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Images aléatoires

Vendredi 4 janvier 2008
Rencontre avec  Christiane  EDA-PIERRE. Nostalgie).
Eda-Pierre.jpg
( L’outre-mer français n’a pas donné à la France seulement des polytechniciens, des administrateurs, de grands sportifs, des écrivains et peintres, des politiques [Raymond Barre ne fut que l’un d’entre eux], des soldats de tous grades, qui à l’occasion [ nombreuses] ont offert leurs vies pour elle. Il y a quelques jours, feuilletant le Guide de l’opéra des éditions Fayard, je tombai sur le nom de Léon Carvalho, ténor de talent au XIXè siècle avant de devenir imprésario, un des plus étonnants entrepreneurs de spectacles lyriques de l’époque, ami et producteur des plus grands artistes de son temps : Gounod, Berlioz, Bizet, Saint-Saens, Delibes, etc, et directeur de l’Opéra comique à partir de 1876.
Or Léon Carvalho, de son vrai nom Léon Carvaille était né en Guadeloupe, dans la commune du Port-Louis, en 1825.
Avant lui, il y avait eu entre autres, le génial musicien, épéiste, diplomate,  ce Chevalier de St-Georges, dont Jean-Claude Halley (voir son blogue) sait tout ou presque.
Cette générosité créatrice de nos îles n’est pas morte. Et je voudrais parler aujourd’hui de Christiane Eda-Pierre, cantatrice Martiniquaise du plus haut niveau.
J’aurai recours pour ce faire, aux archives de mon ancien journal Guadeloupe 2000 (voir l’album du Scrutateur dans la rubrique « Images facultatives »).
En 1977, madame Eda-Pierre passa en Martinique pour un séjour de repos, et un retour aux sources. Elle accepta de recevoir Guadeloupe 2000 représenté par un ami Guadeloupéen qui y effectuait son service militaire M. Jean-Luc Ferlande.
Le résultat fut cette fort intéressante interview que je vous propose de lire, telle qu'elle fut publiée en 1977.
E.Boulogne).






Guadeloupe 2000 - Madame Christiane Eda-Pierre, la critique est quasi-unanime et nous sommes bien d'accord avec elle... vous êtes actuellement l'une des toutes premières cantatrices françaises et sur le plan international vous pouvez rivaliser avec les plus grands noms.
Cependant, jusqu'à ce jour, l'art lyrique, le chant d'Opéra et la musique classique, d'une façon générale, restent assez peu connus du grand public antillais. Cela rend bien difficiles et rares les authenti-ques occasions d'en juger.
Mais comment expliquez-vous votre magnifique et merveilleuse ascension ?
C.Eda-Pierre-dans-l-enl--vement-au-s--rail-de-Mozart.jpg (Chistiane Eda-Pierre, dans L'enlèvement au sérail, de Mozart).

C. Eda-Pierre - Je fais partie d'une famille d'enseignants de la musique dont la plu-part des membres la pratiquent ou l'ont pratiquée dans les établissements d'instruction secondaire. Mes parents sont pro-fondément musiciens ; j'avais un grand-père, ingénieur, lui, très musicien aussi, jouant du piano et chantant.
Et puis je ne saurais trop mettre en valeur le rôle culturel de St Pierre à la Martinique dont ma famille est originaire, cela, bien sûr, avant l'éruption qui détruisit cette capitale artistique. Son théâtre était célèbre dans lequel se donnaient drames et opéras, concerts. Tous les artistes venant d'Europe et allant en Amérique ou vice versa, s'arrêtaient à St Pierre. De là une grande activité artistique dont témoignent de nombreux ouvrages.
Eduquée par une famille artiste, j'ai perpétué la tradition.

Guadeloupe 2000 - Compte tenu de l'insuffisant développement de l'art lyrique en France en général mais tout particulièrement en Martinique et en Guadeloupe, quelles en sont, selon vous, les causes et quels remèdes proposez-vous à cette regrettable situation ?

C. Eda-Pierre — En France, il n'y a pas insuffisance d'éléments ; il y a beaucoup de chanteurs mais actuellement (en 1977) se pose un problème d'éducation de ces chanteurs.
Si l'on parle des opéras provinciaux... peu de troupes ont été formées et du fait de ce manque de débouchés les jeunes artistes ne peuvent apprendre leur métier, se perfectionner. Nous les voyons fréquenter tout d'abord des écoles de chant, des conservatoires municipaux en Province ou celui de Paris, tous excellents conservatoires avec de très bons professeurs. Cependant ces jeunes ayant obtenu leurs prix à la sortie... ne savent qu'en faire.
Le problème est là.
Quant aux Antilles... il y a des voix mais peu de gens qui chantent, pas suffisamment pour constituer des troupes. Et puis il faudrait un orchestre.
La politique de l'art lyrique en France devrait être repensée.

E-P.jpg

Guadeloupe 2000 : Vous parliez de voix... aux Antilles ?

C. Eda-Pierre - Oui, il y en a, ce sont surtout - si l'on parle toujours de musique ly-rique - des voix d'amateurs. Eduquer des chanteurs antillais de métier en Métropole semblait auparavant un problème insoluble. Sans introduire ici une notion de racisme, je dirai qu'il semblait inconcevable, par une habitude (que je constate tout simplement) qu'il semblait inconcevable que des noirs puissent faire partie d'une troupe ; on n'en aurait pas invité à venir étudier en Métropole. Mais les choses ont considérablement évolué. Je crois que
maintenant on pourra commencer à initier les Antillais au chant. Pas forcément à l'opéra mais à une expression lyrique correspondant à l'âme antillaise.

Guadeloupe 2000 - Revenons, si voulez bien à votre carrière. Quels vos projets actuellement ?

C. Eda-Pierre — Après ce concert à Fort de France, je retourne à Paris où m’attendent des répétitions en vue d'un concert que je dois donner le 25 Mars à Marseille Revenue dans la Capitale, un gros travail m'attend avec la reprise de L'ENLEVEMENT AU SERAIL de Mozart sous la direction de Charles Munch. En effet, il sera donné en  Allemand et... je ne sais pas cet-te langue.
Après quoi, j'ai un engagement très important pour aller chanter IDOMENEE de Mozart à San Francisco et à Chicago,  où je dois donner encore deux concerts fin Octobre, un troisième à New York avec la huitième symphonie de Malher sous la direction de Solti.

