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Publié par Edouard Boulogne

Felix-Eboue.gif ( Félix Eboué, sur la place de la Victoire, à Pointe-à-Pitre, en 1938 ).

 

C'était hier, 28 décembre 2011, le 127ème anniversaire de la naissance de Félix Eboué. A l'heure, tardive, où j'ai voulu publier cet article, un dysfonctionnement technique, sur internet, m'a empêché de le faire. Voici réparé ce qui n'était pas un oubli.

J'ai beaucoup entendu parler de M. Eboué, par les livres de cette Histoire où il est entré glorieusement, mais aussi par plusieurs amis qui l'ont bien connu personnellement. Notamment par l'ancien conseiller général René-Paul Julan, socialiste ( à l'ancienne ), qui ne jurait que par lui, et par mon ami M. Joseph Barbotteau, que le gouverneur Eboué, invitait souvent, à la résidence gubernatoriale de St-Claude ( en Guadeloupe ), pour le consulter, parmi d'autres, avant la prise des décisions importantes, et avant d'écouter de la musique ( classique ) dont raffolaient l'un et l'autre.

En 1984, je prononçai, à l'occasion de son centenaire, un discours, à Pointe-à-Pitre, dans des circonstances que l'on évoquera plus bas, et que je publie pour la première fois sur le Scrutateur.

EB


EBOUE Félix


(Né à Cayenne en 1884, mort au Caire en 1944).

En 1984, la Guadeloupe était l’objet d’une tentative de déstabilisation violente.  Un groupe de jeunes dans la mouvance de Guadeloupe 2000, regroupés dans le MJAF, Mouvement de la Jeunesse pour les Antilles Françaises, organisa, place de la victoire à Pointe-à-Pitre, par delà les clivages partisans, un meeting d’union patriotique en l’honneur du grand Français que fut le gouverneur général Félix Eboué. Plusieurs personnalités y prirent la parole, le sénateur maire Lucien Bernier, Raymond Viviès, le docteur Mégy pour notre ami René-Paul Julan, président de l’Association des amis d’Eboué et indisponible ce jour là. Je prononçai pour ma part l’allocution que voici).

Hommage à Félix Eboué 1984. ( Sur cette même place de la Victoire, au même endroit, deux jeunes Guadeloupéens, membres du MJAF, déposent une gerbe de reconnaissance devant le buste de l'ancien gouverneur °.  

 

 Mesdames,

                   Messieurs,

chers amis.

 

Il y a cette année tout juste un siècle que naissait à Cayenne, en Guyane Française, celui qui allait devenir le Gouverneur général Félix Eboué, gouverneur de la Guadeloupe d’abord, en 1936, puis du Tchad en 1938, avant de devenir  en 1940 dans les circonstances tragiques et exceptionnelles que l’on sait, gouverneur de toute l’Afrique Equatoriale Française au nom de la résistance française et de son chef, le général de Gaulle. Félix Eboué fut nommé gouverneur de la Guadeloupe par le gouvernement du front populaire en 1936.

         Ce gouvernement prit sur l’ensemble du territoire national et pour la Guadeloupe un certain nombre de mesures sociales dont certaines furent indiscutablement bonnes et positives.

         Sur d’autres plans son action a pu être jugé négatives, néfaste même par bien des hommes et des femmes de notre pays. Il n’est pas de gouvernement qui fasse l’unanimité. Et au cœur de beaucoup de ceux qui sont rassemblés sur cette place de la victoire ce matin, il y a peut-être à l’égard du Front Populaire, soit qu’ils y aient participé comme acteur, soit qu’ils en aient eu connaissance par les livres d’histoire, des sentiments partagés, voire contradictoires.

         Et cependant, nous voici rassemblés, hommes et femmes de Guadeloupe, de toutes races, de tous milieux sociaux, et de tous âges, autour du buste de Félix Eboué, dans une ambiance de gravité fervente.

