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Lundi 7 juillet 2008

.Signer la pétition avec Christine Boutin ?

 

Je lisais hier dans le journal action Française 2000, un intéressant article de M.Michel Fromentoux (voir ci-dessous), sous le titre éloquent « Ventres à vendre ».

Ce matin je reçois l’invitation à signer (ce que j’ai fait, la pétition à ce sujet, lancée par le ministre madame Christine Boutin .

Je la reproduis après l’article de Michel Fromentoux. A vous, lecteurs amis de voir ce que vous jugez devoir faire à ce sujet, en votre âme et conscience.

Edouard Boulogne.

 Ventres à vendre.

 

Bataille de dames ce vendredi 27 juin au sein du gouverne­ment Fillon. Mme Nadine Morano, secrétaire d'État à la Famille (!). venait de déclarer qu'elle était fa­vorable à la légalisation du recours aux mères porteuses comme une commission sénatoriale venait d'en envisager la possibilité ; elle avait ajouté qu'elle-même donnerait vo­lontiers l'exemple en portant l'enfant de sa fille si celle-ci souffrait d'un mal­formation utérine.

Il n'en fallut pas plus pour réveiller sa collègue, Mme Christine Boutin, mi­nistre du Logement, dont on croyait qu'elle avait perdu sa langue et sa morale en entrant dans l'équipe de M. Sarkozy. Jugeanl « surprenants » les propos de Nadine, Christine a dé­claré : >< Je ne peux imaginer que Mme Morano. en charge de la fa­mille, n'ait pas envisagé les consé­quences familiales, psycholo­giques et éthiques de son accep­tation du principe de pouvoir être la mère de ses propres petits-en­fants. » Et d'annoncer le lancement d'une pétition pour alerter l'opinion. C'est montrer l'aberration d'une loi qui avait été écartée des lois de bioéthique votées en 1994 et à la­quelle certains s'évertuent déjà à préparer de nouveau l'opinion.

 

Le "droit à l'enfant"

 

Gageons que dans les mois qui viennent tout sera entrepris pour émouvoir et manipuler les cœurs tendres, dans le plus pur style du procès de Bobigny qui, étant un cas extrême de détresse, avait retourné l'opinion en 1974 en faveur de l'avortement. Cette fois on fera verser des larmes sur le sort de pauvres femmes qui veulent avoir un enfant que des difficultés utérines les empêchent de porter elles-mêmes. On dira qu'elles ont le droit de se faire prêter le ventre d'une autre femme, comme si le droit à l'enfant était un absolu justifiant les moyens les plus antinaturels...

Dans cette affaire, une fois de plus, les adultes se comportent en égoïstes, ne cherchant qu'à se faire plaisir. Le besoin de pouponner éclipse le souci du bien de l'enfant que l'on conquiert de force. Est-ce un "cadeau" que de le faire naître au sein d'un imbroglio juridique, bio­logique et psychique ? Entre sa mère par le sang et sa mère "gestatrice", comment s'y retrouvera-t-il ? Quels seront ses repères généalogiques ? Comment réagira-t-il quand il ap­prendra que celle avec laquelle des liens inévitables se seront tissés pen­dant neuf mois n'est pas sa vraie mère ? Et que se passera-t-il si, après l'accouchement, la mère por­teuse refuse de rendre l'enfant à la mère commanditaire ? Ne risque-t­’on pas d'assister à un commerce illi­cite proposant aux femmes dans le besoin de vendre leur venlre à au­trui ? La dignité de la femme y trou­vera-t-elle son compte ? Et si la por­teuse boit ou transmet quelque ma­ladie à son petit "pensionnaire", que feront les parents ? Enfin ne serait-il pas plus sage de faciliter l'adoption par les couples stériles ? Si la loi vient à passer, les hommes de loi auront de beaux jours devant eux, mats le sort de l'enfant n'aura rien d'enviable. Surtout si cette pratique venait à intéresser les homosexuels en mal d'enfant... Imaginons un en­fant qui se retrouverait avec deux papas el deux mamans... Le pauvre naîtrait condamné au strabisme psychologique !

Pensons ici à la belle et célèbre page de Maurras dans La politique naturelle, montrant autour d'un ber­ceau l'empressement du cercle fa­milial à donner au petit être tout son amour de façon clémente et hu­maine, tout ce par quoi l'avènement de la vie de l'homme, contrairement à celle du petit poussin, « touche des profondeurs de physique mystérieuse ». Comment l'enfant qui ouvrira les yeux sur des per­sonnes dont il ne saura pas bien auxquelles il doit le plus la vie se sentira-t-il accueilli ?

 

michel fromentoux.

 

Signer la pétition avec Christine Boutin ?

 

 






  
/*Christine BOUTIN*/

   /*Présidente du Forum des républicains sociaux*/

   /*Ministre du Logement et de la Ville*/

   Madame, Mademoiselle, Monsieur, chers amis,

   Suite au rapport du Sénat sur les mères porteuses, vous savez sans
   doute que je me suis élevée avec force contre tout projet de
   législation autorisant la « gestation pour autrui ». Cette grave
   question sera rediscutée dans le cadre de la révision des lois
   bioéthiques, mais c'est dès maintenant qu'il faut nous mobiliser
   contre ces dérives potentielles. Si vous n'avez pas encore signé la
   pétition que j'ai lancée, il vous suffit cliquer sur le lien suivant
   pour y accéder :* **www.thematiquefrs.org*
   <http://www.thematiquefrs.org/>    Merci de diffuser largement ce
   message autour de vous, et de faire circuler la pétition à toutes
   vos relations soit en utilisant la fonction "transférer" de votre
   boîte électronique, soit sous forme papier (vous la trouverez à la
   même adresse Internet). Les progrès de la science ne doivent pas
   tout permettre ! Réagissons !Merci pour votre soutien à cette action.

   Bien cordialement.

   








 

 

par Edouard Boulogne publié dans : Ethique. communauté : Libre parole
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Mardi 18 mars 2008
Euthanasie : Le bras de fer.



Eutha-2.jpeg








( Depuis des jours, et il semble que la campagne "d'information" (!) ne fasse que commencer, la presse et particulièrement la presse audio visuelle , parle du cas de madame Sébire , atteinte d'une maladie douloureuse, et déformante, qui demande  à être euthanasiée. Madame Sébire,  à l'égard de qui l'on ne peut rester indifférent (qui d'entre nous ne redoute, pour son propre compte, de se trouver un jour dans une situation comparable?) , ne s'est pas suicidée, elle réclame, sur un ton militant une loi  qui légalise l'euthanasie.