Guadeloupe 2000 - Quel est, à votre opéra idéal... celui, du moins, le plus adapté à vos dons ?

C Eda-Pierre - L'opéra que j'aurais vraiment aimé : Aida. Mais posséderais-je jamais la voix qui lui convient ; je ne suis pas du tout, pour le moment, du moins, un soprano  dramatique mais un soprano colorature dramatique ; peut-être... d'ici dix ans !
Vous savez que l'année prochaine je fêterai  mes 20 ans de carrière, j’aimerais  en   1980 m'arrêter de mettre les pieds sur les planches pour me cantonner essentiellement dans le concert avec un récital de mélodies ou bien faire simplement  de l'oratorio. Je voudrais aussi devenir professeur au Conservatoire National mais tout dépend du jury appelé à recruter ses cadres d'enseignement. J’ai déjà des élèves chez moi, une quinzaine que malgré mes autres occupations je trouve le moyen de faire travailler.

C-E-P.jpg

Guadeloupe 2000 — Vous avez, sans doute au cours de votre carrière, travaillé avec des artistes exceptionnels ? Quels sont ceux qui vous ont le plus impressionné » ?Pourquoi ?

Christiane Eda-Pierre — Je citerai Placido Domingo ; celui que je mets parmi les plus grands c'est Alfrédo Kraus, (Espagnol comme son nom ne l'indique pas) des Canaries. C'est son grand père qui était un autrichien. Merveilleux ! Quelle voix et quel artiste ! un artiste qui ne se prend pas au sérieux, conscient de sa valeur mais sachant toujours rester derrière la musique. J’ai notamment chanté avec lui les Puritains de Bellini. Sa voix est véritablement exceptionnelle.

Guadeloupe  2000 - Puis-je vous demander quels conseils vous donneriez à des jeunes tentés de suivre vos traces ?

Chistianne Eda-Pierre - Je leur dirai d'être extrêmement persévérants dans leur travail ; il s’agit d’un métier très difficile fait de volonté et de patience ; les dons ne suffisent pas bien qu'ils servent au départ. Ils doivent être mis en valeur ; cela demande dix ans.
Ainsi, quant à moi... je suis entrée au Conservatoire en 1954, j'en suis sortie avec tous mes prix en 1957. En 58, j'ai débuté avec  de petits rôles - il faut passer par là pour apprendre son métier - En 1960, on m'a engagée à l'Opéra Comique et à l’opéra pour interpréter les rôles correspondant à ma culture et à ma voix d'alors, de soprano léger. A mon répertoire de cette époque : Lakmé, les Pêcheurs de Perle, Zoroastre de Rameau, le Barbier de Séville, la Poupée des Contes d'Hoffman. J'ai chanté Rigoletto à l'Opéra et, ma voix ayant changé, j'ai interprété Lucia de Lammermoor de Donizetti, la Traviata à l'Opéra Comique. Après une interruption d'un an, je devais être de nouveau engagée à l'Opéra par son actuel administrateur, Monsieur  Libermann. J'y suis toujours avec des contrats qui me conduisent jusqu'en 1980.

Guadeloupe 2000 - Un emploi du temps bien chargé ! Malgré cela ne pensez vous pas, un jour, combler l'attente de tous vos admirateurs guadeloupéens ne serait-ce que par un concert donné entre deux avions.

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C. Eda-Pierre — J'ai déjà eu le plaisir de donner deux concerts en Guadeloupe, il y a une dizaine d'années, l'un à Basse-Terre, l'autre à Pointe-à-Pitre, à la salle Rémy Nainsouta. Je ne suis pas retournée en Guadeloupe depuis, à mon grand regret parce que je n'avais pas le temps. C'est avec grand plaisir que j'y reviendrais mais tout dépend des responsables de l'action culturelle et artistique de ce département.

Guadeloupe 2000 •- Eh bien j'espère qu 'ils vous entendront bientôt. Merci Madame Christiane Eda-Pierre.

par Edouard Boulogne publié dans : Musique. communauté : Libre parole
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Dimanche 28 octobre 2007



25 octobre 2007
Chevalier de Saint-Georges ! Victimisation et oubli ! Daniel Marciano !


(J’emprunte à notre ami Jean-Claude Halley cet article sur le chevalier de St-Georges, dont il est le hérault en Guadeloupe, et bien au-delà, article qui rappelle certaines vérités et remet bien des pendules à l’heure. E.Boulogne). Rappelons les coordonnées du blog de J-C Halley, qui figurent d’ailleurs, pour les lecteurs attentifs, parmi nos liens : http://halleyjc.blog.lemonde.fr


Ce texte de Daniel MARCIANO est véritablement de référence. Avec sa méticulosité habituelle, il laisse tomber un moment la fiction pour une analyse logique et pertinante du phénomène Saint-Georges. Son site mérite le détour.
ch-de-st-Georges.jpeg
http://www.chevalier-de-saint-georges.fr/1437.html

Victimisation et oubli ?

Presque invariablement, ceux qui découvrent la vie et l’œuvre du chevalier de Saint-Georges sont frappés d’admiration devant ce héros d’exception. On peut dès lors comprendre que certains «  fans  inconditionnels » de cet éclatant Chevalier voudraient - consciemment ou non - détenir le droit exclusif d’en parler. 

L’histoire de cet enfant, né d’une mère esclave qui devient l’un des personnages les plus talentueux et adulés du XVIIIe siècle ressemble fort à un conte de fées, avons-nous dit dans notre commentaire biographique.

Ceux qui ont cherché à mieux connaître ce fabuleux personnage déplorent fort justement les mauvais traitements dont il fut parfois victime. Cependant,  la vie de Saint-Georges n’a pas vraiment été une litanie de persécutions raciales ou un long martyrologe comme on le dit trop souvent. Il convient de veiller à ne pas tomber dans le travers du « militantisme » ou du « politiquement correct ».

