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Publié par Edouard Boulogne

 

Revue de presse 02 03 2011

 

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( En r'venant d'la revue, je vous propose aujourd'hui cinq textes qui valent le détour.

Le premier est l'oeuvre du philosophe Henri Hude, ancien proviseur du Collège Stanislas à Paris, auteur d'une dizaine d'ouvrages dont j'ai lu attentivement la thèse sur Bergson, un ouvrage d'initiation philosophique tout à fait original, au titre un peu abstrus pour le profane, ( Prolégomènes ) mais au contenu roboratif, sans parler d'Ethique et politique, où le « penser conforme » est secoué comme ( heureusement) il n'est plus guère permis.

Il y a peu, M. Hude participait à un « dîner en ville ». où il était question de la crise du monde arabe au sud de la Méditerranée.

Henri Hude y a pris des notes, il les publie, les assortit de ses commentaires. L'ensemble est hautement instructif, autrement intéressant que les litanies dont nous rebattent les oreilles les porte-parole d'un mondialisme assourdissant, émises par TF1, par LCI, par... Guadeloupe et Martinique 1ère.

 

Mon deuxième texte est l'oeuvre de Bernardo Stenhoff, ambassadeur à l'ONU. Il nous résume la dernière réunion du Conseil des Droits de l'homme à l'ONU.

Ce Bernardo, nonobstant son titre fait montre d'une liberté d'esprit assez rare dans le sérail qu'il fréquente.

Il jette sur la pompeuse assemblée du vide le regard espiègle et perçant, des voyageurs de Montesquieu, dans ses Lettres persanes ( mauvais jeu de mot, je sais!) , dans le style, mi-figue, mi-raisin, qui aurait pu être celui d'un diplomate de sa gracieuse Majesté britannique, en d'autres temps.

Tout n'est donc pas fini, puisqu'il y a encore des gens pour jeter un regard de libre insolence sur les turpitudes du marigot politico-moral.

 

Mes trois autres références de ce jour, je vous les laisse découvrir sous forme de « liens ».

Elles valent le détour.

Donc, au revoir! Et à bientôt).

 

Théophile Renaudot

( arrière, arrière petit neveu du grand Théophraste, inventeur de la presse, et fondateur de la Gazette de France, sous le roi Louis XIII.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • ( I ) H.Hude sur le Moyen Orient.

  • Un passionnant dîner en ville  

  •  

  • J’ai participé, voici une dizaine de jours, à un dîner fort instructif sur la révolution qui a enflammé les pays arabes. L’orateur principal, étranger à notre pays, est considéré chez lui comme un des meilleurs connaisseurs de ce sujet. Comme il s’est exprimé très ouvertement, mais à titre confidentiel, je ne dirai rien qui puisse me faire manquer à mes obligations de discrétion. Je ne rapporterai donc de ce dîner que les progrès qu’il m’a fait faire, en termes de compréhension (ou de sentiment de compréhension), de ce qui se passe là-bas.  L’orateur a pris une trentaine de questions et y a répondu de manière très claire, concise et synthétique. Je n’en garderai que les plus importantes, me contentant de recopier mes notes, y ajoutant quelques réflexions personnelles.  

  •  

  • Question : « Peut-on parler d’un printemps arabe ? »  

  •  

  • Début de la réponse : Pour l’instant, il serait plus juste de parler de coups d’Etat arabes. Si l’on y regarde de près, on observe que, même en Tunisie, le pouvoir n’a pas beaucoup changé de mains. Les deux principaux acteurs politiques dans ces pays sont l’armée et les islamistes.  

  •  

  • Premier commentaire : Pendant que l’orateur parlait, j’avais envie  de recourir à une comparaison historique avec le bas Moyen-Âge occidental. Il y avait alors deux grandes forces sociales, la noblesse et le clergé. Bien sûr, l’Armée arabe n’est pas une noblesse, les islamistes ne sont pas un clergé. Toutefois, l’analogie ne me semble pas saugrenue.  

