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Dimanche 10 février 2008

La chrestomathie du Scrutateur.  (A)


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Une chrestomathie est une anthologie, une  collection de textes « utiles ». C’est ce que dit l’étymologie : du grec ancien « khrestos » : utile, et « manthanein » : apprendre.

J’étais encore un enfant ou presque, il y a plus de cinquante ans, (en 1956), un professeur me conseilla pour améliorer mon orthographe, de copier, chaque jour, quelques lignes d’un grand auteur, en faisant attention à ce que j’écrivais, tant pour le sens que pour l’orthographe.
Avec sérieux, j’entrepris ce qui m’apparut d’abord comme un ennuyeux pensum.
Chose étonnante, je pris goût à l’exercice et m’y adonnai peu à peu de bon cœur. Je compris alors le sens du fameux conseil de Pline « nulla dies sine linea » : « Pas un jour sans une ligne ».
Cet exercice, je ne l’ai jamais interrompu, de 1956, à ce jour de 2007.
J’ai griffonné, au fil de mes lectures, sur des cahiers d’écoliers, des milliers de pages, transcrivant pour moi-même des pensées de centaines d’écrivains, poètes, philosophes, scientifiques, religieux, mystiques, etc .
Récemment, j’ai pensé à faire partager aux lecteurs du Scrutateur qui s’y intéresseraient, ce trésor patiemment accumulé.
J’ai choisi un ordre alphabétique.
Les pensées des grands, auxquelles je souscris souvent, mais pas toujours, seront transcrites peu à peu au fil des jours, des mois, des années qui viennent, si Dieu me prête vie.
Elle seront précédées d’un chiffre entre parenthèses (la date de transcription dans mes cahiers) et parfois suivies d’un commentaire plus ou moins substantiel.
Peut-être un jour l’ensemble sera-t-il l’objet d’une publication sous forme d’un livre.

Edouard Boulogne.
 
Ed-en-1958.jpg
(Image nettement plus ancienne du "scrutateur", prise sur une carte d'identité scolaire, au temps du lycée Carnot- de Pointe-à-Pitre. Petit clin d'oeil aux vieux compagnons de ce temps là, où commençait la "scrutation" balbutiante).










Dans les jours qui viennent d'autres textes viendront enrichir cette petite encyclopédie de citations, ou cette chrestomatie. Pour s'y reporter il suffira de cliquer parmi les rubriques (à gauche de l'article du jour) sur : La Chrestomatie du Scrutateur, en tenant compte de l'ordre alphabétique.








A         :

( 1966) : Action :  "L'action vraie c'est l'action contre la nature, contre l'égoïsme. Elle consiste à agir contre la tendance naturelle au plaisir. Celui qui recherche le plaisir n'agit pas. Toute action tendant au plaisir est une inaction. S'il y a effort dans cette poursuite, c'est que l'objet directement poursuivi, c'est la victoire sur l'obstacle. La recherche du plaisir en soi est la négation de l'action. L'égoïsme est aussi la fuite de l'effort. Chercher le plaisir, et fuir l'effort, voilà l'égoïsme. Mais toute action qui n'est pas l'acceptation de la douleur n'est pas l'action; de même toute action tendant au plaisir. Agir, c'est donc accepter la loi de la nature, qui est de développer l'être par l'acceptation de l'effort, de la souffrance, par le renoncement à la jouissance actuelle de l'être. Toute vie est une action par laquelle l'être s'arrache à ce qu'il est, pour être quelque chose qu'il n'est pas encore, ce qu'il tend à être".

Jules Lagneau.


****
( 1983) : Ami :     "L'ami c'est celui qui ne juge point. Je te l'ai dit, c'est celui qui ouvre sa porte au chemineau, à sa béquillie, à son baton déposé dans un coin et ne lui demande point de danser pour juger sa danse".
St-Exupéry.

****

(1970) : Amitié : "Ce que tant de gens appellent aimer, n'est que le tremblant désir d'être aimés eux-mêmes, incapables qu'ils sont de porter leur solitude".

Jean Guéhenno.


****

(1970) : Amitié : "j'ai renoncé à l'amitié de deux hommes; l'un parce qu'il ne m'a jamais parlé de lui; l'autre parce qu'il ne m'a jamais parlé de moi".

Chamfort.


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(1970 : Amitié : " Ce n'est pas le manque d'amour, c'est le manque d'amitié qui fait les ménages malheureux".

Nietzsche.


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(1970) : Amitié : "Il faut de toute force que l'amour devienne amitié s'il veut rester amour".

Alain.


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(1970) : Amitié : L'amitié est un contrat par lequel nous engageons à rendre de petits services à quelqu'un afin qu'il nous en rende de grands".

Montesquieu.


****


(1970) : Amitié : "Ce que les hommes ont appelé amitié n'est qu'une société, qu'un ménagement réciproque d'intérêts, et qu'un écahnge de bons offices; ce n'est enfin qu'un commerce où l'amour propre trouve toujours quelque chose à gagner".

La Rochefoucauld.


****

( 1983 ) : Amitié   : " L'amitié c'est d'abord la trêve et la grande circulation de l'esprit au-dessus des détails vulgaires. Et je ne fais rien reprocher à celui qui trône à ma table".
St-Exupéry.

****

(1970) : Amour et amitié : "L'amour, la tendresse, l'inclination dépendent davantage de la sensibilité, ils sont plus spontanés, plus involontaires, ils naissent et meurent sans raison, d'une manière brusque et capricieuse. L'amitié, l'affection, l'attachement tiennent moins au tempérament, à la constitution : ils supposnt la réflexion, l'estime, la préférence, ils naissent et croissent peu à peu, et comme il est en notre pouvoir de vouer à quelqu'un, non pas de l'amour, de la tendresse ou de l'inclination, choses dont la nature décide seule, mais de l'amitié, de l'affection ou de l'attachement, il est aussi en notre pouvoir de les lui retirer".

Lafaye.


****











Âme : (1967) : "L'âme c'est ce qui refuse le corps. Par exemple ce qui refuse de fuir quand le corps tremble, ce qui  refuse de frapper quand le corps s'irrite, ce qui refuse de boire quand le corps a soif, ce qui refuse de prendre quand le corps désire, ce qui refuse d'abandonner  quand le corps a horreur. Ces refus sont des faits de l'homme; Le total refus est la sainteté; l'examen avant de suivre est la sagesse; et cette force de refus c'est lâme. Le fou n'a aucune force de refus; il n'a plus d'âme. On dit aussi qu'il n'a plus conscience et c'est vrai. Qui cède absolument à son corps soit pour frapper, soit pour fuir, soit seulement pour parler, ne sait plus ce qu'il fait ni ce qu'il dit. On ne prend conscience que que par une opposition de soi à soi. Exemple : Alexandre à la traversée d'un désert reçoit un casque plein d'eau; il remercie, et le verse par terre devant toute l'armée. Magnanimité; âme, c'est-à-dire grande âme. Il n'y a point d'âme vile; mais seulement manque d'âme. Ce beau mot ne désigne nullement un être, mais toujours une action"

Alain.

****

(1969) : Âme : "Petite âme, âme tendre et flottante, compagne de mon corps, qui fût ton hôte, tu vas descendre dans ces lieux pâles, durs et nus, où tu devras renoncer aux jeux d'autrefois. Un instant encore, regardons ensemble les rives familères, les objets que sans doute nous ne reverrons plus(.....). Tâchons d'entrer dans la mort les yeux ouverts".

Marguerite Yourcenar.


****





Âme (grande) : (1970) :"C'est l'ordinaire des grandes âmes et des esprits plus relevés de ne penser qu'aux choses grandes, mais dont il n'est pas du tout nécessaire qu'ils se contraignent et abaissent aux petites, vu que des moindres commencements naissent les plus grands désordres" .

Richelieu.

****

Âme (grande) (1970) : Le conseiller d'Etat "doit savoir que le travail qu'on fait pour le public n'est souvent reconnu d'aucun particulier et qu'il n'en faut espérer d'autres récompenses en terre que celle de la renommée, propre à payer les grandes âmes. Il doit savoir de plus que les grands hommes qu'on met au gouvernement des Etats sont comme ceux qu'on condamne au supplice avec cette différence seulement que ceux-ci reçoivent la peine de leur fautes et les autres leur mérite".

Richelieu.

