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Publié par Edouard Boulogne

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( Il faut nous repentir. Nous Français d'abord, et puis aussi les Britanniques, les Espagnols, les citoyens des USA ( et Obama aussi, ce traître ! ), et d'une façon générale tous les hommes d'occident, et les chrétiens aussi, singulièrement les catholiques, cette abomination de la désolation. Qui le dit, qui le pense? Les Chinois ? (ils le disent, mais rigolent entre eux ). Les noirs africains? certains oui ( pas tous, et ils rigolent sous cape ). Les musulmans? Pas tous, mais enfin ils sont nombreux ( et eux ne rigolent pas! ).

Sont-ils sérieux? Pas tous! Pas tous! Mais pourquoi se priveraient-ils d'une source ( jusqu'à présent abondante, mais pas intarissable), de chantages et de profits grands et petits. Car les maîtres chanteurs de la repentance, de la culpabilité occidentale, ce sont les … occidentaux eux-mêmes. Oh! Pas tous, non pas tous. Mais ceux qui donnent le ton, ceux qui font les majorités d'idées... comme ils disent, ceux qui ont fait main basse sur les moules d'opinion, principalement les médias, et l'école.

Cette repentance est pathologique. Ou nous en guérirons, ou nous en crèverons.

Pascal Bruckner, philosophe, essayiste, lucide et courageux, non conformiste, analyse le syndrome, préconise des remède en un livre qu'il faut lire La tyrannie de la pénitence ( essai sur le masochisme occidental. Publié chez Grasset) Il ne faut pas se contenter d'une lecture rapide, cursive. Non! il faut lire, la plume à la main, et relire, y revenir, en parler. Pas de guérison sans effort, sans volonté, réflexion. Ou alors... tant pis pour nous. Nous aurons collaboré à notre déchéance.

Le Scrutateur appartient à ceux qui se battent; il est de ceux qui ne pleurnichent pas sur la dureté des temps. Si, un jour, la civilisation occidentale devait s'effondrer, comme d'autres avant elle, au moins aurons-nous été de ceux qui, en mourant, pourront dire : Tout est perdu, fors l'honneur.

Je propose à votre attention et, je l'espère à votre combativité, quelques bonnes pages de ce livre.

Puissent-elles vous mettre en appétit.

E.Boulogne.

 

« Un grand peuple ne peut mourir que de lui-même »

Jean Carrère ( In La fin d'Atlantis, ou le grand soir. Ce remarquable roman, a été réédité, sous le thème de l'Atlantide, avec d'autres ouvrages du même type. Titre général : Atlantides, Les îles englouties. Collection Omnibus? Environ 23 euros ).

 

« Une chaleur inhabituelle frappe en plein hiver une grande ville d'Europe du Nord alors qu'un astéroïde se rapproche de la Terre. Les habitants descendent le soir en pyjama dans la rue, essuient la sueur qui coule sur leurs joues, scrutent le ciel, épouvantés, regardent le météorite qui grandit à vue d'œil. Tous redoutent la même chose : que cette masse de matière en fusion n'entre en collision avec notre planète. Les rats, pris de panique, quittent en masse les égouts, les pneus des voitures éclatent, l'asphalte fond. C'est alors qu'un étrange personnage, vêtu d'un drap blanc et muni d'une longue barbe, harangue la foule en frappant sur un gong et s'écrie : « C'est le châtiment, faites pénitence, la fin des Temps est venue. »

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Nous sourions à la vue de ce prophète de pacotille qui éructe et vaticine, d'autant que la scène se passe dans une bande dessinée, L'Etoile mystérieuse de Hergé \ Pourtant, sous la futilité du propos, quelle vérité dans ce cri : « Repentez-vous ! » Voilà le message que, derrière l'hédonisme proclamé, nous martèle la philosophie occidentale depuis un demi-siècle, elle qui veut être à la fois une parole émancipatrice et la mauvaise conscience de son temps. Ce qu'elle nous inocule, en fait d'athéisme, c'est bien la vieille notion du péché originel, l'ancien poison de la damnation. En terre judéo-chrétienne, il n'est pas de carburant aussi fort que le sentiment de la faute et plus nos philo­sophes, sociologues se proclament agnostiques, athées, libres-penseurs, plus ils reconduisent la croyance qu'ils récusent. Comme le disait Nietzsche, les idéologies laïques ont, au nom de l'humanité, surchristianisé le christianisme et renchéri sur son message.

