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Publié par Edouard Boulogne

 

Mustapha-Abd-jalid.jpg  ( Mustapha Abd Jalid, président - actuel - du CNT ).

 

 

Je publie, de temps à autre, des articles de l'universitaire Bernard Lugan. Cela ne signifie pas que je suis toujours d 'accord avec lui, sur le sujet, dont il traite aujourd'hui, et sur d'autres. Mais M. Lugan est un homme informé, un homme de terrain qui connaît bien l'Afrique où il a vécu, et enseigné. C'est aussi, et surtout, un non conformiste. Et à l'heure de la pensée unique, et du politiquement correct, c'est une qualité très importante. Dans l'article de ce jour, il se montre sévère à l'égard de la politique menée par l'OTAN. Il reproche aux pays européens, principalement l'Angleterre et la France un manque de réflexion politique, reposant sur une approche trop européocentrique.

La justification officielle de l'intervention de l'OTAN était la libération de la Lybie de la dictature de Kadhafi, et l'instauration de la démocratie ».

Or, dans l'optique défendue par Bernard Lugan, cette politique est d'une grande naïveté, reposant sur le postulat que toutes ces populations ( en Lybie, mais aussi autour de la Méditerrannée... et souvent ailleurs en Afrique et en Asie ) ont les mêmes aspirations que les peuples européens.

Mais la démocratie par exemple, a t-elle un sens en Lybie, dans l'Algérie d'après l'indépendance, etc. Même en Europe ce mot de démocratie est plus une incantation qu'un concept clair, comme le souligne le philosophe Eric Weil ( qui n'avait, certes! rien d'un fasciste ou d'un nazi ) comme il le dit dans ce passage de son livre magistral Philosophie politique : « Le terme de démocratie est tellement difficile qu'il vaudrait presque mieux renoncer à son emploi. Pris dans son sens étymologique, il ne recouvre aucune réalité : le peuple, opposé aux institutions sociales et politiques qui lui donnent une structure et la possibilité de réfléchir et d'agir, n'existe pas en tant qu'unité et, à plus forte raison, ne décide de rien . Les décisions, la réflexion, l'action sont l'affaire des institutions – et c'est à ces institutions que le terme de démocratie, dans l'acception indiquée, et qui, n'est pas celle des seuls philologues, oppose le peuple. C'est le gouvernement qui réfléchit et agit, et il peut le faire avec l'aide et le concours d'une représentation du peuple, non du peuple (même dans une démocratie directe, c'est une partie qui représente le peuple ). Si, en revanche, on nomme démocratique tout gouvernement qui jouit de l'adhésion des citoyens, les différences de forme n'entrent plus en ligne de compte, et le gouvernement le plus autocratique peut-être plus démocratique que tel régime constitutionnel ».( On l'a vu, par exemple, dans le cas de l'Allemagne nazie, mais ce cas est très loin d'être isolé. Note du scrutateur ).

 

Bernard Lugan reproche donc aux dirigeants occidentaux d'avoir agi avec une naïveté déconcertante.

Il y a encore cinquante ans, forts d'une expérience coloniale durable, le Foreign Office, et le ministère des affaires étrangères français, possédaient une connaissance directe des coutumes, croyances, des régions colonisées qui leur épargnait de trop lourdes erreurs.

Ce temps est désormais ancien, et les fonctionnaires de ces ministères orientent aujourd'hui surtout leurs actions en fonction d'une mythologie des «  droits de l'homme » lourde de menace pour la paix, car à côté des réalités. Tout ce petit monde, gonflé de vanité, issu de « science po," ou de l'ENA, lève les yeux au ciel quand on évoque devant lui la formule de grand Anglais Burke «  J'ai parcouru le monde entier. J'ai rencontré des Français, des Italiens, des Chinois, des Africains. Nulle part je n'ai rencontré l'homme ».

 

Aujourd'hui, trop de nos « intellectuels », dont le symbole est Bernard Henri Lévy prétendent fonder leur action sur une vision universelle de l'Homme, comme si tous les hommes étaient mus par la pensée, ou la sensibilité occidentale ( celle-ci, d'ailleurs, étant loin d'être elle-même aussi uniforme que l'enseignent les manuels européistes; les difficultés de création d'une Europe politique le rappellent à l'envi. Se souvient-on encore des propos du général de Gaulle, s'écriant à la télévision en 1965 «  Il ne suffit pas de sauter sur sa chaise comme un cabri, en criant : l'Europe, l'Europe, l'Europe.....etc ).

 

L'analyse de B. Lugan est donc utile, même si l'on n'en partage pas nécessairement tous les postulats. Je la publie, sûr qu'il ne peut pas y avoir de pensée lucide, et libre, sans un pluralisme d'information, et de pensée, pour les individus comme pour les peuples.