Son désir n'est pas sans poser problème.

La civilisation occidentale passe par une crise des valeurs fort grave. Des groupes de pression très influents, bien organisés, bien placés aux centres stratégiques de manipulation de l'information, s'efforcent de faire sauter, un à un, les barrages que la sagesse philosophique et religieuse, avait, au cours des siècles construits pour faire obstacle à la faiblesse, et/ou à la barbarie humaine.

En jouant sur les sentiments, la pitié, qui peut être dangereuse (voir sur ce point le roman de Stéphan Zweig : La pitié dangereuse ) elle veut faire évoluer la législation, en escamotant  la complexité des problèmes, les risques de l'irréflexion et la vérité de l'adage poupulaire sur l'enfer qui est pavé, parfois,  des meilleures intentions. (Si en l'occurence, bonnes intentions il y a).

Il ne faudrait pas oublier qu'au 20ème siècle, une nation civilisée, passant par une phase de régression, je veux parler de l'Allemagne nazie légalisa l'euthanasie.  Un décret, signé adolf Hitler spécifia : "Le Reich-professeur Bülher et le docteur  en médecine Brandt sont, sous leur responsabilité, chargés d'étendre l'autorité de certains médecins, à distinguer personnellement par la mort, les personnes qui, dans les limites du jugement humain et à la suite d'un examen médical approffondi, auront été déclarés incurables".

Derrière les formules prudentes, et les réserves apparentes, on sait quel "humaniste" se dissimulait, et quels crimes furent commis. 

Pour aider à se faire une opinion personelle réfléchie, je publie aujourd'hui un article du philosophe Gérard Leclerc paru dans l'hebdomadaire France Catholique. Le Scrutateur reviendra dans de prochaines éditions sur ce redoutable problème de l'euthanasie.

Après l'article de M. Leclerc, je reproduis aussi le texte intégral du Serment d'Hypocrate, l'un des fondements de notre civilisation, qui est aujourd'hui gravement remis en question.

Edouard Boulogne).



Euthanasie-1.jpeg




Euthanasie : le bras de fer, par Gérard Leclerc.

dimanche 16 mars 2008.

Cette fois, l’orchestration ne fait plus aucun doute. Le cas de Chantal Sébire, cette femme de 52 ans souffrant d’une tumeur maligne de la face et qui demande le suicide médicalement assisté, est l’objet d’un bras de fer emblématique.

C’est la mobilisation générale de part et d’autre d’une ligne de fracture. Elle sépare les tenants de la lé­­­gislation actuelle (la Loi fin de vie dite Leonetti de 2005) des militants d’une dépénalisation de l’euthanasie. L’offensive appartient à ces derniers. Leur arme fatale  : un visage et l’énergie désespérée d’une femme qui souffre physiquement et moralement. Pour entretenir l’émotion qui risquait de se dégonfler aussi vite qu’elle avait été projetée dans l’actualité, ils ont calculé leur ca­lendrier avec divers re­bondissements

D’abord, c’est l’annonce des contacts établis avec la patiente par l’ADMD et son président, Jean-Luc Romero, en pleine campagne de ce lobby sur les députés. On a du mal à penser que l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité ignorait tout de la situation de Chantal Sébire quand celle-ci s’est exposée médiatiquement sur France-Télévision et auprès de l’Agence France Presse.

Ensuite, c’est le dévoilement d’un projet d’action en justice qu’on annonce « originale »  ; Maître Antonowitcz, vient de la mettre en œuvre, niant toute idée de « procédure farfelue » ou « fantaisiste ». C’est en délégation et devant les caméras que la patiente, sa fille, son avocat et Jean-Luc Romero sont sortis du tribunal de Dijon le 12 mars. Un juge les avait écoutés. Un verdict était attendu pour le 17 mars.

Jean-Luc Romero, qui s’est fait un nom dans le théâtre médiatique, croit devoir affirmer  : « Je suis confiant ». Cautionner des élucubrations juridiques qui ne convainquent pas les juristes permet d’entretenir le suspens et de préparer les manifestations de colère et de déception que ne manquera pas de provoquer le refus de la justice d’accéder à la demande des plaignants. Leurs réactions seront d’autant plus médiatisées.

La famille Sébire fait d’ail­leurs peine à voir, non seulement à cause de cette maladie qui mine inexorablement la santé et l’apparence de Chantal Sébire, mais aussi par l’instrumentalisation de sa situation qui l’a fait entrer, selon les propres dires de sa fille aînée « dans une spirale » qui, parfois, la « dépasse ». Car toute l’ambivalence sordide d’une certaine pitié s’exhibe désormais dans la presse. On ne s’étonnera pas que France Dimanche titre « Atteinte d’une tumeur insoignable, elle se voit petit à petit transformée en ‘monstre’ », suivi d’un poignant  : « Par pitié, M. Sarkozy, laissez-moi mourir  ! ».

Même le quotidien Le Monde a fini par s’y mettre en titrant un entretien annoncé en Une  : « Chantal Sébire, ‘littéralement mangée par la douleur’, réclame le droit d’anticiper sa mort ».

Face à cette déferlante, le dispositif Leonetti pare les coups avec sang-froid. Même si Bernard Kouchner a jugé la loi "insuffisante", estimant qu’il faudrait la "compléter", plusieurs autres ministres, à commencer par le premier d’entre eux, appuient les arguments de l’auteur de la loi fin de vie. Jean Leonetti avait expliqué qu’on ne devait pas légiférer sous le coup de l’émotion. Évoquant « le droit à la vie » Rachida Dati a souligné que « la médecine a d’abord pour vocation de sauver la vie ». « à titre personnel, je considère que la médecine n’est pas là pour administrer des subs­tances létales » a ajouté le Garde des Sceaux. François Fillon, tout en s’associant à l’émotion générée chez les Français par la situation de Madame Sébire, reprend finalement la posture de Jean-Pierre Raffarin, son prédécesseur, du temps de l’affaire Humbert, en déclarant  : « Je pense qu’il faut avoir la mo­destie de reconnaître que la société ne peut pas répondre à toutes ces questions ».