****

Âme (grande) : (1965) : " Il me semble que la différence qui est entre les plus grandes âmes et celles qui sont basses et vulgaires consiste principalement en ce que les âmes vulgaires se laissent aller à leurs  passions et ne sont heureuses ou malheureuses que selon que les choses qui leur surviennent sont agréables ou déplaisantes, au lieu que les autres ont des raisonnements si forts et si puissants que, bien qu'elles aient aussi des passions, et même souvent de plus violentes que celles du commun, leur raison demeure néanmoins toujours la maîtresse".

René Descartes.

****

Âme (grande) : 1967 : "Il est indigne d'une grande âme de communiquer l'inquiétude qu'elle ressent".

Auguste Comte.

****

(1994) : Amuseur : "Je suis seulement un amuseur public qui a compris son temps et épuisé le mieux qu'il a pu l'imbécillité, la vanité, la cupidité de nos contemporains".
Pablo Picasso.
(Lettre à Giovanni Papini.

****


Amitié :

Amitié :   (1984) :
« C’est par ses sentiments qu’un autre nous ressemble.
L’ami dont nous rêvions, par le hasard conduit,
Pour notre grand bonheur se révèle aujourd’hui.
Nous chérissons ce jour heureux qui nous rassemble.

    Nos goûts et nos pensers s’accordent dans l’ensemble,
Préfigurant l’entière entente avec celui
Qui devient ce que nous sommes déjà pour lui,
Un frère irremplaçable autant qu’il nous le semble.

Une amitié fidèle est toujours assez forte
Pour donner de la joie à celui qui l’apporte.
Chacun pour mériter l’estime et la faveur

    De l’être irréprochable interroge son cœur,
Lequel lui dit toujours « Il faut offrir toi-même
S’il se peut davantage au seul ami qui t’aime.
                Henri Charlet.(Ce sonnet n’est sans doute pas du très grand art, mais il exprime fort bien le désir secret de tant d’âmes humaines, et notamment des jeunes).

****

Amitié : (1965) : « L’amitié, en effet, est une forme de communauté. Tout ce qu’on veut pour soi, on le veut pour son ami. Ainsi, autant avoir conscience son propre être est une chose désirable, autant avoir conscience de l’être de son ami est désirable. Et cette conscience est là quand nous vivons les choses ensemble. C’est bien cette vie ensemble que les amis recherchent . C’est pour cela certains boivent ensemble, d’autres encore s’exercent à la gymnastique, vont à la chasse, ou font de la philosophie ensemble, tous passant leur journée ensemble dans les activités de vie qu’ils aiment le plus ».

                            Aristote.
                (Ethique à Nicomaque).

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Amitié : (1965) : « Il semble que ce n’est pas n’importe quoi qui est aimé, mais seulement ce qui est aimable, c-à-d ce qui est bon, agréable ou utile »(…). Ces trois motifs [le bien, le plaisir, et l’utile] diffèrent entre eux selon l’espèce ; il en sera de même pour les formes d’amour et d’amitié. Il y a trois espèces d’amitié, en nombre égal à ce qui est aimable… Et ceux qui s’aiment les uns les autres se veulent du bien les uns aux autres, suivant le but de leur amour.
Ceux qui s’aiment à cause de l’utilité [qu’ils peuvent en retirer] ne s’aiment pas pour eux-mêmes, mais à cause d’un avantage qu’ils retirent l’un de l’autre.
De même ceux qui s’aiment en vue du plaisir : ce n’est pas en effet, pour leurs qualités qu’ils aiment les gens d’esprit mais pour le plaisir qu’ils en retirent.
Ceux, donc, qui aiment à cause de l’utilité aiment ce qui est bien pour eux, et ceux qui aiment à cause du plaisir aiment en vue de leur plaisir à eux, non pour ce que l’aimé est en lui-même, mais pour ce qu’il a d’utile ou d’agréable.
Ces amitiés sont donc amitiés de circonstance, car ce n’est pas pour ce qu’il est en lui-même que l’ami est aimé, mais en tant qu’il procure quelque bien ou quelque plaisir. Ainsi ces amitiés disparaissent-elles facilement ; lorsque l’un ou l’autre ne demeure pas le même[…] ils cessent d’être des amis ».

                            Aristote .
                (Ethique à Nicomaque).

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Amitié. (1965) : « L’amitié chez les jeunes gens semble se fonder sur le plaisir ; car souvent ils sont guidés par leurs passions, et cherchent surtout ce qui leur plaît et le plaisir du moment. Mais en avançant en âge, les choses qui leur plaisent changent. Ainsi ils forment vite des amitiés et vite les abandonnent, car leur amitié change avec le plaisir qu’ils recherchent. Et les plaisirs de cet âge changent facilement. Les jeunes gens ont aussi un penchant à l’amour passionné, car celui-ci relève des émotions et a pour origine le plaisir. De là vient qu’ils aiment vite et cessent vite d’aimer, changeant parfois dans la même journée ».
                            Aristote.
                (Ethique à Nicomaque).

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Amitié :(1965) : « On peut dire qu’aimer c’est vouloir à quelqu’un les choses qu’on estime bonnes pour lui et non pas pour soi-même et les réaliser dans la mesure du possible. Un ami est celui qui aime ainsi et est aimé de retour. Ceux qui pensent avoir ces sentiments l’un à l’égard de l’autre pensent être des amis. Cela étant posé, il suit nécessairement que l’ami est celui qui participe au plaisir de l’autre dans le bien, et à sa douleur dans le mal, à cause de lui, et pour aucune autre raison ».
                            Aristote.
                            (Idem).

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Amitié (1957) :

« Peu à peu, nous découvrons que le rire clair de celui-là nous ne l’entendrons plus jamais, nous découvrons que ce jardin-là nous est interdit pour toujours. Alors commence notre deuil véritable, qui n’est point déchirant mais un peu amer. Rien, en effet, jamais ne remplacera le compagnon perdu. On ne se crée pas de vieux camarades. Rien ne vaut le trésor de tant de souvenirs communs, de tant de mauvaises heures vécues ensemble, de tant de brouilles, de réconciliation, de mouvements du cœur. On ne reconstruit pas ces amitiés-là. Il est vain, si l’on plante un chêne, d’espérer s’abriter bientôt sous son feuillage. Ainsi va la vie. Nous nous sommes enrichis d’abord, nous avons planté durant des années. Mais viennent les années où le temps défait ce travail et déboise. Les camarades, un à un nous retirent leur ombre. Et à nos deuils se mêle désormais le regret secret de vieillir ».

Antoine de St-Exupéry.

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Art : (1964). "La seule source vraie de l’art est dans notre cœur, le langage d’une âme pure et candide… Toute œuvre authentique est conçue dans une heure sacrée, enfantée dans une heure bénie ; une impulsion du dedans la crée, souvent à l’insu de l’artiste".

C.D Friedrich.

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Autrui :

AUTRUI (1964) : "Tout matérialisme a pour effet de traiter tous les hommes y compris soi-même comme des objets, c’est-à-dire comme un ensemble de réactions déterminées, que rien ne distingue de l’ensemble des qualités et des phénomènes qui constituent une table, ou une chaise, ou une pierre. Nous voulons constituer précisément le règne humain comme un ensemble de valeurs distinctes du règne matériel. Mais la subjectivité que nous atteignons là à titre de vérité n’est pas une subjectivité rigoureusement individuelle, car nous avons démontré que dans le cogito, on ne se découvrait pas seulement soi-même, mais aussi les autres. Par le je pense, contrairement à la philosophie de Descartes, contrairement à la philosophie de Kant, nous nous atteignons nous-même en face de l’autre, et l’autre est aussi certain pour nous que nous-mêmes. Ainsi, l’homme Qui s’atteint directement par le cogito découvre ainsi tous les autres, et il les découvre comme la condition de son existence. Il se rend compte qu’il ne peut rien être (au sens où on dit qu’on est spirituel, ou qu’on est méchant, ou qu’on est jaloux) sauf si les autres le reconnaissent comme tel. Pour obtenir une vérité quelconque sur moi, il faut que je passe par l’autre. L’autre est indispensable à mon existence, aussi bien d’ailleurs qu’à la connaissance que j’ai de moi. Dans ces conditions, la découverte de mon intimité me découvre en même l’autre, comme une liberté posée en face de moi, qui ne pense, et qui ne veut que pour ou contre moi. Ainsi, découvrons-nous tout de suite un monde que nous appellerons l’intersubjectivité, et c’est dans ce monde que l’homme décide ce qu’il est et ce que sont les autres ».

