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Publié par Edouard Boulogne

François est le personnage central de ce roman de Michel Houellebeck. C'est lui, qui parle et le récit est son histoire, le récit d'une soumission programmée d'ailleurs depuis longtemps dans les Tables de la liquéfaction de toutes les valeurs, en application en France depuis mai 68.

François est universitaire. Baccalauréat en poche, et licence de lettres, il choisit de poursuivre jusqu'au doctorat où il « produit » une thèse volumineuse sur l'écrivain J.K. Huysmans.

Dès le soir de la soutenance, il ressent le coup de blues : « Je compris qu'une partie de ma vie venait de s'achever, et que c'était probablement la meilleure ». Nostalgique déjà, et si jeune! Mauvis signe.

La suite de sa vie ne dément pas cette impression de vide. Enseignant en faculté le travail l'ennuie. Ses étudiants lui paraissent d'une banalité extrême. Ses étudiantes aussi, même si parmi celles-ci, chaque année, il trouve à butiner, de façon qu'il faut bien appeler plutôt morne. Butinage qui se heurte toujours au seuil des vacances. On se quitte en juillet, mais à la rentrée, l'élue devient « une ex », qui avec la régularité d'une horloge, chaque fois lui avoue avoir « rencontré quelqu'un ».

François est un Français de souche, bien leucoderme. Il est impossible de ne pas se dire, en l'écoutant se raconter, qu'on peut être de souche autrement, bien noir, ou de toute autre couleur, bien mieux ou davantage, que par les caractères génotypiques, par la vraie culture par exemple qui est tout autre chose que l'érudition.

Car ce spécialiste de Huysmans, est aussi l'homme du vide, un peu comme le personnage central de l'autre roman de Houellebeck « Les Particules élémentaires », d'une autre envergure, me semble-t-il que cet opus assez pâlot, mais adéquat à son objet.

François a des parents divorcés qu'il n'a pas vus depuis de nombreuses années. Ni l'un ni l'autre, encore moins les deux n'ont su ou pu lui donner jamais la sensation du plein, l'aspiration à une plénitude dans l'existence.

Ses « amours » fugaces, sont creux, limités à un érotisme, au demeurant fort médiocre. De plus en plus il adonne son temps de loisir aux modes contemporaines à cet égard, et ainsi à la fréquentation des sites internets les plus courus, par exemple à Youporn, dont il nous parle en termes anémiés : « Étais-je, vieillissant, victime d'une sorte d'andropause ? Cela aurait pu se soutenir, et je décidai pour en avoir le cœur net de passer mes soirées sur Youporn, devenu au fil des ans un site porno de réfé­rence. Le résultat fut, d'entrée de jeu, extrêmement rassurant. Youporn répondait aux fantasmes des hommes normaux, répartis à la surface de la planète, et j'étais, cela se confirma dès les premières minutes, un homme d'une normalité absolue. Ce n'était après tout pas évident, j'avais consacré une grande partie de ma vie à l'étude d'un auteur souvent considéré comme une sorte de décadent, dont la sexualité n'était de ce fait pas un sujet très clair. Eh bien, je sortis tout à fait rasséréné de l'épreuve. Ces vidéos tantôt magnifiques (tournées avec une équipe de Los Angeles, il y avait une équipe, un éclairagiste, des machinistes et des cadreurs), tantôt minables mais vintage (les amateurs allemands) reposaient sur quelques scénarios identiques et agréables. Dans l'un des plus répandus, un homme (jeune ? vieux ? les deux versions existaient) laissait sottement dormir son pénis au fond d'un caleçon ou d'un short. Deux jeunes femmes de race variable s'avisaient de cette incongruité, et n'avaient dès lors de cesse de libérer l'organe de son abri temporaire. Elles lui prodi­guaient pour l'enivrer les plus affolantes agaceries, le tout étant perpétré dans un esprit d'amitié et de complicité féminines. Le pénis passait d'une bouche à l'autre, les langues se croisaient comme se croisent les vols des hirondelles, légèrement inquiètes, dans le ciel sombre du Sud de la Seine-et-Marne, alors qu'elles s'apprêtent à quitter l'Europe pour leur pèlerinage d'hiver. L'homme, anéanti par cette assomption, ne prononçait que de faibles paroles ; épouvantablement faibles chez les Français (« Oh putain ! », « Oh putain je jouis ! », voilà à peu près ce qu'on pouvait attendre d'un peuple régicide), plus belles et plus intenses chez les Américains (« Oh my God ! », « Oh Jésus-Christ ! »), témoins exigeants, chez qui elles sem­blaient une injonction à ne pas négliger les dons de Dieu (les fellations, le poulet rôti), quoi qu'il en soit je bandais, moi aussi, derrière mon écran iMac 27 pouces, tout allait donc pour le mieux ».

Ainsi va la vie de François, en dehors de tout frisson, de toute vraie joie, de toute créativité. Né catholique, il ne connait de la religion qui fut celle de la France, que ce qu'il en a lu dans Huysmans, et sur quoi il a disserté, comme un lecteur du Livre des morts égyptien, c'est-à-dire en parfaite méconnaissance du vécu et des sentiments qui pouvaient être ceux des contemporains de Séthi 1er, ou de Ramsès II.

Sans parents, sans patrie, sans religion, sans amour François est mûr pour toute soumission.

Et l'heure qui approchait depuis longtemps finit par advenir. Nous sommes à la veille de l'élection présidentielle de 2022. Oui, car ce roman est un roman d'anticipation.