Quant à Christine Boutin, mettant en garde contre la « société barbare » vers laquelle nous irions « si l’on fait sauter le verrou » en donnant le droit à une personne de tuer une autre, elle s’est interrogée sur les soins antidouleurs reçus par la patiente. Et, effectivement, c’est sur ce point que convergent les doutes des experts avec, finalement, la suspicion d’une scandaleuse manipulation. Plusieurs médecins que nous avons interrogés se disent dégoûtés par ce qui est affirmé à propos des douleurs de Chantal Sébire. Privés d’accès au dossier médical, ils sentent la médecine prise en otage dans un choix truqué, comme si il n’y avait comme solution que, d’un côté, la mort à petit feu dans d’a­troces souffrances physiques et, de l’autre, l’euthanasie par suicide médicalement assisté.

Or, comme pour l’affaire Humbert, la volonté de « maîtriser la mort », bien compréhensible mais devant laquelle il ne faut surtout pas céder, s’accompagne du refus des solutions so­ciales ou médicales (notamment analgésiques) qui pourraient être proposées. Il semble même que ces propositions sont caricaturées. Dépêché par le président Sarkozy, son conseiller pour la santé, le professeur Arnold Munich a proposé à Chantal Sébire qu’un collège de médecins lui donne un « nouvel avis médical ». Son cas ne serait pas aussi « limite » qu’il est spectaculaire. D’ailleurs c’est le choix de la mort comme dernière liberté pour tous que prône l’ADMD. Quitte à refuser toute proposition d’accompagnement, on somme la médecine de tuer. Déboutée comme prévu lundi, Chantal a prévenu : elle ne fera pas appel, ayant désormais les moyens de se suicider…

Gérard Leclerc.


Serment d'Hippocrate.


Hyppocrate.jpeg  ( Hyppocrate, le père de la   médecine).



Traduction de Littré.


"Je jure par Apollon médecin, par Esculape, Hygie et Panacée, par tous les dieux et toutes les déesses, et je les prends à témoin que, dans la mesure de mes forces et de mes connaissances, je respecterai le serment et l'engagement écrit suivant :

Mon Maître en médecine, je le mettrai au même rang que mes parents. Je partagerai mon avoir avec lui, et s'il le faut je pourvoirai à ses besoins. Je considérerai ses enfants comme mes frères et s'ils veulent étudier la médecine, je la leur enseignerai sans salaire ni engagement. Je transmettrai les préceptes, les explications et les autre parties de l'enseignement à mes enfants, à ceux de mon Maître, aux élèves inscrits et ayant prêtés serment suivant la loi médicale, mais à nul autre.

Dans toute la mesure de mes forces et de mes connaissances, je conseillerai aux malades le régime de vie capable de les soulager et j'écarterai d'eux tout ce qui peut leur être contraire ou nuisible. Jamais je ne remettrai du poison, même si on me le demande, et je ne conseillerai pas d'y recourir. Je ne remettrai pas d'ovules abortifs aux femmes.

Je passerai ma vie et j'exercerai mon art dans la pureté et le respect des lois Je ne taillerai pas les calculeux, mais laisserai cette opération aux praticiens qui s'en occupent. Dans toute maison où je serai appelé, je n'entrerai que pour le bien des malades. Je m'interdirai d'être volontairement une cause de tort ou de corruption, ainsi que tout entreprise voluptueuse à l'égard des femmes ou des hommes, libres ou esclaves. Tout ce que je verrai ou entendrai autour de moi, dans l'exercice de mon art ou hors de mon ministère, et qui ne devra pas être divulgué, je le tairai et le considérerai comme un secret.

Si je respecte mon serment sans jamais l'enfreindre, puissè-je jouir de la vie et de ma profession, et être honoré à jamais parmi les hommes. Mais si je viole et deviens parjure, qu'un sort contraire m'arrive! "































































par Edouard Boulogne publié dans : Ethique.
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Mardi 11 décembre 2007

La tragédie de Vincent Humbert (suite).

( L'article du journal La France Catholique, que je reproduis ci-dessous, éclaire d'un jour très cru les moeurs particulières, et terroristes, d'une part importante des milieux médiatiques en France à l'ère du "politiquement, moralement, religieusement correct". E.Boulogne).

VH.jpeg (Vincent Humbert).
D’où vient cette voix qui ose encore contester les conditions de la mort de Vincent Humbert  ? Portrait d’Hervé Messager qui fut son kinésithérapeute pendant près de deux ans.

"Son kiné parle"  : "Vincent ne voulait pas mourir". C’est à l’écoute de RTL, sa station favorite, que, le jeudi 29 novembre, Hervé Messager apprend le titre choc qui barre la Une du Parisien-Aujourd’hui en France dont il a reçu la journaliste deux jours plus tôt. L’homme n’est pas près d’oublier le premier commentaire qu’il entend. Le kinésithérapeute « reconnaît être catholique pra­tiquant » prétend le chroniqueur. Stupéfaction pour celui dont Le Parisien a pourtant précisé qu’il n’était « pas marié à l’Église » et que ses enfants n’étaient pas baptisés. Samedi, trois jours après l’explosion mé­diatique, Hervé Messager se dit « épuisé, mais soulagé » : « Je m’y attendais, mais pas à ce point ». Entre le standard de l’hôpital et son téléphone fixe, dont le numéro avait été laissé à la journaliste du Parisien, ce fut une déferlante d’appels. Com­ment se concentrer sur ses patients  ?

Pendant que sa messagerie sature mettant son téléphone « en carafe », Hervé Messager a subi, jeudi à midi sur Sud Radio, son premier lynchage télépho­nique. L’interviewer est expert en guet-apens. De son côté, le journaliste de La Voix du Nord exige une réponse « sinon on met une page blanche sous votre nom ». Hervé s’exécute. Un peu partout, les limiers sont en campagne. « Certains veulent prouver que je suis fou et manipulé. » Le maire de Berck-sur-Mer été appelé. « Heureusement qu’on se connaît  : il a dit que j’avais toute ma raison ». Même réponse d’une infirmière générale. Le kiné fait face à une tempête qui n’a rien à envier avec celles qui balaient épisodiquement l’im­mense plage de Berck jusqu’à ensabler le seuil des maisons. La sienne est cachée dans la verdure du bocage. Il s’y réfugie pour souf­fler, tenter un Sudoku ou s’a­donner à son loisir favori, le billard anglais. Se sont succédé là « après le boulot », les caméras de Canal+ puis de France 3 pendant qu’à Paris, sur le plateau de LCI, le journaliste pouvait prendre à témoin son public contre « le petit kiné qui n’a pas daigné venir » se confronter à Marie Humbert.

