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Publié par Edouard Boulogne

Je n’avais pas regardé la série télévisée Inquisitio, en 2002 au moment de sa première diffusion. C’est par hasard, que j’en ai il y a quelques jours, regardé les épisodes 3 et 4, sur une chaine TV.  On nous annonçait de l’Histoire. Il n’en fut rien. Juste un film d’épouvante, à prétexte historique, pour fasciner et posséder l’auditeur, comme dirait Laurent Obertone. Deux catégories de personnages s’affrontent, les BONS ( fort rares ) et les MECHANTS, généralement des ecclésiastiques ( avec des trognes en guise de visage ) au service d’une Eglise catholique "nazie" avant la lettre.

C’est l’image que veut faire passer de l’Eglise une camarilla peu honnête, et même  « franchement » ( si j’ose dire ) tricheuse, jusque dans le domaine de la bande dessinée ( voir la photographie de la série des Aymeric, et notamment Aymeric à Montségur ).

La critique, en 2002, avait non sans raison, et pour une fois, réagi contre une propagande éhontée, mais qui laissera des traces dans l’inconscient du téléspectateur moyen, qui lit peu, et prend pour de l’histoire, ce qui n’est que défilé de fantasmes fétides. (http://www.lemondedesreligions.fr/actualite/inquisitio-une-serie-sous-le-feu-des-critiques-18-07-2012-2637_118.php ).

L’esprit critique, oblige à réagir. Pendant une quinzaine d’années, j’ai réuni, à mon domicile, une douzaine de personnes, adultes, d’âges très différents, des jeunes, et des moins jeunes, dans le cadre d’un cercle de réflexion : Le Cercle Gabriel Marcel ( du nom d’un philosophe ). Cercle momentanément interrompu, mais qui pourrait reprendre.

En 2008, deux de nos réunions ( mensuelle ), furent consacrées à l’étude de l’Inquisition.

C’est le résumé ( des notes, des documents sur lesquels s’appuyèrent la réflexion ) de ces deux soirées, que je vous livre, brut de décoffrage, en espérant qu’il pourrait servir à tenter de vous repérer dans ces questions difficiles, et souvent obscurcies à dessein.

 

Le Scrutateur.

 

 

L'Inquisition.   

 

( Cercle G.Marcel, réunions, consacrées à l'étude de l'Inquisition),

 

 ● (Cinq siècles d'inquisition).

 

( Résumé des principaux articles de ce n° du Monde des religions ).

 

(Monde  des Religions. n° 29, mai-juin 2008).

 

 Cet article de Serge Lafitte,  trace un rapide résumé de cette institution, qui dure, stricto sensu, du 12è au 17è siècle;

 

Institution politico religieuse, qui a été précédée à partir du 4è siècle (Qd l'empire romain devient chrétien) où l'Eglise veille, éventuellement par des moyens violents, au respect de « l'intégrité de la foi ».

 

Au moyen – âge, des contestations de l'Eglise au nom de la pureté des origines, dit l’auteur, (cathares, vaudois) seront victimes de l'inquisition.

Croisades des albigeois, dans le sud ouest de la France.

L'ordre des Dominicains est chargé de l'éradication.

Bûcher de Monségur, etc.

 

L'inquisition sévira aussi après l'éradication des cathares, contre les Juifs, les Musulmans, et même contre les protestants au 16è siècle.

 

Réserves critiques ( d’E.Boulogne ) : L'auteur fait des hérétiques des victimes uniquement. Absence de toute indications sur la doctrine cathare par exemple.

Absence de toute tentative d'explication par les variables économiques, historiques, etc, qui sans justifier l'inquisition permettrait d'en faire autre chose qu'un thème de mise en accusation rétrospective de l'Eglise catholique en tant que telle.

 

  •  Autopsie d'un procès (par Sylvain Piron).

