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Lundi 2 juin 2008

Sécheresse,

de Raymond Joyeux.

(Editions : Les  ateliers de la lucarne).

 

 

 


 

Il est, parait-il deux Sahel.

 

 Le plus connu est ce désert de feu, où planent la mort et la désolation, où chaque pierre, et  les sables, en millions d’escarboucles semblent s’être donnés pour tâche d’absorber, d’épuiser le soleil lui-même.

Il est un autre Sahel, où l’eau profonde et cachée permet, quand les paysans véritables la câlinent, cajolent et doucinent, l’épanouissement de vastes prairies, certes fragiles, où paissent encore de vastes troupeaux.

 

Il est aussi, de par le monde, plus ou moins vastes des rejetons de ce Sahel là, d’autant plus aimés qu’est perçue leur précarité.

 

Telle est cette « Haute Terre », dont est issue le poète Raymond Joyeux, fils de Terre de Haut, ce grain d’un archipel de rêve, les Saintes, au sud ouest de la Guadeloupe.

Raymond Joyeux nous livre ces jours ci un nouveau recueil de cette œuvre poétique qu’il développe depuis de longues années, où mûrit et s’approfondit une pensée, une vision belle et profonde.

 

« Sécheresse » en est le titre lapidaire.

 

Nulle dureté, nulle insensibilité pourtant dans cette succession de 30 poèmes, autant de pierres infiniment précieuses, exhumées d’une terre qui ne livre ses trésors qu’à ceux qui l’aiment, dans sa pudeur, et dans son vouloir vivre deviné derrière son voile de pudeur un peu sèche.



 

« Point de source

sur cette terre

calcinée

mais le sel

qui nargue

la soif

aux fontaines bréhaignes ».

 

Le désert n’est pas qu’un lieu de mort et de mélancolie. Il est aussi le lieu du ressourcement d’âmes d’élites, fuyant la réplétion des outres gonflées d’emphase et de fausses richesses. De Foucauld, les pères du désert.

Cela, Joyeux ne le dit pas. Nulle prédication, nul prêchi-prêcha dans son dire. Mais une suggestion non dite, parmi tant d’autres possibles, toujours en altitude.

On sent que sa Terre de Haut est moins le débarcadère aux touristes en quête de verroterie que les hautes terres où vont en file indienne les chercheurs de sources pures :





 

« Les porteuses

d’eau

en file indienne

transpirent

à petites gouttes

sous le paillis

saumâtre

de leur

seau ».

 

Ou bien encore :

 

« A force d’anhéler

l’iguane

au miroir

sans tain

de la mare

ne reconnaît plus

le peigne édenté

de sa crête ».

 

Qui donc oserait désormais évoquer la prétendue aridité des Saintes qui engendrent de telles pépites, un tel sourcier.

 

Il n’y a pas seulement plusieurs variétés de déserts. 

Il y a aussi pluralité de paternité.

Celle d’abord qui engendre selon la chair, estimable, précieuse, mais commune, et somme toute facile.

Celle ensuite, et surtout, qui engendre selon l’esprit.

 

Raymond qui "genuit" Alain.

 

 Alain, fils de Raymond, diplômé des Beaux Arts de Lyon, et en art thérapie est partout présent dans « Sécheresse ».

D’abord parce qu’il l’enchâsse d’une préface, et d’une postface dense et brillante, aussi parce que chaque poème du père est accompagné d’une photographie, par le fils, de la terre maternelle saintoise.

Les uns et les autres, les poèmes et les photographies, furent pensés, conçus, séparément, sans concertation.

D’où vient qu’elles consonnent si bien, sinon parce que la transmission « tradere » (transmettre → tradition !!)  s’est faite dans la joie, le respect des idiosyncrasies personnelles, et… la réussite. Dans le commentaire du fils, derrière l’objectivité voulue, on n’a point de peine à entrevoir le respect, et l’affection. Toujours cette pudeur discrète dont se voilent la Haute Terre et ses rejetons qui en ont reçu l’âme.

Photographie d’abord prises en couleurs, mais dont le choix du noir et blanc pour la publication me paraît tout à fait congruent à ce que j’ai cru entrevoir de cette oeuvre si attachante.

 

Edouard Boulogne.

 

PS : Les lecteurs qui voudraient lire ce beau recueil, peuvent le commander, pour douze euros,  à

Raymond Joyeux. Adresse internet :raymondjoyeux@orange.fr

 

par Edouard Boulogne publié dans : Littérature. communauté : Livres.
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Vendredi 4 avril 2008
« Ces gens-là » .
(Roman de Virgile Durand, éditions Plon).








