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Mardi 29 mai 2007
Tropiques amers (IV et V), une surprenante épopée. Trops-amers.jpg

(On se reportera, si l’on veut, aux articles consacrés précédemment aux premiers épisodes de cette saga télévisée de Jean-Claude Flamand Barny).

Depuis les derniers épisodes de cette passionnante histoire dix années se sont passées, et le fils de Koyaba et d’Adèle a maintenant dix huit ans.

Théophile Bonaventure, sorti de prison où l’avait conduit sa collusion avec les Anglais pendant la brève occupation de la Martinique par ceux-ci, reconstruit peu à peu sa plantation, sans reculer devant les moyens.
Le personnage est si odieux qu’il est impossible de ne pas penser à JR de la très célèbre série Dallas, qu’une intellectuelle a comparé très sérieusement à l’Illiade, d’Homère ! D’autant plus que l’épouse de Théophile, Olympe, (tout comme Sue Helen) a sombré dans l’alcool, et n’est plus guère qu’une épave avant d’être tuée, par son mari, dans une scène tout à fait Shakespearienne !

Il faut avouer notre embarras à résumer ces deux derniers épisodes, tant l’analyse est découragée par la complexité subtile de l’intrigue, la finesse des personnages, et la fidélité des aperçus, trop brefs, sur notre histoire! Est-ce d’ailleurs bien nécessaire pour une Guadeloupe qui n’a pas manqué de suivre tout entière, haletante, cette surprenante épopée.

Mais il faut toutefois savoir qu’au moment, où la lueur d’une rédemption semble poindre sur ce récit vraiment très noir, (Théophile contre tous les préjugés de son milieu, enfin converti par l’amour, libère et épouse Adèle, son ancienne esclave qui est enceinte de ses œuvres), la fatalité (quasi eschylienne!) frappe, et le planteur est assassiné par les blancs, ses congénères.

Nous sommes à mille mille au-dessus de tous les poncifs propres aux mélodrames, où « Margo a pleuré » selon l’expression consacrée.

A la fin, Koyaba, devenu général en Haïti , qui séjournait en Martinique, pour une série de conférences (le libéralisme semblait exister déjà, sous Napoléon !), quitte l’île en compagnie de son fils, mais sans Adèle, jeune mariée, qui ignore encore à cet instant l’assassinat de son mari, et qui s’en va, seule, au devant d’un destin dont nous ignorerons toujours la teneur.

Hélas !

On s’aperçoit, sans doute, que, comme tout un chacun, je suis devenu au fil des semaines un accroc de « Tropiques amers », et que mon prochain lundi, à l’heure qui précède celle du marchand de sable, je me sentirai, comme beaucoup d’autres, un peu frustré.

A moins que les cinq épisodes nous soient bientôt rediffusés. Mais il ne faut pas rêver : peut-on raisonnablement attendre de RFO-Guadeloupe une telle intelligente bienveillance ?

Edouard Boulogne.


PS : L’envers du décor .

Dans un communiqué paru récemment dans France Antilles, le président de la Région Guadeloupe, monsieur Victorin Lurel a déploré les propos « inexacts et excessifs » du réalisateur de Tropiques amers : Jean-Claude BARNY. Le Scrutateur déplore qu’une telle polémique vienne entacher le succès mérité, selon Lilian Thuram, Michel Reinette, et nombres d’intellectuels antillais de Paris, d’une œuvre de haute volée. Hélas ! Toute avers a son revers, et le public, (qui est concerné, car l’argent du Conseil régional est son argent, celui des impôts) saura se faire sûrement, une idée juste de qui a raison et de qui a tort dans cette querelle de boutiquiers (indigne d’hommes de culture !).

Communiqué :

« Jean-Claude BARNY met en cause la Région Guadeloupe, son exécutif et ses services, dans les colonnes de France-Antilles dans l’édition datée du 16 mai 2007. Mais, M. BARNY prend cependant de très fâcheuses libertés avec la réalité lorsqu’il prétend que la Région Guadeloupe n’a « rien fait » pour soutenir « Tropiques amers ».

La Région a en effet initié en 2005 un fonds d’aide pour le développement du cinéma en Guadeloupe, en partenariat avec l’Etat et le Centre national de la cinématographie. Le projet « Tropiques amers » présenté par la société Lizland Productions a été examiné par le comité de lecture indépendant et il devait bénéficier d’une aide de 180.000 euros. Cette aide, votée très en amont du projet par la Commission permanente du Conseil régional, lui a été ensuite notifiée.

Ce que M. BARNY se garde bien de préciser, c’est que le projet présenté à nos services devait être, à l’origine, partiellement tourné en Guadeloupe, ce qui le rendait éligible à notre soutien dont l’objectif est de développer la création cinématographique sur notre territoire en créant localement des emplois. Or, ce n’est qu’après avoir reçu l’assurance de l’obtention de la subvention et avoir démarché d’autres financeurs en se prévalant de notre soutien initial, que la production nous a fait savoir qu’elle délocalisait finalement le tournage à Cuba, en évoquant des raisons de coûts de production, et non pour les raisons techniques avancées par M. BARNY.