Au 20 heures de TF1, jeudi soir, la mère de Vincent avait déjà la part belle. L’icône médiatique est toutes griffes dehors contre le kiné taxé de « mensonge » et de « méchanceté gratuite ». Pour minimiser son témoignage, elle affirme, sans lui répondre sur le fond, qu’Hervé n’aurait été kiné de Vincent que 5 mois (Le Parisien), 6 mois (France soir) ou 8 (RTL), avec des durées qui s’échelonnent de « 5 minutes une fois par semaine » (La Voix du Nord) à « une à deux heures maximum par semaine » (France soir). Face à ces contradictions, Hervé Messager, lui, ne varie pas  : « J’ai les preuves administratives ». Pourquoi ressortir ça après quatre années  ? « J’ai écrit dans Le Réveil de Berck dès la mort de Vincent, puis un an plus tard, dans La Croix… Mais je n’intéressais pas. Un journaliste m’a avoué  : ‘c’est pas vendable’ ! » À l’époque des faits plusieurs médecins et l’ergothérapeute de Vincent s’exprimaient dans le même sens que le kiné. L’Agence France Presse n’en avait pas fait une seule dé­pêche. Trop d’émotion en jeu pour contredire la mère avouera, incognito, un chef de service de l’AFP. Cette fois encore l’Agence a censuré Hervé.

Au Centre Héliomarin de Berck « c’est l’omerta » confie une soignante désirant garder l’anonymat, une peur qu’elle a du mal à expliquer. Seul le docteur Danzé, chef de service, ose publiquement appuyer le témoignage d’Hervé. « Les autres me soutiennent en privé », se console le kiné. Plusieurs « pontes » l’ont toutefois appelé de divers hôpitaux pour le féliciter, et le « bravo » reçu par texto de son ex-femme lui a fait chaud au cœur. « Tous me disent que ma sincérité ne fait pas de doute ».

« Qu’il laisse Vincent tranquille », persiste sa mère. « Mais pourquoi Marie va dans tous les médias pour promouvoir la fiction qui présente sa version des faits  ? » répond le kiné. C’est ce téléfilm qui l’a poussé à redire, « une dernière fois avant qu’il ne soit trop tard », que la mort de Vincent n’était pas une fatalité. France Soir de vendredi a beau prétendre Marie « terrassée », elle défend bec et ongles « son » téléfilm. Même si ses dénégations lui « font mal aux tripes », le kiné soupire  : « Au moins, ceux qui veulent savoir sauront ». De Montpellier où il dirige le ser­vice de réanimation du CHU, le professeur Olivier Jonquet commente  : « Celui-là, il en a  ! »

Après 34 années de service à l’hôpital Héliomarin de Berck, Hervé Messager dit n’avoir « rien à gagner ». Pourquoi alors brave-t-il la dictature de l’émotion qui force les Français à ratifier la mort de Vincent Humbert  ? « Par amour de la vérité ». Réponse lumineuse de celui qui se définit comme « mé­créant ». Leçon de courage pour les croyants.

Tugdual DERVILLE

par Edouard Boulogne publié dans : Ethique.
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Samedi 8 décembre 2007
Vincent Humbert , le témoignage de son kiné Suite et fin.
VH.jpeg (Vincent Humbert).

La médiatisation


Jusqu'à présent, la lettre de Vincent au Président, la réponse et la publication dans un hebdo local ne touchaient que le petit monde qui entourait Vincent et les lecteurs de l'arrondissement de Montreuil-sur-Mer. Le journaliste avait son scoop mais ne se soucia pas de vérifier si ses sources reflétaient la réalité. Il était venu, mais n'avait certainement pas de connaissances médicales pour son discernement. Cela n'entraîna pas de vagues suffisantes ou du moins celles qui étaient probablement attendues. Et puisque cela ne suffisait pas, quelques semaines plus tard, la lettre attribuée à Vincent fut publiée dans un journal à tirage national. Tous les médias s'en firent l'écho comme une traînée de poudre. La TV, les médias audio, la presse régionale, etc. C'était devenu « l'Affaire Humbert », médiatisée au niveau national, de quoi émouvoir pendant un certain temps.

Tous les mensonges furent alors divulgués, sans recul. La France entière s’est apitoyé sur ce jeune homme, pompier bénévole, remplaçant un collègue retenu par une fête de famille, et qui, après une dure journée de labeur, rentra chez lui et y croisa son horrible destin... La pitié s'emparait de tous mais chacun sait qu'elle n'a jamais aidé qui que ce soit ; la compassion ne suffit pas, non plus... Malgré tout, la mayonnaise allait prendre : tous les ingrédients y étaient. Et soudain, ce cas nécessitait une attention différente comme si les autres patients que nous avions en charge ne méritaient pas le même droit au soin, la même compassion, la même affection de nous tous. Vincent devenait un cas à part, et sa demande au Président faisait la « une » de tous les journaux.

Ce qui m’a le plus révolté dans l’avalanche médiatique, c’est la répétition en boucle d’une multitude de mensonges. Tous les médias ont repris ces inepties comme s’ils n’avaient aucun souci de vérifier la vérité. Vincent n’était pas tétraplégique. Aucun médecin n’a dit à Marie que son fils avait une lésion de la moelle épinière. Vincent n’était pas aveugle même s’il ne voyait pas bien. Vincent n’avait pas de perfusion. Il avait juste une gastrostomie parce qu’il ne pouvait déglutir correctement. (C’est d’ailleurs par là que sa mère mettra le Phénorbital. S’il avait été injecté dans une perfusion, Vincent serait mort en une heure. Dans l’estomac, il faut beaucoup plus de temps…)

La dernière année

Le temps passa. Vincent venait participer à sa rééducation deux fois par semaine, à heure fixe et inébranlable. Il voulait parler, parler à tel point que je me suis mis d'accord avec lui d'effectuer nos échanges qu'en milieu de séance, pendant une pause de repos. Bien que je comprenne parfaitement le besoin de communiquer qu'éprouvait Vincent, je me devais tout de même d'assumer sa rééducation et de protéger son état orthopédique. C'est surprenant comment Vincent, à cause de son handicap cérébral, n'avait plus la conscience de la différence entre le détail et le primordial. Il s'attachait autant à des pacotilles qu'aux évènements importants. Il n'avait plus la notion de mesure... Marie, sa mère, pour des raisons qu’on peut comprendre, ne voulait pas reconnaître ces troubles cognitifs ou du comportement : quand je les évoquais devant elle, elle se fermait, se réfugiant dans le déni. Que son fils fut dépendant physiquement suffisait à sa peine.