Quand Justine, très belle jeune femme de 25 ans, avoue à ses parents, en Guadeloupe où s’achève le roman, qu’elle est maintenant heureuse et qu’elle vivra désormais avec une copine en qui elle vient de découvrir l’amour de sa vie, ceux-ci Jacques et Sophie, pleurent de joie.
On a ainsi la confirmation d’un pressentiment né quelques dizaines de pages plus haut, que cette nouvelle accomplit leur rêve le plus cher, quoique inconscient. Quelques années auparavant Sophie, qui eut une enfance des plus sage, et surprotégée, est en classe terminale d’un lycée privé de Pointe-à-Pitre. Elle porte, en permanence, un très inconfortable corset orthopédique destinée à corriger les effets disgracieux d’une scoliose.

  ( Virgile Durand ).



Elle n’en est pas moins l’objet des soins attentifs de fort jolis garnements de son école. L’un d’eux s’est aventuré sur le terrain mouvant de la maison familiale.
Le soir, au fond du lit les parents de Justine commentent : « -C’est idiot, mais je pensais que son corset lui éviterait au moins ça.
Ce n’était pas idiot car Sophie lui répondit :
-Oui. Moi aussi ».
Jacques et Sophie, à peine quinquagénaires, sont pourtant des gens intelligents et gentils. Ils ne sont ni des « intellectuels », ni d’ardents militants de positions « avancées », des pionniers d’amours marginaux et interdits.
Mais ils sont, l’un et l’autre, les avant-derniers maillons d’une chaîne de malheurs qui commence en Loraine, dans les années 1930, se poursuit en Allemagne dans les camps nazis, se poursuit en Loraine à nouveau, à Paris, puis en Guadeloupe.
Le roman de Virgile Durand est le récit de cet enchaînement, que je n’entreprendrai pas ici de résumer, la tâche du critique n’étant pas de détourner de lire l’objet dont il parle, surtout quand il l’admire, ce qui est ici le cas.
« Ces gens-là », on pense à la chanson de Brel, est le roman du malheur, du fatum, de la misère.
D’une misère qui n’est pas d’abord celle à laquelle on songe, celle des bidonvilles du tiers monde, ou même de l’ancien monde, mais intérieure, psychologique, morale ; celle qui naît de nos frustrations, de nos peurs et angoisses, quand elles s’entremêlent, se renforcent et se confortent aux préjugés, habitudes et aliénations sociales diverses.
La souffrance ici est d’autant plus aiguë qu’elle est subie, se nourrit d’elle-même, presque inconsciente de sa nature. « Chez ces gens-là, monsieur » ! Et le chapitre le plus éloquent et atroce, à cet égard,  est celui consacré à Manon, le quatrième maillon de la chaîne.
Comment s’étonner que Jacques et Sophie, sans presque s’en rendre compte ait pu (du moins en apparence, et jusqu’à un certain point)  « prendre la vie en haine et sa flamme en horreur ».
Ils sont cependant ceux qui ont entrepris, de rompre le « fatum » la fatalité. Les regardant vivre, on reprend espoir. Et si l’aboutissement de leur vœu secret, est le fameux « choix » de Justine, peu conforme aux représentations habituelles de « l’amour vrai », le roman se termine sur une note de joie, et d’espérance,….peut-être.
Virgile Durand est un tout jeune écrivain( la trentaine, à peine), qui, après une scolarité, en Guadeloupe, tout entière menée dans le cadre du collège-lycée de Massabielle, du cours préparatoire jusqu’à la terminale incluse, a fait de solides études d’ingénieur, avant de s’orienter, car « il faut des poètes en temps de détresse », vers le théâtre et la mise en scène.
Ce roman est son premier livre.
C’est, dirai-je, un coup d’éclat, ou mieux : une promesse.
Durand réussit sur un sujet aussi « sérieux » et grave, à tenir en haleine d’un bout à l’autre du parcours. L’écriture est élégante et sobre. Rien de pesant dans ce récit où l’analyse se fait discrète, cherche moins à expliquer qu’à donner à voir, à montrer.
Et cette monstration est profonde, révèle chez l’auteur une réelle acuité du regard, une sensibilité plus suggérée qu’étalée comme trop souvent.
Je ne saurais trop conseiller aux lecteurs du Scrutateur la lecture de ce premier roman qui est aussi une Œuvre.

Edouard Boulogne.

par Edouard Boulogne publié dans : Littérature. communauté : Livres.
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Jeudi 20 décembre 2007
Noël : Un conte de Gisèle de Goustine.

