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Publié par Edouard Boulogne

Une analyse de gauche, intéressante, du LKP.

 

Le Mika déchaîné est un journal de gauche,rédigé par une équipe jeune et dynamique. On peut ne pas toujours approuver toutes ses positions ni souscrire à toutes es analyses. Mais son allure générale tranche avec les positions sectaires, et brutales de ce qu'il est convenu d'appeler la gauche guadeloupéenne. En septembre 2008, Le Mika avait consacré un numéro spécial aux blancs créoles. On pouvait y distinguer, par delà mille petites espiégleries ( cet âge, tout est relatif, est sans pitié ) une certaine volonté d'aller au delà des clichés habituels. Même, sa directrice, Gladys Démocrite, m'y avait accordé une place assez conséquente pour parler librement du milieu social des blancs créoles de la Guadeloupe. ( On trouvera cette interview, dans le Scrutateur à la rubrique des "Pages", Le texte du jour ).Le Mika déchaîné avait dû interrompre sa parution pendant quelques temps.Le voilà qui reparait.Dans sa dernière livraison on trouve un intéressant article consacré au LKP ( pseudo LKP ), signé Céline Nirin.

En voici d'importants extraits.Edouard Boulogne ).

 

Domota 05 10 10  ( Elie Domota, chez lui, à RFO-Gwada ).

 

(….....) Bref, « l’opération déchoukaj de la pwofitation » était lancée…
Mais deux ans après sa constitution, LKP est plus que jamais un objet politico-social non identifiable. Qui est-il, que veut-il, où va-t-il, où nous emmène-t-il ?
(…....................................................................................................................................)
LKP, qui est-il, que veut-il ?
Au départ le LKP se présentait comme une organisation émanant du peuple, issue d’un rassemblement de diverses organisations et associations. « Le LKP est notre construction, notre idée, notre outil, notre conscience. LKP c’est nous !!!», ou encore, « Le LKP c’est un rassemblement d’organisations, de jeunes, de femmes, d’hommes, de tous ceux qui, marchant ensemble veulent construire une nouvelle société en Guadeloupe ; société qui aura vocation à pourvoir à tous : nourriture, éducation, conscience, santé, logements, travail et respect, et ce, selon nos propres coutumes » (traduit du créole) (Tract des Revendications du LKP du 20-01-2009)
A première vue, un programme s’articulant autour de revendications sociales et consuméristes (les 200 € sont demandés « pour relancer le pouvoir d’achat et soutenir la consommation des produits guadeloupéens » selon le Tract des Revendications LKP), sans prétention politique. Mais, au fil des mois, petit à petit, subrepticement…, le LKP affirme des revendications clairement indépendantistes dans la lignée de celles ressassées depuis ces 50 dernières années par nos organisations nationalistes. Il se définit comme « un mouvement de masse anticolonialiste, anticapitaliste à caractère révolutionnaire visant à l’unification des forces politiques, économiques et sociales et à la transformation des rapports sociaux pour la satisfaction des revendications immédiates et fondamentales du peuple de Guadeloupe, telles qu’établies dans notre plate-forme de revendications de décembre 2008 ». (Tract LKP Konfyans pou demen du 10-09-2010) »
Alors reprenons mot à mot cette rhétorique marxienne utilisée par le LKP pour se définir :
-Mouvement de masse : il s’agit d’un mouvement ayant une base sociale (en l’occurrence les « nou » : les travailleurs, consommateurs et plus largement ceux qui s’estiment victimes des « yo », les pwofitans).
-Anticolonialiste : cela renvoie à un mouvement menant une lutte anticolonialiste, à savoir menant une lutte de libération nationale. Il est donc clairement affirmé l’objectif politique de mener une lutte pour l’indépendance de la Guadeloupe.
-Anticapitaliste : ici, est exposée la volonté de créer en Guadeloupe, une fois l’indépendance acquise, une société nouvelle, non capitaliste, c’est-à-dire socialiste (sans classes sociales).
-A caractère révolutionnaire : là, il est question des moyens employés pour parvenir à ces objectifs d’indépendance et de création d’une société socialiste. Le caractère révolutionnaire indique que la voie de la réforme est rejetée, on lui préfère la voie de la transformation radicale de la société par la prise de pouvoir (quels qu’en soient les moyens !). En tout cas, le moyen des urnes n’est pas un moyen privilégié par le LKP, au regard de son positionnement antiélectoraliste pendant les dernières élections régionales.
-Visant à l’unification des forces politiques, économiques et sociales et à la transformation des rapports sociaux (…) : cette unification de toutes les forces du pays s’inscrit dans les objectifs à moyen terme du LKP. Elle est nécessaire pour la création d’un front commun contre le colonialisme sur une base nationaliste : unissons nos forces pour libérer la nation. Toutefois, la volonté de réaliser cet objectif ne doit pas faire oublier l’objectif qui consiste à court terme à lutter, au quotidien, pour la satisfaction de revendications visant à l’amélioration des conditions de vie et de travail. Dans son Tract Konfyans, le LKP parle de « la satisfaction des revendications immédiates et fondamentales du peuple de Guadeloupe telles qu’établies dans notre plate-forme de revendications de décembre 2008 ».
-La « satisfaction des revendications fondamentales » s’inscrit, elle, dans l’objectif à long terme. Elle est rendue possible par l’accession à l’indépendance et éventuellement par l’instauration d’une société socialiste si l’on se réfère aux prises de position anticapitalistes du LKP.

