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Mercredi 18 juin 2008

Les Citronniers.

 

 Eran Riklis place ses deux films sur la frontière israélo-palestinienne : « La fiancée syrienne » et « Les Citronniers » nous font glisser, sans cesse, d’un côté puis de l’autre de cette ligne factice et tellement contestable qui permet aux hommes de s’affronter avec hargne, orgueil et sans problèmes de conscience.

Deux fois, il nous montre l’ineptie de cette barrière de barbelés et de frustration où les hommes se complaisent et où les femmes tentent d’exercer leur bon sens, et de  sauvegarder  la vie, (que ce soit celle de leur amour ou celle de leurs citronniers).

Il se trouve que cette frontière est celle de la Cisjordanie, mais elle aurait pu être celle du Tibet avec la Chine, celle  de Chypre, ou celle, immatérielle, de l’Irlande avec l’Angleterre : la fable est universelle.

Salma, (Hiam Abbas), veuve palestinienne, vivote sur la terre héritée de son père. Elle est seule avec un vieux jardinier dévoué et paternel pour s’occuper de son magnifique verger de citronniers. Un jour sinistre, le ministre de la Défense israélien (Doron Tavory)  et sa femme Mira (Rona Lipaz-Michael) viennent s’installer dans la villa jouxtant les citronniers. Le MOSAD décide que les arbres doivent être abattus car ils pourraient abriter des terroristes. La veuve sera dédommagée. Point.

Mais Salma refuse et décide de se battre pour garder ses arbres qui sont ses amis, ses protégés et son indépendance. Elle va  d’abord, comme son statut de femme arabe l’exige, demander le l’aide aux cadors de son peuple. Elle les dérange en réunion plénière et virile, au café ; ils lui font comprendre que son affaire ne vaut rien… Elle comprend, surtout, qu’ils sont impuissants et inutiles. Un avocat est promptement choisi, et avec lui elle ira, déterminée et silencieuse jusqu’à la Cour Suprême israélienne. 

De l’autre côté du champ de fruits jaunes et succulents, le regard d’une  femme se porte sur Salma. Mira, saisit toute l’infamie infligée à sa voisine, elle tente de toucher son mari, mais il est blindé. Apparatchik. Les sensibilités des deux femmes sont au diapason, leur silence résonne en écho et, au delà des appartenances, elles connaissent l’importance de ce qui vit, de ce qui est sève. Chacune d’elle se révèlera et ira au bout de ses choix, les citronniers catalyseurs de leurs destins se verront taillées, mais prêts à rejaillir en feuilles et en fruits… Rien n’est perdu sauf celui qui  dresse un mur…

 De beaux personnages de femmes toutes en sobriété et en obstination, une mise en scène percutante et vive, une histoire simple et réelle, la fable porte espoir et vitalité.

Nous attendons avec bonheur  le prochain film d’Eran Riklis comme celui d’Eran Kolirin

 (Souvenez-vous, «  La Visite de la fanfare »).

Décidément le cinéma israélien est aussi sensé et humain que les politiciens sont fous et présomptueux!

 

Marie Deval.

 

 

Titre original : Etz Limon

Pays : Israel, Allemagne, France

Genre : comédie dramatique

Durée 1h46

Sortie : 23 avril 2008

Réalisateur : Eran Riklis

Avec : Hiam Abbas, Doron Tavory, Ali Suliman, Rona Lipaz-Michael, Amnon Wolf, Amos Lavie, etc.

par Edouard Boulogne publié dans : Cinéma. communauté : Libre parole
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Mercredi 4 juin 2008

Il y a longtemps que je t’aime

 





Juliette (Kristin Scott Thomas) après 15 années de prison est rendue au monde .Elle a tué son fils de 6 ans. Elle n’a gardé aucun lien extérieur sauf celui très ténu qui subsiste avec sa  sœur Léa (Elsa Zylberstein) qui lui offre l’hospitalité. Juliette est refermée sur elle-même, silencieuse, aussi énigmatique que la raison de son emprisonnement. Elle côtoie la vie et les gens mais ne se laisse même pas effleurer. L’étrangeté d’Isabelle et son secret sont les piments du film. Elle a commis un crime, le pire, un infanticide et on comprend qu’elle soit impitoyable avec elle-même et à des années lumières des autres