                        Jean-Paul SARTRE.
        (In L’existentialisme est un humanisme, pp .65 à 67).

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Autrui : (1975) : La conscience concrète et plénière de soi-même ne peut pas être héauto-centrique ; si paradoxal que ce soit je dirai bien plutôt qu’elle doit être hétéro-centrique ; c’est en réalité à partir de l’autre ou des autres que nous pouvons nous comprendre et seulement à partir d’eux : et on peut même ajouter, anticipant sur ce que nous aurons à reconnaître beaucoup plus tard, que c’est dans cette perspective seulement que le légitime amour de soi peut être conçu. En dernière analyse, je ne suis fondé à m’accorder à moi-même quelque prix que dans la mesure où je me sais moi-même aimé par d’autres êtres qui sont aimés de moi. La médiation par autrui peut seule fonder l’amour de soi, seule elle peut l’immuniser par contre le risque d’égo-centrisme et lui assurer ce caractère de lucidité qu’autrement il perd infailliblement ».

Gabriel MARCEL.
                    (In.Le mystère de l’être, Tome II, pp 11-12).

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Autrui (1965) :  Au lieu que l’individu se laisse légitiment assimiler à un atome entraîné dans un tourbillon, ou, si l’on veut, à un simple élément statistique, parce qu’il n’est la plupart du temps qu’un simple specimen parmi une infinité d’autres, parce que les opinions qu’il croit être les siennes reflètent purement et simplement les idées reçues dans son milieu et véhiculées par la presse qu’il lit quotidiennement, en sorte qu’il n’est(….) que de l’anonyme, du « on » à l’état parcellaire, au lieu qu’il se fait presque inévitablement illusion sur l’authenticité de ses réactions, en sorte qu’il subit alors qu’il s’imagine être agissant – le propre de la personne consiste au contraire à affronter directement une situation donnée, et, ajouterai-je, à s’engager effectivement. Mais par là, demandera-t-on, n’est-ce pas le moi que nous retrouvons ? Je ne le crois. Entendons-nous bien : il ne saurait être question naturellement de concevoir la personne comme une chose distincte de cette autre chose que serait le moi, comme une espèce de compartiment séparé(….). La personne ne peut pas non plus être regardée comme un élément ou un attribut du moi. Mieux vaudrait dire qu’elle est une exigence qui assurément prend naissance dans ce qui m’apparaît comme étant lien ou comme étant moi, mais cette exigence ne prend conscience de soi qu’en devenant une réalité : elle ne peut donc en aucune façon être assimilée à une velléité ; disons qu’elle est de l’ordre du « je veux », et non pas du « je voudrais ». Je m’affirme comme personne dans la mesure où j’assume la responsabilité de ce que je fais et de ce que je dis ».

Gabriel MARCEL.
                        (In Homo viator. Pp. 24-25).

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Autrui (1962). Nous sommes vraiment abandonnés comme des enfants perdus dans la forêt. Quand tu es devant moi et que je te regarde, que sais-tu des souffrances qui sont en moi et que sais-je des tiennes. Et si je me jetais à tes pieds en pleurant et en te parlant de moi que saurais-tu de plus que ce qu’on te raconte de l’enfer quand on te dit qu’il est chaud et terrible. Ne serait-ce que pour cela, nous devrions, nous autres, hommes, être les uns devant les autres aussi pensifs, aussi aimant que devant les portes de l’enfer.

Franz KAFKA.
                            (Dans Lettre au père).

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Autrui (1957):  J’entrai dans leur sourire comme, autrefois, dans le sourire de nos sauveteurs du Sahara. Les camarades nous ayant retrouvé après des journées de recherches, ayant atterri le moins loin possible, marchaient vers nous à grandes enjambées, en balançant bien visiblement, à bout de bras, les outres pleines d’eau. Du sourire des sauveteurs, si j’étais naufragé, du sourire des naufragés, si j’étais sauveteur, je me souviens aussi, comme d’une patrie où je me sentais tellement heureux. Le plaisir véritable est plaisir de convive. Le souvenir véritable est plaisir de convive. Le sauvetage n’était que l’occasion de ce plaisir. L’eau n’a point le pouvoir d’enchanter, si elle n’est pas d’abord cadeau de la bonne volonté des hommes.
Les soins accordés au malade, l’accueil offert au proscrit, le pardon même ne valent que grâce au sourire qui éclaire la fête. Nous nous rejoignons dans le sourire au-dessus des langages, des castes, des partis. Nous sommes les fidèles d’une même Eglise, tel et ses coutumes, moi et les miennes.

                    Antoine de Saint-Exupéry.
                        (In Terre des hommes).


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par Edouard Boulogne publié dans : La chrestomathie du Scrutateur
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Dimanche 10 février 2008
La chrestomathie du Scrutateur.


le-20veilleur.jpg (Guetteur, par Georges Mathieu).















B         :


(1994) : Barbarie : "Plus on s'éloigne de Dieu, plus on s'enfonce dans la barbarie".
Serge Moati.

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(1994) : Barbarie : "Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage".
Montaigne.

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(1972) : Bien (faire le) : Je disais d'un homme : "il fait le bien, mais il ne le fait pas bien".

Montesquieu.
par Edouard Boulogne publié dans : La chrestomathie du Scrutateur
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Dimanche 10 février 2008
La chrestomathie du Scrutateur.

Guetteurs.jpeg (Guetteurs).






C   :

(1972) : Colère : "La colère des imbéciles remplit le monde. Elle est sans doute moins à craindre que leur pitié".

Georges Bernanos.


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(1996) : Conscience : "Une conscience pure est souvent le résultat d'une mauvaise mémoire".
Aphorisme polonais.

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Contagion du bien (et du mal!).


(2007) : "De même, explique un psychologue, qu'un battement d'ailes de papillon crée une onde qui, s'ajoutant à toutes les perturbations athmosphériques, peut fort bien être la cause d'un ouragan aux antipodes, nous pourrions si nous avions les moyens de suivre sa trajectoire, étudier l'effet d'un sourire, ou d'une poignée de mains que nous n'attendions pas, sur une chaîne d'hommes et de femmes qui ne se connaissent pas et en répercutent pourtant l'effet à leur insu, qui sur un employé du gaz à Istambul, qui sur un touriste urugayen demandant où se trouve la tour Eiffel".

Marcel COHEN.
(In Faits (I) tome I, p. 158, éditions Gallimard).

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(1996) : Côterie : "Des services! des talents! Du mérite! Bah! Soyez d'une côterie!
Fénelon.

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Cour : La cour dont il va s'agir dans les textes qui suivent n'est pas la cour de récréation, ni la cour d'appel (quoiqu'au tribunal, il y ait aussi des cours, des courtisans et des courtisés, lesquels ne sont pas toujours du côté du prétoire que l'on croit!), mais la résidence des souverains, et plus exactement leur entourage, leur aréopage. Les membres de cette cour, tant en république qu'en monarchie, sont des courtisans.
Et de même qu'il y a de grands monarques, il y en a de petits, des sous-chefs, et leurs flagorneurs, acteurs plus ou moins pittoresque d'une étrange basse cour.
Observer la cour est très utile pour bien connaître le genre humain.
J'ai retenu de très beaux textes, dont plusieurs (à tout seigneur, tout honneur) de Jean de La Bruyère, extraits de son magristal ouvrage des "Caractères" au chapitre "De la cour".

(1960) : Cour :

"Un homme qui sait la Cour est maître de son geste, de ses yeux et de son visage; il est profond, impénétrable; il dissimule les mauvais office, sourit à ses ennemeis, contraint son humeur, déguise ses passions, dément son coeur, parle, agit contre ses sentiments : tout ce grand raffinement n'est qu'un vice, que l'on appelle fausseté, quelquefois aussi inutile au courtisan pour sa fortune, que la franchise, la sincérité, et la vertu".

Jean de La Bruyère.

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"La Cour est comme un édifice bâti de marbre, je veux dire qu'elle est composée d'hommes fort durs, mais fort polis".

Jean de La Bruyère.

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"Combien de gens vous étouffent de caresses dans le particulier, vous aiment et vous estiment, qui sont embarrassés de vous dans le public, et qui, au lever (Note du Scrutateur : il s'agit de la cérémonie quotidienne du lever du Roi) ou à la messe, évitent vos yeux et votre rencontre! Il n'y a qu'un petit nombre de courtisans qui, par grandeur, ou par une confiance qu'ils ont d'eux-mêmes, osent honorer devant le monde le mérite qui est seul et dénué de grands établissements".