         Cela ne peut s’expliquer que parce que, au plus profond de nos consciences nous reconnaissons dans notre ancien gouverneur, un de ces hommes exceptionnels, par l’étendue de son intelligence certes, mais aussi probablement par l’une de ces intuitions personnelles, qui ne s’enseignent pas dans les instituts de sciences politiques ou dans les universités, et qui instruisent ceux qui en sont pénétrés de cette vérité qu’il n’y a rien de plus fragile que les sociétés humaines, qu’il n’y a rien de plus redoutable pour elles, et pour l’intérêt général que la violence, les luttes fratricides, et les politiques de division systématiques. Les hommes qui ont connu Félix Eboué et qui m’en ont parlé, m’en ont brossé le portrait : celui d’un homme voué à l’intérêt général, au bien et à la paix publique par delà tous les clivages des partis politiques. Je veux évoquer ici le témoignage de mon ami René-Paul Julan, vieux militant socialiste, président toujours extrêmement actif et dynamique du Comité départemental du centenaire de la naissance du gouverneur Eboué, ou encore de mon regretté ami l’instituteur laïque Galvan Belot, celui aussi de joseph Barbotteau, ancien président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Pointe-à-Pitre.

         Un texte de F.Eboué prouve bien ce que je viens de dire. Il est extrait d’un discours prononcé au banquet du Front Populaire. Le voici : « Je conserverai sans cesse la possibilité de regarder tous les hommes en face, ne leur ayant jamais menti, parce que mettant au-dessus de tout la vérité envers les autres et envers soi-même, considérant avec une certaine fierté, qu’ici, comme ailleurs, j’ai appliqué la doctrine de ma longue carrière que je peux résumer ainsi : « ne pas être un administrateur à sens unique » : seule position qui permette d’envisager les hommes et les évènements en toute objectivité. Alors, que l’on ne compte pas sur moi pour dresser des classes contre des classes, des catégories contre des catégories dans un pays où tout est fait pour que l’homme soit heureux. Y a t-il dans cette enceinte, et en dehors de cette enceinte une seule personne qui puisse, dans la sincérité de ses sentiments, regarder son voisin, les yeux dans les yeux, et le considérer comme son ennemi ? Non !

         Divergences de doctrines, chocs d’intérêts contraires et même antipathie irraisonnée : tout cela ne peut engendrer la haine, tout cela ne peut s’opposer à la réalité de l’union des cœurs et des esprits pour le labeur fécond, pour la construction de la Guadeloupe. Mais si, dans un moment d’aberration que je ne saurais m’expliquer, on voulait chercher, au lieu de cette union plus que jamais nécessaire, au lieu de cette harmonie indispensable à la vie des sociétés, la funeste discorde et les stériles divisions, je ne pourrais qu’objecter avec tristesse, certes, mais avec une fermeté inébranlable, reprenant un mot célèbre ‘Pas ça, et pas moi’ ».

Un tel homme provoquait naturellement la ferveur. Le témoignage nous en est fourni, entre autres par le récit de son départ de la Guadeloupe pour le Tchad où il venait d’être nommé en 1938. Voici ce que l’on pouvait lire dans un journal de l’époque, le Radical Socialiste : «  De grand matin le gouverneur Eboué quitte le palais de Basse Terre : de nombreux chars venus de la Guadeloupe proprement dite lui font une escorte qui s’accroît en cohorte, puis en armée, au fur et à mesure de sa progression. A la rivière salée, venus au devant du chef de la colonie, une véritable marée montante de chars qui déferle, qui couvre tout !(……).Les ovations de la foule accourue pour couvrir de fleurs le gouverneur Eboué sont si touchantes que le gouverneur et sa suite, descendent de voiture pour aller à pieds et s’offrir plus directement aux baisers de la foule, baisers arrosés de larmes, sous une pluie de pétales.