Pourtant, l’acte a  été commis, découvert, jugé et payé. C’est du passé. Il  ne nous reste plus qu’à tenter de reprendre pied avec cette femme chancelante et pourtant endurcie, lourde de son immense culpabilité. Mais voilà que le film glisse très habilement sur la question de l’euthanasie : en effet, je dis « habilement » mais je pourrai, tout aussi bien dire, « humainement » car tout est mis en œuvre pour que les personnages, et nous-mêmes, nous attachions et nous interrogions avec compassion sur la personnalité  de cette « mère exemplaire » qui a mis fin aux souffrances de son petit garçon….. Et par un inévitable os- cillement du cœur on se trouve dédouané en même temps qu’elle: «Elle a tué son fils pour le soulager ! » … Et nous voilà admettant et excusant l’euthanasie. Subtil, non ?

Il n’en est pas moins légitime de la regarder avec compassion et tendresse car c’est en elle que s’est lié  et se déliera le nœud innombrable de l’amour maternel pour peu qu’elle accepte sa propre rédemption et l’amour que lui portent les autres.

Et pourtant, combien ce film aurait gagné en réalisme si Philippe Claudel n’avait pas tenté de faire pleurer dans les chaumières et avait laissé Juliette dans la noirceur d’un geste inexpliqué ! Laver la conscience de son héroïne et faire que les salles soient moins obscures  a banalisé une histoire joliment ténébreuse, très bien interprétée par deux bonnes actrices, Scott Thomas et Zylberstein. Elles ont plongé dans des rôles assez abruptes et dépouillés, où les prises de vue ne la jouent pas glamour et où les dialogues sont pour le moins secs et elliptiques.

Les personnages masculins sont tout aussi bien tenus. Frédéric Pierrot en flic sensible et désespéré est épatant

 Dommage que les dernière scènes  transforment une magnifique tueuse en mère courage… dommage qu’Hitchcock soit trahi par Blanche Neige !

 

Marie Deval.

 

 

Il y a longtemps que je t’aime

Sortie 19 mars 2008-05-16 France

Genre : Drame

Durée : 1h55

Réalisateur : Philippe Claudel

Avec : Kristin Scott Thomas, Elsa Zylberstein, Serge Hazanavicius, Laurent Grevill, Frédéric Pierrot etc…

par Edouard Boulogne publié dans : Cinéma. communauté : Libre parole
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Samedi 24 mai 2008

Deux jours à tuer.

 

Un quadra parisien, Antoine (Albert Dupontel) patron de pub, pète les plombs lors d’une réunion avec un client, saborde le boulot et plaque sa boite en claquant la porte. Le même jour,  attablé dans un bistrot il  déjeune avec une jolie femme, Marion (Alessandra Martines), ayant envers elle, des gestes tendres et affectueux.