 

Cet article est surtout consacré à l'étude de l'inquisition sur un plan juridique, et à partir, principalement du Manuel des inquisiteurs, rédigé par Bernardo Gui, moins cruel et fanatique que ne le laisserait croire son portrait par U.Eco, dans le nom de la rose. ( noter que le film, belle réalisation sur le mode du roman policier est très inférieur sur le plan « historique » au livre du même titre et du même auteur ).

 

L'inquisition est en un premier temps un processus religieux (plus que politique, malgré des exceptions notables : le  procès des Templiers),

Il s'agit de sauver des hérétiques, en obtenant leurs conversions, éventuellement par la torture, empruntée au droit romain. Ils doivent avouer leurs turpitudes. L'exécution qui s'ensuit en cas de résistance, est un échec. Le but est réintégrer le prévenu dans la communauté chrétienne.

Il y a des hérétiques par contumace.

 

Les jugements comme les exécutions sont publics.

 

L'enquête commence à partir de dénonciations, voire de simples rumeurs.

 

Après aveu et renonciation, la rechute dans l'hérésie est d'autant plus grave, et mène au bûcher.

 

La torture n'est pas systématique, et intervient en dernier ressort.

Furent particulièrement victimes de l'inquisition : cathares, Vaudois, béguins et béguines.

 

La dernière étape du procès, est celle de la Consultation des experts, (théologiens, juristes, qui débattent contradictoirement).

 

Sur plus de 600 sentences conservées, il y eut 6% de condamnations au bûcher, et près de la moitié furent des peines d'emprisonnement. Les autres furent relaxés.  

 

La chasse aux sorcières.

 

 

 

15è siècle, Eglise et société se mobilisent contre  la sorcellerie, une forme “d'hérésie”.

 

 

XIV è siècle : Pape Jean XXII : sorcellerie = forme d'hérésie.

1494 : Innocent VIII : (cf p.32) lire le texte.

Les dominicains sont chargés de lutter contre l'hérésie.

Les juges religieux et civils (car les sorciers sont censés s'attaquer aussi aux rois, sont jugés, souvent torturés et exécutés (brûlés).

Les femmes sont plus particulièrement visées (héritage d'Eve qui fut séduite par le démon).

Le phénomène s'atténue peu à peu (derniers bûchers en 1781, à Séville.

En 1672, Colbert défend aux juges de recevoir des procès pour sorcellerie;

Les sorciers (point de vue médical) souffriraient de troubles de dédoublements de la personnalité, occasionnés par la malnutrition et l'abus de produits hallucinogènes;

 

Quid de la sorcellerie (cf Présence de Satan dans le monde moderne, de mgr Christiani)?

 

L'inquisition espagnole. ( par Gérard Dufour).

 

A partir de 1478, l'inquisition en Espagne s'en prend surtout aux juifs, aux Maures (musulmans) aux “nouveaux chrétiens” (récemment convertis et soupçonnés de n'être pas sincères), aux luthériens, aux francs maçons (la FM apparait pourtant au 18ème siècle, et en Castille aux homosexuels.

Beaucoup de victimes.

 

Le bilan des victimes :

 

En Espagne le bilan est le plus lourd, 1,9% de condamnations à mort, sur 100000 condamnés.

Ailleurs, le bilan est moindre.

Ce système répressif, le 1er de l'histoire occidentale  a pu inspirer les systèmes répressifs des totalitarismes modernes.

Gabriel Marcel a évoqué la possibilité de l'inauguration des techniques du lavage de cerveau dans l'affaire des Templiers.

 

Torquemada.

 

L'auteur de l'article Bartolomé Bennassar, tout en s'attachant à exonérer cet inquisiteur général de beaucoup des exactions dont l'afflige la “légende noire”, montre sa responsabilité claire dans l'inquisition des années 1483-1498, : quinze ans),

Personnalité complexe certainement affectée de troubles mentaux (paranoïa).

 

Remarques critiques. 2

 

Ce numéro du Monde des religions effectue un travail d'information sur l'aspect chronologique de l'inquisition. Il décrit les modes de procédures juridiques etc.