Jean de La Bruyère.

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  « L’on court les malheureux pour les envisager ; l’on se range en haie, ou l’on se place aux fenêtres pour observer les traits et la contenance d’un homme qui est condamné, et qui sait qu’il va mourir, vaine, maligne, inhumaine curiosité ; si les hommes étaient sages, la place publique serait abandonnée, et il serait établi qu’il y aurait de l’ignominie seulement à voir de tels spectacles. Si vous êtes si touchés de curiosité, exercez-là du moins en un sujet noble : soyez un heureux, contemplez–le dans le jour même où il a été  nommé à un nouveau poste, et qu’il en reçoit les compliments ; lisez dans ses yeux, et au travers d’un calme étudié et d’une feinte modestie, combien il est content et pénétré de soi-même ; voyez quelle sérénité cet accomplissement de ses désirs répand dans son cœur et sur son visage, comme il ne songe plus qu’à vivre et à avoir de la santé, comme ensuite sa joie lui échappe et ne peut plus se dissimuler, comme il plie sous le poids de son bonheur, quel air froid et sérieux il conserve pour ceux qui ne sont plus ses égaux : il ne leur répond pas, il ne les voit pas ; les embrassements et les caresses des grands, qu’il ne voit plus de si loin, achèvent de lui nuire ; il se déconcerte, il s’étourdit : c’est une courte aliénation. Vous voulez être heureux, vous désirez des grâces ; que de choses pour vous à éviter ».

Jean de La Bruyère.

****

(Le texte précédent de La Bruyère a évoqué pour moi un passage célèbre du Comte de Monte Christo, de notre grand Alexandre Dumas, exactement cette scène de l'exécution publique de deux bandits, durant le carnaval romain, où le public avide de sensations se presse ondoyant, et frénétiquement obscène, attentif aux moindres expressions mimiques des condamnés. Qu'on relise ce passage si instructif sur l'âme humaine.
Autre réminiscence, que je transcris immédiatement, celle d'un admirable passage du grand roman de Balzac "Le père Goriot".
Tout à la fin, une grande dame de la haute société parisienne, la vicomtesse de Beauséant, s'apprète à donner, en son hôtel particulier, une grande soirée.
Survient, comme un coup de tonnerre, la nouvelle de la disgrâce qui l'atteint, et la contraindra à quitter Paris et à s'enfuir "au désert" comme on disait alors.
Madame de Beauséant, cependant, n'annulera pas les festivités, et saura faire face avec une constance et une grandeur admirable à la curée de ses faux amis, venus jouir de son malheur.
Lisez plutôt  :

    (1962) : "Les lanternes de cinq cents voitures éclairaient les abords de l'hôtel de Beauséant. De chaque côté de la porte illuminée piaffait un gendarme. Le grand monde affluait si abondamment, et chacun mettait tant d'empressement à voir cette grande femme au moment de sa chute, que les appartements, situés au rez-de-chaussée de l'hôtel, étaient déjà pleins quand madame de Nucingen et Rastignac s'y présentèrent. Depuis le moment où toute la cour se rua chez la grande Mademoiselle à qui Louis XIV arrachait son amant, nul désastre de coeur ne fut plus éclatant que ne l'était celui de madame de Beauséant. En cette circonstance, la dernière fille de la quasi royale maison de Bourgogne se montra supérieure à son mal, et domina jusqu'à son dernier moment le monde dont elle n'avait accepté les vanités que pour les faire servir au triomphe de sa passion.
Les plus belles femmes de Paris animaient les salons de leurs toilettes et de leurs sourires. Les hommes les plus distingués de la cour, les ambassadeurs, les ministres, les gens illustrés en tout genre, chamarrés de croix, de plaques, de cordons multicolores se pressaient autour de la vicomtesse. L'orchestre faisait résonner les motifs de sa musique sous les lambris dorés de ce palais, désert pour sa reine.
Madame de Beauséant se tenait debout devant le premier salon pour recevoir ses prétendus amis. Vétue de blanc, sans aucun ornement dans ses cheveux simplement nattés, elle semblait calme, et n'affichait ni douleur, ni fierté, ni fausse joie. Personne ne pouvait lire dans son âme. Vous eussiez dit d'une Niobé de marbre. Son sourire à ses intimes amis fut parfois railleur; mais elle parut à tous semblable à elle-même, et se montra si bien ce qu'elle était quand le bonheur la parait de ses rayons que les plus insensibles l'admirèrent, comme les jeunes romaines applaudissaient le gladiateur qui savait sourire en expirant.
Le monde semblait s'être paré pour faire ses adieux à l'une de ses souveraines".

Honoré de Balzac.

****


(1965) Cri : cri-1.jpg ( L'image ci-contre est une reproduction du tableau d'Edvard Munch, Le cri).

    "Qui donc, si je criais, m'entendrait parmi les hiérarchies
des anges? Et, en supposant que l'un d'eux soudain
me prenne sur son coeur : je succomberais, mort de
son existence la plus forte. Car le beau n'est rien
que le premier degré du terrible; à peine le supportons-nous,
et, si nous l'admirons ainsi, c'est qu'il néglige avec dédain
de nous détruire. Tout ange est effrayant.
Je me contiens donc et refoule en moi le cri d'appel
d'un sombre sanglot. Hélas! à qui donc nous est-il possible
de recourir? Ni aux anges, ni aux hommes,
et les animaux eux-mêmes s'aperçoivent d'instinct
que nous ne sommes pas des êtres sûrs, qui se sentent chez eux
dans le monde interprété. Il nous reste peut-être,
sur le versant, un arbre à revoir chaque jour;
il nous reste le chemin d'hier
et la fidélité d'une habitude, enfant gâtée,
qui se plût chez nous et resta et ne partit point."(.....).

Rainer-Maria Rilke.
(Début de la première des "Elégies de Duino"). Rilke.jpg(Couverture d'une édition des Elégies, passablement défraichie par le cyclone Hugo, en 1989).

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Culte :

(1972) :
« Je suis bien éloigné de croire que le culte ait pour objet ou pour effet d’exalter la puissance mystique de l’esprit. Tout au contraire les règles du culte apaisent toutes les passions et toutes les émotions en disciplinant les mouvements. L’attitude de la prière est justement celle qui permet le moins les mouvements vifs, et qui délivre le mieux les poumons, et par ce moyen le cœur. La formule de la prière est propre aussi à empêcher les écarts de pensée en portant l’attention sur la lettre même ; et je ne m’étonne point que l’Eglise redoute tant les changements les plus simples ; une longue expérience a fait voir, comme il est évident par les causes, que la paix de l’âme suppose que l’on prie des lèvres et sans hésiter, ce qui suppose qu’il n’y ait point deux manières de dire ; et la coutume du chapelet, qui occupe en même temps les mains, est sans doute ce que la médecine mentale a trouvé de mieux contre les soucis et les peines et contre le manège de l’imagination qui tourne autour. Dans les moments difficiles, et lorsqu’il faut attendre, le mieux est de ne pas penser, et le culte y conduit adroitement sans aucun de ces conseils qui irritent ou mettent en défiance. Tout est réglé de façon qu’en même temps qu’on offre ses peines à Dieu pour lui demander conseil ou assistance, on cesse justement de penser à ces peines ; en sorte qu’il n’est point de prière, faite selon les rites, qui n’apporte aussitôt un soulagement ».

                            ALAIN.

(Eléments de réflexion pour des élèves de classe terminale en philosophie).

Dans ce texte, le philosophe Alain aborde un sujet religieux, plus précisément du rôle, de l’objet du culte, et plus précisément encore de la finalité de la prière.
Agnostique, et même anticlérical, notre auteur ne s’en efforce pas moins de dégager, avec une certaine rigueur, et honnêtement, telle qu’il la voit, ce qu’est l’oraison, ce qu’est la prière du croyant.