( Il y a quelques années, Gisèle de Goustine, un grande amie de la Guadeloupe, offrit au journal Guadeloupe 2000, ce magnifique conte de Noël, dont les lecteurs du Scrutateur vont bénéficier à leur tour).
Entre-le-boeuf.jpeg
Et le coq chanta.

par Gisèle de Goustine.


Ecoutez-moi,  vous tous   qui avez le cœur doux, le cœur gonflé  de  tendresse, illuminé d'espérance, vous tous qui avez le coeur émerveillé.
Je vais vous chuchoter à l'oreille ce qui m'advint une nuit de Noël, et qui, depuis, est resté pour moi plus beau, plus certain que toutes les tristesses, toutes les incompréhensions du monde..
Le monde, si plein de mystère, n'est ni sourd, ni muet; il répond au langage du coeur.
C'est en cette nuit là que j'ai découvert la joie !
Une joie toujours fidèle, frémissante d'une présence certaine, croyante en la vie, en l'amour, en la compréhension de tout ce qui nous entoure, bêtes et choses.
M'écoutez-vous ? Fermez les yeux....

Je vais vous parler à l'oreille, si bas, si bas, que vous ne saurez pas, lorsque je me tairai, qui, de vous ou de moi, vous a raconté cette belle histoire, plus vraie que vos jouets, que vos friandises, vraie comme le regard infiniment doux de votre maman,la force chaude qui vous pénètre quand vous cachez votre petite main dans celle de votre papa, vraie ! vraie comme la joie de rêver...
C'était le 24 Décembre, Maman me borda soigneusement ; dors, Pierre mon chéri, me dit-elle.
L'an prochain, tu seras un petit homme et nous t'emmènerons à la Messe de Minuit.images.jpeg
Elle baisa mon front et s’en fut, tira la porte lentement, laissant une raie de lumière blonde couper le pied de mon lit. Je m’endormis. Je fus réveillé par des bruits de pas, des portes se fermaient  avec un tintement de clefs ; je me retournais cherchant de nouveau le sommeil, quand je sentis venir vers moi, à pas feutrés mon petit compagnon, le chat. Il était tout noir et soyeux avec de grands yeux de topaze. ?IL se glissa dans mes draps, se roula sur ma poitrine entre mes bras et ronronna.
Mais à ma grande surprise, je m’aperçus qu’il parlait. Il dit : -Dans une heure il sera minuit, Noël ! veux-tu passer cette nuit avec nous ? J’ai obtenu cette faveur pour toi parce que tu es toujours gentil avec les animaux, tu respectes les fleurs , tu n’arraches pas  les branches sans raison, tu ne détruis pas, tu aimes ! Veux-tu me suivre ?
Je m'assis d'un bond, tout heureux des compliments de mon chat, heureux aussi d'apprendre qu'il m'aimait, et très excité à l'idée de passer la nuit de Noël avec lui et ses amis.
—  Je viens ! Je viens dis-je, un pied déjà enfoui dans la laine de mes pantoufles.
—  Mets ta robe de chambre, me dit Minet. Et, sautant au bas du lit il s'assit dans la raie de lumière pour surveiller mon ha-billement.
—  Prends ma queue, dit-il enfin satisfait, car l'escalier descen-du, je t'emmène dans le noir.
Ma main se posa, un peu tremblante, sur la belle queue soyeuse et nous partîmes.
En bas, il se faufila le long de l'entrée, gagna la cuisine déserte et m'entraîna vers le perron au pied duquel une nappe de neige immaculée s'étendait sur le jardin.
Le chien remua frénétiquement la queue en me voyant apparaître, et dit :
—  Sois le bienvenu, petit homme, mon ami, pour toi aussi la nuit de Noël sera une nuit inoubliable.
— Tu peux me libérer la queue, dit le chat gentiment, ronron-nant très fort.
Je me baissai un peu et posai ma joue sur la tête velue de mon chien, regardant autour de moi.
La lune était éblouissante. Une troublante musique enchantait mon oreille.
Le chien nous entraîna vers la basse-cour ; les poules y caquetaient à voix couverte ; je vis des centaines de souris groupées dans un coin.
J'avançais vers elles sans crainte, admirant leurs yeux de jais brillant, mais le chien m'arrêta :
— Viens t'asseoir dans le foin, tu auras chaud, ne bouge   pas, écoute  et regarde   !
Le long de la grange on avait tassé du foin à l'abri de la pluie ; je m'y enfonçai avec délice ; le chien s'assit auprès de moi.
Et le coq chanta !
Il  sortit aux rayons irréels de la pleine lune, suivi des autres coqs, des poules, des canards, des pintades, des oies, des dindons.
Parfois il s'arrêtait en déployant ses ailes, Jamais je ne l'avais entendu chanter de pareille façon : il semblait appeler et prier en même temps.
Derrière les dindons vinrent les souris, toute une jolie famille de hérissons et, solennels, silencieux, tous les chats de la ferme et des environs.
Le coq chanta de nouveau !
La lumière ruisselait sur la neige, l'air pur résonnait tel un cristal.
Le coq se tut sur un magnifique CURUCURUCU UU! qui vibra sans fin de colline en colline.