  •  

  • Ces pays vivent dans ce que nous n'avons jamais expérimenté en Europe, et qu’on pourrait appeler un Moyen-Âge postmoderne. Ou mieux encore, ils ont tous les âges à la fois, et ils vivent dans tous les siècles à la fois. De là l’extraordinaire complexité des problèmes qu’ils rencontrent, tous en même temps, inséparables, alors que l’Europe a eu à les affronter les uns après les autres. Ces révoltes arabes ressemblent terriblement à des jacqueries urbaines médiévales. La différence, c’est évidemment Internet, les téléphones portables, Facebook, etc. La technique est plus qu’un moyen neutre, c’est toute une culture, comme le disait Heidegger. La technique est le cheval de Troie de l’Occidentalisation.         

  •  

  • Suite et fin de la réponse : Ces deux forces (Armée et islamistes) sont rivales. Quand l’une est haute, l’autre est basse, et inversement. Dans la plupart des pays, c’est l’Armée qui est au pouvoir. En Egypte, Nasser, Sadate ou Moubarak étaient l’Armée. Et aujourd’hui c’est encore l’Armée qui dirige. Ces événements sont tout de même spectaculaires. Il y a incontestablement émergence d’une nouveauté. Les manifestants égyptiens semblent patriotes, d’esprit ouvert, relativement modernes, pas islamistes. En même temps, on n’observe pas d’idéologie à l’européenne, pas de socialisme.  

  •  

  • Autre commentaire : Pendant que l’orateur continuait, l’impression qui se dégageait dans mon esprit était qu’une occidentalisation profonde avait sans doute eu lieu, plus profonde qu’on ne le pensait. Une occidentalisation par la technique, d’abord, par le pouvoir qu’elle confère, et par la confiance qu’elle donne à l’individu. Mais le caractère moral, éthique, sans jalousie, digne, on pourrait presque dire personnaliste, de ce mouvement, est très surprenant. Une occidentalisation spirituelle semble avoir eu lieu, en profondeur, comme si les musulmans inconsciemment  modernisés, même quand ils sont très pieux, et surtout s’ils le sont sans être islamistes, se laissaient involontairement teinter de sensibilité chrétienne.     

  •  

  • Question : « A quelle formule constitutionnelle pensez-vous que tout cela puisse aboutir ? »   

  •  

  • Réponse : Après diverses péripéties, qui dureront un certain temps, l’Armée devrait garder le pouvoir, tout en prenant du recul. La Turquie avant Erdogan offre probablement l’image la plus probable du compromis qui peut se dégager. L’Armée continuerait à détenir le pouvoir réel ultime, mais laisserait probablement exister un pouvoir civil élu, qui disposerait de certains pouvoirs à l’intérieur de limites fixées par l’Armée, celle-ci agissant alors comme une oligarchie nobiliaire à prérogative, servant de cadre et de tuteur à une démocratie encore trop jeune pour qu’il puisse en aller autrement. 

  •  

  • Question collective : A ce point, un débat assez vif s’éleva, pour savoir « si les élections libres allaient donner le pouvoir aux islamistes, ou non ». Les invités ne parvenant pas à s’entendre, en appelèrent à l’orateur.   

  •  

  • Réponse : Il n’est pas douteux que la venue au pouvoir des islamistes est ce qui se produira en plusieurs pays, si ont lieu trop tôt des élections libres. Les démocraties occidentales, en poussant au mouvement, risquent de mettre au pouvoir les pires ennemis de la démocratie. L’islamisme reste la force intellectuelle hégémonique dans un grand nombre de pays. Il existe un islam modéré, mais faible, désorganisé, apeuré, sans argent. 

  •  

  • Question : « Mais qu’est-ce que l’islamisme ? » 

  •  

  • Le contenu est bien connu : il s’agit de recentrer l’islam sur son noyau et d’unifier tous les musulmans autour de cet islam recentré. Ce noyau renferme la supériorité du musulman sur le non-musulman, celle de l’homme sur la femme, et le devoir d’étendre par le djihad, entendu littéralement comme une vraie guerre usant de la force armée, la domination de la loi divine (la charia) sur le monde entier. En même temps, l’islamisme est un phénomène et un produit moderne, datant de 1920, environ. Cette date est importante, car c’est celle de la suppression du Califat par Kemal Atatürk, que les islamistes considèrent comme la grande catastrophe historique. C’est aussi l’époque de Mussolini, référence très importante pour eux. L’islamisme a quelque chose d’une idéologie occidentale de type fasciste, assumant un contenu traditionaliste durci, dans un esprit très antioccidental. 

