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Publié par Edouard Boulogne

 

St-Claude-en-Guadeloupe--dans-les-annees-1950-jpg ( Une photographie du bourg de Saint-Claude ( en Guadeloupe ) prise dans les années 1930. Tout en haut, majestueuse, la Soufrière s'offre à notre admiration, et souvent, à notre crainte ).

 

 

Il y a 35 ans, durant toute l'année 1976, la vie à la Guadeloupe fut perturbée par notre volcan de la Soufrière. Les premières manifestations significatives eurent lieu en février de cette année là. Mais c'est en juillet-août, et moins dramatiquement que les alertes furent les plus chaudes, et entrainèrent par mesure de précaution une évacuation de plusieurs communes de la Basse-Terre, soit plusieurs dizaines de milliers de personnes. Un chiffre important puisque ramené à l'échelle il eut entraîné en métropole le déplacement de plusieurs millions d'individus. C'est que le souvenir de la catastrophe de la montagne Pelée, à la Martinique en 1902, était présent dans toutes les mémoires, et suscitait une inquiétude très forte dans la population, et c'est parler par euphémisme que d'employer ces termes.

Dans les semaines qui viennent, qui sont des semaines de vacances, où la politique est en demi sommeil, Le Scrutateur publiera plusieurs articles de rétrospective sur cet été ( hivernage ) si « turbulé ».

Pour mettre dans l'ambiance, et en appétit, nous commencerons par le récit d'une excursion à la Soufrière du père Jean-Baptiste Labat, extrait de son célèbre ouvrage Voyage aux Isles de l'Amérique ( Antilles, 1693-1705).

Le père Labat, était une personnalité hors du commun, prêtre dans l'Ordre des Dominicains ( fondé au XIII ème siècle par Saint Dominique), mais aussi architecte, médecin, rhumier et sucrier, stratège militaire, etc.

Son livre, évoqué ci-dessus est tout à fait passionnant, et une édition d'extraits en a été publiée récemment.

 

Pere-J-B-Labat.jpg ( Un portrait du père Labat, dont la force de la personnalité, la truculence aussi, éclate sur l 'image. Une rumeur, qui n'est peut-être qu'une légende, prétend qu'il serait àl'origine du mot quimbois. Comme, médecin, il lui arrivait souvent de soigner des esclaves, et comme il leur tendait ses potions, en leur disant " tiens, bois", ces derniers auraient trasformé l'expression en "quimbois" ).

 

 

 

UNE EXCURSION A LA SOUFRIERE, DU PERE LABAT :

 

Dès que le jour commença à paraître... nous prîmes le chemin de la Soufrière. Le sommet de toutes ces montagnes est pelé ; on n'y trouve que des fougères et quelques méchants petits arbrisseaux chargés de mousse ; ce qui vient du froid continuel qui règne dans ces lieux élevés, des exhalaisons de la Soufrière, et des cendres qu'elle vomit quelquefois. Comme le temps s'était purgé par la grande pluie qui était tombée pendant la nuit, l'air se trouva très clair et sans aucun nuage. Nous voyions la Dominique, les Saintes, la Grande-Terre et Marie-Galante, comme si nous avions été dessus. Lorsque nous fûmes plus haut nous vîmes fort à clair la Martinique, Monserrat, Nieves et les autres isles voisines. Je ne crois pas qu'il y ait un plus beau point de vue au monde, mais il est situé dans un endroit incommode et trop proche d'un voisin fort dangereux.

Quand nous eûmes marché environ trois heures et demie en tournant autour de la montagne et montant toujours, nous nous trouvâmes dans les pierres brûlées et dans des lieux où il y avait près d'un demi-pied de cendres blanchâtres qui sentaient très fort le soufre. Plus nous montions, plus la cendre augmentait. Enfin, nous nous trouvâmes sur la hauteur. C'est une vaste plate-forme inégale, couverte de monceaux de pierres brûlées de toutes sortes de grosseur. La terre fumait en bien des endroits, et surtout dans ceux où il y avait des fentes et des crevasses, où nous ne jugeâmes pas à propos de nous aller promener, mais nous primes à côté pour gagner le pied d'une élévation qui peut avoir dix à douze toises de hauteur et quatre fois autant de circonférence. C'est un amas de pierres blanches et calcinées ; on l'appelle le piton de la Soufrière. C'est un trou ovale qui me parut de dix-huit à vingt toises de large dans son plus grand diamètre. Ses bords étaient couverts de grosses pierres mêlées de cendres et de morceaux de soufre. Quant à sa profondeur, nous n'en pûmes pas juger, parce que nous n'en étions pas assez proches, et il n'y aurait pas eu de prudence à s'approcher davantage ; d'ailleurs, il en sortait de temps en temps des tourbillons de fumée noire, épaisse, sulfurée, mêlés d'étincelles de feu qui ne laissaient pas de nous incommoder quand le vent les portait du côté où nous étions.

Il y a une autre bouche beaucoup plus petite que la première, qui parait comme une voûte ruinée. Il en sortait aussi une épaisse fumée et beaucoup d'étincelles. Tous les environs étaient pleins de fentes et de crevasses qui rendaient beaucoup de fumée. Ce qui marque que toute cette montagne est creuse, et comme une grande cave pleine de feu et de soufre qui se consume peu à peu et qui à la fin fait affaisser la voûte et y cause des crevasses et de nouvelles ouvertures. (...) Nous demeurâmes plus de deux heures sur le piton (...) La terre résonnait sous nos pieds, et quand on la frappait avec un bâton, presque comme si nous avions été sur le pont d'un vaisseau. Dès que nous remuions quelques grosses pierres, la fumée sortait aussitôt. Toutes ces pierres sont légères et sentent beaucoup le soufre. J'en fis apporter quelques unes avec des morceaux de soufre, dont il aurait été facile de nous charger si nous avions voulu. Quoique nous fussions alors dans la plus grande chaleur du jour, il faisait un air extrêmement frais sur le piton. Je crois qu'on aurait bien du mal à résister au froid qu'il doit y faire durant la nuit.(...) Nous descendîmes donc par le côté opposé à celui par lequel nous étions montés..........

 

Père Jean-Baptiste Labat.

 

Voyage-aux-Isles-.jpg

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