vocation stricte-ment heuristique. Et pour cause : les mots et les concepts ne sont plus en adéquation avec la réalité qu'ils désignent. Et lorsque certains cher-cheurs dévient de l'orthodoxie ou débordent du seuil de tolérance arbitrairement fixé, tout est fait pour rendre leurs travaux inacces-sibles ou inaudibles. C'est le cas, par exemple, de Jacqueline Costa-Lacoux, directrice de recherche au CNRS et membre du Haut Conseil à l’intégration, qui avoue avoir effectué un long travail collégial sur « l’ethnicisation du lien social » et qui déclare, parce que « de nom-breux politiques ainsi qu'une majorité d’intellectuels ont préféré cultiver le fantasme d'une société black-blanc-beur » : « nous avons été  censurés  ». Le sociologue Hugues Lagrange, de l'Observatoire sociologîque du changement (CNRS)nous livre le même témoignage : « La question du rôle des jeunes issus de l'immigration dans la délinquance reste globalement tabou, et nous évitons toute description qui pour-rait être interprétée en termes dépréciateurs ou stigmatisants, de crainte d'alimenter les propos racistes ou de paraître faire des victimes les coupables désignés [...] Doit-on, pour s'exonérer du risque de stigma-tiser les jeunes issus de l'immigration, s'obliger à ne parler d'eux qu'en victimes, à la voix passive?». Ainsi, ce climat malsain favorise les  arrangements idéologiques au détriment de la vérité et des exigences de neutralité axiologique chère à Max Weber.
Il convient toutefois de signaler un début d'audace chez certains journalistes ou intellectuels. La gravité des émeutes dans les banlieues leur ont offert l'occasion de transgresser certains interdits séman-tiques. Nous avons déjà mentionné le cas de Nicolas Baverez, qui n'hésite pas à qualifier les émeutes de raciales. Nous pouvons aussi ajouter celui d’Alexis Brézet, éditorialiste du journal Le Figaro, qui relève « la dimension ethnique  » des émeutes de novembre ; ou celui d'Hugues Lagrange qui admet le fait que «parmi les auteurs, les enfants de l'immigration sont surreprésentés » ; ou celui encore d'Alain Finkielkraut qui déclare : « Comme ces lanceurs de boules et de cocktails Molotov sont des Français d'origine africaine ou nord-africaine, l'explication étouffe l'indignation ou la retourne contre le gouver-nement et l'hospitalité nationale». Idem pour certains députés libé-raux qui bradent le chantage au racisme osant dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas, à savoir qu'« on est en présence de gens qui ont la nationalité française et qui ne veulent pas être Français. Ils  refusent notre modèle. Leurs pères, eux, n'avaient pas de passeport, mais ils étaient plus français qu'eux 28 ».
Il est clair que l'envie de comprendre passe inévitablement par la liberté de nommer. Et puisque nous sommes au registre de la séman-tique, il n'est pas inutile de revenir rapidement sur le mot « racaille », dont l'emploi aurait mis le feu aux poudres. (Rappelons que cet article renvoie aux évènements de 2005. Le Scrutateur).

Outrage à la sémantique.

L'emploi du mot « racaille », tel serait le péché originel commis par le ministre de l'Intérieur, qui n'a pas retenu la leçon infligée à l'un de ses prédécesseurs, Jean-Pierre Chevènement, lorsqu'il avait fait usage d'un euphémisme pourtant très doux, celui de «sauvageons». Avant que M. Sarkozy ne traite ces « jeunes » de « racaille », tout allait bien dans ces cités autarciques à la périphérie de la République. Il aurait dû donc utiliser la notion aseptisée, consensuelle et consacrée, issue d'une fatwa médiatico-politique, c'est-à-dire la notion générique de « Jeune ». Comme si tous les jeunes étaient des malfrats ou des délin-quants. M. Sarkozy a transgressé  un interdit, brisé ce sémantiquement correct sur lequel repose tout l'édifice du politiquement correct. Son attitude a été conforme à à cette vieille maxime arabe dont on trouve
sûrement l'équivalent dans les traditions  grecque ou romaine : « À la
plèbe il  faut tenir le langage qu'elle comprend ».
« Racaille » est pourtant un mot parfaitement correct de la langue française. On le trouve sous la plume d'André Gide, « Ce n'est plus le peuple, mais la racaille », comme sous la plume d'un autre « infâme réactionnaire », Albert Camus : « Si l'on mettait toute cette racaille en
[prison, [...] les honnêtes gens pourraient respirer» ! C'est même l'un
des rares mots qui a survécu au massacre de la langue de Molière et à l’émergence de cet affligeant charabia, parle peut-être bientôt enseigné dans nos écoles, écrit (web), chanté (rap), inventé par ces académiciens des temps modernes et salué par les chantres du multiculturalisme rédempteur. Oui, «racaille» est un mot qui appartient au lexique culturellement infé-rieur et spirituellement leucémique des banlieues françaises. Cet appauvrissement de la langue française, qui se déploie dans un pro-cessus plus large de nivellement par le bas, commence à inquiéter un certain nombre d'intellectuels, et pas seulement ceux qui pensent avec Renan qu'avec la civilisation et la religion, la langue est un élément constitutif de la nation. Pour Michel Wieviorka, qui croit pourtant que « la poussée des identités particulières demeure un phénomène encore limité » - il est vrai que nous sommes en 1996 - « De nom-breux Français, surtout dans les professions culturelles, s'inquiètent pour leur langue, que l'anglais a fait reculer partout dans la vie inter-nationale, ou commencent à prendre conscience d'un début de délitement linguistique qui se joue par le bas, et au-dedans, et non du dehors, dans les banlieues et les quartiers en difficultés, où l'analpha-bétisme a beaucoup progressé depuis des années. »
C'est sans doute par la perversion du langage qu'a commencé la subversion communautariste parfois même islamiste des banlieues, sous le regard passif et quelquefois complice d'une certaine élite intel-lectuelle ou politique au jeunisme bien utilitariste. C'est probablement
Par la décomposition du langage que doit  commencer la reconquête
deces zones de non droit. C'est le sage Confucius qui enseignait que «Gouverner c’est rectifier les noms». Interrogé sur les émeutes des banlieues, Alain Finkielkraut a eu raison de répondre : « De même que  la République doit reprendre ses territoires perdus, de même la langue  française doit reconquérir le parler banlieue, ce sabir simpliste, har gneux, pathétiquement hostile à la beauté et à la nuance ». Par-delà  les palliatifs politiques, sociaux et économiques, c'est donc par la réha-bilitation de cette langue française violée, altérée, piétinée et défigurée
en France, jalousement préservée et correctement pratiquée en Afrique noire et au Maghreb, que doit s'amorcer le sauvetage des banlieues. Et
cela passe inexorablement par une réforme profonde de l'enseigne-ment et par une redéfinition de la culture dans un sens éthique autant  qu'esthétique. (Mezri Haddad, pp 44-48).