La politique d’aide au cinéma de la Région Guadeloupe visant précisément à éviter la délocalisation des tournages dans des pays à bas salaires, cette production ne pouvait plus bénéficier, dès lors, de l’aide régionale. D’ailleurs, très logiquement, la Martinique n’a soutenu ce projet qu’à la condition qu’une partie du tournage soit effectuée sur place.
Si nous n’avons aucunement remis en cause le savoir-faire du réalisateur, ni l’intérêt d’une œuvre que nous étions disposés à accompagner autrement, l’élu responsable des deniers publics que je suis a légitimement désapprouvé chez les promoteurs du projets cette « vision » purement comptable qui ne sert pas l’intérêt général de la Guadeloupe. J’ai également déploré une tendance certaine au double-langage, dont les propos excessifs de M. BARNY sont, hélas, une nouvelle illustration. Le même Jean-Claude BARNY avait bénéficié d’une aide totale de plus de 300.000 euros de la Région Guadeloupe pour son film « Nèg Maron », ce qui ne l’avait pas empêché de tenir des propos injustes sur l’accompagnement dont il avait bénéficié ».



Victorin LUREL


Je signale enfin sur Tropiques amers, un intéressant forum, réfléchi et courtois sur le blog http://usbek.blogs.nouvelobs.com
par Edouard Boulogne publié dans : Télévision.
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Mardi 22 mai 2007
Tropiques amers (II et III).

(Voir sur le premier épisode l’article du Scrutateur en date du 16 mai 2007).Trop-amers-II-et-III.jpg



Diffusion ce 21 mai des épisodes II et III du téléfilm de Jean-Claude Barny, sur RFO-Guadeloupe.
Tandis que la Révolution bat son plein en France, la vie continue en Martinique et sur la plantation de l’impitoyable Théophile de Bonaventure, où les esclaves connaissent les affres du malheur et de l’humiliation.
Une révolte de « marrons » échoue ; Olympe de Bonaventure trompe son mari avec un colon chassé de St-Domingue, dont elle a un enfant qu’elle fait passer pour le produit de ses amours avec Théophile dont elle ré-honore, pour l’occasion, la couche, avec la complicité active de l’esclave Rosalie.
A Paris, la Convention décrète l’abolition de l’esclavage (1794). Pour échapper à la ruine, quelques colons, sous l’impulsion de Théophile, décident de livrer la Martinique aux Anglais.
Mais survient le Traité d’Amiens, et la Martinique retombe dans le domaine français. Bonaventure se retrouve en prison pour sa complicité avec l’envahisseur.
Olympe, gérante d’habitation, pour faire face à la situation, et à des dettes de jeux qu’elle avait accumulées, vend une partie des esclaves, dont la concubine du maître (Adèle) qui avait retrouvé des raisons de vivre en découvrant que son père, Amédée, n’avait pas tué le petit garçon qu’elle avait eu de Kobaya et qui est élevé dans un orphelinat religieux.
Quelques longueurs dans ces épisodes, dont l’intérêt se maintient pourtant. Mais, même en tenant compte des excès inhérents à ce genre de téléfilm, plus engagé que proprement historique, force est de constater que le spectacle proposé justifie le titre. Certes l’amertume est au rendez-vous.

Edouard Boulogne.
par Edouard Boulogne publié dans : Télévision.
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Mercredi 16 mai 2007
Sur RFO-Guadeloupe : Tropiques amers.

Tropiques-amers.jpg


(Deux images illustrent cet article. L'une est du film lui-même. L'autre est la reproduction photographique d'une oeuvre anonyme, sur l'histoire des plantations au 19ème siècle, et fait partie d'une collection particulière).



L’histoire se déroule en Martinique, à partir de 1788 et pendant la Révolution française.

Un aristocrate français, un peu fauché, Le comte de Rauchant, débarque dans l’île sœur, accompagné de sa femme, de son fils François, et de sa fille Olympe qui doit épouser un riche planteur Théophile de Bonaventure, « homo novus », ancien engagé, qui a fait fortune par son talent, peut-être sa dureté.
Telle est le point de départ de la saga que nous propose le jeune metteur en scène guadeloupéen, Jean-Claude Barny, et dont nous avons vu le premier épisode ce lundi 14 mai 2007.

L’idée d’une telle série télévisuelle n’est pas mauvaise en soi.
L’histoire du cinéma en est fournie. Pensons à toutes les « Marie-Antoinette », « les Si Versailles m’était conté », Les « Mon oncle Benjamin », « Les trois mousquetaires », sans parler d’ »Angélique marquise des anges », etc, etc.
Le cinéphile cultivé se garde, surtout quand le film est bon, de prendre à la lettre le spectacle qu’on lui offre, se préoccupant surtout de se distraire agréablement. Mais peut-on prendre au sérieux le Richelieu de cape et d’épée, d’Alexandre Dumas dans « Les trois mousquetaires », ou « Vingt ans après », de même que son d’Artagnan qui n’a qu’un lointain rapport avec le vrai et que les américains d’Hollywood, ont été jusqu’à introniser père de Louis XIV lui-même ! ! (dans la version récente avec Léonardo di Caprio).