Il n'en est pas moins très insuffisant, donne une place très importante à “la légende noire” fort à la mode auprès de tout ceux qui “utilisent” l'histoire pour parvenir à leur fin qui est le discrédit de l'Eglise catholique, en tant que telle.

Une chose m'a frappé tout au long de la lecture de ce “dossier” c'est l'ignorance totale où l'on laisse le lecteur de la doctrine des Cathares, présentés seulement comme d'innocentes victimes de 'l'intolérance”.

Une autre  chose est remarquable : la réduction de l'Eglise à l'action inquisitrice pendant les cinq siècles, et  “l'oubli” de toute son action par ailleurs, dans de nombreux domaines, l'éducation, la santé, etc.

A cette époque, l'Eglise catholique a le quasi monopole de l'action de santé (cf les innombrables “Hôtels Dieu”qui parsèment l'Europe ).

Les documents qui suivent sont destinés à combler les lacunes du dossier du magazine Le monde des religions.

 

●  La doctrine cathare.

 

Le texte suivant est celui de deux pages du “Précis d'histoire de l'Eglise” de madame René Cassin. Ce texte recoupe d'autres ouvrages sérieux sur la question que je mentionne pour qui, dans un avenir proche, ou lointain, chercheraient une information sérieuse de niveau  universitaire sur l'inquisition et l'histoire de l'Eglise en général :

1.      M.D. Knowles et D.Obolensky. Nouvelle histoire de l'Eglise. Tome II Le moyen âge. Editions du Seuil).

2.     Mircea Eliade : Histoire des croyances et des idées religieuses. Tome III. De Mahomet à l'âge des lumières. Editions Payot,

 

(...) dieux, le «Démiurge» inférieur et terrible de l'Ancien Testament, et le Dieu d'amour du Nouveau Testament... Au IIP siècle, l'hérésie de Manès s'était greffée sur la première, en prétendant que la matière aurait été créée par Satan, et l'esprit seul par Dieu. Le Catharisme du XIIIe siècle n'était donc pas une nouveauté, puisqu'il sortait en droite ligne des aberrations des premiers siècles en les aggravant. En effet, les Cathares — ou Parfaits — qui disaient vouloir réformer la chrétienté, étaient animés d'un pessimisme si absolu qu'ils ne voyaient de remède aux scandales et aux misères physiques et morales de la société que par une sorte de suicide collectif. Dès le XIIe siècle, leur doctrine se répand dans le Midi de la France, dans le Toulousain et le Lauraguais où on les a appelés Albigeois ; ailleurs, ce furent les Bougres de Bulgarie, les Patarins, les Publicains, les Brabançons, les Aragonais, Basculi et Cotereaux qui avec les Vaudois10 leurs frères ennemis, saccagèrent les églises et prirent d'assaut les villes catholi­ques qui résistaient. Enferrés dans leurs erreurs devenues des dogmes, que voulaient ces forcenés ? Leur doctrine et ses conséquences anti-sociales catastrophiques peut se résumer en un court tableau :

PRINCIPES NÉO-MANICHÉENS DES CATHARES (OU PURS)

La création matérielle est l'œuvre de Satan.

Il faut guérir toutes les misères par la négation, donc ôter à la vie toute sa raison d'être.

Il faut extirper de la race humaine l'idée de se perpétuer, donc horreur du mariage.

II est conseillé le suicide.

Il est interdit de prêter serment car celui-ci consolide la société qu'il faut détruire. Il est déconseillé de travailler.

L'Eglise romaine doit être combattue.

Le libertinage est permis car, contrairement au mariage et au serment de fidélité, il détruit la famille.

CONSEQUENCES

Au point de vue théologique, l'Incarnation et la Résurrection de Dieu le Fils ne sont plus que des fantasmagories, des illusions. Au point de vue des mœurs, c'est la folie furieuse :

- les débauchés et les bâtards se multiplient chez les «sympathisants», où viennent loger les chefs de l'Eglise hérétique.

- les femmes qui ont le malheur d'être enceintes reçoivent des condoléances puisqu'elles portent un enfant du démon !