Est-il pensable, comme l’affirment biographes et rédacteurs de commentaires sur maints sites Web que Bonaparte se soit préoccupé, de près ou de loin, d’interdire que l’on joue des partitions de Joseph Bologne après avoir rétabli l’esclavage sur les îles à sucre en 1802? Peut-on penser qu’il se soit préoccupé d’occulter les mérites de Saint-Georges ? N’avait-il pas bien d’autres choses à faire ? Est-il vrai qu’il importait alors de montrer que l’intelligence et l’esprit créatif des Noirs étaient inférieurs à ceux des Blancs ? Saint-Georges était-il « inépousable » à son niveau social dans le contexte de l’époque?  A-t-il vraiment été oublié pendant près de deux siècles ?

Nous allons essayer de répondre à ces questions, en acceptant par avance que ceux qui liront éventuellement ces lignes ne partagent pas ces réserves. Tout d’abord, loin de nous le désir d’occulter les marques de discrimination ou les humiliations dont il fut la cible.

Nous rappellerons qu’en 1762 Guillaume Poncet de La Grave, procureur du Roi à  La Table de Marbre de l’Amirauté de Paris, met en œuvre - avec un excès de zèle administratif – préfiguration, toutes proportions gardées, des doctrines du IIIe Reich - une ordonnance royale de recensement de tous les affranchis originaires des îles américaines vivant en France. C’est ainsi que Nanon et Joseph sont impérativement sommés de se présenter devant sa juridiction.

Nul n’ignore que Poncet des La Grave est un raciste viscéral qui justifie l’esclavage et dénonce les propriétaires de plantations qui reviennent en France avec leurs serviteurs noirs avec les risques de « défigurer la nation française » pour citer ses propres paroles.
Comment passer sous silence le déni de justice subi par Saint-Georges lorsque les musiciens et les mélomanes les plus avertis de Paris estiment qu’il est l’homme le plus compétent pour diriger L’Académie Royale de Musique et lui donner un nouvel essor ? Comment ne pas être indigné qu’il soit récusé à ce poste à la suite d’une cabale des divas de cette institution, arguant que « leur honneur et la délicatesse de leur conscience ne leur permettraient jamais d’être soumises aux ordres d’un mulâtre » ?

 (Voir commentaire La Cabale de l’Opéra)

Que dire encore de la Marquise de Créquy qui dans ses Souvenirs émet des propos empreints de fiel en faisant référence à l’assaut d’armes entre Saint-Georges et D’Eon à Carlton House en présence du futur Roi d’Angleterre.
Qu’on en juge :
« C’est grand deuil et grand’pitié de voir un gentilhomme français (D’Eon), un chevalier de l’ordre de Saint-Louis, un vieillard employé par la couronne et connu de l’étranger, qui spadassinait comme sur un théâtre et contre un mulâtre, avec un histrion d’escrime, un gagiste de manège, un protégé de Madame de Montesson ! »

A n’en point douter, Saint-Georges  a parfois été une victime de la méchanceté et de la bêtise humaines mais il ne convient pas de s’apitoyer sur son sort « from start to finish » comme cela s’est fait et a été aveuglément repris.

Au siècle suivant Félix Mendelsshon, tout comme Saint-Georges et bien d’autres, est victime lui aussi de marques d’intolérance et de discrimination, maladies endémiques toujours vivaces sous toutes les latitudes.

Lui aussi est un personnage d’exception. Il est beau, aimable et excelle dans tout ce qu’il a entrepris. Remarquable dessinateur et aquarelliste, il a une vaste culture littéraire et philosophique. Il maîtrise le latin, l’anglais et l’italien. Pianiste virtuose, chef d’orchestre et compositeur de génie, il suscite l’admiration de tous les mélomanes d’Europe. Robert Schuman déclare « qu’il est le Mozart du XIXe siècle » et il ajoute « Je contemple Mendelssohn comme une cime élevé vers laquelle j’aspire. C’est un véritable Dieu ».

Pressenti pour diriger le Berlin Singakademie, Mendelssohn en sera écarté, au profit de Karl Rungenhagen. Bien que ses parents se soient convertis au luthéranisme, on lui reprochera ses origines juives alors qu’il a été Maître de Chapelle de Frédéric Guillaume IV, roi de Prusse.

Plus près de nous, lors de l’élection présidentielle de 2007,  le Président du Front National osa dire qu’il était pour le moins regrettable que Nicolas Sarkozy puisse briguer la magistrature suprême vu ses origines hongroises.

Outre le fait que certains aient parfois reproché à Saint-Georges de ne pas être du « meilleur teint », il n’est pas surprenant qu’un personnage aussi doué et charismatique n’ait pas eu que des amis… si tant est que l’envie et la jalousie sont des composantes de l’humaine nature.

Les faits étant ce qu’ils sont, Joseph a reçu une éducation de jeune aristocrate ; il a eu une adolescence protégée par son père, Georges de Bologne, et Texier La Boëssière, son maître d’armes et père spirituel, durant les six années où il a vécu sous son toit. Par ses talents, sa bonté, sa modestie et son charme, il a suscité l’admiration des « Grands » de l’époque et des dames de la cour ; il a été l’ami des rois et des princes ; il a fait jouer sa musique dans les capitales de l’Europe ; il a dirigé les plus grands orchestres de l’époque et notamment « Le Concert de la Société Olympique », l’une des fondations du Grand Orient de France dont le Grand Maître était le fils du duc d’Orléans, le futur Philippe-Egalité, qui fut l’ami indéfectible de Saint-Georges.

Tout comme d’autres musiciens et compositeurs de son époque – Wolfgang Amadeus Mozart, Giovanni Viotti, Rodolphe Kreutzer, François-Joseph Gossec, Etienne Méhul ou Luigi Cherubini, Joseph Bologne était franc-maçon, membre de « La Loge Olympique de la Parfaite Estime », et membre officieux de « La Loge des Neufs Sœurs » dont Voltaire était un membre éminent.