« Sucres amers » sera t-il de la même veine ?

L’on aborde le film avec cet espoir discret, sans trop y croire pourtant, les essais d’auteurs antillais n’ayant été jusqu’à présent que trop marqués par un didactisme militant, dépourvu de tout d’humour (Ah ce calamiteux film de Christian Lara sur Ignace, seulement sauvé du naufrage par la prestation humoristique d’Ibo Simon !).
Que reste-t-il de nos espoirs après la vision du 1er épisode ?

Celle d’abord d’un progrès, d’un effort. Les paysages sont beaux (une partie du tournage s’est effectué à Cuba, le reste à la Martinique) les acteurs aussi.
Le metteur en scène guadeloupéen sait montrer l’importance des croyances superstitieuses dans nos îles, où Rosalie, maîtresse du planteur, quimboise l’épouse de celui-ci pour la stériliser, quasiment dès l’arrivée de celle-ci sur la plantation.

Il évoque les mythes d’époque, comme celui des nègres marrons, quelques peu idéalisé , certes.
Il tente de camper la vie d’une habitation en cette lointaine époque du 18ème siècle, sans nous proposer à cet égard que quelques clichés assez surannés.
La dureté de l’époque est réelle cependant, et je ne parle pas seulement de la brutalité des mœurs, des coups de fouets qu’on nous offre, inévitablement à voir, etc. En Europe, à cette époque, et « entre blancs », cela ne vaut guère mieux, même si, c’est vrai, cette brutalité là n’avait pas la caution du désastreux « code noir ».

La peinture psychologique des personnages et des situations est-elle crédible ?
G--reur-an-tan-lontan.jpg

Jean-Claude Barny s’efforce à décrire (mais de façon trop conventionnelle et artificielle, et l’actrice surjoue constamment) la jalousie d’une esclave, en train de perdre les faveurs d’un maître qui lui valaient bien des avantages, à l’égard d’une autre femme, blanche celle-ci, et d’une autre « sœur », possédée de force par Théophile Bonaventure, et amoureuse d’un esclave récemment débarqué d’Afrique, Kobaya, (Jacky Ido), dont elle aura un enfant, à la rage du planteur qui se croyait le père, et se consolait ainsi de ne pas en avoir eu de sa légitime.

Il montre mieux, de façon plus crédible et vraiment réaliste la déception immense elle aussi, du père de la jeune fille (excellent Jean-Michel Martial) qui voyait dans la naissance possible d’un petit mulâtre la perspective d’un affranchissement de sa famille.
La fin de cet épisode, est d’ailleurs l’arrêt sur l’image, beaucoup trop pathétique et conventionnelle à mon goût, de ce grand père cabré, les bras levés, chargé d’une lourde pierre, s’apprêtant à écraser le bébé non désiré.

Jean-Claude Adelin, acteur métropolitain, dans le rôle du planteur béké, s’il fait montre de métier, n’est pourtant pas très crédible. C’est qu’un planteur, même très dur, il y en a eu, n’était pas un gardien de camps SS, et le métissage antillais n’a pas été que le fruit du viol, ou de l’intimidation. Est-il impossible à un jeune metteur en scène antillais de le savoir, de le comprendre, de le sentir? Sinon, il n’y a plus de travail honnête de mémoire, seulement la vision tronquée que produit l’idéologie, et le ressentiment. Il faut donc rompre avec les conventions, et surtout le vouloir. M’est avis que monsieur Barny vit depuis longtemps davantage à Paris, qu’en Martinique ou à la Guadeloupe.

Jean-Michel Martial, et le commandeur amérindien sont excellents, et les femmes, à l’exception d’une seule, ne leur cèdent en rien.
Enfin il est dommage que l’on fasse tenir à Jacky Ido, le royal esclave, des propos qu’on s’attendrait davantage à trouver dans la bouche d’un Che Guevara que dans celle d’un esclave africain du 18ème siècle.
Mais quoi, je l’ai dit, il s’agit d’une saga télévisée, plus que d’un film historique. Si l'historicité avait été l’ambition de l’auteur il faudrait bien convenir qu’il a manqué son coup.

Reste à savoir si le grand public saura juger l’œuvre pour ce qu’elle est. Non méprisable, mais pleine encore de manques, d’insuffisances, de concessions à la mode du dolorisme et du travestissement de l’histoire à des fins partisanes.

A cet égard, je suis pour ma part plutôt confiant.

Le public antillais n’est pas si sot. Il mûrit. On ne lui fait plus tant accroire.

Peut-être reparlerons-nous de « Tropiques amers », si la suite le mérite.

Edouard Boulogne
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