  •  

  • Question : « Mais alors que faudrait-il faire ? »  

  •  

  • Réponse : « Sans doute agir avec prudence et non pas en fonction d’idées trop absolues. Le mieux pour ces pays, et pour nous, serait que l’Armée soit capable de servir fermement de tuteur pendant un temps assez long, sans doute une vingtaine d’années, à un pouvoir civil intègre et efficace, qui développerait la prospérité, les classes moyennes, et laisserait émerger les structures mentales qui vont de pair avec un fonctionnement démocratique. »    

  •  

  • Question : « N’est-il pas paradoxal de répondre ainsi ? Les démocraties occidentales sont-elles donc contre la démocratie dans les pays arabes ? Et en Orient, Israël a-t-il donc peur de la démocratie ? »   

  •  

  • Réponse : « C’est difficile à comprendre, mais les idées trop simples sont rarement des idées vraies. Et une démocratie raisonnable ne peut pas se gouverner selon des idées fausses, même si elles sont apparemment claires. Ce serait de la démagogie. »

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  • Un dîner en ville (suite). Réflexions sur la Révolution

  • Mise à jour le Samedi, 26 Février 2011 17:14 Écrit par Henri Hude

  • Pour revenir au début de cet article, suivre le lien

  •  

  • Question : « Le triomphe de l’islamisme est-il aujourd’hui fatal ? »  

  •  

  • Réponse : La révolution qui a lieu en ce moment n’est pas centrée sur l’islamisme, non plus que sur la question palestinienne et israélienne, d’ailleurs. J’estime à 15% ou 20% le nombre des musulmans islamistes dans les pays arabes. Mais c’est la seule force organisée.  

  •  

  • Mes réflexions : Ceci me fit penser à la Révolution russe de 1917, qui n’était pas une révolution bolchevique. Les libéraux prirent le pouvoir dans l’enthousiasme, ayant renversé l’autocratie tsariste. Mais les bolcheviques ont pris le pouvoir, après, bien qu’ils ne fussent qu’une minorité.    

  •  

  • Question : « L’islamisme est-il pour beaucoup de pays un destin fatal, si les régimes autoritaires sont balayés ? »  

  •  

  • Réponse : Destin probable, en effet, mais pas destin définitif. Quand l’islamisme arrive au pouvoir, et qu’il ne bloque pourtant pas une certaine modernisation socioéconomique, comme en Iran, le fait est qu’il se fait peu à peu détester et rejeter comme un corps étranger par la société modernisée. On estime à 80% la proportion de la population iranienne qui n’aime pas les islamistes. Si des élections libres avaient lieu en Iran, il est très probable que l’islamisme serait terminé. 

  •  

  • Question : Après un rappel des analyses d’Aristote, dans Politique, Livre 5, sur la démocratie stable, la politeia, et sur l’importance d’une classe moyenne prospère pour définir une démocratie qui ne soit pas une idée en l’air, la question fut: "Ces analyses d'Aristote – voir un article au moment de la révolution tunisienne, et un second au moment où Moubarak perdait le pouvoir - vous semblent-elles pertinentes pour comprendre la situation dans le monde arabe ?"    

  •  

  • Réponse : Oui. Elles sont pertinentes. La question est cependant de savoir ce qui fait d’une personne un membre de la classe moyenne. En beaucoup d’endroits, ce ne sont pas les classes moyennes qui s’agitent, mais plutôt des classes populaires souffrant de chômage, alarmées par la cherté des aliments, mécontentes des abus du groupe au pouvoir, de son inefficience et de son mépris du bien commun. Toutefois, certaines de ces personnes, notamment parmi les jeunes, bien qu’elles ne fassent pas partie, économiquement, des classes moyennes, peuvent se sentir membres de ces classes, par la possession d’une certaine culture occidentalisée, et par un certain accès à certains moyens d’information ou de communication.   