Alors que Joseph n’a pas encore 18 ans, son père acquière pour son fils une charge de contrôleur ordinaire des guerres, office qui lui donne le titre d’écuyer et lui confère le droit de faire partie de la noblesse d’épée.
Ch-de-St-Georges.jpeg
En retrouvant le testament notarié de Georges de Bologne, incluant Nanon et Joseph dans son testament, Pierre Bardin a prouvé que Georges de Bologne aimait son fils et avait de la considération pour Nanon, la mère de son enfant.

De plus, Saint-Georges n’a pas été tenu à l’écart par Elisabeth, l’épouse légitime de Georges, puisqu’elle prend Nanon et Joseph sous sa protection lorsqu’ils s’enfuient de la Guadeloupe après l’altercation duelliste de Georges qui tue l’époux de l’une de ses cousines au cours d’une beuverie chez l’oncle Samuel.

P. Bardin nous apprend aussi que Saint-Georges a eu de bonnes relations avec sa demi-sœur, Elisabeth-Bénédictine de Bologne et son époux, Etienne Levelu de Clairefontaine, qui se porteront « caution et solidaires dudit Saint-George, envers les personnes qui lui prêteront 12 000 livres pour ses affaires ».

Même lorsque le Roi renonce à nommer Saint-Georges à la direction de l’Académie Royale de Musique à la suite du placet des divas, Louis XVI saura lui rendre hommage en décidant de ne nommer personne et de confier la gestion de cette prestigieuse institution à l’un des intendants et trésoriers de ses « menus plaisirs ».

Sylvie Chalaye, professeur à l’Université de Rennes, a fait rééditer en 2001 chez L’Harmattan Le chevalier de Saint-Georges, texte de théâtre de Roger de Beauvoir, créé au Théâtre des Variétés  en 1840. Dans son introduction, elle écrit notamment :

« Saint-Georges est le premier héros noir à dépasser sa condition de nègre, le seul qui tienne la dragée haute aux Blancs et qui ne suscite ni la pitié, ni la peur, le premier à n’être ni une victime ni un monstre, mais qui a tout pour séduire les dames et rendre jaloux les hommes, même la beauté et l’élégance, caractères sans précédents dans l’histoire de la représentation des Noirs au théâtre. »

Roland Brival, un écrivain guadeloupéen, a publié un roman, chez JC Lattès en 1991 et, tout au long de son récit de 224 pages, il fustige Joseph Bologne. Il l’accuse d’avoir eu une vie somptueuse, faite de galanteries, de privilèges et d’honneurs, et de n’avoir pas eu une réelle compassion pour la misère des captifs africains sur les îles à sucre.

Gabriel Banat, auteur d’une biographie qui fait autorité - intitulée The Chevalier de Saint-Georges, Virtuoso of the Sword and the Bow - publié en 2006 par Pendragon Press, Hillsdale New York -  écrit au chapitre 22, page 231 :

« Ses perspectives de mariage étaient fort minces. Où qu’il puisse aller, épouser une femme blanche lui était interdit et prendre une épouse d’ascendance africaine tout comme lui, aurait signifié la perte de son statut social, de sa ‘caste’, de tout ce à quoi il était parvenu au cours de sa vie, en affrontant tous les préjugés qui se dressaient devant lui. »

Certes, il est concevable que les dames de la cour qui l’admiraient ou que certaines aristocrates qu’il a pu séduire, n’aient pu songer à avoir une relation officielle durable avec lui.

Dire qu’il était difficilement épousable est une affirmation excessive. L’institution du mariage n’était-elle pas alors, plus que de nos jours, une alliance entre deux familles, une association entre deux partis de naissance, d’éducation et de fortune correspondantes ? Ces considérations reviennent à satiété dans de nombreuses œuvres de « La Comédie Humaine » d’Honoré de Balzac.

Il est un fait que la fille de la princesse de Lamballe ou celle du duc de Polignac n’aurait pas davantage pu épouser le fils Durand ou Dupont, voire un héritier de petite noblesse, eût-il le teint plus clair que celui du chevalier de Saint-Georges.

Alexandre Dumas, le père de l’auteur des Trois Mousquetaires, qui deviendra général d’Empire, n’est-il pas dans une situation tout à fait semblable à celle de Saint-Georges ? Tout comme celui-ci, il est originaire des Antilles. Né à Jérémie, il est le fils de Marie-Cesette Dumas, une esclave africaine, et d’Alexandre-Antoine Davy de la Pailleterie, officier du Royal-Artillerie, noble français déchu, propriétaire d’une fort modeste plantation de canne à sucre à la pointe ouest de l’île de Saint-Domingue.

Cela ne l’empêche nullement de rencontrer en 1789, Marie-Louise Labouret,  une charmante jeune fille de dix-huit ans dont le père est propriétaire de l’Hôtel de l’Ecu à Villers-Cotterets, après avoir été premier maître d’hôtel du duc d’Orléans et de l’épouser trois ans plus tard. De leur union naîtra l’un des auteurs les plus connus de la littérature française.

Dans sa biographie, Pierre Bardin mentionne que les mariages interraciaux sont théoriquement interdits. Dans les faits, ce n’était pas le cas et il cite notamment un certain « Pierre Hector, natif de la Martinique qui sert pendant dix-huit ans au Royal Etranger. Il se mariera à Niort, paroisse Saint-André, le 2 décembre 1765  avec Anne Caisse. Trois enfants naîtront de cette union. L’acte de mariage comporte les signatures de tous les officiers du régiment, dans lequel sert le capitaine Pierre Philippe Pinel du Manoir, d’une ancienne famille guadeloupéenne. »

Au fait, sait-on tout d’abord si Saint-Georges a vraiment souhaité se marier ? Peut-on affirmer aussi catégoriquement qu’il était inépousable ? Cette compassion pour le célibat forcé de Saint-Georges est reprise à l’unisson par plusieurs biographes ou des rédacteurs de livrets qui accompagnent les CD des œuvres du Chevalier.