Curieusement il fait passer au second plan « l’exaltation de la puissance mystique de l’esprit », en laquelle on serait tenté de voir, d’un point de vue religieux, l’essence du phénomène dont il est question.
Il a tendance à considérer la prière d’un point de vue médical, du point de vue d’une hygiène de l’esprit et du comportement.
« Le culte apaise les passions et les émotions » écrit-il, « discipline les mouvements ».
Quand il prie l’homme est soumis à des règles codifiées. Celles-ci tempère les gestes, calment les inquiétudes et les angoisses, si propices d’ordinaire, quand on a peur, quand on souffre, à se traduire en gestes, mimiques déréglées, incoordonnées. Car l’homme est, spontanément, un être d’émotions, de premiers mouvements. Or ? à l’église, au temple, et même chez soi, l’individu, est entouré de semblables soumis à des usages, à des influences réciproques qui l’encadrent, le contraignent. On croirait un médecin ou un psychologue qui parle quand il écrit que la prière « délivre ainsi le mieux les poumons, et le cœur ».
La prière est donc d’abord une discipline corporelle.
Mais elle règle aussi la vie intérieure « en empêchant les écarts de pensée » c’est-à-dire toutes ces distractions qui nous détournent à tout instant, si nous n’y prenons garde de ce que nous avons à faire et que nous avons, en principe, décidé d’effectuer.
Cela dit, il en vient à la pensée de l’Eglise sur le sujet, telle du moins qu’il l’interprète. L’Eglise, dit-il, « redoute les changements ». Cette « peur » n’est pas due au hasard mais à « l’expérience » qui montre l’importance de la récitation quasi mécanique. Il faut prier « des lèvres et sans hésiter ». Toujours ce souci d’éviter les errances dues à l’émotivité et au désordre spontanés.
Evocation même du chapelet, par Alain, remarquable instrument de maîtrise des humeurs pour les mêmes raisons que ci-dessus les paroles récitées par cœur, et en quelques sortes machinalement. Rien de pire que l’imagination cette grande « maîtresse d’erreur » selon le mot d’un autre penseur célèbre Blaise Pascal. « Dans les moments difficiles, par exemple l’attente angoissée dans un salon d’hôpital pendant que s’effectue l’opération délicate d’un proche, dans l’attente d’une catastrophe possible, etc, rien de mieux que de ne pas penser, et se réfugier dans l’hygiène de mouvements mécaniques qui nous absorbent et nous calment.
La prière est donc pour Alain bien supérieure au meilleurs calmants chimiques, elle est plus naturelle. Telle serait sa nature la plus profonde.


Reste à savoir si cette analyse est exacte.
Si l’on se donne la peine de réfléchir à son expérience personnelle, ou aux témoignages de gens expérimentés, il semble que l’analyse de notre philosophe est exacte. La psychologie a bien montré l’importance du rôle du corps sur la pensée. A force de maîtrise de son personnage social on modifie son vécu intérieur. Auguste Comte, William James l’ont montré à l’envi.
Il nous semble pourtant que si la thèse de ce texte n’est pas fausse, elle pèche cependant par son côté partiel, incomplet.
Alain, incroyant, ne voit pas dans le culte, dans la prière surtout, ce qu’elle est d’abord pour le croyant averti, une conversation, un lien avec un autre qui, est Dieu, ou la personne sanctifiée (les saints) auxquels on s’adresse.
Par exemple dans cette prière majeure qu’est le « pater noster » (le nôtre Père), formulée par le Christ lui-même dans les Evangiles.
« Que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel (….) pardonne nous, comme nous pardonnons aussi à ceux qui, etc ».
L’on peut certes réciter cette prière mécaniquement, et c’est sûrement ce que l’on fait dans certaines situations d’extrêmes détresses. La prière alors se réduit à ce qu’en perçoit l’agnostique Alain.
Mais le croyant est éduqué par l’Eglise à donner un sens précis à ces paroles, qui doivent être vécues, doivent transformer notre vie de relation avec Dieu et avec les autres appelée d’ailleurs « notre prochain », expression qui doit être pensée, avoir un sens précis sauf à transformer le croyant en une sorte d’automate, opposé exact de sa vocation de personne humaine dans une perspective chrétienne par exemple.
Peu avant son procès, et la montée au Calvaire, le Christ prie. Si l’on se réfère aux écritures où ses prières sont consignées, l’on voit qu’il ne s’agit pas du tout d’une récitation mécanique à des fins thérapeutiques, mais d’un appel extrêmement personnel et angoissé à son père. Rien d’un comprimé de somnifère, à quoi on ne saurait réduire la prière sans commettre à son égard un essentiel contresens.


Ainsi, malgré le respect dû à Alain, penseur sérieux, honnête et rigoureux, il nous semble qu’on ne saurait réduire l’objet de sa réflexion à ce qu’il nous en dit dans ce texte.
Non qu’il ait tort sur toute la ligne et en tous points, mais son expérience religieuse particulière, (l’agnosticisme), dont on ne saurait évidemment lui faire grief, le fait passer à côté de l’essentiel de la prière. C’est du moins ce qu’il nous a semblé au terme de notre analyse.


Culture :           

(1963) : CULTURE GENERALE :  "La culture est un ensemble de connaissances et de réflexions, dans les domaines les plus variés, qui nous ont été inculquées dans notre jeunesse, qui ont dégrossi notre esprit et qui nous permettent de raisonner et de sentir comme ont raisonné et senti les hommes du passé, comme raisonneront et sentiront les hommes de l'avenir, parce que ces connaissances et ces sentiments sont le propre de la nature humaine. La culture, c'est un ensemble de souvenirs, de choses apprises et oubliées. C'est ce qui nous a façonné sans même que nous nous en doutions. Comme le pays où l'on vit peut avoir de l'influence sur notre corps, la culture agit lentement sur notre esprit. Le propre de l'homme cultivé est la capacité de faire des rapprochements. Il a des intuitions qui dirigent ses investigations sur des terres vierges. Il n'a pas ces œillères que donne la spécialisation absolue. Les grandes découvertes qui ont transformé l'humanité ont été faites par des hommes qui, au lieu d'être uniquement spécialisés avaient des notions générales. Cette culture humaniste est propre au génie gréco-latin. Il faut qu'elle se perpétue car elle est le gage d'une supériorité intellectuelle que nous perdrions, nous fils d'Athénée si on la négligeait comme tentent de le faire trop de nos éducateurs obnubilés par la seule technique".

                Professeur Pasteur Valéry-Radot.


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(1964) Culture et poésie : "La poésie humaine la plus pure est inaccessible à celui qui n'a pas passé une fois en sa vie par une crise mystique plus ou moins éphémère.Quand,à l'entrée dans la vie, l'âme se nourrit de hautes pensées d'au delà de ce monde, même si elles paraissent dépasser la tendresse de l'enfance, elles agissent beaucoup plus efficacement sur l'âme enfantine vaisseau de grâce, que sur l'âme adulte".

                Miguel de Unamuno.


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(1964) Culture de l'âme : *Une âme s'élève au contact de l'héroïsme et de la beauté. S'il n'a jamais dans quelque salle de collège, pleuré avec Achille sur le cadavre de Patrocle,  ou pris la main d'Antigone quand elle descend à la tombe, s'il n'a point contemplé sur le radeau d'Ulysse la mer immense, ou soutenu le vieil Oedipe  à l'orée du bois de Colône, ni dansé avec les mystes, ni poursuivi dans la nuit des Bacchantes, un garçon a perdu son temps.

                RP.Festugière.


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(1964) Culture (de l'âme) : L'antiquité a nourri des âmes admirables....L'Europe connaîtra la ruine quand elle aura cessé de vénérer  un Platon, un Marc-Aurèle, un Epictète.....Tout ce qui dans nos manuels concerne les vertus humaines vient de ces grands anciens....Pour la partie de l'éthique que divisent les vertus cardinales et leurs satellites, saint Thomas ne fait que traduire ou commenter Aristote.

                RP.Festugière.


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par Edouard Boulogne publié dans : La chrestomathie du Scrutateur
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Dimanche 10 février 2008
La chrestomathie du Scrutateur.


chouette.jpg (La chouette, oiseau de Minerve, symbole de la sagesse).











La Chrestomatie évolue de jour en jour. N'hésitez pas à la consulter régulièrement.



  :

(1994) : Démocratie : "La démocratie est l'art d'agiter le peuple avant de s'en servir".
Talleyrand.