- les suicides prennent la proportion d'une épidémie : on s'ouvre les veines, on se laisse mourir de faim (endura). Des milliers de cas.

( 10) Hnclti l'nmlrto pur Pierre de Vaux (ou Valdo) à Lyon, au milieu du XIIe siècle. 11(1

Au point de vue légal et juridique :

- puisqu'il ne faut plus prêter serment, toutes les institutions civiles sont sapées : plus de justice ni de répression criminelle.

Au point de vue de la pratique religieuse :

- en Aquitaine, en Languedoc, les églises sont vides, les fêtes ne sont plus solennisées. On ne baptise plus, on ne confesse plus, on ne communie plus. «Si on a la foi, on peut aussi bien communier avec une feuille d'arbre ou avec du crottin», entend-on dire.

- A l'article de la mort, les «sympathisants» reçoivent le «consola-mentum» d'un «Parfait», geste symbolique qui n'a évidemment plus rien de chrétien11.

Soutenant les thèses les plus aberrantes élaborées par leurs «théolo­giens» ou soi-disant tels, ils allaient par les routes, doux et inspirés. Les meilleurs d'entre eux vivaient comme des saints mais tous pensaient comme des destructeurs, entraînant dans leur sillage de nombreux membres du clergé catholique qui ne s'en aperçoivent pas, tels ces dix chanoines de l'église Sainte-Croix d'Orléans qui au XIe siècle, furent dégradés, excommuniés et brûlés vifs sur l'ordre du roi Robert II le Pieux. Au début du XIIIe siècle en France, au temps de saint Dominique, les Cathares avaient gagné la partie de Bordeaux à Marseille, des Pyrénées à l'Auvergne, et tous les seigneurs féodaux étaient hérétiques. Ils formaient une contre-Eglise avec sa hiérarchie et ses couvents, ses docteurs et son culte, pratiquant la spoliation et l'assassinat. Le clergé, terrorisé, ne réagissait plus.

C'est alors qu'Innocent III décida l'envoi de missionnaires cisterciens. Peine perdue. Seule la prédication de saint Dominique et de son compagnon l'évêque Diego entraîna de nombreuses conversions. Animés du plus pur esprit évangélique, couchant à même le sol, pieds nus et sans équipage, les deux prédicateurs s'enfoncèrent dans les campagnes et dans les villes, n'hésitant pas à provoquer des conférences contradictoires. Comme saint François ramenait l'Italie par l'humilité et la douceur, saint Dominique semblait ramener peu à peu à l'Eglise le midi de la France par son ascétisme et son intelligence...

Dominique de Guzman était une âme de feu. Né en 1170 en Espagne, il avait étudié à l'Université de Palencia, passant souvent des nuits blan­ches sur des problèmes théologiques qu'il avait le don de résoudre avec tant de clarté qu'il faisait l'admiration de ses condisciples et de ses professeurs. Joignant le cœur à l'intelligence, il vendit ses parchemins.

(11) Parfaitement expliqué par Jean Guiraud dans son livre : «L'Inquisition médiévale» -Ed. Tallandier.

D'abord embarassé et en connaissait tous les prestiges et tous les dangers. Il est toujours puissant, en notre temps, comme en témoigne Nietzsche avec son "Ainsi parlait Zarathoustra", puisqu'on sait que Zarathoustra, Zoroastre, Mânes, c'est tout un.

Or, qu'est-ce que le manichéisme, spécialement le catharisme ?

C'est l'affirmation que le monde est régi par deux principes aussi éternels qu'incommunicables et hostiles : Ormuz et Ahriman. Il y a d'un côté le bien, le principe du bien, le céleste, le spirituel, l'Evangile. Il y a d'un autre côté, à l'opposé, le mal, le principe du mal, le terrestre, le corporel, l'Ancien Testament.

Ce n'est pas seulement la négation de ce qu'il y a de plus important dans la foi chrétienne, à savoir la possibilité même de l'Incarnation et de la Rédemption, c'est aussi la négation de toute vie humaine, sociale, civile. Et cela entraîne des conséquences toutes plus désastreuses les unes que les autres, même au seul plan de la vie temporelle.