Ainsi sur le livret du « Quatuor Antarès » présentant quatre enregistrements de quatuors de Saint-Georges  ainsi que le Quatuor à cordes en si bémol Majeur K.V. 159 de Mozart, nous pouvons lire :

« La pire des humiliations est sans doute l’impossibilité, chaque jour confirmée, de fonder un foyer. Malgré son talent et sa naissance quelle noble famille accepterait d’accueillir en son sein un homme à la peu noire ? »

Pour les besoins de la démonstration, on cite L’Amant Anonyme, titre du seul opéra de Saint-Georges qui nous soit parvenu. L’auteur du commentaire souligne que Valcour, le héros de cette œuvre lyrique – dont le livret a été écrit par Mme de Genlis et non par Saint-Georges -  n’osant déclarer son amour à Léontine, chante son désespoir par ces mots: « Aimer sans pouvoir le dire ».  Ce leitmotiv a été repris au premier degré en assimilant Valcour à Saint-Georges.

Bien sûr, on omet de préciser que dans cette histoire, Léontine, l’objet de sa flamme, déçue par la trahison de son époux, a fait le serment de ne plus jamais aimer. « Rien ne peut toucher mon cœur », proclame-t-elle au moment où le rideau se lève. Et l’on s’abstient aussi de rappeler que l’amour finit par triompher : « Quel trouble m’agite ! Ma tendresse sera sans cesse le prix d’un si fidèle amour. Plus de larmes, mon cœur est à vous sans retour… » chante Léontine, enfin sensible à la délicatesse et à la constance de Valcour.

Autre point discutable : la musique de Saint-Georges a-t-elle été mise « à l’index » par Bonaparte ? Aucun document officiel ne l’atteste. Ne serait-il pas facile de citer un grand nombre d’écrivains, académiciens ou Prix Nobel de littérature, des musiciens ou des artistes, célèbres et glorifiés de leur temps, désormais connus que de quelques spécialistes?

Dans son Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand, mentionne plaisamment le caractère si souvent éphémère de la gloire des auteurs et des artistes. Au début de la pièce, Rostand fait dire à un bourgeois - venu avec son fils à l’Hôtel de Bourgogne pour y assister à une représentation de La Clorisse, pièce de « Monsieur Balthazar Baro » - qui, reconnaissant des « Immortels de l’Académie » parmi les spectateurs, s’exclame avec exaltation :

Mais… j’en vois plus d’un membre!
Voici Boudu, Boissat et Cureau de la Chambre,
Porchères, Colomby, Bourzeys, Bourdon, Arbaud…
Tous ces noms dont pas un ne mourra, que c’est beau !

Laure Tressens et Vincent Podevin-Bauduin, auteurs d’une monographie, intitulée Le Fleuret et l’Archet, publiée lors d’une exposition à La Guadeloupe pour célébrer le 200e anniversaire de la mort de Saint-Georges, sont plutôt d’avis que «  Saint-Georges fut avant tout un musicien de son époque… La musique des années 1770-1790 se caractérisait par sa légèreté et son charme et le romantisme qui devait triompher par la suite préférait, aux concerts galants, les grands développements des symphonies… »

Pierre Bardin est lui aussi d’avis que « sa musique subit le même relatif oubli que celles écrites par Vivaldi, Bach, Mozart, Rameau ou J.M. Leclair (ce dernier véritablement oublié), supplantées dans le goût du public, et c’était normal par Beethoven, Schubert, Liszt, Chopin ou Berlioz.»

Il est faux toutefois de clamer que Saint-Georges a été oublié au XIXe siècle car son souvenir perdure bien après sa mort. Son nom et ses exploits paraissent dans plusieurs romans de Balzac, notamment dans

La maison du chat qui pelote 1829, Le Bal de Sceaux 1830 et Le Cabinet des Antiques  (1839). Alexandre Dumas, quant à lui, met Saint-Georges en scène dans La pièce d’eau des Suisses , chapitre IX,  du Collier de la Reine, publié en 1849 :

« Parfois un cri d’admiration part du milieu de l’assemblée. C’est que Saint-Georges, le hardi patineur, vient d’exécuter un cercle, si parfait, qu’un géomètre en le mesurant n’y trouverait pas un défaut sensible. »

Ce tableau brossé, Marie-Antoinette va apparaître en traîneau pour une scène où la glace risque de se briser et le comte de Taverney, son chevalier-servant, va se précipiter en patin pour la sauver, dans le jardin versaillais.

Plusieurs autres grands romans de d’Alexandre Dumas tels que Joseph Balsamo (1846) ou Ange Pitou (1849), mentionnent Saint-Georges. En outre, dans ses Mémoires, Dumas parle de l’inimitié entre son père et le Colonel Saint-Georges.

Roger de Bully, dit Roger de Beauvoir, publie fin 1840 un roman de fiction historique à succès, intitulé Le Chevalier de Saint-Georges  lequel – n’en déplaise à ceux qui le dénigrent - est un roman dans la veine des œuvres d’Alexandre Dumas. Ce roman  fera d’ailleurs l’objet de plusieurs réimpressions au cours du siècle.

Au cours de l’année 1840, ce même Roger de Beauvoir fait jouer au Théâtre des Variétés une adaptation théâtrale de son roman en signant ce texte avec Anne-Honoré-Joseph Duveyrier dit Mélesville, auteur de théâtre et metteur en scène reconnu.

(Voir un commentaire sur cet ouvrage dans l’essai Vérité et Fiction)

En 1841, Louise Fusil publie  ses Souvenirs d’une Actrice et parle avec admiration du charisme de Saint-Georges qui fut son partenaire.

En 1922 Lionel de La Laurencie, dans son Ecole Française du de violon de Lully à Viotti, consacre un long développement à la vie et à l’œuvre musicale de Saint-Georges.

Chose intéressante, de même que nous devons à Antoine La Boëssière et à Henry Angelo, deux professionnels de l’escrime, quelques pages sur la personnalité de Saint-Georges et surtout son habileté exceptionnelle comme fleurettiste, Joseph Bologne est cité par presque tous les maîtres d’armes des XIXe et XXe siècles, auteurs de traités ou de livres sur l’histoire de l’escrime.