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  (2007)  : DEMOCRATIE


        *Le mot « démocratie » peut s’entendre au moins en deux sens : le système démocratique, qui est au fond l’auto gouvernement du peuple, me paraît peut-être possible dans la mesure où le peuple est capable de s’autogouverner. Est-ce qu’on peut valablement appliquer le mot pris dans un sens positif et éventuellement défendable à autre chose qu’à des groupes humains, des collectivités, des communautés qui sont capables dans une certaine mesure, de raison, de réflexions, de responsabilités ? On ne peut pas désavouer complètement le régime démocratique parce que dans les assemblées conventuelles, les monastères sont régis d’une manière en partie démocratique. Cela dit, il me paraît clair que nous n’avons absolument pas affaire dans le monde moderne avec ce type de démocratie. La démocratie, c’est le pseudo auto gouvernement des masses, mais des masses qui sont caractérisées de manière évidente par une absence totale de qualification au gouvernement, de capacités, de responsabilité, de réflexion.
    La démocratie moderne n’est jamais qu’un gouvernement hypocritement exercé par certains, gouvernement du grand nombre par un petit nombre, dans des conditions telles que précisément il semble que le pouvoir du petit nombre repose quand même sur l’adhésion, l’assentiment du grand nombre. Ce qui fausse complètement les choses parce que, comme le grand nombre est d’une certaine manière incapable de gouvernement, c’est alors que s’instaurent des procédures de manipulation. Dans le monde moderne, vous avez affaire à de véritables machines à gouverner. La classe politique défend ses intérêts, c’est vrai, il n’y a qu’à regarder les partis politiques. Dans le même temps, on ne peut pas dire que le pouvoir de ces classes n’obéit pas quand même au souci de garder constamment l’adhésion des masses. On ne peut pas dire qu’il s’agisse à proprement parler d’un gouvernement dans le sens plein du terme. On en revient à cette idée que, d’une certaine manière, les gouvernants gouvernent, mais sont aussi gouvernés par les gouvernés. Ce qui engendre, à mon avis, le caractère totalitaire des pays modernes. Vous me demandez s’il y a un rapport entre démocratie et totalitarisme. Je vous dirai : dans l’absolu et dans l’essence, on peut très bien concevoir une démocratie qui ne soit pas totalitaire et même d’une certaine manière qui soit contraire au totalitarisme, mais la forme prise par la démocratie dans le monde moderne est telle que j’ai de plus en plus de mal à distinguer la démocratie et le totalitarisme.

                            Claude POLIN.
                    (In Catholica : n° 65 automne99 P. 89).

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(1994) : Désespoir : "Il n'y a pas de désespoir tant que subsiste la conscience d'accomplir une tâche".
Julien Freünd.

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(1994) : Discussion : "Qui ne sait pas mettre ses idées à la glace ne doit pas s'engager dans la chaleur de la discussion".
Nietzsche.

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(1960) : Divertissement : "Divertissement : Quand je m’y suis mis quelquefois, à considérer les diverses les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s’exposent, dans la cour, dans la guerre, d’où naissent tant de querelles, de passions, d’entreprises hardies et souvent mauvaises, etc, j’ai découvert que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre.
Un homme qui a assez de biens pour vivre, s’il savait demeurer chez soi avec plaisir, n’en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d’une place. On n’achètera une charge à l’armée si cher, que parce qu’on trouverait insupportable de ne bouger de la ville ; et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu’on ne peut demeurer chez soi avec plaisir. Mais quand j’ai pensé de plus près, et qu’après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs, j’ai voulu en découvrir la raison, j’ai trouvé qu’il y en a une bien effective, qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable, que rien ne peut nous consoler, lorsque nous y pensons de près.
Quelque condition(1) qu’on se figure, si l’on assemble tous les biens qui peuvent nous appartenir, la royauté est le plus beau poste du monde, et cependant qu’on s’en imagine,(2) accompagné de toutes les satisfactions qui peuvent le toucher. S’il est sans divertissement, et qu’on le laisse considérer et faire réflexion sur ce qu’il est, cette félicité languissante ne le soutiendra point, il tombera par nécessité dans les vues qui le menacent, des révoltes qui peuvent arriver, et enfin de la mort et des maladies qui sont inévitables ; de sorte que, s’il est sans ce qu’on appelle divertissement, le voilà malheureux, et plus malheureux que le moindre de ses sujets, qui joue et se divertit".

Blaise PASCAL.

(1) Condition : position dans la société.
(2) S’en imagine : imagine le roi.

Eléments pour un commentaire proposés aux élèves d'une classe terminale en 2001. :

     
                Qu’est-ce qui fait vivre les hommes ?Pour les uns c’est l’argent, pour d’autres la gloire, la puissance, la considération sociale, les honneurs, etc.
    Se posant la question Blaise PASCAL va plus loin ; il propose une analyse plus profonde.
Au faîte du pouvoir ou de la fortune, l’homme est encore angoissé, malheureux. L’auteur des Pensées y voit un caractère propre à l’essence même de l’homme. Il y aurait en nous un creux, un puits sans fond, une soif inextinguible.
    Et tout le spectacle de l’histoire humaine ne serait que fuite en avant, spectacle dérisoire donné aux autres et à soi-même, divertissement pathétique.

(I)

  Pascal commence par « considérer » le spectacle quotidien de la vie sociale et politique. Il le fait dans un langage où se mêlent de la hauteur et de la pitié. Les hommes « s’agitent » dit-il. Ils s’exposent à des « périls » des « peines », comme des bourreaux d’eux-mêmes. N’est-ce pas étonnant ? Sur quels théâtres ? Notons l’ironie : la « cour » mise sur le même pied qu’un champ de bataille (« la guerre »)..
Ils se précipitent donc volontairement au devant de « querelles », de passions souvent mauvaises.
Fin du 1er pf : 1 ère conclusion : les hommes sont incapables de rester face à eux mêmes dans une chambre. Mais c’est surtout un constat plus qu’une explication. Pascal va poursuivre son investigation.
    *Dans le 2ème pf il évoque l’exemple, non de pauvres, mais d’hommes qui ont du bien, comme on dit, de nantis. Ils pourraient se contenter de vivre. Pas de fortune à faire, ou même aucune préoccupation de survie matérielle.
Or, ils ont le tracassin. En ces temps où le service militaire n’est pas obligatoire, ils achètent des charges à l’armée. Tout serait préférable donc, et les plus grands dangers, à la solitude. Le divertissement est roi.
    *Le 3ème  pf va encore plus loin. Pascal jusqu’à présent n’a distingué que la cause de nos malheurs. Il s’interroge maintenant sur la raison de tout cela. Elle est consubstantielle à la condition humaine. On sait que Pascal est chrétien, et même de tendance janséniste. Peut-être l’influence chrétienne est-elle sensible ici, la croyance en les conséquences fâcheuses pour l’homme du péché originel. Quoiqu’il en soit, il voit la source du malheur dans la condition humaine « faible, mortelle, misérable ».
Faible (commenter, ex)
Mortelle(commenter, ex).
Misérable. L’homme le plus puissant du monde, n’est pas certain d’être aimé, le bonheur n’est pas dans l’avoir. La beauté est fugitive (« Thaïs tu vieilliras ! »). Malraux, l’agnostique a rejoint ici le chrétien Pascal « il n’y a pas de grandes personnes ». (confidence de l’aumônier des Glières).
*Le dernier pf ne fait que compléter  ce qui précède. La personne royale elle-même est prise comme paradigme. Le roi le plus puissant est comme n’importe lequel de ses sujets. Sans divertissement, s’il réfléchit il sombre dans la mélancolie. D’où, selon Pascal l’effarante agitation de la politique et des affaires. (exemples, y compris contemporains sans attaques contre les personnes). Tout plutôt que la contemplation du néant.

(II).

    Ce diagnostique n’est-il pas trop sombre ? Une activité quelconque échappe t-elle à l’investigation pascalienne ?
L’action, même contre la misère et la pauvreté, ne serait-elle pas « divertissement » ?Tous, St-Vincent de Paul, mère Thérésa, Raoul Follereau, ne seraient-ils que des fuyards terrorisés ?
Il y a en Pascal l’âme d’un grand mystique. Les hommes les plus vrais ne seraient-ils pas ceux, les grands mystiques, capables de méditer dans le dénuement solitaire d’une simple cellule, face à un crane ?
Mais, si Dieu n’existait pas ? !La philosophie elle-même ne serait-elle pas « divertissement » ?

(III) :

    Mais peut-être peut-on, ici, diverger quelque peu de Pascal. Si Dieu existe, et la raison n’est pas sans arguments pour inciter, avec Pascal lui-même, au pari sur son existence, ce Dieu est amour. Si l’Evangile est une longue exhortation, avec toute la Bible, à dépasser et mépriser les « vanités » de ce monde, il nous incite à l’engagement. Pas de salut sans les œuvres. Pas de salut, sans lutte contre la misère physique et morale.
Et l’amour chrétien n’est pas fuite mais lucidité et vérité. L’amour de Dieu, de soi et du prochain est la condition du salut. Le modèle en est donné par le Christ, qu’il faut imiter. Alors seulement, toutes larmes seront taries !