Puisque, dit-on, il y a d'un côté les corps et de l'autre, sans contamination surtout, les esprits, on sépare en deux tous les vivants : on sépare les hommes entre ceux pour qui le corporel est tout, et ceux pour qui le spirituel est tout; par là, on coupe en deux toutes les cités entre les parfaits et les autres. Transposons : entre les bien-portants et les autres.

 Il y a d'un côté les gens en pleine santé qui n'ont pas besoin d'être soignés et, de l'autre, les lépreux qui ne peuvent pas être guéris. Transposons : il y a les purs, les cathares et tous les autres, irrécupérables. Ils vivent les épurations et les purifications de toute espèce, laïque, démocratique, ou ethnique.

Et puisque c'est du corporel, du temporel, du terrestre, que vient tout le mal, plus vite on s'en débarrassera, mieux ce sera, car plus tôt on accédera au pur spirituel. De là ont été tirées des conséquences socialement mortelles : ça a été l'encouragement, plus ou moins déguisé, au suicide à travers l'épreuve de l'endura; ça a été le refus du mariage, qui a fait proliférer le concubinage; ça a été le refus de tout serment, dont on sait qu'il était à la base de toute la société féodale.

Ainsi, le catharisme n'a pas seulement été perçu comme ruine de l'Eglise en tant que société spirituelle, mais comme ruine de l'Eglise en tant que société temporelle. Car l'Eglise est ceci et cela.

Ce sont les gens du peuple, ce sont les seigneurs temporels, qui ont d'abord aperçu les conséquences mortelles du catharisme. Et les réactions ont été violentes et désordonnées.

D'autant plus que ce catharisme était professé(....), etc.

René Casin.

 

 

Défendre la foi par la violence ? ( Extrait d'un numéro spécial de la revue Permanences, consacré à l'inquisition).

 

"L'institution de l'Inquisition a voulu défendre la foi contre les hérésies. Ce qui n 'est pas en soi une mauvaise chose, A l'époque le peuple était souvent analphabète et on comprend la nécessité pour l'Eglise de protéger la foi dont le Christ lui a confié le dépôt. Le problème, c'était d'avoir voulu défendre les valeurs spirituelles par la violence.

Certes, à l'époque, cela ne posait pas beaucoup de problèmes, la violence était admise par tous, ou presque. L'Inquisition n 'était pas un tribunal différent des autres quant aux méthodes, la torture et la dureté des peines faisaient partie du système général. A tel point, d'ailleurs, que certains condamnés de droit commun essayaient de passer devant le Tribunal de l'Inquisition où les peines étaient plus mitigées et la jurisprudence plus développée. Ce n'étaient pas des tribunaux arbitraires. La condamnation à mort n'était prononcée qu'après un

jugement dans les "règles". Par ailleurs, si quelqu'un dénonçait injustement une autre personne, il subissait automatiquement la peine qu'elle aurait dû subir. On peut donc constater que la protection juridique était assez développée et que le nombre de condamnés à mort n 'a jamais atteint les proportions qu'une certaine propagande, puisant sa source dans les luttes anticléricales du XlXè siècle, a bien voulu lui donner. C'est un fait acquis pour les historiens. Il n'en reste pas moins vrai que l'Inquisition pose problème à une conscience chrétienne car elle a voulu défendre la vérité par la violence. A l'inverse le concile de Vatican II nous dit dans une très belle formule : "la vérité ne s'impose que par la force de la vérité". Il a fallu toute une expérience de l'Eglise pour que cette évidence émerge dans la conscience chrétienne commune. Certains des juges de l'Inquisition ont dû ressentir cette contradiction.

Pour raisons d'Etat, le nazisme et le communisme n 'ont pas hésité à donner la mort, l'Etat où le parti étant au-dessus de l'individu la notion de personne n 'existait pas, elle était subordonnée à ce que l'idéologie considérait comme le bien.