Je dédie ces réflexions aux jeunes, des lycées et institutions actuelles d'éducation en France, livrés sans armature intellectuelle aux « maîtres » du politiquement correct.

 

Edouard Boulogne.

 

 

Réflexions sur la guerre en Lybie.

 

http://bernardlugan.blogspot.com ou http://www.bernard-lugan.com

 

Les nouvelles images du lynchage du colonel Kadhafi qui commencent à être diffusées sur le net annoncent un « hiver libyen » plein de douceurs et de mièvreries… Mais au-delà de la mort atroce de l’ancien chef de l’Etat libyen, quelle est la situation sur le terrain au moment où ces lignes sont écrites ?

 

Plus que jamais, le CNT ne représente que lui-même et c’est d’ailleurs pourquoi il  demanda avec une grande insistance, mais en vain, que l’Otan maintienne sa présence. Ce pseudo gouvernement sait en effet qu’il porte un péché originel : celui d’avoir été mis en place par l’Otan, donc par les « impérialistes » et les « mécréants ». Ses lendemains vont donc être difficiles. D’autant que ses principaux dirigeants, tous d’anciens très hauts responsables de l’ancien régime et donc des « résistants de la dernière heure », commencent à être mis en accusation par certains de ces chefs de guerre qui détiennent désormais les vrais pouvoirs.

 

Le président du CNT, Mustapha Abd el Jalil, a déclaré que la charia serait désormais la base de la Constitution ainsi que du droit, que la polygamie, interdite sous Kadhafi, serait rétablie et que le divorce, autorisé sous l’ancien régime, était désormais illégal. Enfermé dans leur européocentrisme, les Occidentaux ont considéré que ces déclarations étaient « maladroites ». Leur erreur d’analyse était une fois de plus totale car ces propos à but interne étaient destinés à amadouer les milices islamistes auxquelles le pouvoir du CNT est suspendu. Pour mémoire, Mustapha Abd el Jalil, l’ami de BHL, était le président de la Cour d’appel de Tripoli qui, par deux fois, confirma la condamnation à mort des infirmières bulgares et en 2007, le colonel Kadhafi le nomma ministre de la Justice. En dépit de son passé kadhafiste, Abd el Jalid est pourtant respecté par certains islamistes car il est proche des Frères musulmans, mais son pouvoir ne dépasse pas son tapis de prière.

 

La Libye est en effet éclatée entre plusieurs zones contrôlées par des chefs de guerre jaloux de leur autonomie et prêts à s’entre-déchirer, comme en Somalie. Ces territoires ont tous une ouverture sur la mer et une profondeur vers l’intérieur pétrolier ou gazier, ce qui fait que, comme je le disais il y a déjà plusieurs semaines déjà, le pays est aujourd’hui découpé en « touches de piano ».

 

Benghazi est sous le contrôle de plusieurs milices islamistes, elles-mêmes éclatées en un grand nombre de petits groupes plus ou moins autonomes, mais c’est à Tripoli que se joue l’unité de la Libye.

Dans la capitale, le chef du CNT, Mustapha Abd el Jalid s’appuie sur le TMC (Tripoli Military Council) qui engerbe plusieurs milices islamistes pouvant mobiliser entre 8000 et 10 000 combattants. Le chef du TMC, originaire de Tripoli, est Abd el-Hakim Belhaj dit Abu Abdullah Assadaq. Ayant combattu en Afghanistan, ce partisan du califat supra frontalier fonda le Libyan Islamic Fighting Group dans les années 1990. Ayant fui la répression anti islamique du régime Kadhafi, il retourna en Afghanistan où il fut arrêté en 2004 puis remis à la police libyenne avant d’être libéré au mois de mars 2010, à la veille de l’insurrection de Benghazi.

Durant la guerre civile, le TMC fut armé et encadré par les services spéciaux du Qatar et il reçut une aide « substantielle » de la part de certaines unités « spécialisées » de l’Otan. Ce fut lui qui prit d’assaut  le réduit de Bab al-Aziya à Tripoli. Plusieurs autres milices islamistes se partagent la ville et n’acceptent pas le leadership reconnu au TMC par Mustapha Abd el Jalil. Pour encore compliquer l’embrouille locale, le 2 octobre, fut fondé le Tripoli Revolutionists Council ou TRC, par Addallah  Ahmed Naker al-Zentani, originaire de Zentan mais indépendant des milices berbères de cette dernière ville.