De l'existentialisme au déconstructionnisme, toute la pensée moderne s'épuise dans la dénonciation mécanique de l'Occident dont elle souligne l'hypo­crisie, la violence, l'abomination. Les meilleurs esprits y ont perdu une bonne partie de leur substance. Il en est peu qui n'aient succombé à cette routine spiri­tuelle : l'un applaudissant une révolution religieuse, un régime d'oppression, l'autre s'extasiant sur la beauté des actes terroristes ou soutenant telle guérilla au motif qu'elle conteste notre logique impériale. Indulgence pour les dictatures étrangères, intransi­geance vis-à-vis de nos démocraties. Eternel mouve­ment : une pensée critique, d'abord subversive; se retourne contre elle-même et devient nouveau confor­misme mais un conformisme auréolé par le souvenir de l'ancienne rébellion. L'audace d'hier se trans­forme en poncif. Le remords a cessé d'être lié à des circonstances historiques précises, il devient dogme, denrée spirituelle, presque monnaie d'échange. Tout un commerce intellectuel se met en place : des clercs sont appointés à son entretien, comme jadis les gar­diens du feu, délivrent des permis de penser, de par­ler. Au moindre écart, ces athlètes de la contrition donnent de la voix, règlent la police du langage, accordent leur imprimatur ou le refusent Dans la grande usine de l'esprit, ce sont eux qui vous ouvrent ou vous ferment les portes. Cet usage répété du scal­pel contre soi, nous l'appellerons le devoir de péni­tence. Comme toute idéologie, ce discours se décline d'emblée sur le registre de l'évidence. Nul besoin de démonstration tant les choses semblent claires : il ne s'agit que de répéter, de confirmer. Le devoir de péni­tence est une machine de guerre qui remplit plusieurs fonctions : il censure, il rassure, il distingue.

Eva-Joly-

En premier lieu, il interdit au bloc occidental, cou­pable de toute éternité, de juger, de combattre d'autres régimes, d'autres Etats, d'autres religions. Nos crimes passés nous intiment de garder bouche close. Notre seul droit est le silence. Il offre ensuite aux repentis le confort du retrait Réserve, neutralité seront notre rédemption. Ne plus prendre part, ne plus s'engager dans les affaires du temps sinon sous la forme de l'approbation envers ceux que nous avons jadis opprimés. De cette manière seront définis deux Occidents : le bon, celui de la vieille Europe qui se terre et se tait, le mauvais, celui des Etats-Unis qui intervient, se mêle de tout

Bien sûr, on ne dresse pas impunément des généra­tions entières à l'autoflagellation. Il en résulte des effets négatifs assortis de bénéfices secondaires cer­tains. Un mouvement que j'avais saisi en 1983 ' se déploie et s'approfondit aujourd'hui. Mais nous ne sommes plus à l'époque du sanglot de l'homme blanc, éphémère prosternation de l'ancien dominateur face à ses asservis d'hier quand la guerre froide, l'espoir encore vivace d'une révolution mondiale galvanisaient un continent colonisé dans sa moitié orientale par l'URSS. Le Vieux Monde, victime de sa victoire sur le communisme, s'est démobilisé depuis la chute du Mur. Une ambiance de renoncement a succédé à l'euphorie du triomphe. D'Afrique, d'Asie, du Moyen-Orient, le monde entier frappe à la porte de l'Europe, veut y prendre pied au moment où cette dernière macère dans la honte de soi. Comprendre ce para­doxe, cerner notre délabrement moral, offrir des outils théoriques pour y remédier, telle est l'ambition de ce livre.

Pascal Bruckner

I. Dans Le Sanglot de l'homme blanc. Tiers-Monde, culpabilité, haine de soi, Seuil, 1983.

 

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