  •  

  • Mes commentaires : La question serait donc de savoir si un semi-prolétariat plus ou moins intellectuel peut tenir lieu de classe moyenne. A priori, c'est douteux. L’expérience nous le confirmera ou nous mettra en cause.

  •  

  • Si tel était le cas, une certaine politeia stable ne serait pas impensable même dans des pays encore assez peu développés.  Si tel n’était pas le cas, l’avenir serait plus sombre, l’illusion lyrique étant vouée à laisser vite place à une situation économique aggravée et l’espoir à la déception.   

  •  

  • Après ces échanges, un consensus se dégagea à travers la table pour rapprocher la révolution présente de la révolution européenne de 1848.   

  •  

  • Question : « Est-ce que le gouvernement du Président Obama a été pris au dépourvu par la Révolution ? Quelle était la politique américaine avant les derniers événements, quelle est-elle maintenant, comment est-on passé de l’une à l’autre ? »  

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  • Début de la réponse : Oui. Ils n’ont rien vu venir et ont été pris complètement par surprise.  

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  • Mon premier commentaire: A leur décharge : ils ne sont pas les seuls, et ce n’est pas la première fois dans l’Histoire. Qui a réellement vu venir la chute du communisme, ou la révolution française ? Prévoir est à la fois facile et difficile. Tout le monde sait, de manière spéculative, que tout empire finira, que tout régime tombera un jour. Et rétrospectivement, on trouve toujours dans une situation d’excellentes raisons pour expliquer ce qui s’est produit ; mais soyons honnêtes, on y trouverait tout aussi bien les moyens d’expliquer le contraire, si le contraire s’était produit.

  •  

  • Comme je raisonnais ainsi avec le Commandant Legrier, il y a une semaine, il me fit cette observation, qui me parut pertinente : « Je suis quand même fasciné par ce grand pays, qui dépense des milliards de dollars et qui met en œuvre des trésors de technologie de pointe pour tout observer, tout surveiller, tout écouter, et qui n’arrive pas à savoir ce que, peut-être, il aurait moyen de savoir avec assurance, s’il envoyait se promener sur le souk trois agents modestes, cultivés et intelligents. »  

  •  

  • C’est bien là notre problème aujourd’hui. Jean Guitton, né en 1901, me disait en 1990 : « Je suis mille fois plus informé que quand j’avais vingt ans, mais je ne suis pas mieux renseigné. » La denrée précieuse, ce n’est pas l’information, qui est de plus en plus un bien libre, comme l’air ou l’eau ; c’est le renseignement. L’information ne vaut plus rien, elle est gratuite sur YouTube. Le renseignement vaut de l’or.  

  •  

  • Suite de la réponse : L’orateur continua : « George Bush, durant deux ans, après 2003, changea la politique américaine. Il décida que la simple conservation de l’ordre par l’armée contre l’islamisme ne suffisait pas. Il poussa à la démocratisation. Les résultats furent décevants. Il revint alors à la politique de conservation. Obama la continua, jusqu’à ce que, placé soudain devant un mouvement qu’il n’avait pas vu venir, il reprît en catastrophe la politique un temps suivie par son prédécesseur. Quand on lit les discours présents d’Obama, on a l’impression qu’il a sorti des archives les discours de Bush d’il y a quelques années. Qu’en penser ? La démocratisation va dans le sens d’une occidentalisation qui, sur le long terme, décompose l’islamisme. Mais elle comporte aussi, à court et moyen terme, un risque de renforcer l’islamisme. Un tel calcul n’aurait pas été fait sans la pression des événements. 

  •  

  • Bergson ajouterait ici : "Seul l’événement à venir dira non pas ce qu’il valait, mais plutôt, comme l’explique finement Bergson, ce qu’il aura valu, rétrospectivement.)   