         Enfin voici la minute austère où un piquet d’honneur, écoute au garde à  vous les accents solennels du clairon ; accents aussitôt soulignés par une Marseillaise qui jaillit d’un orchestre improvisé :- C’est l’hommage de la musique reconnaissante au gouverneur Eboué, de la protection accordée aux belles aptitudes artistiques des Antillais. Puis c’est l’empressement de la foule à aller occuper les terre-pleins de la transatlantique, pour mieux ovationner le gouverneur Eboué.

         Ici, l’ardeur de la foule atteint le délire ! Une masse disparaissant sous les bouquets, allie les chatoyantes couleurs du costume local, aux féeries naturelles des fleurs aux mille couleurs.

         Elle a tendu au gouverneur un véritable piège dès la porte d’accès au terre-plein. Cette foule qui semble porter son idole, glisse plus qu’elle ne marche, au milieu du parfum entêtant des roses et des jasmins. Dans son zèle à embrasser son grand homme, à le toucher, à se l’arracher, la foule rit et pleure à la fois, heureuse de fêter sans réserve la valeur d’un grand gouverneur, malheureuse de le perdre »

         Mais Félix Eboué devait entrer dans la grande histoire en 1940, en ralliant le général de Gaulle et la résistance à l’occupant nazi ; en offrant le Tchad, dont il était le gouverneur, comme point de départ de la reconquête de l’empire français et de la nation française.

         Dans le tome premier de ses Mémoires de guerre, le général de Gaulle écrit : « Au Tchad, les conditions semblaient meilleures encore. Le gouverneur Félix Eboué avait tout de suite réagi dans le sens de la résistance. Cet homme d’intelligence et de cœur, ce noir ardemment Français, ce philosophe humaniste répugnait de tout son être à la soumission de la France et au triomphe du racisme nazi ».

         Quel rôle aurait pu jouer Félix Eboué, après la guerre, dans la France libérée, s’il n’était mort bien prématurément en 1944 !

A cette occasion le général de Gaulle fit la solennelle déclaration que je vais lire : « La patrie et tout l’Empire sont en deuil de Félix Eboué, Gouverneur général de l’Afrique Equatoriale française, Compagnon de la Libération.

         Chaque Français sait et se souviendra qu’en maintenant en guerre aux pires moments de notre Histoire, le territoire du Tchad, dont il était gouverneur, Félix Eboué a arrêté aux lisières du Sahara l’esprit de capitulation, avant-garde de l’ennemi, consacré un refuge à la souveraineté française, assuré une base de départ au triomphe de l’honneur et de la fidélité. Félix Eboué, Grand Français, Grand Africain, est mort à force de servir. Mais voici qu’il est entré dans le génie même de la France ».

Chers amis, de toute la Guadeloupe profonde qui m’écoutez, c’est dans les heures de trouble, quand tout semble vaciller, quand la violence et le diabolique esprit de division semblent menacer le fragile équilibre des sociétés humaines, que les peuples ont le plus besoin de se souvenir de leurs héros, des grands modèles, de ces grands réconciliateurs et forgerons d’amitié publique comme disait Charles Maurras. La Guadeloupe passe par une de ces périodes graves.

C’est pourquoi l’Association Guadeloupe 2000 a voulu cette cérémonie dans l’esprit de Félix Eboué.

C’est à lui que je laisserai le soin de conclure, en citant la fin de son discours au banquet du Front Populaire : « Cette vérité, je vous l’ai toujours dite messieurs, car je n’ai d’autre but que celui de vous faire parvenir à ce minimum social, pour lequel, tous, sur cette terre française, , nous devons donner un exemple d’union, de travail, de fraternelle tolérance et de désintéressement complet.

         Je lève mon verre à la gloire du Gouvernement National du Front populaire, à votre santé à tous, à celle de vos familles, en l’honneur de notre France immortelle ».

         Je me permets d’ajouter :

                   Vive le Gouverneur Général Félix Eboué,

                            Vive la Guadeloupe,

                                      Vive la France.

 

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