S'il faut chercher au travers de « l'affaire Humbert » un intérêt à la médiatisation, j'en trouverais tout de même un. Comme tout un chacun, un rendez-vous chez l'ophtalmologiste est long à obtenir, Vincent était aussi en attente d'une consultation à Lille pour ses problèmes visuels. Ainsi, après la publication nationale du courrier attribué à Vincent, son cas devint prioritaire ; après une ablation de ses tarsorraphies, il alla consulter à Lille et revint rapidement avec une paire de lunettes, hypersophistiquée, comme je ne n'en ai vue qu'en consultation pour effectuer les diagnostics. Enfin, Vincent ne se contentait plus d'un semi brouillard lui permettant d'imaginer les images de la télévision ; il les voyait, moins bien que la normale, mais pouvait les distinguer, à moins de 2 mètres. Il était mal-voyant mais non aveugle...

Marie, apparemment ravie, raisonnant positivement, me demanda quelques adresses pour aller acheter à son fils une TV à écran plat, persuadée que cela serait utile. Je n'ai jamais vu ce poste de télévision... et Vincent se contenta d'un récepteur de l'hôpital sur roulettes avec télé-commande qu'il apprit rapidement à utiliser, bien que rudimentairement. Malheureusement, ces lunettes ne changeaient en rien l'impossibilité de clignement des paupières, donc de lubrification des yeux . Des gouttes étaient nécessaires, environ toutes les heures sous peine de nouvelles ulcérations de la cornée. Tout le personnel en ayant été informé, se relaya au chevet de Vincent pour lui prodiguer ses gouttes salvatrices, et probablement qu'il en eut plus que prévues tellement nous y pensions.

Cependant, la peur inexpliquée, majorée par le syndrome frontal du patient, prit le dessus en quelques jours. Vincent refusa ses lunettes et préféra des pansements occlusifs avec fenêtre translucide et transparente évitant, bien sûr, toute poussière éventuelle sur sa cornée mais diminuant les capacités visuelles qu'il venait de recouvrir... Vincent était ainsi et ce n'était pas de sa faute... Et Marie, la plupart du temps, l'écoutait, acceptait, sans peut-être comprendre qu'un adulte, quand il raisonne comme un enfant, doit être traité comme un enfant, avec tout le respect qui lui est dû.

Cette année 2003 n'apporta pas de progrès fonctionnels à la récupération de Vincent ; il restait dans un état de dépendance complète et même si quelques modifications positives pouvaient survenir, il resterait dans un état où une tierce personne serait indispensable, quotidiennement, presque en permanence.

Cependant, quelle que soit sa dépendance, je suis sûr qu’il n`avait aucune souffrance physique. Aucun nuage de mort ne se profilait à son horizon ; son état respiratoire ne nécessitait quasiment plus de besoin de rééducation... Bref, « il allait bien », en dehors de ses problèmes neurologiques... Sa vie n'était pas en danger. Il n'allait pas finir ses jours à lutter entre la vie et la mort.

Le Président ne pouvait être indifférent à la lettre publiée ou relatée par tous les moyens, comme personne d'ailleurs n'aurait pu l'être. Il décida de recevoir Marie Humbert mais ne put, par son intermédiaire, ne faire transmettre à son fils qu'un message d'espoir en promettant probablement une aide afin de donner à Vincent un avenir sans nuage, loin des problèmes pécuniaires... Marie ne transmit à Vincent qu'une partie de ses propos avec M. Chirac. Cette partie où il ne pouvait accéder à sa demande... et si elle parla du reste de son entrevue, ce fut sans conviction car Vincent ne m'en « parla » jamais.

Vincent se mit à recevoir des centaines (ou peut-être plus) de lettres de toute origine et tout auteur, de France, de Suisse, de Belgique, du Canada et d'ailleurs, avec des photos diverses, des calendriers de pompiers. Son courrier au président avait ému et faisait pleurer dans les chaumières... et Vincent était heureux que l'on pense à lui. Si son cas était émouvant, de nombreux autres le sont mais n'ont pas hérité de la médiatisation. Ainsi, tous les ans, depuis longtemps, de nombreux jeunes, entre autres, sont victimes d'un accident de la voie publique et tombent dans le coma. Qu'importe, pour moi, qu'ils en soient responsables ou non... Ils sont tous importants et ont tous le droit à la même attention et la même considération.

En mai 2003, Marie me demanda d'aider Vincent à pallier un inconfort dû à une position des orteils de l'un de ses pieds quand il était couché. Cela pouvait paraître banal, mais cela faisait aussi partie de mes attributions et nous savons tous que, parfois, un détail physique peut nous empêcher de trouver le sommeil. Pour la première fois, en ma présence, le fils et sa mère étaient en désaccord. Vincent, dans l'intimité, avait signalé son inconfort à Marie qui m'en avait parlé sans son accord. J'avais une solution partielle à son problème : la confection rapide d'une orthèse souple, moulée sur les orteils de Vincent. Marie fut d'accord, Vincent ne le fut pas. Je savais pourquoi Vincent n'en voulait pas, ni même en faire l'essai ; il avait peur d'une nouvelle inconnue. Peut-être que le moulage ferait mal, peut-être que l'orthèse serait inutile, peut-être une nouvelle contrainte ? Vincent était comme cela. Bien que non-victime d'un Locked in syndrome, il en avait de nombreux points communs, tant physiques que comportementaux, avec son intégrité intellectuelle mais aussi sa dépendance physique quasi totale. Devant le désaccord de la mère et du fils, je ne savais que faire ; je me suis un peu fâché en précisant que l'accord de Vincent m'était nécessaire et qu'il était temps que chacun d'eux parle le même langage. Ce à quoi Marie répéta qu'elle était sa tutrice, qu’elle avait donc le pouvoir de décision et elle ajouta que, de toute façon, bientôt, dans quelques mois, je serai débarrassé de tous les deux !