Edouard Boulogne.


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Dieu : (2007) : "l'idée de Dieu "nous est inaccessible en soi, dans la perfection infinie et absolue de son être. Toutes les cultures humaines et pratiquement tous les philosophes ont cru à l'existence de Dieu, ou ont démontré la nécessité d'admettre l'existence de l'Etre suprême. Ce que nous connaissons de sa nature est surtout négatif : nous savons qu'il n'est ni imprfait, ni en devenir, ni composé, ni temporel, etc; nous posons certains attributs (perfection, éternité, infinité, toute-puissance, etc) et nous établissons qu'il est le créateur de tout l'univers (création ex nihilo). Toutefois, ceux qui s'approchent le moins mal de cette réalité divine sont ceux qui reçoivent ses grâces d'illumination, dans la prière".
Louis Millet et Isabelle Mourral.
(In "Petite encyclopédie philosophique", Editions Universitaires).


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Dieu (2006) :

« Que sais-je de Dieu et du sens de la vie ?
Je sais que le monde existe (….)
Que la vie est le monde.
Que ma volonté pénètre le monde.
Que ma volonté est bonne ou mauvaise.
Que donc le bien et le mal sont d’une certaine manière en interdépendance avec le sens du monde.
Le sens de la vie, c’est-à-dire le sens du monde, nous pouvons lui donner le nom de Dieu.
Et lui associer la métaphore1 d’un Dieu père.
La prière est la pensée du sens de la vie.

Croire en Dieu signifie que les faits du monde ne résolvent pas tout.
Croire en Dieu signifie que la vie a un sens.
Le monde m’est donné, c’est-à-dire que mon vouloir pénètre du dehors
dans le monde, comme quelque chose de déjà prêt. (….).
C’est pourquoi nous avons le sentiment de dépendre d’une  volonté étrangère.
De quoi que nous dépendions, nous sommes en tout cas, en un certain sens , dépendants, et ce dont nous dépendons nous pouvons l’appeler Dieu (…).
Pour vivre heureux, il faut que je sois en accord avec le monde (…).
Je suis alors, pour ainsi dire, en accord avec cette volonté étrangère dont je parais dépendre. C’est-à-dire que « j’accomplis la volonté de Dieu ». ».

                    Ludwig Wittgenstein.

1 Métaphore : figure de rhétorique. Comparaison, image. Ex : Un monument de bêtise ; une source de chagrin.


( Le commentaire qui suit a été proposé à des élèves de classe terminale en 2006.  Conformément aux usages scolaire, ce « corrigé » n’a pas pris en considération la pensée du grand philosophe britannique d’origine autrichienne dans son ensemble, se bornant à réfléchir sur le texte, tel quel, tel qu’un non spécialiste ignorant l’auteur, pouvait le recevoir, dans sa recherche, libre mais rationnelle de la vérité et de la sagesse).

Introduction.

« Savoir si la vie vaut ou non la peine d’être vécue, telle est la question essentielle de la philosophie » écrit Albert Camus au tout début de son livre : « Le mythe de Sisyphe ». A cette essentielle question du « sens » bien des hommes croient trouver réponse dans le message des religions. Mais la philosophie, même si elle fait souvent bon ménage avec la religion s’efforce, dans sa spécificité, autant qu’il est possible, de répondre par les seules ressources de la raison, ce « propre de l’homme » selon Aristote.
Telle est, dans ce texte la démarche de Ludwig Wittgenstein, (désormais désigné par la lettre majuscule W) philosophe contemporain, Anglais, d’origine autrichienne.

 W. y adopte le ton de la méditation, il pense à voix haute.
Il commence par nous dire l’objet de sa recherche : « Que sais-je de Dieu et du sens de la vie » ?
Mais pour répondre il ne se réfère pas à la Bible ou à un quelconque texte sacré. Il réfléchit, il raisonne.
Il part d’abord de « certitudes » (ou qui lui paraissent telles), qui seraient également celles de tout « je » (c’est-à-dire de ce qui en chaque individu relève non de son corps et de son expérience individuelle sur les plans psychologique ou sociologique : le « moi empirique », mais de son « moi pensant, de son « cogito »), de tout être qui pense avec sa raison ce « bon sens » qui serait « la chose du monde la mieux partagée » selon Descartes.
Ces certitudes s’enchaînent logiquement à partir de la première d’entre elles : « Je sais que le monde existe ». N’entrons pas ici dans la querelle des philosophes (une telle démarche nous entraînerait trop loin du texte lui-même) concernant la première certitude (le « cogito » selon Descartes, dont découlerait la certitude du monde physique, ou « l’être » physique « premier donné » selon Aristote et St-Thomas d’Aquin).
W. s’exprime ici dans la problématique Aristotélicienne : « l’être est le premier donné ». Dans cette perspective, en effet, je nais sans le savoir et sans l’avoir voulu, comme un « être », jeté dans un Etre qui l’englobe : « le monde » selon le langage courant.
W. poursuit : « que la vie est le monde ». Cette phrase, à s’en tenir au texte lui seul est ambiguë. W. ne prend certainement pas le mot « vie » , ici, au sens des biologistes. Il ne voit sûrement pas la matière inerte comme équivalent aux cellules qui constituent la matière organisée. Notre philosophe vit au 20è siècle, et est en effet pourvu d’une solide culture scientifique. Il n’est pas animiste. Donc prenons son affirmation comme signifiant que le monde est le spectacle de la vie, ou le lieu où elle se déroule.
Il poursuit par un fait d’observation peu discutable : « ma volonté pénètre le monde ». Et certes, depuis l’apparition de l’homme, celui-ci agit, transforme (« pénètre ») le monde, et de plus en plus avec le développement de la technique.
Et, cette « volonté est bonne ou mauvaise », comme le révèle l’expérience courante, soit sur le plan physique (de nos jours on évoquerait les « effets de serre » qui perturbent la vie et menacent l’existence de la planète), soit sur le plan moral ( actions injustes, etc).
La dernière proposition de son énumération anaphorique prend la forme d’une conclusion (« donc ») : « que donc le bien et le mal sont d’une certaine manière en interdépendance avec le sens du monde »(qui rappelons-le est confondu par lui avec la « vie ». Si l’on comprend exactement, le « bien » indiquerait une action en accord avec le sens, et le mal, a contrario, révélerait une inadéquation.
Ce sens de la vie (ou du monde) W. convient de l’appeler Dieu. Ce « Dieu » n’est pas donc celui de la Bible (révélé par les prophètes), mais un postulat de la raison si l’on peut dire.
Dans le même style l’auteur convient de le considérer comme un « père », c’est-à-dire celui qui engendre, crée, protège, au double sens matériel et spirituel.
La dernière proposition de cette première partie du texte énonce que « la prière est la pensée du sens de la vie ». La prière n’est plus ici considérée comme une imploration, une supplication adressée à la divinité mais comme une « pensée » une réflexion, le fruit d’une contemplation active. On pourrait lui associer cette remarque du philosophe chrétien Malebranche écrivant, (au 17è siècle) que « l’attention est une prière naturelle de l’esprit »).

Supposant admis ce qu’il vient d’énoncer, W. poursuit et développe sa méditation ?
« Croire en Dieu » dit-il signifie « que les faits ne résolvent pas tout », que « la vie a un sens », que « le monde m’est donné » et que « ma volonté qui le pénètre » le fait comme de « quelque chose de déjà prêt ».
Il y a trois informations d’importance ici.
 « Les faits ne résolvent pas tout », donc la science ne résout pas tout, elle n’est pas l’activité intellectuelle la plus noble, ni la plus importante. La science, en effet, cherche à déterminer les lois du réel (les « faits ») pour agir sur lui. Elle est la science du « comment », pas du « pourquoi ». Elle procède par hypothèses, vérifications ou infirmations des hypothèses, pour savoir comment les choses se passent et permettre d’intervenir dans le déroulement des phénomènes. Le savant atomiste permet de dégager de l’énergie à partir de l’atome, mais « en tant que savant », il n’a pas à juger du bien ou du mal fondé, du point de vue moral , de l’usage de la bombe thermonucléaire, par exemple. Ou bien, sur le même plan, les techniques de pèche sont de plus en plus efficaces, mais leur usage inconsidéré ne va-t-il pas engendrer, par rupture d’un ordre plus fondamental (d’ordre moral ou même transcendant ) un désordre mortel ?