A son retour chez lui, Cécile (Marie-Josée Croze) le reçoit furieusement en lui reprochant d’avoir une liaison, découverte par  sa meilleure amie qui a  vu Antoine au restaurant le jour même. Il ne nie pas, laisse  sa femme croire à sa culpabilité et envenime même la situation en dénigrant leur mariage, leur amour, leur famille. Le lendemain, jour de son anniversaire, Antoine massacre la joie de ses enfants en critiquant leurs cadeaux, et continue la journée  en se fâchant avec tous ses amis, venus fêter son anniversaire. La scène, qui aurait pu être un bijou du genre si elle avait été écrite par Audiard ou Guitry ou Ivory, est tellement conventionnelle et attendue qu’elle en perd tout intérêt : on sait qu’en 24 secondes chrono chacun  aura droit à son paquet d’injures. Il accuse ses amis de tous les torts et les lâchetés qu’il pourrait se reprocher à lui-même. On devine à l’avance ce qu’il va dire : le psy, l’avocat, la jolie femme, la charity-business-fan, l’idiote et l’intello… tous reçoivent leur bordée d’horreurs et s’éclipsent, à la hâte, du happening préfabriqué. Antoine va embrasser ses enfants, jette un dernier mot irréparable à Cécile et quitte sa maison, une main devant une main derrière. On le retrouve sur la route de Cherbourg  puis sur le ferry qui le mène en Irlande. Devant une chaumière de pierres, il retrouve un père, (Pierre Vaneck) vieil ours et grand pêcheur à la mouche devant l’éternel, qui semble être dans les même aimables dispositions d’humeur que son fils…On comprend leur distanciation, quand on sait qu’Antoine, petit, et sa mère  ont  été abandonnés par le pêcheur Cette deuxième partie du film, très distincte de la première, tente de sauver l’œuvre, et y parviendrait sans doute car le personnage du père est fort et douloureux, parce qu' Antoine laisse, enfin, libre cours à la sincérité et que l'Irlande est magnifiquement présente autour d'eux, mais elle est tronquée, avortée et nous laisse sur notre attente.

Jean Becker nous avait habitués à plus de subtilité et  de finesse, surtout avec un sujet aussi prenant. Ses ficelles sont grossières et éventées, le scénario ronronne en tentant de nous égarer… et pourtant, je ne peux m’empêcher de créditer Jean Becker d’une manipulation : il nous prive  d’Antoine quand on aurait voulu rester près de lui, il nous enlève le père quand  il pouvait jouer le rôle de sa vie, il nous frustre autant qu’Antoine frustre sa femme et ses enfants en disparaissant. Est-ce que Becker ne chercherait pas à éveiller dans le spectateur les mêmes sentiments d’exclusion et d’inutilité qu’ont dû ressentir Cécile et ses enfants en apprenant la vérité ?....

Je ne peux vous en dire plus, mais, après avoir vu le film, peut être  penserez-vous comme moi ?

 

Marie Deval.

 

« Deux jours à tuer »

Film français

Sortie : 30 avril 2008

Réalisateur : Jean Becker

Genre : Drame

Durée : 1h25

Avec : Albert Dupontel, Marie-Josée Croze, Pierre Vaneck, Alessandra Martines, Cristina Reali, François Marthouret etc

 

PS : Un bonheur de revoir Pierre Vaneck…

 

par Edouard Boulogne publié dans : Cinéma. communauté : Libre parole
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Vendredi 9 mai 2008

It’s a free world.

 

 


 



Ken Loach nous a habitués  à une  peinture  explicite des grands sujets humains de notre société occidentale. Ses  deux derniers films : « Bread and roses » abordait déjà le thème des travailleurs émigrés exploités aux USA, et « The Navigators »  nous montrait les facettes occultes et les dangers de la privatisation des British Railways. Avec « It’s a free world »  il continue son travail  de dénonciation des méfaits de l’ultra libéralisme et de la mondialisation sauvage.

En Angleterre,  ça se passe  en ce  moment même, Angie, (Kierston Wareing) jeune femme célibataire avec un enfant que  ses parents l’aident à élever, lutte pour tenir la tête hors de l’eau. Son job est de recruter des travailleurs émigrés pour une agence, qui, ensuite les place dans des entreprises. Angie ne manque ni de courage ni de tempérament, elle est un bon élément, mais, un jour, elle colle une gifle à son patron qui la pelotait. Elle est virée.

Loin d’être bête, elle a appris toutes les ficelles du métier  « d’intermédiaire » et, avec une amie, elle commence, dans l’arrière cour d’un pub, à rameuter des étrangers en situation irrégulière et à les placer tout en encaissant les payes qu’elle redistribue avec parcimonie.

Elle lance son filet sur un ban  d’hommes exploités et désespérés et elle les  vend, sans état d’âme, à des hommes nantis, mais sous pression, et dépourvus de toute humanité.