J'ai cru, à l'époque qu'elle s'était enfin décidée à un projet de vie. L'avenir me prouva combien je me suis trompé. Peut-être, si je l’avais compris, aurais-je pu en parler directement à Vincent en l’aidant à entrevoir l’avenir autrement ?

Juillet et août 2003 furent des mois chauds sur le plan météorologique et les médias étaient attirés par d'autres événements tragiques. Des milliers de morts dus à la canicule avaient fait passer « l'Affaire Humbert » au second plan. C'est en septembre, après cette pause momentanée que l'Affaire Humbert reprit de plus belle. Vers le milieu du mois, Marie eut dans les mains le livre attribué à Vincent. J'ai, je l'avoue, un peu insisté pour le feuilleter dans la chambre du patient, mais n'ai pu que le survoler en faisant défiler les pages car Marie me le reprit des mains. « Titi avait fait cela pour s'amuser et ne parlait de personne », m'affirma sa mère. J'avais pourtant vu quelques noms et prénoms dans mon rapide coup d'œil. En kiné, le lendemain, j'ai parlé de ce livre à Vincent. On en a ri ensemble, il me promit une dédicace particulière, tout cela sous forme de blagues.

Le 21 septembre, la première chaîne de la télévision française accorda dans son émission « 7 à 8 »» une interview à Marie au cours de laquelle elle affirma qu'elle aiderait son fils au suicide. Elle ne prononça d'ailleurs pas ce mot, ni le mot euthanasie. Ensuite, les médias, et probablement certaines associations, ont voulu en faire une affaire d’euthanasie plutôt qu'un suicide assisté. On parle en principe d’euthanasie pour des situations de fin de vie (ce qui n’était absolument pas le cas de Vincent) tandis que le suicide assisté peut intervenir n’importe quand. Le 22, dans la matinée, ce fut la 2ème chaîne puis le 23, la promotion du bouquin.

Le 24 septembre 2003, Marie injecta dans la sonde d'alimentation de Vincent une forte dose de barbituriques qui lui avait été envoyée de Suisse. Elle ne s'en cacha pas et le déclara spontanément au médecin dès qu'elle le rencontra. Vincent fut transféré dans le service de réanimation de notre hôpital. Le vendredi 26 septembre, alors que j'avais cru comprendre, le matin même par une collègue travaillant en réa, que le patient sortait doucement de son coma médicamenteux, j'appris, vers 10h45 que Vincent était décédé.

Vincent, pour ceux qui l'ont connu et véritablement aimé, n'était pas mort dans la dignité...

Deux jours plus tard, attristé par le début des mensonges, je proposais au journal local, «Le Réveil de Berck», une courte chronique pour rectifier la vérité sur l'état de Vincent. Cet article qui, au préalable, était signé, passa dans «Le mot de la semaine», de manière anonyme sur décision de sa rédaction, après qu'elle ait eu connaissance qu'une autre main avait achevé l'œuvre de Marie. Un mois plus tard environ, dans l'émission «C dans l'air» proposée par la 5, je découvris que des projets de traduction du livre en anglais et en espagnol, et éventuellement un projet de film, étaient possibles. On allait faire de la mort de Vincent une source d'argent indécent ; cela me révolta et j'écrivis une autre chronique dans le même hebdomadaire (n° 43) qui intitula « Hommage à Vincent », ce qui était un message d’amitié à sa mémoire.

Message à Vincent

Tu accepteras, j'en suis sûr, que je te parle aujourd'hui, même si tu ne peux plus me répondre ; on a tant parlé ... avant. Tu ne m'en voudras pas, non plus, de dire que tu étais devenu exigeant, tant pour la place millimétrée de ta têtière et de ton pied gauche que pour l'horaire précis de ta séance de rééducation ! Tu m'accorderas de préciser, j'en suis certain, que ton handicap avait une origine cérébrale te rendant doublement hémiplégique (et non tétraplégique) et que tes décisions, si réfléchies soient-elles, étaient empreintes de persévérations dont tu n'étais pas maître à cause justement de ton atteinte cérébrale. Tu reconnaîtras sans nul doute que nous en avons ri ensemble et que tu m'avais promis une dédicace de ton livre en reconnaissant ne l'avoir que suggéré mais non lu. Et tu m'autoriseras probablement à dire que ton choix de mourir n'était qu'un appel à l'aide et le simple désir réel d'un avenir différent dont tu avais si peur que tu n'en voulais connaître aucune alternative. De tout cela, tu n'es pas responsable mais la médiatisation fut si forte que même ta maman s'y est noyée en oubliant ta vie. Je ne sais où tu es maintenant mais je ne peux oublier le son de tes rires quand ensemble on blaguait et que je te traitais de « tâtasse » à chacune de tes exigences, même si je les comprenais. Je t'aimais bien, tu sais ; mais ce qui me rend triste et révolté aujourd'hui, c'est de savoir que beaucoup de monde s'est servi de ta souffrance morale pour faire de ta mort un hymne à l'euthanasie alors que ta seule demande était, à défaut d'un suicide assisté, la simple aspiration à une vie différente, voire meilleure. Mais l'inconnu, aussi, te faisait peur et tu le refusais. Je hais les médias et les associations qui ne t'ont pas connu mais ont provoqué ton destin fatal. Aujourd'hui, ils t'ont oublié ; seul le classement des meilleures ventes de la semaine nous a rappelé ce matin la deuxième place du livre qui porte ton nom. Encore un peu plus d'argent dans l'escarcelle de ton éditeur... Mais ta vérité, je la connais... On en a parlé, si souvent. Malheureusement, la seule vérité qui soit bonne est celle qui arrange tout le monde... Celle qui t'est attribuée ne m'arrange pas... Si mon opinion et ma certitude sont aujourd'hui publiées, c'est qu'au moins quelqu'un a cru au respect que j'ai de ta mémoire et à la tristesse que je ressens. Paix à ton âme, si cela existe, et excuse-moi de n'avoir su faire mieux.
Hervé Messager, kiné ( Le Réveil de Berck N° 43 - 26/10/2003)

Un grand gâchis

Après la mort de Vincent, beaucoup de familles dont le patient était dans un état aussi grave, voire pire que celui de Vincent, sont venues nous dire : « Mais le nôtre, il ne faut pas le tuer, hein ? Faut pas le tuer !». Ces familles pensaient que nous allions généraliser l’acte isolé et médiatisé d’une seule personne… Certes, nous savons que ces familles souffrent de voir leur proche dans cet état… Mais elles préfèrent le voir vivant. Il y a toujours un fond d’espoir. Ces familles sont donc venues nous voir en nous disant : « Il faut le laisser vivre ».