Face aux crimes commis par les régimes totalitaires du XXè siècle, le nombre de morts engendrés par l'Inquisition ne fait pas le poids, même si cette dernière a duré des siècles ! Mais là n 'est pas le coeur du problème. "

Georges Cottier, dominicain, théologien de la Maison pontificale, président de la Commission théologico-historique, in "Histoire du Christianisme Magazine" n° 1, Juin 1999.

 

 Il faut donc éviter l’anachronisme.

 

Anachronisme. (Je reproduis intégralement l'article de l'Encyclopaedia Universalis sur le péché par excellence en histoire, l'anachronisme. En effet, le travail d'un véritable historien est condamné à l'incompréhension totale de son objet, s'il n'a pas les faculté intellectuelles et psychologiques qui lui permettent d'échapper au conditionnement (tenter de...) de son temps pour ne pas plaquer  sur l'objet étudié, des idées, concepts et valeurs dont l'époque anciennene pouvait avoir connaissance. Déjà l'on a du mal en 2008 à se réintroduire dans la mentalité des Français de 1940, face à l'occupation allemande, à l'antisémitisme que l'on pouvait éprouver en 1940, vu ce qu'on sait aujourd'hui de la nature du nazisme, et de ce qu'il devait faire (mais n'avait pas encore fait) par la suite. A plus forte raison quand il s'agit de périodes bien plus anciennes comme les cinq siècles qui voient se déployer l'inquisition, et d'autres périodes encore plus anciennes, ou appartenant à d'autres paysages mentaux. Par exemple Alain Peyrefitte appelaient à ne pas juger la politique actuelle de la Chine à partir de nos parcours et concepts d'occidentaux (autres paysages mentaux). Où l'on voit que la réflexion sur le temps de l'histoire, débouche, non seulement sur l'histoire au sens scolaire, mais aussi sur des domaines comme la diplomatie. Autour d'une table ronde de diplomates, est-il certains que tous vivent (en 2008) dans le même “temps”, que tel ou tel, à Pékin, à Téhéran vivent dans le même paysage mental que leurs collègues occidentaux. Est-il certain que l'inquisition qui indigne aujourd'hui un chrétien, suscite le même sentiment chez son vis à vis, dont la conviction est celle d'un Bernardo Gui ( 13è siècle, inquisiteur de Toulouse et de tout les sud de la France, et du nord de l'Italie), parce qu'à côté l'homme de 2008, il vit lui, en esprit l'un de nos siècles passés, même pas tempéré par la doctrine évangélique, dont la lettre a frappé déjà nombre d'inquisiteurs qui se démirent de leur charges, où en furent démis (pour excès) par les papes du temps. Où l'on voit qu'il ne suffit pas pour être diplomate d'être un grand coeur, et une personnalité connue et même tempérée. EB),

 

Un péché irrémissible.

 

 Comment écrire de l'histoire et concevoir le récit historique sans la notion d'anachronisme, ce « péché irrémissible » de l'historien condamné par Lucien Febvre : toujours dénoncé, il serait le concept-emblème par lequel l'histoire affirme sa spécificité et sa scientificité.

 

Un péché irrémissible.

Faire de l'histoire ce serait d'abord éviter les anachronismes, « erreur qu'on fait dans la supputation des temps », selon Le Dictionnaire universel de Furetière (1687-1691). Pour autant, le lexicographe remarque la fortune encore médiocre d'un terme dont l'origine renvoie au grec tardif mais qui, après de rares mentions médiévales, surgit soudainement vers 1625 en français et en anglais. La condamnation de l'anachronisme, en effet, dépend d'un nouveau rapport de l'histoire au temps : à la confusion du passé, du présent et du futur sur l'horizon du jugement dernier succède la rupture décisive du présent par rapport au passé et au futur (Reinhart Koselleck, Le Futur passé : contribution à la sémantique des temps historiques, 1990). Au cours de la gestation de ce nouveau régime d'historicité naît la critique érudite, l'approche philologique, dont la première pierre est posée par l'humaniste Lorenzo Valla. Vers 1440, il démontre que la Donation de Constantin, gage des pouvoirs temporels pontificaux, est un faux. Sa démonstration, appuyée sur la connaissance de l'histoire de la langue latine, des institutions impériales et de la toponymie antique et moderne, établit l'impossibilité d'écrire cela à ce moment-là, de cette manière et en ces termes ; sans user du mot, la mise en évidence des anachronismes est déjà la clé de voûte de la tradition critique qui va s'épanouir au XVIIe siècle avec les travaux des Bénédictins (Dom Mabillon, De re diplomatica, 1681).