Mais, dans son Tract Opérasyon Déchoukaj du 15-12-2010, le LKP brouille quelque peu les pistes sur sa véritable identité. Les « ansam, ansam » du début se sont transformés en « le LKP et les organisations qui le composent ». Ainsi, le LKP se pense donc en entité différente des organisations qui le composent ! Y aurait-il le LKP, incarné par sa tête pensante Domota, et, bien à part, les autres organisations ? De quoi créer la confusion au sein des organisations politiques membres du LKP, inévitablement livrées à une lutte d’influence pour la maîtrise politique du mouvement. C’est sans doute la conscience du risque de perdre toute identité politique « dans ce panier à crabe idéologique », qui a poussé le parti communiste guadeloupéen à s’exclure du LKP : « Des nationalistes-syndicalistes (comprenez l’UGTG), usant d’un rapport de forces, aujourd’hui en leur faveur, stérilisent le LKP, (…) » (Tract du PCG du 3-10-2010 annonçant son départ du LKP)

Le talon d’Achille du LKP est cependant ailleurs. Ce qui a fait sa force révèle aujourd’hui sa faiblesse. Il a su mobiliser 44 jours durant des dizaines de milliers de personnes autour de son programme. De cette mobilisation, il a fait la base de sa légitimité. On peut reconnaître à la rue une forme de légitimité. Mais si le LKP par tous les moyens cherche aujourd’hui à se faire reconnaître comme un interlocuteur institutionnel aux yeux des autorités publiques, ce n’est qu’au prix de l’entretien du mythe de la mobilisation de 2009. Mais, en se mythifiant, le LKP devient une sorte de mystification, au niveau principalement de sa structure. D’une organisation de rassemblement, le LKP semble s’être transformé en bras politique de l’UGTG. Son porte-parole ne porte guère que la parole et l’idéologie du syndicat dont il est par ailleurs le secrétaire général (l’UGTG). Rappelons que l’objectif d’indépendance est distinctement exposé dans les statuts de l’UGTG. C’est un choix. Mais par voie de conséquence le discours du LKP s’est radicalisé et politisé. Dans ces conditions, on peut légitimement se demander si les associations corporatistes (agriculteurs, handicapés, protection de l’environnement, usagers et consommateurs) ou même les Verts qui font, encore partie à ce jour du LKP (alors qu’Harry Durimel a été élu sur la liste de Victorin Lurel, enfin bréfons), se reconnaissent dans les objectifs politiques ouvertement orientés vers l’indépendance de cette structure? La question mérite d’être posée!!!
Tout le monde fait semblant de ne rien voir, de ne rien comprendre. Il n’est pourtant pas certain que tous ceux qui marchent encore derrière le LKP partagent ses options politiques. Mais, chacun peut, lorsque cela peut s’avérer nécessaire, se revendiquer du LKP et l’instrumentaliser, à sa guise, selon ses intérêts (face à un patron retors, face aux institutions, face à son propriétaire ou autre pwofitan…) tout en jouant le jeu de la solidarité et de l’unité.
(….................................................................................................................. )
Mais cela suffira t-il à raviver la flamme ? Le LKP est-il vraiment en mesure de mener les grands mouvements promis pour janvier 2011 ? Beaucoup en doutent…

Même ses proches interpellent le LKP sur ses limites stratégiques :
« (…) En continuant, tout en se proclamant mouvement de masse anticolonialiste, anticapitaliste, révolutionnaire, à ignorer la profonde déception de ceux qui ont lutté pour changer la situation et à ne pas mettre en place une stratégie claire prenant appui sur le possible, le LKP ne sert pas l’objectif d’unification.
(…) Mais, en l’absence d’une stratégie claire, élaborée collectivement, et d’une position transparente sur les voies et moyens pour atteindre les objectifs fixés démocratiquement, le Parti suspend sa participation à toutes instances de direction et d’exécution du LKP » (Tract du PCG du 3-10-2010 annonçant son départ du LKP)

Un peu de réalisme, un peu de cohérence, et plus de démocratie : voilà les vœux formulés par l’équipe du Mika au LKP. ( ….......................................).


Céline Nirin

 

 

 

 

 

 











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MERI 13/08/2011 02:23



Une analyse intéressante, en cohérence avec les grandes  problématiques sociales, économiques et politique de de l'archipel Guadeloupéen. Mais à mon sens,le LKP ne devrait pas être analyser
sur ses orientations politiques. Il y a certes la question de la nature du projet de société, du devenir de la Guadeloupe,sauf que le LKP est d'abord "un collectif" et ensuite un
mouvement social à caractère politique. En premier lieu, il s'agit de savoir ce que symbolise ce "lyannaj", c'est donc une analyse sociologique et politique de la symbolique qu'il serait ,
également pertinent, d'approfondir.


Qu'en pensez-vous?



Antoine de Panou 17/01/2011 12:13



Une phrase majeure, dans cet article intelligent et honnête : « Tout le monde fait semblant de ne rien voir, de ne rien comprendre. » Hé oui ! c'est une phrase clé, qui relate parfaitement les
ambiguïtés, pour ne pas dire les imbécillités qui caractérisent la vie politique guadeloupéenne, et au-delà. Je pense notamment à la politique nationale (la vraie, pas la "politik nasyonal"), et
même au-delà encore, la politique européenne. Le LKP serait-il le fer de lance de la décomposition mentale et sociale (et par voie de conséquence politique) qui menace plus que gravement l'avenir
du monde civilisé ?