* Pourquoi ? Parce que, par delà les « faits » (les hommes, souvent, qui ne voient qu’eux ne voient pas plus loin que le bout de leurs nez) les jugements ne prennent de « sens » que par rapport à une « transcendance ». Ce mot n’est pas dans le texte, mais il en résulte. Car « le monde m’est donné ». Ce n’est pas moi qui l’engendre, car j’en fais partie, je ne me suis pas créé moi-même ; et « mon vouloir (le) pénètre du dehors… comme quelque chose de déjà prêt ». Il y a du sens, j’ai à le découvrir, et c’est ce constat de quelque chose de transcendant qui me dépasse et qui m’englobe, qui « me donne le sentiment d’une volonté étrangère », c’est-à-dire Dieu manifestement, dans la pensée de W.

* Enfin W. aborde la question du bonheur, fin ultime de l’homme en sa vie terrestre comme l’ont souligné, avec l’observation commune, Aristote, Spinoza, et tous les grands penseurs.
Et ce bonheur dépend de notre aptitude à découvrir l’ordre et le sens du monde (c-à-d Dieu) : « Pour vivre heureux, il faut que je sois en accord avec le monde ». W. redécouvre par le seul raisonnement l’acquis de toute la philosophie stoïcienne, (entre autres), pour qui la contemplation (active) est la condition du bonheur qui est acceptation de l’ordre du monde (« Il y a ce qui dépend de nous, et ce qui n’en dépend pas …. » etc, disait Epictète).
Comme « l’ordre du monde » est Dieu, le bonheur est impossible sans recherche de cet ordre et accomplissement de la nature, « de la volonté de Dieu ». Ceux qui connaissent la pensée d’Aristote retrouvent ici la substance d’un passage célèbre de son Ethique à Nicomaque (livre X).

Conclusion :

Blaise Pascal, peut-être, pourrait-il opposer à W. sa célèbre objection aux théodicées purement philosophiques : « Dieu, Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, non le Dieu des philosophes et des savants ».
Si nous faisions une critique du texte selon le point de vue chrétien ou juif, ou musulman, nous pourrions en effet dire une certaine insatisfaction face à la pensée de l’auteur telle qu’elle s’est exprimée ici. .
Peut-être d’ailleurs W. en tomberait-il d’accord ? Mais l’intérêt du texte est, par la seule voie du raisonnement, en partant de l’observation phénoménologique, de montrer que l’homme ne se suffit pas à lui-même, qu’il y a une transcendance, un ordre « métaphysique », dont la transgression ne peut qu’être nuisible, voire fatale à l’humanité.
Rappeler cela à un monde moderne épris le plus souvent d’une frénésie d’efficacité immédiate, sans prendre le temps de réfléchir aux finalités essentielles de l’homme, est plus qu’utile, nécessaire.
Rappeler l’urgence d’une restauration de la pensée méditante, sur la pensée calculante et fabricatrice est une nécessité. W. retrouve la pensée célèbre d’un grand écrivain humaniste, Rabelais, qui dans son livre Gargantua avait déjà montré que « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».


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(1966) : Discipline : "La discipline est la règle de toutes les choses supérieures. Mais il faut être supérieur soi-même pour la posséder. Ce n'est pas en édictant des lois qu'on peut donner la vue aux aveugles. L'ordre et la religion ne s'enseignent pas par les armes. On ne peut pas préparer un peuple à l'ordre en obligeant les petits enfants à obéir aveuglément, mais en leur enseigant à s'élever au-dessus d'eux-mêmes".
Maria Montessori.


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(1966) : Discipline : "La discipline extérieure ne peut être efficace qu'après la naissance de la discipline intérieure. Comment faire obéir un enfant s'il ne sait pas ce que c'est que d'obéir? Pour être discipliné l'homme doit y être amené. La discipline par commandement engendre la résistance et prépare la réaction, immédiate ou lointaine. La vraie discipline ne se trouve que chez les êtres supérieurs; les êtres inférieurs, il faut les éduquer, mais par la répression. La discipline étant le signe extérieur de fonctions parfaites, la liberté consiste en la possibilité d'exercer parfaitement ces fonctions. Il en est de l'homme comme de toutes les choses créées : les étoiles sont libres d'évoluer dans le ciel, parce qu'elles restent disciplinées en leur trajectoire. Les poissons semblent libres de glisser dans l'eau, mais il ne faut pas qu'ils sortent de leur élément; il n'y a pas de forme de liberté qui ne soit déterminée par une loi. L'enfant ordonné est automatiquement discipliné".
Maria Montessori.


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Douleur.

Douleur  (1973) : "En voulant chanter la douleur je ne trouvais que l'amour, et si je voulais chanter l'amour, la douleur toujours revenait".

Franz Schubert.
(En composant la symphonie n°8 en si mineur, dite Inachevée).
par Edouard Boulogne publié dans : La chrestomathie du Scrutateur communauté : Libre parole
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Dimanche 10 février 2008
La chrestomathie du Scrutateur.

Fr-re-Jean.jpeg (Frère Jean des Entomeures, fut un veilleur truculent et sympathique).










E   :


Enfance :

(1964) : Enfance  : "Le monde qui se compose dans la tête des enfants est si riche et si beau  qu'on ne sait s'il est le résultat exagéré d'idées apprises ou si c'est un souvenir d'une existence antérieure et la géographie magique d'une planète inconnue".

Gérard de Nerval.

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(1964) : Enfance :  "Restez fidèle à l'enfance. Ne devenez jamais une grande personne. Il y a un complot des grandes personnes contre l'enfance, et il suffit de lire l'Evangile pour s'en rendre compte. Le Bon Dieu a dit aux cardinaux, théologiens, essayistes, historiens, romanciers, à tous enfin : "Devenez semblables aux enfants". Et les cardinaux, théologiens, historiens, romanciers, essayistes répètent de siècle en siècle à l'enfance trahie : "devenez semblables à nous""
Georges Bernanos.

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Estime :


(1992) : Estime : "Une fille étant à confesse, dit "je m'accuse d'avoir estimé un jeune homme".
-Estimé! Combien de fois? demanda le prêtre".
Chamfort.

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Europe :

L'Europe et l'esprit (1988) :     « La crise d'existence de l'Europe n'a que deux issues : ou bien l'Europe disparaîtra en se rendant toujours plus étrangère à sa propre signification rationnelle, qui est son sens vital, et sombrera dans la haine de l'esprit et dans la barbarie; ou bien l'Europe renaîtra de l'esprit de la philosophie, grâce à un héroïsme de la raison qui surmontera définitivement le naturalisme. Le plus grand péril qui menace l'Europe, c'est la lassitude ».

                Husserl .


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Euthanasie :

(1971) : Euthanasie : (Il est question d'instaurer un débat en France sur la légalisation de l'euthanasie. Il faudrait peut-être méditer sur ce texte de quelqu'un de très célèbre, qui légitima cette pratique dans l'Allemagne des années 1930!).
"Le Reich-professeur Bülher et le docteur en médecine Brandt sont, sous leur responsabilité, chargés d'étendre l'autorité de certains médecins, à distinguer personnellement, à l'effet d'accorder la délivrance par la mort, les personnes qui, dans les limites du jugement humain et à la suite d'un examen médical approfondi, auront été déclarés incurables".

Adolf Hitler.


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Exercice :


"(1972) : Exercice :  "La foi est comme la musique, comme la peinture, comme les dons artistiques. Tous les dons pleiniers doivent être reconquis chaque matin par un effort subtil, continu, parfois douloureux, en tous les cas toujours diversifié, que l'on appelle l'exercice. Il n'y a pas de musicien qui ne passe plusieurs heures par jourà faire des gammes, qui n'aille sans cesse au concert, qui nesoit sans cesse occupé par la musique. Et plus le don initial est fort et immédiat, plus le douloureux exercice quotidien est nécessaire".

Jean Guitton.

(1966) : Exercice (et style) : "L'expression de "style chatié" donne excellemment l'idée d'une pénitence, d'un effort de l'esprit contre la facilité de l'imagination, la tyrannie des sens , et contre l'entraînement des dons naturels. L'art classique n'est si haut que parce qu'il est fait de sacrifices".

Maurice Denis.

par Edouard Boulogne publié dans : La chrestomathie du Scrutateur
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