Dans le silence revenu, je vis s'avancer d'audacieux écureuils à la queue en panache, sautant et pirouettant, derrière eux, les lapins marchaient en remuant gracieusement leurs lon-gues oreilles, puis, venaient faisans et faisannes, perdrix et per-dreaux.
Mais quel ne fut pas mon étonnement en voyant pa-raître de nombreux loups au pelage rouge, marchant flanc à flanc, la tête doucement inclinée.
Toutes ces bêtes, sans hâte, trouvèrent place dans la cour et les jardins. Je les suivais des yeux avec émerveillement, lorsqu'un piétinement sourd se fit entendre : je vis venir les va-ches, les taureaux trapus et magnifiques, les chevaux aux pat-tes velues, aux croupes énormes, les moutons en rangs serrés, avec leurs chiens.
Soudain, se dressant, les ailes ouvertes, le coq chanta plus fort qu'il n'avait jamais chanté.Entre-l---ne.jpeg
Alors, tous les autres coqs, debout sur leurs ergots, l'entourèrent en levant la tête vers le ciel criblé d'étoiles.
Ce fut à cet instant qu'apparurent les oiseaux ; tous les oiseaux des forêts et des champs, des jardins et des cours.
•Je discernais des pigeons, des colombes, des moineaux farceurs, des pinsons aux voix hautes, des rouges-gorges fami-liers, des alouettes escaladeuses d'azur, des rossignols enchan-teurs des nuits d'été.
Jamais vous n'eussiez pensé qu'il y en eût tant et vo-tre étonnement eût égalé le mien.
— Que va-t-il se passer demandais-je au chien ?
Il  secoua la tête sans répondre, mais ses yeux, embués de larmes, ne cessaient de regarder au loin.
Me serrant contre lui j'attendis en silence, pendant que les oiseaux se perchaient sur les arbres blancs de givre.
Les cloches se mirent à tinter au loin dans la campagne. La lune, qui s'était cachée, émergea d'un nuage et nous vîmes   venir une douce brebis toute blanche.
Auprès d'elle, marchait un superbe bélier noir. Un âne  et un boeuf les suivaient. Aussitôt qu'elles aperçurent CE CHARMANT cortège les souris accoururent portant chacune une couche de paille dorée.
Les oiseaux se mirent à chanter éperdument pendant  que la neige se couvrait d'un beau tapis d'or rutilant sur une couche de paille épaisse faisait un lit moelleux.
La brebis blanche poussa un gémissement de lassitude et se laissa tomber au plus profond de la paille souple.
Il y eut un long silence pendant lequel on entendait respirer le sombre bélier anxieux.
Le coq chanta de nouveau !
Le bélier s'avança, écarta la paille haute et désigna de  sa lourde tête le petit agneau resplendissant de beauté qui venait de naître.
Les cloches carillonnaient impétueusement ; ON  entendait des chants au loin qui se rapprochaient peu à peu. Les  oiseaux volaient alentour, chacun jouant son arpège de bienvenue.
Un à un, humblement, les animaux vinrent se prosterner devant le petit agneau blanc couché entre les pattes soyeuses de sa mère.
L'âne et le boeuf alternaient leur souffle autour de lui et l'enveloppaient d'une vapeur d'argent. Chacun portait un présent.
Les crapauds et les grenouilles faisaient des bulles diamantines tout en coassant en cadence. Les hirondelles et les cigognes avaient apporté des pays chauds des fleurs odorantes.
Lorsque tous eurent défilé devant la mère et l'enfant la neige autour d'eux fut couverte de dons précieux. Les cloches sonnaient toujours, proches ou lointaines, selon la brise.
Les oiseaux se répondaient, égayant la basse des crapauds.
Je voulus à mon tour m'approcher du petit agneau dont les yeux s'étaient clos.
• Je me levai pour aller vers lui, mes mains étaient vides, je n’avais pas de chanson ! pas de fleur ! pas de goût rosée ni d'herbe tendre, ni de noisette, ni de petite carotte ciselée comme un corail.
Je ramassais de la neige immaculée et, me mettant à  genoux près de lui, je lui tendis cette blancheur, mais elle fondit entre mes doigts chauds et maladroits.
Mon regard s'éleva vers lui, désolé, suppliant.
Quellee ne fut pas ma surprise de voir à la place de l’agneau un  petit enfant radieux, souriant sur les genoux d'une dame merveilleusement belle.
Je saisis alors mon coeur gonflé d'admiration et d'amour et l’élevai vers  eux dans le creux de mes paumes tremblantes,   il palpitait sous la lune tel un rubis vivant ;undefined mon âme fondait comme une neige tiédie dans mon corps frissonnant d’allégresse.
- Petit Jésus! Petit Agneau de Dieu ! ai-je crié.
Et le coq chanta ! COCOCURUCU-u-u ! Il t'a recon-nu-u-u !
L'aube blanchissait l'horizon.
J'envoyais des baisers à la ronde et, suivi du Minet, regagnais mon lit.
Quand je m'éveillais tous les coqs chantaient.....N-en-Alsace.jpeg


