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Publié par Edouard Boulogne

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C'était en des temps très anciens, il y a plus de 55 ans. La Guadeloupe était très différente de ce qu'elle est devenue, mais je me garderai bien de céder à l'illusion rétrospective, si fréquente chez les anciens, qui consiste, idéalisant les années de jeunesse, à la présenter comme l'Eden tropical.

L'eau courante était rare, du moins irrégulière quant à son flux. L'électricité, inconstante, ignorait nombre de communes et de sections. C'est en 1956, que le secteur la Lézarde-Vernou fut électrifié, je m'en souviens début août, pour être détruit quelques jours plus tard par le cyclone Bethsy.

Idem, pour la radio, « radio-Guadeloupe », qui était passionnément écoutée.

C'est par elle que j'entendis d'abord Moune Rivel, dans son émission Charmes de Paris, diffusée par radio Paris, et rediffusée par la station locale.

Charmes de Paris était diffusée, parait-il, je l'apprends dans la très belle émission consacrée notre chère Moune, le jeudi à Paris? La rediffusion à l'intention des outre-mers s'effectuait le dimanche matin, très tôt ( 7 heures, il me semble ).

Je me souviens d'une longue attente, un peu brouillée et crachotante au son d'un long et poétique indicatif, ' «  Nous n'irons plus au bois, les lauriers sont coupés! » ) suivi de la Marseillaise. «  Allo la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, Tahiti, etc, St-pierre et Miquelon, Paris vous parle ». Alors retentissait la voix de Moune de Rivel, joyeuse, souriante, dynamique, énergique. L'émission commençait.

Moune de Rivel, 94 ans aujourd'hui, et atteinte de la maladie d'Alzheimer, était certes, une personnalité passionnante, et l'émission qui lui a été consacrée, ce soir 12 mars a été à la hauteur du personnage, sensible, joyeuse, avec pour acteurs principaux, des amis de l'artiste, qui ont bien rempli leur mission d'artistes et de fidèles.

Moune de Rivel est une Guadeloupéenne, en laquelle se mêlent, comme si souvent chez nous, le sang de la vieille Afrique ( la famille des Jean-Louis, le côté descendant d'esclaves ) et celui de la vieille Europe, en l'occurrence celui de la noble famille des de Virel, famille bretonne, qui a reçu, chaleureusement, l'équipe de télévision en son château armoricain.

Si j'ai connu Moune de Rivel en l'écoutant aux petites aurores, ( aurores d'enfant, évidemment! ) en la Guadeloupe de ces années là..., je l'ai rencontrée plus tard à Paris, à la Canne à sucre, et nous avions sympathisé. Il y avait ce soir là, en ces lieux, Gérard Laviny, Gisèle Baka, et le photographe d'art, mon ami, Serge Guiollet.

Un an plus tard, nous devions nous revoir, à Pointe-à-Pitre, à la Librairie Antillaise, rue Schoelcher ( photo ).


461 ( Au centre, en 1976, Moune de Rivel. A gauche, M.Thaly, venu présenter le recueil poétique "La Leçon des îles", de son grand oncle Fernand Thaly, célèbre poète martiniquais. Debout à droite, E.Boulogne ). 

Les dernières images de Moune, nous la montrent il y a cinq ans. Elle est au piano. Elle sait que l'on filme, sans doute, les dernières images de sa vie lucide. De l'angoisse dans les yeux, vite masquée par le célèbre sourire. La voix est encore belle, vieillie, certes, mais sans chevrotement.

La mémoire défaille déjà. Nouvelle anxiété dissipée en quelques notes rapides et fortes.

L'on fait face.

Une artiste, certes, et authentique.

Mais aussi, une femme de combat.

 

Edouard Boulogne. 

 

Moune de Rivel chante Morne-à-l'eau : http://www.youtube.com/watch?v=6M9yXLeUJig 

 

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