Les plus grands noms de la maîtrise de l’escrime française Augustin Grisier ou J.J. Posselier dit Gomard, les érudits de l’histoire de l’escrime, Arsène Vigeant, Gabriel Letainturier-Fradin ou plus près de nous Pierre Lacaze, Président d’Honneur de l’Académie d’Armes de France, William M Gaugler, universitaire, archéologue et diplômé maître d’armes dans son ouvrage The History of Fencing, Laureate Press, 1998, Croiser le Fer par Pascal Brioist, Hervé Drévillon et Pierre Serna, éditions Champ Vallon, 2002 ou Richard Cohen dans By the Sword, Random House,  2002, pour ne citer que quelques uns des auteurs et de leurs publications, aucun n’omet de mentionner la virtuosité de ce Chevalier hors du commun qui a l’aura d’un escrimeur de légende.

Ces dernières années, de nombreux ouvrages biographiques lui ont été consacrés. Un nombre croissant d’instrumentistes et de chefs d’orchestre choisissent ses compositions pour leurs programmes

Les œuvres de Saint-Georges ont fait l’objet d’une importante discographie, de plusieurs films documentaires et d’un opéra sur un livret d’Alain Guédé. Récemment, un ballet a été créé à La Havane sur une sélection de musiques de Saint-Georges. Une multitude de sites web ont été créés.

En 2002,  la Municipalité de Paris a décidé de débaptiser la rue Richepance - général qui a participé à la reconquête de l’île de Saint-Domingue après l’insurrection des esclaves menée par Toussaint-Louverture - en rue du Colonel Saint-Georges.

Un spectacle équestre produit par Bartabas, célèbre écuyer, et intitulé Un Africain à la cour – sur un texte de Claude Ribbe, l’un des biographes de Saint-Georges -  a été présenté à Versailles en 2004 et fait l’objet d’un DVD.

Madame Catherine Pizon, Principale du collège V. Hugo de Saint-Yorre (Allier), et son équipe pédagogique ont élaboré un projet pluridisciplinaire autour du chevalier de Saint-Georges tout au long de l’année scolaire 2006-2007. Ce projet couronné par un spectacle théâtral, joué par les élèves du collège les 10 et 11 mai 2007  - dans le cadre de la commémoration nationale de l’abolition de l’esclavage - a remporté un vif succès.

Dernier point et non le moindre, plusieurs cinéastes en France et aux Etats-Unis essaient actuellement de trouver des partenaires financiers pour produire le premier long métrage sur Saint-Georges, sujet digne d’une production à grand spectacle dans la veine d’Amadeus de Milos Forman ou de Farinelli de Gérard Corbiau
par Edouard Boulogne publié dans : Musique.
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Samedi 29 septembre 2007
Mowgli Laps, le ténor du Gosier.
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( Il y a un an je publiais, ici même dans Le Scrutateur un article, sur la très belle représentation du Carmen de Bizet, donnée devant un public enthousiaste au Centre des Arts, de Pointe-à-Pitre, à l’initiative du ténor Guadeloupéen Kaleb Séjor, remarquable titulaire du rôle de Don José, entouré d’une pléiade de chanteurs antillais, dont notre Carole Vénutolo.
Un autre Guadeloupéen progresse dans l’art lyrique, un autre ténor Mowgli Laps. Le Scrutateur publie aujourd’hui l’article paru ce jour sur le blog de François-Xavier Guilherm (voir nos « liens ») .
Souhaitons entendre et voir bientôt, ici, en Guadeloupe Mowgli, et, pourquoi pas, avec la troupe de Kaleb Séjor.
Les jeunes Guadeloupéens brillent déjà parmi les étoiles de l’athlétisme, de l’escrime, du judo, de la politique. Les voilà qui se pointent maintenant au firmament de l’art total, de l’art lyrique.
La Guadeloupe est en pointe. Bravo !
Edouard Boulogne).


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Le jeune Guadeloupéen joue Damino dans La flûte enchantée de Mozart, au théâtre du gymnase. Portrait d’un ténor.
Beaucoup connaissent son grand-père, l’architecte Basse-terrien Georges Nicolas, nombreux connaissent aussi son oncle, Olivier Nicolas, directeur de la communication à la Région Guadeloupe. Et Mowgli, si ce n’est son prénom sorti du Livre de la jungle, peu le connaissent encore, mais il gagne à être entendu ! Né aux Abymes, il y a 26 ans, d’une mère hôtesse de l’air et d’un père agent immobilier, originaire de Metz (d’où son nom), il a commencé à chanter sous la douche ! « Je ne voulais pas me lancer, c’est Fatima Benjamin, ma voisine la prof de chant qui m’a donné envie, et ma mère qui jouait du piano, surtout ! » Mowgli-Laps-1.JPG
Peu après, il décroche son bac à Baimbridge et tente la filière MIAS. « Ca il ne l’a pas fait et puis, c’était mon tour d’aller à Paris… » Il s’inscrit en archéologie, histoire de l’art et au conservatoire. Il enchaîne les petits boulots, intérimaire en manutention, Mac Do pendant sept mois, la librairie du musée du Louvre, un magasin de mode, Biche de Berre… Puis, il intègre une agence d’hôtes et d’hôtesses d’accueil pour laquelle il participe à des défilés de mode.

Les trois ténors.


A Paris, quand il fait connaître ses velléités de chanter, on lui dit : « Il y a peu de ténors, tu pourras trouver facilement des places… » Et à peine a-t-il commencé le Conservatoire qu’il joue déjà des petits rôles dans « La flûte enchantée », en Suisse, à Paris, à Bordeaux… « J’étudiais et je mettais aussitôt en pratique dans des trucs pas trop risqués. » Il devient très vite indépendant et ne court plus le cachet. A 26 ans, Mowgli a déjà incarné Don José dans Carmen, Faust dans l’opéra éponyme (Gounod), Vincent dans Mireille de Gounod. En octobre dernier, il a été sélectionné pour Opéralia, un concours organisé par Placido Domingo, à Valencia (Espagne). Il a fini en quart de finale. Si Placido Domingo est son modèle, Luciano Pavarotti et José Carerras ne sont pas loin. « Le premier CD de ténor que j’ai écouté, c’était Luciano Pavarotti. Il a rendu l’opéra plus accessible sans l’amoindrir. » Début septembre, Mowgli a chanté le fameux aria de Némorimo, Una furtiva lacrima, dans l’Elixir d’amour de Donizzetti. Un opéra joué en plein air dans le XIIIe arrondissement ! « Un spectacle léger qu’on pourrait faire venir en Guadeloupe pour peu cher… ».