Giselle DE GOUSTINE
par Edouard Boulogne publié dans : Littérature.
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Dimanche 11 mars 2007

Les "Instantanés" de Frantz Quillin. 

Ceux qui sont dégoûtés de la politique, en général,et en Guadeloupe en particulier, mais qui ne veulent pas s'en écarter tout-à-fait, par réflexe "citoyen" (j'emprunte l'adjectif, par dérision, à la pesante et hypocrite langue de bois du politiquement correct) peuvent y jeter un coup d'oeil, amusé, en lisant le dernier livre de Frantz Quillin "Instantanés" publié aux éditions Les presses littéraires.
En 2005, l'auteur a tenu une sorte de journal de la chose, ironique, et tout-à-fait caustique.
Les évènements s'y trouvent, relativisés, et les personnages!
Ceux-ci sont croqués drôlement, avec une cruauté réelle, tempérée d'humour.
Les portraits de José Toribio, de Daniel Marsin, l'actuel maire des Abymes sont particulièrement réussis, pour ne pas parler de celui d' Eric Jalton.

*Le soir du jeudi 7 juillet 2005, l'auteur zappe sur Canal X. Jalton s'y étale : "J'aperçois Eric Jalton qui explique qu'Eric Jalton n'a jamais changé, qu'il a toujours été un progressiste et que le fait qu'il ait été soutenu par Chevry aux Législatives et qu'il figurat sur la liste d'Objectif Guadeloupe ne le gêne nullement pour rejoindre la grande famille socialiste aujourd'hui où il a d'ailleurs des amis qui lui ont toujours été fidèles. Je regrette que l'émission soit soit en rediffusion, ce qui me prive d'interpeler mon ami voisin. Trois minutes plus tard il est d'accord avec une téléspectatrice qui lui dit que seuls les imbéciles ne changent pas d'avis. Eric Jalton parle de lui à la troisième personne, mais le plus grave c'est qu'il joue celui qui n'est embarrassé de rien. Encore plus grave, il est probable que rien ne l'embarrasse vraiment. Malgré tout, ses yeux le trahissent. Cet homme est impressionnant d'assurance embarrassée. Il reflète les aspects les plus réalistes de notre population dans ses contradictions les plus malheureuses.
Eric Jalton, dit-il, a toujours été le premier à défendre ceci ou cela. Eric Jalton agit au nom de valeurs qui sont les siennes, propres, intrinsèques, et qu'on ne connaîtra sans doute pas. Eric Jalton travaille avec acharnement sur le dossier des transports. Eric Jalton ne laisse pas parler les autres parce que ce qu'il a à dire est hautement plus intéressant. C'est l'amour de la représentation politicienne. Ces voltiges de Jalton ressemblent beaucoup au vaudeville chanté par Bazile dans Le mariage de Figaro," etc.

*Le croquis on le voit ne manque pas de justesse. Et nombre de pages sont du même acabit. Par ailleurs monsieur Quillin sait truffer son texte de références littéraires qui ne manquent pas de hauteur. Ici ou là Naipaul, Molière, Queneau, Rousseau ou même le grand Dante de La Divine Comédie viennent conforter l'auteur de leur autorité, sans que cela paraisse jamais artificiel, superfétatoire, ou pédant. La réussite de ces greffes n'est pas l'un des moindres mérites de l'écrivain.

Edouard BOULOGNE.