Notre diariste nous compte au passage ( pages 51/52 ) comment François Hollande fut réélu en 2017 : «La progression de l'extrême-droite, depuis, avait rendu la chose un peu plus intéressante en faisant glisser sur les débats le frisson oublié du fascisme ; mais ce n'est qu'en 2017 que les choses avaient com­mencé à bouger vraiment, avec le second tour de la présidentielle. La presse internationale, médusée, avait pu assister à ce spectacle honteux, mais arithmétiquement inéluctable, de la réélection d'un prési­dent de gauche dans un pays de plus en plus ouvertement à droite. Pendant les quelques semaines qui avaient suivi le scrutin une ambiance étrange, oppressante, s'était répandue dans le pays. C'était comme un désespoir suffocant, radical, mais traversé ça et là de lueurs insurrectionnelles. Nombreux furent ceux, alors, qui optèrent pour l'exil. Un mois après les résultats du second tour, Mohammed Ben Abbés annonça la création de la Fraternité musul­mane. Une première tentative d'islam politique, le Parti des musulmans de France, avait avorté rapide­ment en raison de l'antisémitisme embarrassant de son leader, qui l'avait même conduit à nouer des liens avec l'extrême-droite. Tirant les leçons de cet échec, la Fraternité musulmane avait veillé à conser­ver un positionnement modéré, ne soutenait la cause palestinienne qu'avec modération, et maintenait des relations cordiales avec les autorités religieuses juives. Sur le modèle des partis musulmans à l'œuvre dans les pays arabes, modèle d'ailleurs antérieurement uti­lisé en France par le Parti communiste, l'action politique proprement dite était relayée par un réseau dense de mouvements de jeunesse, d'établissements culturels et d'associations caritatives. Dans un pays où la misère de masse continuait inéluctablement, année après année, à s'étendre, cette politique de maillage avait porté ses fruits, et permis à la Fraternité musul­mane d'élargir son audience bien au-delà du cadre strictement confessionnel, le succès avait même été fulgurant : dans les derniers sondages, ce parti qui n'avait que cinq ans d'existence atteignait 21 % des intentions de vote, et talonnait ainsi le Parti socialiste, à 23 %. La droite traditionnelle quant à elle plafonnait à 14 %, et le Front national, avec 32 %, demeurait de loin le premier parti français ».

Le même « Front Républicain » ( sic ) qui avait fait réélire Hollande en 2017, contre Marine Le Pen, jouera pour élire en 2022, le chef de la Fraternité musulmane, Mohamed Ben Abbès, toujours contre madame Le Pen.

Il est intéressant de lire le détail de ces jésuitiques considérations d'alcôves politiciennes, qui dans un milieu corrompu jusqu'à la moelle, contribuera à l'instauration d'une République islamique en France.

Quelques jours après l'élection du Président Ben Abbès, François est invité à une grande réception dans les salons de la Sorbonne.

Il y rencontre tous les soumis, dont il est désormais presque, en attendant de le devenir pleinement dans les toutes dernières pages du livre.

Quelque chose d'indéfinissable l'assaille d'emblée, qu'il ne parviendra à déterminer clairement qu'au bout d'un moment : parmi les centaines d'invités, il n'y avait pas....une seule femme.

L'universitaire républicain qu'il est, donc antifasciste, médite entre deux coupes de champagne. Il se projette dans la même salle quelques jours plus tard prononçant son allégeance : « Le silence se ferait autour de moi. Des images de constellations, de supernovas, de nébuleuses spirales me traverseraient l'esprit ; des images de sources aussi, de déserts minéraux et inviolés, de grandes forêts presque vierges ; peu à peu, je me pénétrerais de la grandeur de l'ordre cosmique. Puis, d'une voix calme, je prononcerais la formule suivante, que j'aurais phonétiquement apprise : « Ach-Hadou âne là ilâha illa lahou wa ach-hadou anna Mouhamadane rassouloullahi. » Ce qui signi­fiait, exactement : «Je témoigne qu'il n'y a d'autre divinité que Dieu, et que Mahomet est l'envoyé de Dieu. » Et puis ce serait fini ; je serais, doréna­vant, un musulman ».

SOUMISSION, n'est-ce pas la traduction française d'ISLAM?

On quitte ce roman avec un sentiment identique à celui ressenti au terme d'une nuit lourde, d'un sommeil troublé de rêves vaporeux et moites, voire de cauchemars, avec la consolation de pouvoir dire : « ah!ce n'étaient que rêves ».

L'auteur semble vouloir dire comme Georges Bidault sur la fin de la quatrième République, quand le retour de de Gaulle paraissait hautement improbable, et une catastrophe inévitable : «Je ne sais où l'on va, mais on y va tout droit ».

Peut-être chacun devrait-il comprendre, par delà le genre de la fiction,  choisi par l'auteur pour avertir, qu'il est peut-être temps d'agir en prenant au sérieux les signes les plus sûrs de la soumission qui vient, et pour faire que notre auteur ne subisse pas le sort pathétique de la prophétesse Cassandre qui avait tout prévu de la catastrophe de Troie dans l'épopée d'Homère, mais qui ne fut pas crue.

 

Le Scrutateur.

 

Parmi les photographies celle de l'article, sur le même ouvrage, de Chantal Delsol, dans Valeurs Actuelles.

Lire SOUMISSION, de Michel Houellebeck? par LS.
Lire SOUMISSION, de Michel Houellebeck? par LS.
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castets 17/02/2015 06:54

Bonjour Mr Boulogne,
Merci pour cet article, et merci à Madame Delsol.
Votre lumignon brille pourtant et les rayons solaires de Chantal aussi ! Les alarmes sonnent désespérément dans la nuit médiatique complice...
Aux larmes futurs ex citoyens, c'est notre seule capacité de réaction, pas facile d'avancer et d'espérer quand les attributs masculins sont définitivement remisés dans les chaussettes .
Roman ou documentaire ?
Bonne journée Cjj