Fric, rentabilité, magouille, corruption, elle connait la chanson et elle fait face.

Elle fait tellement face qu’elle en perd toute retenue. Elle ne se souvient que de ce qu’elle-même a enduré, elle l’inflige aux autres pour être sûre de ne pas y replonger. D’oppressée  elle devient oppresseur, et pourtant, nous la comprenons et nous la suivons, nous l’excusons presque, jusqu' au point que nous autorisera  notre conscience propre...

Ken Loach  demande à chacun d’entre nous « Jusqu’où êtes-vous Angie ? »

Voilà où Ken Loach est terriblement efficace. Allons… N’aurions-nous pas fait comme elle, dans une société dont nous connaissons l’amoralité et la dureté.

« Dans la vie il y a les poires et ceux qui les mangent..." dit-on souvent, heureux ceux qui ne sont pas en situation de choisir s’ils mangeront ou s’ils seront mangés….

Kierston Wareing est une actrice vivante et impulsive en  parfaite teigne, mais on sent qu’elle pourrait être aussi généreuse qu’elle est implacable. Un film à voir pour nous faire réaliser que notre monde  se bâtit, souvent, sur la chair humaine.

 

Marie Deval.

 

 

Titre : It’s a free world

Sortie : 2 janvier 2008

Pays : Angleterre

Genre : Drame

Durée : 1h33

Réalisateur : Ken Loach

Avec : Kierston Wareing, Juliet Ellis, Leslaw Zurek, Joe Siffleet, Colin Caughlin etc…

par Edouard Boulogne publié dans : Cinéma. communauté : Libre parole
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Jeudi 24 avril 2008

Bienvenue chez les ch’tis ! 







J’y suis allée, en traînant un peu les pieds et en m’attendant à une grosse farce un peu bêtasse

En fait, c’est une jolie farce, aimable et sensible, qui nous montre  une région où personne ne s’aventure, sauf contraint et forcé, et où personne n’imagine que tremper sa tartine de mariole dans la chicorée puisse donner de si délicieux titillements aux arpions… Incroyable ce qu’ils arrivent à faire avec si peu, dans ce coin-là !

Dany Boon a écrit, dirigé et joué ce film, entouré d’une poignée d’acteurs sympathiques et authentiques. Il y apparait plein de naïveté, de gentillesse et d’humour dans le rôle d’un facteur à vélo.

Quelques scènes hilarantes qui  resteront, sûrement, comme des pièces maîtresses de l’humour à la française, émaillent le film qui est bien rythmé et entrainant.

Il me semble que je n’ai pas besoin de vous convaincre plus avant de venir  rire, tout simplement, avec les Ch’tis : nous serons bientôt 18 millions à y être allés.

Faites pourtant attention à votre voisin : j’étais affublée d’une voisine trois fois plus lourde et plus pourvue d’avantages que moi et elle a passé le film entier à se taper sur les cuisses en hurlant de rire…une ou deux fois, sa main a chuté sur ma guibole et je l’ai senti !

A la fin du film elle m’a dit gentiment «  Ch’té ben cha, pas vrai ?.... »

Oh que oui, Madame !

 

 

 

 

Bienvenue chez les Ch’tis

Film : français.

Réalisateur : Dany Boon

Scénaristes : Dany Boon, Alexandre Charlot, Franck Magnier

Sortie : 27 février 2008

Genre : Comédie

Durée : 1h40

Avec : Dany Boon, Kad Merad, Zoé Félix, Lorenzo Ausilia-Foret, Anne Marivin, Philippe Duquesne, Line Renaud, Alexandre Carrière etc…

par Edouard Boulogne publié dans : Cinéma. communauté : Libre parole
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    "Vide est le discours de ce philosophe par qui aucun mal n'est soigné chez l'homme. En effet, de même que la médecine n'est d'aucune utilité si elle ne chasse les maladies du corps, de même la philosophie n'est pas non plus utile, si elle ne chasse pas le mal de l'âme". 

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