Post Scriptum à cet article : Le Scrutateur accepte de valider l'envoi de "Dominique", qui cite un certain nombre de productions pseudo "artistiques", en provenance de certains milieux "immigrés" contre lesquels on ne saurait être trop vigilant.
Cependant ce document eut été plus à sa place à la suite de notre article sur 'l'afrocentrisme", par exemple, qu'à la suite d'une opinion sur le livre de Frantz Quillin qui n'a rien à voir avec la frénésie dénoncée, avec raison, par notre correspondant.

Aperçu généré le 11/03/2007 à 22:52:44
par Edouard boulogne publié dans : Littérature. communauté : Livres.
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Dimanche 11 mars 2007

Un conte de Noël antillais, par René Radegonde. 

Ce beau conte de Noël m'avait été donné, en 1983, pour la revue Guadeloupe 2000, où il parut en effet. Notre ami René Radégonde, son auteur, nous a hélas quitté depuis, et c'est en reconnaissance pour cet homme courtois, cultivé, chargé de mémoire et de souvenirs que je réédite aujourd'hui, en cette veille de Noël 2006, cette belle histoire :

DES ABEILLES, BATISSEUSES D'EGLISE.
(Conte antillais pour veillée de Noël).


Conte de Noël : Des batisseuses d'Eglises
(conte antillais pour veillées de Noël).