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  • Commentaire final : il faut faire l’Europe de la défense  

  •  

  • L’orateur aurait pu ajouter que, comme d’habitude, l’emballement de l’exubérance médiatique et l’enfermement surmené dans le sensationnel quotidien, imposent au pouvoir politique d’aujourd’hui des décisions à la va-vite, après l’avoir empêché de se préparer calmement pour toute hypothèse. Le fonctionnement erratique de l’information qui affole sans renseigner, et semble parfois réduire les politiques à une impuissance bricoleuse, voilà le tendon d’Achille de la démocratie. Les corps constitués, élites de l’Etat, ont le devoir d’y réfléchir. Les clients du politique, ce sont le pays et les citoyens, pas le journaliste, ou les badauds.  

  •  

  • Quoi qu’il en soit, l’Occident réagit de manière sentimentale et idéologique, ou à pile ou face, devant un mouvement imprévu dont nul, pas même lui-même, ne sait où il va, faute de la moindre préparation. Selon ce qui se produira, les choix d’Obama auront été l’intuitivité géniale d’un grand homme d’Etat, ou l’aveugle précipitation d’un démagogue incorrigible. Et il est probable qu’Obama lui-même est incapable de choisir en conscience dans l’immédiat entre ces deux évaluations de sa propre conduite.    

  •  

  • Ce qui est probable, c’est que les investisseurs vont se retirer de ces pays en attendant que l’ordre revienne. Si occidentalisation il y a, comme il le semble, et avec une telle immaturité culturelle et politique, tenant à la jeunesse et au manque de formation ou d’expérience, ces pays ne pourront sans doute pas se démocratiser sans entrer dans une forme de pensée idéologique, dans laquelle l’islamisme les a déjà en partie introduits. Or dans une telle situation d’inégalité et de fascination/émulation envers l’Occident, une idéologie de type nationaliste panarabe, et socialiste égalitaire, semble la plus probable, avec des aspects d’individualisme libertaire rappelant 68. Je doute que cela soit très attractif pour les investisseurs déjà inquiets. La situation de l’emploi va donc sans doute se dégrader. La libéralisation politique fait forcément empirer les choses, si elle n’apporte pas avec des leaders incontestés la certitude d’un pouvoir stable, modéré, ami du monde des affaires. Dans le climat d’enthousiasme juvénile qui paraît prévaloir, un tel résultat serait plutôt étonnant. 

  •  

  • Il est en outre possible que la séduction irrésistible de la liberté occidentale aboutisse à un démantèlement profond de l’islam et à un dégoût pour l’islamisme. On peut même imaginer une désislamisation massive et ultra-rapide, si la démocratie est étendue à l’Arabie Saoudite et si elle permet une recherche critique et archéologique.   

  •  

  • Si je pondère tout cela, je conjecture un retour du balancier vers un nouveau nationalisme panarabe socialiste de type plus individualiste et libertaire, régulé par l’Armée, dans une période assez longue de désordre. Mais peut-être que je me trompe. Et peut-être que les islamistes, qui de toute façon ne disparaîtront pas comme par enchantement, retrouveront des opportunités en s’assimilant à un nouveau mouvement panarabe socialisant. Comme les déceptions et frustrations seront de toute façon très fortes, il n’est pas difficile de deviner qu’il faudra un bouc émissaire à l’extérieur. Israël est trop petit pour fixer à lui seul une telle colère. L’Amérique est loin. Il faut faire l’Europe de la défense.

  •  

 

 

 

( II ) Le Conseil des droits de l’homme comme si vous y étiez (info # 010103/11) [Droits de l’Homme]

Par Bernardo Stenhof, ambassadeur à l’ONU © Metula News Agency

 

Aujourd’hui, le 28 février 2011, est un jour important pour le Conseil des Droits de l’Homme à Genève ; en fait, tout avait déjà commencé vendredi dernier. Pour la première fois, de mémoire d’ambassadeur, un Etat - et quel Etat, la Lybie ! - se trouvait dans le siège éjectable de cette institution. Une motion réunissant la plupart des pays civilisés avait été préparée, négociée à l’initiative de la Grande-Bretagne, bientôt suivie par d’autres cosignataires.