Les voix antillaises.mowgli-5.JPG


Mowgli a écouté chanter Carole Vénutolo dans Lyricado, à l’Artchipel, au milieu des années 1990. « J’avais trouvé ça vraiment bon, mais je ne la connais pas. » Lors de ses concerts, il est tombé sur Jean-Loup Pagésy, un basse-baryton originaire de Trois-Rivières. « Mais on n’est pas nombreux… Pourtant les voix du lewoz, des basses et des barytons, sont des voix lyriques, de grosses voix. J’ai grandi à l’Houëzel, au Gosier, et j’ai été élevé à l’antillaise. En Guadeloupe, si on avait un conservatoire, on pourrait détecter de vraies voix ! Il y a un potentiel énorme. Ils ont une voix puissante et pleine. On l’entend bien dans les Chanté Nwel . » Mowgli s’imagine quelquefois chanter Rodolpho dans Carmen ( ou dans « La bohème »de Puccini? cher François;  question du Scrutateur), mais dans une version créole !
A côté de ses grands rôles à l’opéra, Mowgli chante aussi du bel canto, au restaurant parisien du même nom. C’est là qu’il a rencontré une Guadeloupéenne avec une voix de mezzo-soprano. « Elle avait une très belle voix… Une toute jeune fille… Je ne me souviens plus de son nom. »

par fxg publié dans : fxgpariscaraibe
par Edouard Boulogne publié dans : Musique.
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Vendredi 7 septembre 2007
Per cio, Luciano Pavarotti, andrete al paradiso !
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    Luciano Pavarotti est-il le plus grand ténor de tous les temps, comme l’événement de sa mort le fait écrire ici et là ? Pour le savoir il faudrait pouvoir comparer sa voix à celles de tous les monstres sacrés de l’opéra, depuis le surgissement de celui-ci dans la tradition occidentale, en gros depuis le début du XVIIème siècle, et Monteverdi.

Or nous ne possédons d’enregistrements que depuis à peu près 1900, et la technique, à laquelle nous devons l’inappréciable chance de pouvoir encore entendre un Enrico Caruso (mort en 1921), une Melba,  était alors bien sommaire : orchestres à peu près inaudibles, voix bridées, étouffées, retenues.

Heureux sommes-nous, toutefois, de posséder ces documents rares. L’imagination nous permet de suppléer à l’imperfection des restes, comme en  architecture, il est permis de rêver à ce que furent les Pyramides de Giseh, ou le Parthénon avant qu’ils n’aient subis les outrages du temps et de la folie des hommes.

Gardons nous donc de trop prendre à la lettre les approximations des informateurs de la société dite de « communication ».

Quoiqu’il en soit Luciano Pavarotti, qui s’en est allé, était un artiste majeur du monde de l’opéra, un ténor de première force.
De sa voix émanait une impression de puissance incomparable, une luminosité exceptionnelle, un timbre d’une pureté et d’une chaleur unique, une santé aussi, rare, gagnée par la volonté et le travail acharné, sur une fragilité corporelle, malgré les apparences, que les curieux du monde de l’art lyrique connaissaient.

Pour ma part, toutefois, je n’éprouvais pas, à l’entendre, ces émotions immédiatement suscitées par un Nicolaï Gedda, (ténor suédois, un peu moins connu, mais étonnant), qui, dès les premières paroles du Faust de Gounod, « Encore un jour, encore un jour qui luit », par un miracle vibratoire, signifie au mélomane, que cette interprétation va trancher « pour toujours » sur tant d’autres, simplement belles, l’introduit au mystère de la vie et de la mort, du désespoir et de la rédemption.

Ou bien encore,  ce passage du troisième acte de l’Othello de Verdi « Dio ! mi potevi scagliar tutti i mali, etc », où le ténor canadien John Vickers, avec moins de moyens purement vocaux que Pavarotti, peut-être, sait submerger l’auditeur de l’essence du chagrin, du sentiment intime de ce que peut être la solitude d’un être trahi, (ou qui se croit tel) bafoué, avec toute la morbidité qui sourd, exsude de son âme exténuée.

Malgré toutes les qualités du grand ténor, ce registre là, de l’interprétation, n’était pas, il me semble, celui du grand Luciano.

Il me semble. Et je n’entends imposer à personne mon point de vue.

Car il y a un mystère de la rencontre d’une voix et de celui qui  l’écoute. Tant de paramètres interviennent pour susciter l’alchimie intérieure. Tout comme il en est pour ceux qui vous font préférer, entre des instruments musicaux supérieurs, le violoncelle au violon ou au piano, ou le contraire.

Ces très légères réticences n’expriment donc de ma part nul refus, au contraire,  de m’associer à l’hommage universel qui monte en l’honneur de M. Pavarotti.

Mon admiration, un peu latéralement, va aussi à sa personnalité, méditerranéenne, volontiers excessive et truculente.

Je revois Pavarotti, dans l’une de ses prestations célèbres dite des « trois ténors ». Nous étions quelques uns devant la télévision a savourer le divin « show ». 3-t--nors.jpg
Carreras ou Domingo venait de finir un air. Entrait alors, sous les applaudissements crépitants, le grand Lucien, « hénaurme » ! transpirant, son immense mouchoir blanc d’une main, les bras ouverts, le sourire éclatant, et, me semblait-il, carnassier, semblant dire « Je vais me les faire ! Vous savez, tous les matins, j’avale, et Carrerras, et Domingo, dans ma baignoire » !

A chaque reprise de ce petit cirque, l’un des invités, m’adressait en coin un rapide coup d’oeil, complice, amusé. C’était l’un de mes  frères aujourd’hui disparu.