Lorsque le Père GALIRON prit possession de cette importante paroisse de la Colonie, il avait tout de suite remarqué que des abeilles voletaient ça et là, entre la corniche nord du bâtiment et le bas des tôles qui recouvraient le toit du Presbytère.
Venu du Gâtinais où il avait vu ses parents élever et exploiter des ruchers, il se proposait de consacrer l'essentiel de ses loisirs - s'il en avait -à "chouchouter" ces intéressantes bestioles. Déjà, il pouvait observer, non loin de là, un morne couvert de campêches et d'acacias, où ces butineuses devaient aller puiser le délicieux nectar qui était, sans doute, là-haut. Hélas ! peu de temps avait suffi pour qu'il se rendît compte que le berceau de son rêve touchait à son tombeau... Pour atteindre ces "cassaves" aux alvéoles gorgées de miel, il faudrait ou bien couper les tôles par dessus le toit, ou bien entailler les lambris qui protégeaient le grenier.
Or, ni l'un ni l'autre n'étaient pensable. Il en était donc venu à considérer ces abeilles comme faisant partie de son univers quotidien tout comme SHERIF le matou, BAROUDEUR le chien ou BAVARD le vieux cheval grisonnant qui avait porté plusieurs prêtres avant lui, au chevet des malades, au loin dans les campagnes.
Deux années déjà s'étaient écoulées depuis qu'il était Curé de cette paroisse. A son arrivée, on l'avait prévenu que les habitants de cette commune n'étaient pas tous des "Enfants de Choeur". Non pas qu'ils fussent athées ou mécréants ; au contraire, il y avait au sein de cette population une pratique religieuse de tradition, mais qui se manifestait avec la plus grande fantaisie. Il s'en était bien aperçu : A certaines fêtes liturgiques, c'était la grande foule ; alors qu'à certains dimanches ordinaires c'étaient les mêmes, peu nombreux, qu'on voyait aux offices.
Cette année-là, il avait obtenu de l'Evèque du diocèse l'autorisation de supprimer, à Noël, la Messe de minuit. Il avait remarqué, disait-il, que les fidèles des deux sexes venaient recevoir la Communion après avoir participé à des beuveries et à des mangeailles pour le moins, incongrues.. Il n'y aurait donc qu'une seule Grand' Messe, le matin du 25, à neuf heures.
A cet effet, il avait confié à Augustin, le sacristain et à Irène, la ménagère, de procéder à une toilette soutenue de l'Eglise. L'encensoir, les chandeliers, les lustres, tout ce qui était cuivre ou maillechort devait briller du plus vif éclat. Entre temps, une nouvelle désagréable lui était parvenue : les fidèles et tous les autres refusaient en bloc la suppression de la Messe de minuit. Les autres, c'étaient les commerçants du Bourg, les tenanciers des bistrots, les marchandes de gâteaux, de cacahuètes et de "grabiots". De bouche à oreilles, une adroite propagande était menée pour le "boycott" systématique de la Messe du Jour.
Le jour venu, il commença sa messe avec 42 assistants, vieillards et enfants compris. Le refus était quasi-total ; même les filles de la chorale avaient boudé la Messe. Son amertume était grande. Mais, ce premier écueilsur lequel venait d'achopper son sacerdoce, ne devait point le catastropher outre mesure. Il était jeune, ouvert, patient, il savait que l'imposture contre l'Eglise n'est jamais qu'une condamnation de soi-même et que l'Eglise en était toujours sortie victorieuse. Il commença et continua sa Messe avec calme et sérénité. Il était à la fin du Pater, quand, soudain, il vit tous les assistants se jeter à genoux, se relever et sortir précipitamment des bancs. Il comprit tout de suite que ceux qui s'en allaient ainsi n'étaient point des contestataires, mais des apeurés, des inquiets... "Que se passait-i?." Encore quelque gaffe, sans doute ".
Il rejoignit en hâte Augustin et Irène qui. eux aussi, avaient fui vers la sacristie. Il les trouva tout tremblants de peur, en compagnie d'un troisième larron qu'il n'avait jamais vu. C'est alors qu'Augustin lui expJiqua : Hier, vers les 17 heures, il voulait passer un chiffon imbibé d'alcool à brûler sur le visage des statues. Arrivé à celle de St Joseph, l'échelle sur laquelle il avait grimpé, glissa contre le mur et cassa, en tombant, le bras droit de la statue de St Joseph. Pris de peur panique, il ne savait comment réparer ou avouer sa maladresse. Alors, il se rappela qu'à la sortie du Bourg, habitait un certain Emmanuel, appelé communément Mano : et dont tout le monde disait :"Mano ka samme Saint-Joseph". Lui-même. Augustin, avait constaté cette étrange ressemblance. Il alla donc trouver Mano et lui demanda de remplacer, au pied levé, pour la durée de la Messe la statue abimée. "Ouaille ! avait crié Mano. ça ké in pé raide". Mano n'avait jamais mis les pieds dans une Eglise : cela lui paraissait une tâche monstrueuse. Mais, il y avait au bout les cinq francs qu'Augustin lui offrait pour, seulement, rester immobile une heure ; il. accepta donc l'entreprise avec tous les risques qu'elle comportait.
Bien avant 8 heures, le 25 au matin, Mano était rendu à la sacristie. Il aida Augustin à porter la statue dans une armoire, au bas du clocher. Puis, il revêtit une tunique blanche à rayures mauves qu'Irène avait remaniée pour la circonstance. Il prit dans sa main droite le lys blanc cueilli le matin même dans la cour du Presbytère et il s'installa sur le socle, resté vide dans la Chapelle.
Tout semblait bien se passer. On était déjà aux trois quarts de la cérémonie, lorsque, subitement, les choses se gâtèrent. Et Mano explique comment :
Avant de quitter sa maison, Mano avait jugé sage de prendre un copieux "didico". C'était une bonne ration de farine de manioc mélangée à du bon sirop de batterie. De peur d'être en retard, il n'avait pas lavé convenablement son visage. Sa barbe n'était jamais rasée ; mais coupée aux ciseaux. Des grains sirupeux de farine lui étaient restés aux commissures des lèvres.