 

Les pays du groupe africain se montrèrent frileux au début des discussions préparatoires et avaient du mal à se décider à monter dans le train. J’ignore exactement ce qui les a fait changer d’avis en dernière minute, vendredi soir, toujours est-il qu’ils nous ont informés qu’ils ne s’opposeraient pas à l’adoption de cette proposition.

 

Un commentaire entendu dans les couloirs, prédisait que les pays proposants obtiendraient l’adoption de leur texte pour des "raisons mathématiques" (liées au nombre de pays qui s’étaient impliqués). Je n’ai pas réussi à m’empêcher de remarquer que, pour une fois, avec un vote africain non aligné sur le groupe des pays islamiques, nous voyions émerger une majorité "automatique" issue d’un aligotage original, que c’était le moment que cela survienne, et que c’était pour une cause légitime et urgente.

 

Une autre considération, teintée d’inquiétude, cavalait dans les couloirs : "le fait d’éjecter la Libye créerait un précédent". C’est exact, mais il faut tout de même aller de l’avant. Bref, grâce à toute cette activité fébrile, je n’ai guère regretté de passer le week-end au Palais des Nations ; car depuis cinq ans environ que je suis les diverses séances de l’ONU, ce fut une authentique première : il s’y passait enfin quelque chose de consistant et de politiquement nécessaire.

 

Ce lundi matin, j’étais arrivé de bonne heure au Palais des Nations, pour avoir une place de parking non loin des entrées. Vu l’atmosphère qui régnait dans le garage déjà, tout laissait présager un grand jour.

 

Les premiers intervenants furent Joseph Deiss, le président de la 65ème session de l’assemblée générale, suivi de Micheline Calmy Rey, la présidente de la Confédération Helvétique, hôte de la session.

 

Tous attendaient impatiemment la venue de la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton. On l’annonça initialement dans la matinée, puis son intervention à la tribune fut re-planifiée pour 15h.

 

Les orateurs inscrits étaient nombreux ; certains avaient quelque chose d’enrichissant à dire, d’autres, beaucoup de choses inutiles à redire. Le ministre des Affaires Etrangères de Russie, Sergei Lavrov, s’exprima à coups d’envolées lyriques sur le thème de la liberté et de l’engagement de son pays afin de la soutenir.

 

Kevin Rudd, son homologue australien, partagea avec l’assistance son expérience vécue sur la place Tahrir du Caire, où il se vit remettre une liste de "héros morts pour la liberté". Rudd fit en outre connaître la décision de l’Australie de s'engager à fournir une aide substantielle à ces nouveaux pays libres. Ce discours était intelligent, clair et courageux.

 

Radhouane Nouicer, le Secrétaire d’Etat tunisien auprès du ministère des Affaires Etrangères, a déçu les espérances des délégations ; il a parlé avec si peu d’enthousiasme, que mon voisin m’a soufflé cyniquement qu’il était sans doute préoccupé de savoir s’il allait pouvoir conserver son poste après la révolution.

 

La baronne Catherine Ashton nous a infligé de nombreuses leçons de choses, plus trempées dans l’emphase que véritablement dignes d’un intérêt transcendant. Rien de très étonnant lorsque l’on fréquente le personnage. Mais où se trouvait donc Hillary Clinton ?

 

William Hague, Secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères britanniques, a donné des détails sur l’engagement de la Grande-Bretagne, en sa qualité de puissance démocratique, de ne pas laisser tomber les pays nouvellement libres. Il fut également question, dans son speech, du besoin d’assister les bonnes volontés des habitants de ces contrées, qui ne suffiront pas, à elles seules, à créer des instances démocratiques et solides. L’accent et la diction parfaite du gentleman anglais étaient une véritable musique qui enchanta mes oreilles.