La disparition forcée de Vincent Humbert a été chez nous à Berck un cas unique dans l’histoire de notre hôpital. Mais elle a fait naître beaucoup d’angoisse ici et, j’imagine, ailleurs.

Quant au personnel soignant de l’hôpital de Berck-sur-Mer, il n’a plus rien compris. D’un seul coup, tout ce qu’il a fait avec amour et professionnalisme, ça ne comptait plus. Plus rien ne comptait. Le personnel s’était certes occupé de Vincent, mais aussi de Marie parce qu’elle avait alors des soucis de santé. Souvent, elle consultait à l’hôpital même le médecin, gratuitement. D’un seul coup, nous n’existions plus. Nous n’avions droit qu’au mépris. Nous étions les méchants qui avaient gardé en vie trop longtemps Vincent, comme on retient un otage. On ne nous demandait même plus notre avis. Sauf si nous étions prêts à tordre la vérité et à aller dans le sens de « l’Histoire officielle ». Mais le propos du personnel n’allait pas dans le sens du bouquin. Donc, cela n’intéressait pas les médias.

Maintenant, c’est un mensonge qui a quatre ans, alors il est bien imprégné. Pourtant, j’ai encore envie de parler de mon ami Vincent Humbert. Pourquoi avoir tué Vincent ? S’il y a une logique à cette mort, on devrait admettre qu’il y a, dans notre hôpital, des centaines de patients de plus qu’il faudrait tuer ! Si on commence à tuer pour ça, mais on va finir par tuer tous ceux qui entrent à l’hôpital. Et ceux qui survivent sans progrès au bout de deux ans, qu’est-ce qu’on en fait ? Doit-on les achever ?

Message à tous les bien-portants

Le plus révoltant dans cette l’affaire, en fin de compte, c’est l’image qu’ont eue de Vincent les gens qui ne l’ont pas connu. Ils se sont imaginé un patient vraiment au ras de la mort, qu’on a juste aidé à partir… On a menti sur plein de choses, pour justifier l’acte final. On a fait croire qu’il était totalement aveugle, c’est vrai qu’il voyait très mal, mais il n’était pas aveugle. On a fait croire qu’il ne bougeait qu’un doigt, c’est faux. Il disposait de toutes ses pinces entre le pouce et les quatre autres doigts (et ce n’est pas rien). Il pouvait changer de chaînes de télévision. On a systématiquement rajouté des mensonges. A partir d’un fait réel, on a brodé tout ce qu’il fallait de douloureux, de souffrance, d’horrible… On a fait croire qu’il avait mal. Il n’avait mal nulle part, je parle physiquement. Pourquoi a-t-on ajouté tout cela ? Pour faire passer une idéologie... On a manipulé complètement la vérité et l’opinion. Cela, je ne le supporte pas.

On ferait un film qui aurait lieu à Marseille avec un gamin qui s’appelle Paul, je ne dirais rien. Là, on lance, à grand renfort médiatique un téléfilm avec les vrais noms du patient et de sa mère. La scène se passe à Berck. On veut donc faire croire au bon peuple que tout ce qui est dans le film est une réalité. Manque de pot, le film, comme le bouquin, ce n’est pas la vérité. Je peux vous certifier que Vincent n’a rien écrit de son livre, il ne pouvait pas. Marie prenait des notes, les donnait au journaliste qui faisait à sa sauce, dans le sens où il voulait emmener l’opinion. Le film comme le livre, ce n’est pas de l’information, c’est de la déformation, c’est même ni plus ni moins de la désinformation.

La disparition de Vincent Humbert, ce n’est pas l’histoire d’une souffrance insoutenable, ce n’est pas l’histoire d’une mort dans la dignité, ce n’est même pas l’histoire d’une euthanasie…

Au nom de la vérité et de l’amitié, j’ose vous dire que Vincent avait encore plein de choses à vivre. Il y a aujourd’hui, dans nos hôpitaux, beaucoup de Vincent qui sont dans des situations dix fois pire que lui. Et les familles veulent que leur proche continue à vivre. Même le patient, quand il peut s’exprimer, veut continuer l’aventure de la vie. Il y a certes, des jours, des moments de dépression. A nous, personnel soignant, de les soutenir, on est là pour cela. Mais il nous faut un climat de confiance.

par Edouard Boulogne publié dans : Ethique.
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Samedi 8 décembre 2007
   
La tragédie de Vincent Humbert : Le pathétique témoignage de son kiné.
Vincent-Humbert-copie-1.jpeg  (Ce livre où le présumé auteur n' a eu aucune part).
( Tout le monde a en tête la pathétique histoire de Vincent Humbert que rappelle dans la première partie du témoignage qui suit, son kiné Hervé Messager. J’ai décidé, bien que le texte soit un peu long, de le reproduire à l’intention des lecteurs du Scrutateur, hommes et femmes, qui veulent analyser et comprendre leur époque pour éviter d’en être les victimes.
Le témoignage de Messager nous montre l’utilisation perverse, de sentiments humains, en soi honorables, tel que la pitié, pour, par un retournement diabolique, le faire servir à l’enrichissement d’une certaine presse, et des groupes de pression qui s’en servent pour aboutir paradoxalement  à l’asservissement de l’humanité, en faisant sauter les digues (telle la religion catholique) qui la séparent d’une barbarie très réelle, bien que soft,  comme l’avait montré Aldous Huxley dans son extraordinaire roman Le meilleur des mondes. E.Boulogne).