    La dimension essentielle de la chasse à l'anachronisme dans la pratique de l'histoire s'éclaire quand on passe de l'anachronisme matériel (« César tué d'un coup de Browning », comme aimait à l'écrire Lucien Febvre) à l'anachronisme mental. Elle se dessine déjà au fil du XIXe siècle. Madame de Staël l'annonce : pour évoquer une époque, l'auteur « doit se transporter en entier dans le siècle et dans les mœurs des personnages qu'il représente, et l'on aurait raison de critiquer plus sévèrement un anachronisme dans les sentiments et dans les pensées que dans les dates » (De l'Allemagne, t. 2, 1810). Lucien Febvre en donne la théorie dans Le Problème de l'incroyance au XVIe siècle, la religion de Rabelais (1942) ; l'ouvrage, qui sape la thèse d'Abel Lefranc (1924) sur l'athéisme de Rabelais, défend l'idée que, les conditions de possibilité n'étant pas alors réunies, créditer Rabelais de cette conviction, c'est commettre un anachronisme « d'outillage mental ». Mais la contrainte se transforme en source d'une nouvelle histoire : découvrir des anachronismes ouvre de nouveaux chantiers à l'historien. À la suite de Lucien Febvre, la tradition d'histoire des mentalités qui va explorer les âges de la vie (Philippe Ariès avec l'enfance), les sentiments (Jean Delumeau avec la peur), les attitudes vis-à-vis de la mort (Michel Vovelle et Philippe Ariès) repose sur ce postulat. Chasser l'anachronisme sous toutes ses formes serait « faire de l'histoire » et ainsi historiciser ce que l'on croyait relever de l'éternel humain.

 

Une incitation à faire de l'histoire 

Et pourtant, le métier d'historien repose tout autant sur une démarche anachronique ; Jules Michelet le rappelle dans sa célèbre Préface à l'Histoire de France (1869). L'œuvre n'est-elle pas colorée des sentiments du temps de celui qui l'a faite ? Et d'évoquer l'émotion de la France envahie de 1815 comme clé des Récits des temps mérovingiens d'Augustin Thierry (1840). Mais ce défaut, Michelet le revendique. Sans cet anachronisme de point de vue, le passé resterait illisible puisque c'est la vision moderne qui donne sa force et sa cohérence au passé. Marc Bloch prolonge l'argument de Michelet avec deux principes : s'interdire de poser au passé les questions du présent revient à « estimer que la nomenclature des documents puisse suffire entièrement à fixer la nôtre [...] en somme à admettre qu'ils nous apportent l'analyse toute prête. L'historien en ce cas n'aurait plus grand-chose à faire » (Apologie pour l'histoire, ou Métier d'historien, 1949) ; de surcroît, les emprunts terminologiques n'empêcheraient pas l'historien de penser selon les catégories de son propre temps.

 

    Mais les suggestions de Marc Bloch engagent aussi à entrechoquer le présent et le passé afin d'en mieux comprendre les différences. Ce recours heuristique à la capacité d'interrogation, née de l'anachronisme contrôlé, est partagé par Lucien Febvre. Ainsi, pour les fondateurs des Annales, l'ambivalence de l'anachronisme fonde et hypothèque tout à la fois l'écriture de l'histoire.