 

Quant à Ahmet Davutoglu, le ministre turc, après avoir fait étalage de l’engagement de son pays pour la liberté, il fut le premier orateur de la journée à s’en prendre à Israël, un sujet "vraiment lié aux milliers de morts qui jonchent le soulèvement des populations arabo-musulmanes…". La flottille ne tint rien moins que les dix dernières minutes de son discours pro domo.

 

Harangue déphasée, en trompe l’œil, pour dissimuler la gêne d’Ankara face aux événements actuels. Pour faire oublier que Recep Tayyip Erdogan, le 1er ministre turc, a reçu, en novembre dernier, le "Prix international Kadhafi pour les Droits de l´Homme". Un Prix, dont le jury mentionne qu’il "est décerné chaque année à l´une des personnalités internationales, l´un des organismes ou organisations ayant rendu un service exceptionnel à l´être humain et ayant accompli de grandes choses pour la défense des Droits de l´Homme, défendant la cause de la liberté et apportant son soutien à la paix partout dans le monde".

 
A noter que Louis Farrakhan, Fidel Castro et Hugo Chavez comptent également parmi les récipiendaires antérieurs honorés par cette reconnaissance internationale. Israël continue d’avoir bon dos et d’être le produit cosmétique le plus efficace pour dissimuler les rides hideuses.

 



L’islamisme modéré est une dangereuse chimère

 

A l’instar de l’ambassadeur d’Erdogan, le représentant égyptien a lui aussi évoqué l’incident de la flottille financée par une puissante ONG islamiste turque. "Nul doute" que les déboires du forceur de blocus Navi Marmara méritent d’être mentionnés au nombre des préoccupations les plus urgentes de l’Egypte actuelle en matière de droits humains.

 

Sur les accents de la propagande biaisée des diplomates de l’ère Moubarak, reprise à la virgule par la nouvelle Egypte, plusieurs chefs de délégations sont venus me demander si j’allais sortir en cas de dérapage dans les propos qu’allait nous administrer le ministre iranien. Evidemment "que" je quitterais la salle…

 

J’ai fait l’impasse sur nombre d’intervenants qui ne m’intéressaient pas pour rallier le buffet, clairement pas à la hauteur de la session qui suivait son cours.

 

Au retour de ma collation, je constatai que la salle du Conseil était pleine comme je ne l’avais jamais vue. Mme Clinton n’était pas encore apparue sur la scène, qu’accaparait un ministre uruguayen qui avait brûlé la politesse à l’orateur vedette de la journée.

 

Le Sud-Américain se montra surpris par l’immensité de l’audience et déclencha l’hilarité générale, car ce qu’il avait à dire n’intéressait absolument personne. A sa suite, ce fut enfin le tour de la Secrétaire d’Etat US. Elle a immédiatement rejoint le podium et commencé son intervention, regardant le public, parlant sans notes, d’une voix claire et distincte.

 

Hillary Clinton a abordé tous les sujets d’actualité, se référant à la volonté de la jeunesse "qui ne peux plus être ignorée" et qui se tient au courant de tout ce qui ce passe dans le monde. Les USA ne laisseront pas les peuples se faire rouler dans la farine, car c’est à eux qu’appartient le monde de demain.

 

Mais une autre option menace, celle des extrémistes, qui considèrent que tout se règle par la force et qui n’ont jamais rien réalisé de concret. Elle affirmera aussi que le Conseil devait modifier ses routines et cesser de toujours attaquer Israël à la place de s’occuper des problèmes des droits de l’homme, pour lesquels il a été créé.

 

Hillary Clinton s’est prononcée pour la solution des deux Etats souverains, Israël et la Palestine, coexistant pacifiquement côte à côte.

 

L’un de mes amis m’a averti que lors du discours de la secrétaire d’Etat US, les délégués palestiniens ont quitté la salle. J’ignore ce qui a motivé cet acte hostile dans les paroles prononcées par l’épouse de l’ancien président.

 

Une Madame Clinton qui n’a pas pris de gants avec l’Iran, qu’elle décrivit comme un pays dans lequel la liberté était absente. Lorsqu’elle a abandonné le micro, elle a été fortement applaudie.