 

A Misrata, les milices se considèrent comme l’élite des révolutionnaires et leur prestige est immense depuis qu’elles ont capturé le colonel Kadhafi. Ce furent certains de leurs hommes, gentils démocrates si chers aux médias français, qui lynchèrent et sodomisèrent vivant l’ancien guide et qui, comme « trophée », emportèrent son corps dans leur ville. ( souligné par le Scrutateur ).

Misrata est sous le contrôle du Misurata Military Council (MSR), qui engerbe plusieurs milices dont la principale est la Misurata Brigade. La situation est cependant confuse car les combattants sont divisés en plusieurs dizaines de groupes commandés par des chefs indépendants rassemblant au total plusieurs milliers d’hommes. A la différence du TMC, le MSR n’a pas besoin d’aide étrangère car il dispose d’énormes quantités d’armes pillées dans les arsenaux de l’ancienne armée.

Les miliciens de Misrata ont une forte tendance à l’autonomie et ils ne semblent pas vouloir accepter de se soumettre au CNT. De plus, ils se méfient des originaires de Benghazi. Pour pouvoir espérer prendre le contrôle de la ville, le CNT devra donc, comme à Tripoli, s’appuyer sur certaines milices contre les autres, ce qui promet bien des « incidents ». Des tentatives de rapprochement ont été faites en direction de Salim Joha, chef de l’Union on Libya’s Revolutionary Brigades, mais rien de concret ne s’est produit pour le moment. Le CNT pourrait également tenter d’amadouer Misrata en nommant Abdul Rahman Swehli Premier ministre, ce qui lui permettrait du même coup d’échapper à la main-mise des clans de Benghazi.

 

Autre zone ayant échappé au contrôle du CNT, le pays berbère de Zentan avec sa puissante milice ancrée sur djebel Nefuza. Ce furent les Berbères qui permirent l’assaut sur Tripoli en prenant à revers les forces de Kadhafi, opération préparée par les forces spéciales de l’Otan.

Zentan  est contrôlée par le Zentan Military Council (ZMC), dont les milices arborent le drapeau amazigh. Militairement, les milices berbères sont les mieux formées de toute la Libye, leurs cadres étant d’anciens officiers libyens. Les deux principales unités berbères sont la Zentan Brigade commandée par Muktar al-Akdhar et la Kekaa Brigade, chacune forte d’environ 1000 combattants. Ces milices ont refusé de quitter Tripoli en dépit des ordres du CNT, ce qui provoqua de graves tensions. Le 3 octobre, après un ultimatum du CNT, la Brigade Kekaa se livra même à une véritable tentative d’intimidation, paradant dans Tripoli et attirant la réplique des islamistes. La guerre civile fut alors évitée de justesse, mais ce n’est que partie remise…

 

Ceux qui, poussés par BHL, décidèrent d’intervenir en Libye et de s’immiscer dans une guerre civile qui ne concernait en rien la France, vont désormais porter la très lourde responsabilité des évènements dramatiques qui s’annoncent et qui vont se dérouler à quelques heures de navigation de nos côtes.

 

Bernard Lugan

29/10/2011

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Claude HOUËL 31/10/2011 13:47






Bernard Lugan a vu dans l’intervention de l’occident une « naïveté déconcertante ».


Le jugement n’est pas bien sévère quand il devient évident maintenant que la coalition de l’Otan a largement outrepassé le mandat fixé par l’Onu de protection des populations civiles.


La protection a été, pour le moins, très sélective, quant on découvre les très nombreuses victimes civiles dont des femmes et des enfants sous les décombres de villes supposées être des
« fiefs » de Kadhafi, écrasées par l’aviation ,essentiellement Française et relatée


par le CNT lui même.


De la même manière l’Otan et la France ne pourront pas longtemps éluder sa responsabilité passive et probablement active dans la capture et le lynchage de Kadhafi, les exécutions sommaires de ses
partisans ainsi que le nettoyage ethnique envers la population noire civile.


On apprend en effet la présence, longtemps niée, de « conseillers » occidentaux sur le terrain.


L’un des fils de Kadhafi propose de se rendre au TPI, cela risque d’être un piège extrêmement sophistiqué car sa défense aura de solides arguments pour mettre en cause notre intervention qui
avait rencontré beaucoup de réticences qui fragilisent sa légitimité.


Nous aurions dû nous inspirer de nos expériences yougoslaves, du Rwanda ou plus proches de Côte d’Ivoire.


Pour que telle ou telle intervention soit jugée juste il faudrait, qu’à minima, les peuples au nom desquels elle est décidée soit objectivement informés, sinon consultés.


A l’heure des smartphones  et des réseaux sociaux, la vraie naïveté est de croire que des


actions cachées, parce que pas très honorables, puisse rester longtemps enfouies sous le manteau, bien usé des droits de l’homme.