(IV)Le fruit de la lâcheté.


« ………Lorsque les associations, les collectifs et les partis, relayés largement par les média»; passent leur temps à faire pénitence sur le dos du passé, et à accuser la France de tous les maux de l'histoire ;
lorsque des intellectuels méconnaissent une fois de plus leur fonction en imputant à leur pays et à ses habitants une responsabilité collective pour des crimes commis en un autre siècle, et cela sans proposer aucune alternative ; quand, enfin, les Français, ou ceux qui parlent en leur nom, n'ont plus le souci de la grandeur de leur culture ni de la générosité de leur éducation, mais n'en voient que les petitesses ou les avarices, alors nul ne s'étonnera qu'une partie importante des immigrés de fraîche date réponde par un refus violent à l'offre d'une civilisation qui ne cesse de se discréditer. Dans ces conditions, la France n'aura fait que remplacer l'ancienne colonisation des armes par une nouvelle colo-nisation des esprits.
Raphaël Draï et Jean-François Mattéi (pp 22-23).


Conclusion :
Les extraits de cet ouvrage très dense et très riche en analyses, permettent de voir que si l’immigration maghrébine pose des problèmes nouveaux au moule intégrateur français, pour des raisons religieuses (car les Polonais, Allemands, Italiens Portugais, etc, du début du siècle étaient de tradition chrétienne, et non musulmane) , certaines de nos difficultés actuelles sont imputables à l’avachissement, sinon de la nation française elle-même, du moins d’une part importante de ses élites politiques ou culturelles.
Ces gens là ne croient plus en la France, et d’ailleurs en rien. Ce sont des matérialistes et des nihilistes.
Certes il y a la démagogie des politiciens. Par exemple, ces jours-ci, celle de la gauche en France, qui ne voyant pas plus loin que le nez d’un François Hollande, est ravie que les désordres des banlieues causent des difficultés au gouvernement.
Plus profondément, il y a la crise de la culture.
La crise de la culture à l’école, la perte du sentiment national est phénoménal. Et ce ne sont pas les déclarations optimistes, convenues (et parfaitement insincères) des rectorats, et du ministère de l’éducation qui changeront quelque chose à cette réalité dramatique
Ce sont tous ceux qui luttent avec lucidité et courage, qu’il faut que nous soutenions, aux élections, et en toute occasion, à tout moment.

Edouard Boulogne.

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undefined ( Le capitaine Haddock aux prises avec un sparadrap tenace, dont il finit par se débarrasser).
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axelle16 22/03/2008 11:28

Merci pour cette analyse magistrale. Je vis en banlieue parisienne et ce que vous dites est parfaitement conforme à la réalité de ce que j'ai sous les yeux tous les jours.

wanomed 25/12/2007 18:13

Quand  tous ces intellectuels bien pensants, coupés de la réalité du monde, dans leur bulle dorée et confortable, auront compris que le problème des jeunes de banlieue n'est ni sociiologique, ni culturel, ni idéologique, ni religieux, mais bel  et bien et uniquement économique,  les choses commenceront peut-être à changer.  Allez, on fait un effort, on revoit ses classiques  et on en tire les leçons : plus l'apprenti sorcier cherche à anéantir les balais par la force, plus ils se lèvent en nombre pour faire face à la destruction.

Edouard Boulogne 25/12/2007 22:23

Depuis quelques jours Le Scrutateur est infesté par un virus particulièrement tenace, dénommé  Wanomed, marxiste arriéré, rejeté depuis longtemps dans les poubelles de l'histoire, et qui rêve du temps où ses maîtres à penser, moscoutaires, envoyaient sans scrupules à la mort, ou croupir dans les Goulags du socialisme (national ou non) les "intellectuels bien pensants",etc (de ses fantasmes).Les médecins appellent ces gens là des p... du p....!Par politesse je le dénommerai "Sparadrap" comme ce petit ruban adhésif dont le capitaine Haddock cherchait à se débarrasser, non sans mal, dans le célèbre album des aventures de Tintin "L'affaire Tounesol"!Laissons ce sparadrap mijoter dans les eaux putrides de sa pensée débile, et Joyeux Noël, chers lecteurs.Aramis.