 

Nous avons encore attendu le discours d’Ali Akbar Salehi, le ministre iranien des Affaires Etrangères nommé il y a deux mois et demi, afin de réagir si nécessaire. En fin de compte, il s’est montré conforme à l’argumentation traditionnelle des représentants de la "République" Islamique. Taillée dans un moule et dénuée du moindre trait d’intelligence. Mentionnant les sionistes et non Israël, comme d’habitude. Mais sans excès dans le décompte des termes inacceptables. Ce qui était à la fois vraiment intéressant et particulièrement repoussant, ce fut l’éloge des droits de l’homme, faite par un haut dirigeant d’un pays immoral, qui passe le plus clair de son temps à les transgresser.

 

Quant à la raison de notre réunion à Genève, à savoir l’éviction de la Libye du Conseil des Droits de l’Homme en raison des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité perpétrés par Kadhafi contre son peuple, elle sera décidée à l’issue d’un vote qui se déroulera cet après-midi à l’assemblée générale de l’ONU à Manhattan.

 

Des questions demeureront ouvertes cependant, qui hypothèquent la crédibilité de ce Conseil, ce, quelle que soit la décision qui sera prise à New York : il n’y a pas très longtemps, les délégués avaient élu, dans cette même salle, Najat Al-Hajjaji, ex-ambassadrice de la "Jamahiriya arabe libyenne populaire socialiste", à la présidence du Conseil des Droits de l’Homme. Précisément à l’endroit dans lequel nous discutons aujourd’hui de son éviction. La Lybie avait dirigé la 59ème session annuelle de cette instance onusienne.

 

En quoi ce régime différait-il de ce qu’il est aujourd’hui ? Lockerbie et la mort inutile des cent-soixante-dix victimes du DC-10 d’UTA ne suffisaient-ils pas à nous renseigner sur la nature de la Jamahiriya du colonel Kadhafi ? La simple précaution, si ce n’est la décence ou le self-respect, ne suffisaient-ils pas à nous dissuader de porter, démocratiquement, cette monstruosité à la tête de cet organe. Un organe dont les hommes ont fini par se pourvoir afin de combattre spécifiquement le genre d’exactions auxquelles la Libye n’a jamais cessé de se livrer ?

 

Ignorons-nous les crimes contre l’humanité qui se déroulent à Téhéran pendant que nous écoutons, bien docilement, le délégué iranien porter nos valeurs en dérision ? Ignorons-nous que les patrons d’un nombre considérable d’ambassadeurs siégeant à mes côtés ont utilisé, utilisent ou vont utiliser les mêmes méthodes sanguinaires ? Allons-nous à nouveau attendre six ans sans rien faire pour sévir contre ces régimes, en feignant d’être surpris par ce qui va survenir ? Ne sommes-nous pas complices, en acceptant d’écouter les fadaises autour de la flottille turque à la place d’agir pour protéger les êtres humains des autocraties les plus violentes, de l’assassinat de milliers de nos congénères comptant sur ce Conseil afin de les défendre ?

 

 

MetulaNews

Agency ©

 

( III ) L'imprimeur de Kadhafi, ou les ennuis d'un dictateur en fin de parcours.

 

http://www.immocotedazur.fr/economie-finance-et-autres,038/l-imprimeur-de-kadhafi,1027.html

 

 

( IV ) En France « grève de la magistrature.

 

Un commentaire de la stupéfiante grève des magistrats français, en violation de loi qu'ils symbolisent.

 

http://www.ifrap.org/Interview-Justice-francaise-et-magistrature,11953.html

 

 

( V ) Ingérences américaines en France.

 

Quand les Etats Unis d'Amérique jouent à l'arroseur qui pourrait bien se voir arrosé en retour.

 

http://www.valeursactuelles.com/parlons-vrai/parlons-vrai/diplomatie-de-l039%C3%A9l%C3%A9phant20110228.html

 

( VI ) Entre deux-trois mensonges, Ségolène perbénisée/

 

http://www.tahiti-infos.com/Outremer-Perben-UMP-denonce-les-contre-verites-de-Royal-PS_a18779.html

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