Hervé Messager Kinésithérapeute à Berck-sur-Mer
Le Kiné de Vincent parle …


Depuis la mort de Vincent, il ne s’est pas déroulé une journée où, ne serait-ce que pendant une seconde, je n’ai pensé à lui. Je n’y peux rien. Il en est ainsi. Cet écrit n’a aucune prétention ; il ne se veut ni littéraire, ni politique pour un quelconque combat, ni jugement pour servir un éventuel procès. Ce n’est qu’un témoignage… Je ne suis rattaché à aucun mouvement politique, à aucune religion ni à aucun groupe de pensée. Ceci n’est que le simple reflet de ma mémoire, avec ses éventuelles erreurs et zones d’ombre qui me hantent de temps en temps et que j’aurais aimées ne jamais connaître. Je ne l’ai pas écrit à la demande ou pour faire plaisir à qui que ce soit ; mais j’ai eu besoin, comme on peut se livrer à un psy, de me rappeler l’histoire de Vincent, puis de l’émettre et de la transmettre à celui ou celle qui pourra peut-être comprendre mon ressentiment. Je n’en attends rien en retour... mais je ne pouvais laisser sous silence ce mensonge qui a bouleversé l’opinion publique, sans qu’elle ne connaisse la vérité.

L'accident

Vincent fêta ses 19 ans le 3 février 2000 . L'avenir semblait sans nuage et cette vingtième année s'annonçait sous les meilleurs auspices. Mais 7 mois plus tard, le 24 septembre, il fut victime d'un accident de la voie publique ; pour des raisons strictement inconnues, sa voiture escalada un talus pour aller s'écraser un peu plus loin sur le bitume dur et froid de la chaussée qui le conduisait vers ses êtres chers. Les secours ne découvrirent qu'un corps apparemment sans vie, celui de Vincent. Vincent présentait un traumatisme crânien, responsable d'une perte totale de connaissance. il était, en fait, dans le coma et sa vie ne tenait plus qu'à un cheveu. Ce que les urgentistes classent en « traumatisme crânien sévère » avec un score de Glasgow à 3, le minimum sur une échelle graduée de 3 à 15 : pas de réponse visuelle, pas de réponse verbale, pas de réponse motrice. Après désincarcération, il fut conduit par les secours routiers au CHU de Rouen dans un service de réanimation où le principal objet fut en priorité de protéger son cerveau en souffrance qui s'œdémaciait et gonflait dans sa boite crânienne inextensible. La souffrance d'une partie du corps traumatisée se traduit par une augmentation de volume malheureusement fatale pour un cerveau. Ainsi, notre boite crânienne qui nous protège par sa robustesse peut s'avérer nuisible en cas d'œdème cérébral. Notre cerveau n'ayant pas la place pour gonfler se heurte aux parois osseuses du crâne, se déforme et s'engage vers le bas, où la voie paraît libre, en touchant le tronc cérébral, siège des lésions primitives des « locked in syndrome ». Mais la lésion cérébrale de Vincent ne s'arrêtait pas là. Outre son œdème cérébral avec engagement, il présentait des lésions axonales diffuses se traduisant sur l'imagerie médicale par des « pétéchies », synonymes de multiples lésions interrompant ou pouvant perturber la « communication entre les neurones ». Ce cerveau ne pouvant plus assumer ses fonctions, Vincent allait vivre sous assistance respiratoire tant que son jeune cœur allait continuer à battre. A l'époque, Marie, alertée, m'a dit avoir demandé que son fils ne soit pas la proie d'un acharnement thérapeutique. Pensait-elle déjà qu'il ne recouvrerait pas ses facultés antérieures ? Les médecins réanimateurs, après rapide réflexion, prirent la décision, malgré tout, de prolonger leurs soins et, quand ce choix fut fait, ils mirent tout en œuvre pour aboutir.

Vincent sortit de la phase dangereuse pour sa vie. Après une période où le fléau de la balance pencha tantôt pour la vie, tantôt pour la mort, c'est la vie qui prit le dessus. Certes, Vincent survivait grâce à une ventilation assistée avec intubation pour insuffler l'air dans les poumons. Cette intubation fut remplacée au delà d'un délai de 9 jours par une trachéotomie, toujours avec assistance respiratoire.

Le transfert à Berck


Une fois l'état de réanimation de Vincent partiellement stabilisé, bien qu'il fût toujours dans le coma, son transfert fut décidé. Garches ne pouvait l'accueillir et ce fut le service de réanimation polyvalente de Berck qui le reçut le 27 octobre 2000. Pendant un mois, l'état de Vincent, grâce au personnel du service de réanimation, s'améliora, lentement, jusqu'au sevrage de l'assistance respiratoire, moment tant attendu de tout son entourage. Il ne faut pas oublier que les médecins anesthésistes-réanimateurs ont le choix, au cours de leur formation très pointue, entre l'anesthésie et la réanimation. Moins nombreux sont ceux qui ont choisi de réanimer celui dont le corps, le cœur, le rein, le poumon mais surtout le cerveau sont au bord de la rupture. C'est à la fois un grand courage mais aussi une gageure que de se battre contre une inconnue féroce et imprévisible qui ne cesse de détruire la vie parce que son nom est « la mort ». Le corps médical a malheureusement appris à la connaître, à la combattre, mais trop souvent, ses ruses sont plus fortes et la mort triomphe. On ne peut alors qu'abdiquer, impuissant. Ce ne fut pas le cas de Vincent. Une fois sevré de sa « machine » vitale, il sortit de son coma. Il passa au stade « végétatif », c'est à dire qu'il ouvrait spontanément les yeux, avait un cycle veille / sommeil, même décalé, et ne dépendait plus de cette machine qui, stoppée, lui aurait ôté la vie quelques jours plus tôt. Mais, si cette différence entre le coma et l'état végétatif est connue par le personnel qui fréquente les cérébro-lésés, elle est loin d'être évidente pour l'entourage du patient. La famille est rassurée du sevrage ventilatoire, de la sortie du service de réanimation de l'être cher, pleine d'espoir face à la rééducation qui peut enfin être entreprise, mais elle est aussi inquiète...

Vincent, sauvé de la mort qui aurait bien aimé l'emporter, inquiétait aussi son entourage. A l'époque, sa mère et son amie furent les seules à faire preuve d'un intérêt constant pour l'avenir de Vincent. Peut être que d'autres s'en inquiétèrent mais cela fut si discret !!! Vincent inquiétait parce qu'il ne communiquait pas. Il paraissait aréactif aux mots et aux touchers de sa mère et de son amie. Il semblait loin, si loin... Le 29 novembre 2000, Vincent fut admis dans le service d'éveil dirigé par le Dr Rigaux. Vincent y eut une prise en charge traditionnelle par un kinésithérapeute, Manu, qui se chargea de son état res