Tout-à-coup. survint une abeille. puis deux, puis trois. Mano extirpa doucement ; deux abeilles partirent ; mais la troisième, plus irrespectueuse, décida de "travailler à domicile". Tout de go, elle se logea dans une narine de Mano. Celui-ci souffla de toute la force de ses poumons, tapa fortement l'insecte et s'enfuit vers la sacristie, par la petite porte de la chapelle. "- Vous m'avez fait du beau, vous !" Jusqu'à ce matin, j'avais affaire à des égarés me voilà ; maintenant confronté à des faiseurs de miracle ".. cria le Père, en levant les yeux au ciel, comme s'il prenait celui-ci à témoin. '
Puis, maîtrisant sa colère, il se tourna résolument vers les trois inconscients qui lui faisaient face et leur dit
Savez-vous que votre histoire idiote achèvera d'éloigner définitivement les gens de cette commune de la pratique religieuse ? Ils ne manqueront pas de croire que j'aurai cautionné votre rapide action. Et. jetant un regard vers le Tabernacle, il prononça tout bas : "- Demain, je dirai la vérité aux fidèles. Qu'ils me croient ou non, il ne me restera plus qu'à demander mon déplacement".
"- Non, Monsieur l'Abbé, protesta Mano, vous ne partirez pas! J'ai à vous parler".
Etrange ! pensa le Père. Voilà un pauvre type, minable au point de se laisser travestir au sein de l'Eglise, pour quelques pièces de monnaie et qui semble, maintenant, s'opposer à mon départ. En tout état de cause, ma qualité de Prêtre ne me laisse pas le droit de refuser de l'entendre. Il dit à Mano de s'asseoir. Il ordonna à Augustin de fermer totalement l'Eglise et envoya Irène chercher un flacon de colle. Il colla soigneusement le bras de la statue et fit porter celle-ci à sa place restée vide. Puis, il rédigea un avis de
messe en ces termes : Jeudi, 26 Décembre, 8 heures : Messe en l'honneur de Saint Etienne, martyr.
Le Curé de la paroisse donnera des indications sur l'incident survenu ce matin, pendant la Messe. Ses serviteurs étant partis, il se mit à écouter Mano, dans son plus pur créole "de cuisine" que le Père Galiron comprenait parfaitement, il commença son récit :
" Monsieur l'Abbé, ma mère m'a toujours dit que j'ai été baptisé dans cette Eglise. Je n'ai jamais été à l'Ecole. Encore moins à l'Instruction Religieuse. J'ai une soeur que vous devez connaître ; c'est Judith, la vendeuse de cierges à l'Eglise". Notre père, en mourant nous a laissé une portion de terre de 3 hectares; c'est la colline que vous apercevez d'ici, en face de l'Eglise. Plus tard, notre mère, à son lit de mort, nous a demandé de jurer que nous ferons don à la Cure de ce terrain, pour y bâtir une grande Chapelle, l'Eglise d'en bas s'étant avérée trop petite. Ma soeur a juré. Moi, j'ai refusé de le faire. D'où une brouille mortelle entre nous depuis vingt ans. J'ai reçu des offres mirifiques de la part des "Békés et de Société Industrielle ; Judith les a toutes rejetées. Or, on ne partage pas un morne, impropre à toutes cultures. Seul, le sommet attire les constructeurs potentiels de chalet de plaisance..." Jusqu'à ce matin, ce litige existait entre nous, attendant que le destin eût fait son choix, c'est-à-dire que l'un de nous disparût et que l'autre disposât de la terre, selon son gré. J'avoue que je suis entré dans cette Eglise dans le but seul d'accomplir, contre paiement, une tâche presque impossible. Mais, dès l'instant où vous avez commencé votre Messe, vos paroles, vos chants, vos prières, sans les comprendre, ont pacifié en moi les instincts mauvais et préconçus que j'avais en entrant. Je ne parvenais pas à comprendre pourquoi il ,y avait si peu de gens à assister à de si belles choses. Je trouvais votre calme, votre patience admirables, devant les bancs vides". Or, la venue de ces impertinentes abeilles a tout gâché ; j'ai donc décidé de réparer le tort que tous trois, nous vous avons fait. Je veux vous aider".
Vous devez trouver bien absurde qu'un jean-foutre de mon espèce parle d'aider un Prêtre. Mais, attendez !
Demain, vous aurez une foule nom-breuse à votre Messe. Il y aura les fidèles, il y aura les froussards, il y aura les curieux. Vous dénoncerez publiquement notre supercherie qui vous a fait tant de mal. Puis, vous annoncerez à tout ce monde-là que, d'accord avec sa
soeur, Mano, le renégat, Mano le vagabond, accepte de faire don à l'Eglise de la terre sur laquelle sera bâtie la nouvelle chapelle tant attendue..
L'an prochain, à cette même date, vous inaugurerez votre deuxième Eglise, par une magnifique Messe de Minuit - car vous la leur rendrez, leur Messe de Minuit ? - Ainsi, vous aurez définitivement rétabli l'équilibre entre vos fidèles et vous. Vous aurez jeté dans un plateau de la balance votre esprit de tolérance; et les fidèles ne manqueront pas d'apporter dans l'autre, l'abstinence que vous leur demandez, en cette nuit sa
crée....
Trente années ont passé. Augustin était mort, Mano aussi. Irène, septuagénaire, regardant cette foule de pèlerins venus de tous les coins de l'Ile, assister au Chemin de Croix du vendredi Saint, disait : "Hélas ! je ne peux plus monter là-haut ; mais, je n'oublie point le miracle qui a présidé à l'édification de cette chapelle. Les abeilles que l'on voit encore voler autour du Presbytère y ont contribué pour une large part. Elles ont tissé de leur dard la trame d'une histoire de fous qui aura bien tourné...".

René RADEGONDE.

Aperçu généré le 11/03/2007 à 14:29:56
par Edouard boulogne publié dans : Littérature.
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    "Vide est le discours de ce philosophe par qui aucun mal n'est soigné chez l'homme. En effet, de même que la médecine n'est d'aucune utilité si elle ne chasse les maladies du corps, de même la philosophie n'est pas non plus utile, si elle ne chasse pas le mal de l'âme". 

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