En voici un, de paramètre, (pour parler pédant) qui fait que je ne peux plus revoir Pavarotti, aujourd’hui, et « pour toujours », sans une sorte de nostalgie joyeuse.

Je ne dois pas être le seul à ressentir cette émotion particulière.
Pour cela, et bien d’autres choses encore, qui sont le secret des rencontres, il y a tout lieu de croire que Luciano ira bientôt au paradis.

Per cio, Luciano, andrete al paradiso !

Edouard Boulogne.
 
par Edouard Boulogne publié dans : Musique.
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Mardi 10 juillet 2007
Entre nous.

Saint Georges sur RFO
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  •  Hier soir sur RFO, une heure d’émission, à la télévision sur le Chevalier de St-Georges.
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On le sait Joseph Boulogne ou Bologne (deux orthographes ; j’incline, sans trop savoir pourquoi, pour la première), fut un personnage peu ordinaire, né en Guadeloupe sur la commune actuelle du Baillif, d’un père noble et d’une mère, Nanon, esclave créole originaire du Sénégal.
L’enfant élevé très jeune en métropole, par la volonté d’un père très attentif à son rejeton, fut béni par les dieux et doté de qualités exceptionnelles, pour la danse, l’escrime, notamment, et par dessus t
out la musique.
Bien introduit à la cour de Louis XV, puis de Louis XVI, il fut à la fois gendarme du roi, Don Juan des plus belles dames, chef d’orchestre émérite, violoniste hors pair, et compositeur de premier ordre, certaines de ses compositions ayant pu, dit-on, influencer le divin Mozart lui-même.
Il fut un temps, intime, sur le plan artistique, de la reine Marie-Antoinette, et Louis XVI en voulut faire un directeur de l’opéra de Paris, non sans soulever, pour des raisons raciales, une vive opposition.
Si bien en cour, Joseph ,n’en rallia pas moins la Révolution française, qui pourtant faillit lui coûter la tête, qu’il sauva peut-être grâce à son appartenance à la Franc Maçonnerie.

C’est sur ce personnage hors série que, grâce aux initiatives de Marcel-An
dré Clément et de Jean-Claude Halley, la télévision nous présentait, pendant une heure trop courte, un spectacle bien séduisant.
L’émission a été tournée à Cuba, et l’essentiel des aspects de la vie du Chevalier a été montré, par le discours, et surtout la musique et la danse.
Foule de passionnés de musique, des deux côtés de la scène, et parmi les exécutants du spectacle, pléiade de beaux jeunes artistes, danseurs et metteurs en scène.

Félicitations à tout ce monde, à RFO pour avoir donné à voir et entendre, cet aspect de la culture créole qui se confond, simplement, avec la culture tout court, la culture universelle. Félicitations aux intervenants, à monsieur Buffon, à Marcel-André Clément, et peut-être surtout à Jean-Clau
de Halley, passionné du Chevalier, et qui joue avec tant de constance et d’ardeur un rôle majeur dans la redécouverte de notre éminent compatriote.


2) Visite officielle de Nicolas Sarkozy en Algérie.
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(Photo : Abdelaziz Bouteflika, un grand admirateur de la Suisse).
  •  Ce 11 juillet, à peine rentré de Bruxelles, notre inlassable président de la République est en visite officielle en Algérie.
Un bon point pour lui : il se refuse à toute sorte de repentance sur le passé colonial de la France, ainsi que le préconisent certains français, anciens porteurs de valises du FLN algérien, et leurs fils spirituels (si l’on ose, ici,  ce qualificatif) et même en Guadeloupe, hélas !
On ne vit pas dans le passé dit Sarkozy, et s’il fallait le faire, il n’y aurait pas matière à repentance d’un seul côté. Qu’on se le tienne pour dit.


Nicolas Sarkozy aura sûrement un entretien en tête à tête selon la formule consacrée, avec le premier ministre algérien Abdelaziz Bouteflika.
Peut-être alors aura-t-il en tête sur ce dernier les renseignements bien utiles que je découvre, pour ma part, dans l’ouvrage récemment publié de Jean Mauriac « L’après de Gaulle, Notes confidentielles, éditions Fayard). Mauriac dans ce journal
politique, note en date du 9 janvier 1974, cette confidence qui lui fut faite (il était alors journaliste à l’AFP) par Jean de Lipkowski : « Tout est difficile avec les algériens, me dit-il. Toutes les conversations sont compliquées et pénibles. Après dix ans d’indépendance, ils n’ont pas encore pu se débarrasser de leurs complexes de colonisés, pire, de « départementalisés ». Les Français, ils les haïssent et les adorent en même temps. Nous devons donc nous efforcer de les comprendre plus que n’importe quelle autre nation. Bouteflika (alors ministre algérien des affaires étrangères, note du Scrutateur) va voir Pompidou. Il fait dire à Jobert qu’il ne lui parlera pas des problèmes des Algériens en France, parce qu’il a vidé son sac à ce sujet avec lui lors de leur dernière entrevue. Ce que veut M.Bouteflika, c’est avoir avec Pompidou une conversation « planétaire ». Evidemment, cela ne fait pas très plaisir à Pompidou de se prêter à une conférence planétaire avec le ministre algérien des affaires étrangères. Mais que voulez-vous qu’il fasse ? Il pianotera…. Ce Bouteflika est verbeux, il n’en finit pas de se prendre au sérieux, de s’écouter. Il parle,  parle indéfiniment, jusqu’au moment où il disparaît en Suisse pendant huit jours avec des filles ! ».Touche-toi-mon-pote-copie-1.jpg

Bon courage Nicolas !

Gérard Vergé-Lauriat.

(Photographie d'une icone rapportée de Suisse. Collection particulière : Alger).
par Edouard Boulogne publié dans : Musique.
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    "Vide est le discours de ce philosophe par qui aucun mal n'est soigné chez l'homme. En effet, de même que la médecine n'est d'aucune utilité si elle ne chasse les maladies du corps, de même la philosophie n'est pas non plus utile, si elle ne chasse pas le mal de l'âme". 

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