 

    Depuis lors, l'anachronisme fait toujours figure d'interdit. Les interventions des historiens dans les procès liés à la Seconde Guerre mondiale (Touvier, Papon) ont été demandées par les magistrats afin d'éclairer le contexte et d'éviter aux jurés les anachronismes nés du recul historique. Pourtant, l'anachronisme n'est plus tabou. Au XXe siècle, chacun à sa manière, Karl Mannheim (la « non-contemporanéité des contemporains ») puis Reinhart Koselleck (la « non-simultanéité des simultanés ») nous ont invités à voir le monde qui nous entoure comme un démenti permanent à l'idée de mentalité d'une période : sous nos yeux, le monde globalisé juxtapose des hommes appartenant à des temps différents de l'histoire, comme ce chef de tribu amazonienne et cette vedette du rock réunis pour défendre la forêt équatoriale. La pertinence de l'anachronisme s'estompe aussi avec la conception d'un temps « feuilleté », où les différents ordres de phénomènes se déploient selon des rythmes distincts : « un temps géographique, un temps social, un temps individuel » (Fernand Braudel, La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II, 1949).

 

    La seconde rupture du tabou naît du recours à l'anachronisme comme instigateur de l'entreprise historienne. D'une certaine manière, les sources iconographiques y incitent : « L'image a souvent plus de mémoire et plus d'avenir que l'étant qui la regarde » (Georges Didi-Huberman, Devant le Temps : histoire de l'art et anachronisme des images, 2000). Ce point de vue est une nouvelle lecture des vertus heuristiques du choc du passé avec le contemporain, qu'il s'agisse de rendre sensible la rue du XVIIIe siècle, en entrecroisant archives de l'époque et photographies du début du XXe siècle (Arlette Farge, La Chambre à deux lits et le cordonnier de Tel-Aviv, 2000), ou d'ausculter la Grèce antique sous un jour rénové par le choc de notions politiques contemporaines (Nicole Loraux, « Éloge de l'anachronisme en histoire », in Le Genre humain, 1993). En un sens, ce détour anachronique a le même pouvoir de suggestion et d'élaboration conceptuelle que la comparaison d'objets historiques incomparables (Marcel Detienne, Comparer l'incomparable, 2000), d'où la fréquente condamnation du comparatisme pour anachronisme.

    Ces réhabilitations successives des vertus de l'anachronisme peuvent coexister avec la chasse à l'anachronisme dans la composition du récit, dans la critique des sources. Radicale, pourtant, est la critique de la notion d'anachronisme mental lancée par Jacques Rancière. Aux yeux de ce dernier, si les hommes ne peuvent agir, sentir et penser qu'en conformité avec la mentalité de leur temps, l'irruption du neuf, le scandale de l'événement demeurent bannis à tout jamais ; ainsi, parce qu'il occulte les conditions même de toute historicité, le concept d'anachronisme serait antihistorique (Jacques Rancière, « Le Concept d'anachronisme et la vérité de l'historien », in L'Inactuel, 1996).”,

 

         Olivier LÉVY-DUMOULIN

 

© Encyclopædia Universalis 2006, tous droits réservés

 

Photos :

 

1 ) Le logo, déjà, est révélateur de "l'esprit" de la série. On y voit la croix, couleur sang et symbole de poignard !

 

2 ) Des trognes peu rassurantes de films d'épouvante.

 

3, 4, et 5 ) Trois histoires de l'Eglise catholiques, bien faites, par de vrais historiens.

 

6 ) Premier volume des archives du Cercle Gabriel Marcel, réservé aux membres de ce cercle de réflexion.

 

7 ) Aymeric à Montségur, bande dessinée, intéressante, mais s'alimentant à la "légende noire" bien plus qu'à la recherche historique.

 

8 ) Le Scrutateur à Montségur en 1998.

 

 

 

 

 

 

A propos de l'inquisition. ( après la série télévisée "Inquisitio" )
A propos de l'inquisition. ( après la série télévisée "Inquisitio" )
A propos de l'inquisition. ( après la série télévisée "Inquisitio" )
A propos de l'inquisition. ( après la série télévisée "Inquisitio" )
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