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Publié par Edouard Boulogne

Un beau livre à offrir, à s'offrir, pour combattre l'amnésie nationale programmée.

La première fois que j'ai aperçu en librairie un livre de la collection « pour les nuls », j'ai, je l'avoue été pris d'une certaine méfiance soupçonneuse, murmurant « même si c'est vrai, pourquoi ces gens agressent-ils le lecteur, et client qui les fait vivre"? ( PSC ). .

Je suis revenu de ce sentiment bien humain, car la collection est souvent excellente. Et la parution du livre que je vous présente aujourd'hui, L'histoire de France pour les nuls, le confirme à l'envi.

L'auteur en est Jean-Joseph Julaud.

En 836 pages, joliment illustrées, l'auteur balaye l'histoire de France, des origines à nos jours, et l'éclairage laissant l'idéologie à l'arrière plan, serrant les faits d'aussi près qu'il est possible dans une synthèse aussi vaste, est une réussite. L'illustration est agréable, et souvent teintée d'humour.

Evidemment, ce livre ne saurait remplacer la grande Histoire de France de Jacques Bainville, ou l'Histoire des Français de Pierre Gaxotte, mais à l'heure de la dissolution programmée de la mémoire nationale par qui vous savez, la lecture du livre de Jean-Joseph Julaud s'impose, joignant l'utile et l'agréable.

 

Le Scrutateur.

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Deux brefs extraits qui donnent le ton. Ils évoquent deux évènements marquants de la révolution française.

 

Comment M. Carrier, révolutionnaire, mariait les gens en 1793.

 

Carrier et ses mariages républicains

« Ce monstre est d'une taille assez avantageuse. Il est presque tout en jambes et en bras. Il a le dos voûté, le visage oblong et d'un caractère très prononcé. Son nez aquilin rend encore son regard plus affreux ; son teint est d'un brun cuivré ; il est maigre et nerveux. Quand il est à la tribune et un peu animé, il semble tirer son discours de ses entrailles déchirées, prononçant les R comme un tigre qui gronde.»

Ce portrait de Jean-Baptiste Carrier est écrit par le journaliste Fréron. Il faut ajouter que Carrier, depuis sa jeunesse, est atteint d'alcoo­lisme chronique. En juin 1793, il est envoyé à Rennes, puis, en octobre, à Nantes. On lui a ordonné de nettoyer les prisons surchargées de cette ville, parce que, dit-on, les Anglais vont arriver ! Alors il imagine - ou approuve -un procédé radical qu'il appelle la déportation verticale. En effet, au lieu de la déportation vers les îles lointaines, il fait embarquer les condamnés sur des barques à fond plat qui sont coulées au milieu de la Loire.

Les premiers exécutés de la sorte sont des prêtres. Certains d'entre eux s'agrippent au bateau qui les a conduits au lieu du supplice. Leurs bourreaux, parmi lesquels certains reconnaissent leurs anciens paroissiens, leur coupent les mains. Des milliers d'hommes, de femmes, d'enfants périssent dans ce que Carrier appelle la « baignoire nationale ». Pour se distraire, il fait lier face à face, avant de les noyer, un homme et une femmes étrangers l'un à l'autre, nus. Il appelle cette mise en scène le mariage républicain. Il fait fusiller dans la plaine de Gigant près de Nantes, guillotiner sur la place du Bouffay ; il s'installe à la fenêtre de son appartement et parfois, er prenant son café, ivre, fait un signe d'adieu aux condamnés. Rappelé à Paris, Carrier sera guillotiné le 16 décembre 1794.

 

La mort de Marie-Antoinette, le 16 octobre 1793.

« Je vais rejoindre votre père »

Trois jours après que Robespierre et Saint-Just ont décidé que désormais, jusqu'à la paix, ils gouverneraient seuls, le procès de Marie-Antoinette, trente-huit ans, commence. Elle comparaît le 14 octobre devant le tribunal révolutionnaire présidé par Herman. Elle est assistée de deux avocats : Chauveau-Lagarde et Tronçon du Coudray. L'accusateur public Fouquier-Tinville lit l'acte d'accusation qui sou­ligne les relations de la reine avec l'ennemi, et son rôle dans la dilapidation des deniers publics.

Le procès pourrait tourner en faveur de la reine, car elle se défend avec maîtrise et habiIleté. Mais le substitut du procureur, l'enragé Hébert, voyant que sa future victime pourrait lui échapper, lance contre la mère du Dauphin d'immondes accusations qu'il a publiées dans son journal : la reine aurait eu des relations incestueuses avec son fils. La reine prononce alors ces mots qui demeurent à jamais émouvants dans leur simplicité, leur vérité : « J'en

appelle à toutes les mères... » Les avocats de la défense interviennent : ils sont jugés trop indulgents et arrêtés en pleine audience ! A quatre heures du matin, Marie-Antoinette entend sa condamnation à mort. Au petit jour, elle va être préparée pour l'échafaud. Vêtue d'une robe blanche, les épaules couvertes d'un fichu blanc, elle monte dans la charrette des criminels, demeure debout, le dos tourné au cheval. Seule.

Durant le parcours, son regard scrute attentivement le numéro des maisons : elle sait que dans l'une d'entre elles, un prêtre réfractaire va lui donner sa bénédiction - on lui a imposé un prêtre jureur. Elle va monter rapidement les degrés de l'échafaud. Lorsque Sanson la dirige vers la planche verticale, elle lui monte sur le pied et s'excuse aussitôt : « Monsieur, je vous demande pardon, je ne l'ai point fait exprès. » Le bourreau l'attache contre la planche et l'entend : « Ma fille, mes enfants ! Adieu ! Je vais rejoindre votre père. »

 

 

Petit anachronisme humoristique où le dessinateur imagine certaines causes de l'échec de la famille royale à fuir Paris, où elle était menacée. Fuite qui s'acheva à varennes, comme chacun sait.

Petit anachronisme humoristique où le dessinateur imagine certaines causes de l'échec de la famille royale à fuir Paris, où elle était menacée. Fuite qui s'acheva à varennes, comme chacun sait.

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