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Publié par Edouard Boulogne

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« Celui qui ne veut vivre qu'honnêtement dans un monde pervers, est condamné à court terme » écrivait, en substance Nicolas Machiavel dans son ouvrage le plus célèbre Le prince.

Machiavel parlait surtout de la vie politique. Et de fait les meilleurs chefs d'Etat ne sont pas toujours les plus sincères et les plus honnêtes. La politique, à partir d'un certain niveau est le monde des monstres froids. Et, soyons sincères, ceux qui, dès 1933 avaient clairement compris la personnalité d'Adolf Hitler, et qui auraient préconisé de le faire assassiner ( un accident est si vite arrivé) auraient sans doute rendu un fier service à l'humanité. Mais en 1933, Hitler n'avait encore réalisé aucun de ses crimes de masse, et aujourd'hui encore, il y aurait des « naïfs » pour soutenir que ce socialiste allemand, s'il avait vécu, aurait rendu d'immenses services au monde.

Ainsi vont les choses de ce monde? Je ne suis pas en train de défendre une vision idylliques et idéalisée des choses. Dans les années 1960, le général de Gaulle lui-même, connu pourtant pour sa rigueur morale, la profondeur de sa culture et de sa vision, pour tenter de créer dans le monde bipolaire de la guerre froide, une troisième voie où la France aurait pu manoeuvrer et grandir, noua des relations diplomatiques avec l'URSS, et la Chine de Mao Tsé Toung, au grand dam de ceux dont était le jeune scrutateur, qui voyaient dans le communisme une menace aussi grande, sinon pire que n'avait été l'empire hitlérien.

C'est que le général considérait le rapprochement avec les totalitaires rouges, comme indispensable pour faire équilibre à la volonté de puissance de l'allié américain. En quoi il n'avait sans doute pas tort.

La politique, et sans doute la vie humaine en général, est le monde de l'ambiguïté, où les bonnes intentions sont parfois mortelles.

Il en est ainsi plus que jamais.

C'est dans le cadre de cette vision que j'interprète la rencontre ce matin ( 12 septembre 2011 ) du président Nicolas Sarkozy avec M. Paul Kagamé, Président du Rwanda.

Sur le perron de l'Elysée, c'était la soupe aux grimaces. Car Kagamé est un dictateur parmi les plus sanguinaires d'Afrique et du monde. Il accusait, hier encore la France, et par exemple son ministre des affaires étrangères Alain Juppé, de complicité de génocide au Rwanda,

Le voici qui ne demande plus aucune excuse à la France qui le reçoit. C'est vraiment trop de gentillesse. Kagamé était cependant, vous l'avez peut-être remarqué assez crispé. Peut-être avait-il le souvenir de son collègue de la Côte d'Ivoire, qui hier encore jouait le même jeu, et qui a connu les revers que l'on sait. 

Peut-être quelqu'un, parmi nos "zintellectuels" lui a-t-il enseigné la signification du proverbe créole guadeloupéen " chaque cochon ni samdi a li"!

D'ou sa constipation visible.

En Afrique la France a des intérêts. Elle est concurrencée par des rivaux de taille, les USA, toujours, la Grande Bretagne, mais aussi la Chine. A trop se montrer « morale », elle se verrait évincer par les leaders africains au profit de ces nouveaux venus.

Si Henri IV, jadis, estima que « Paris valait bien une messe », Sarkozy pense, sans doute, que la conquête de ces marchés qui contribuent à maintenir la France dans le peloton de tête des nations vaut bien une soupe à la grimace.

Mon Dieu, que le monde est compliqué.

 

Edouard Boulogne

 

 

Le vrai visage de Paul Kagamé.

 

 

Article de Bernard Lugan publié dans Valeur actuellesdu 08/09/2011.

 

Ce lundi 12 septembre, Paul Kagamé, président de la République du Rwanda, devait effectuer une visite officielle en France (lire aussi le Décryptage de Frédéric Pons). Plusieurs fois re­poussé, ce voyage destiné à apurer le contentieux entre Paris et Kigali s’inscrit dans une curieuse atmosphère.

Larvée depuis la prise du pouvoir par Paul Kagamé en 1994, la crise franco-rwandaise a connu une brutale accélération à la fin de l’année 2006 quand le juge Bruguière lança des mandats d’arrêt internationaux contre plusieurs de ses proches, soupçonnés d’avoir, le 6 avril 1994, abattu ou fait abattre l’avion du président Habyari­mana, attentat qui fut l’élément déclencheur du génocide.

Or, la thèse officielle du régime rwandais est que ce furent des Hutus qui assassinèrent leur propre président afin de pouvoir déclencher contre les Tutsis un génocide programmé. La “légitimité” de son régime reposant sur ce mythe, Paul Kagamé répliqua en rompant les relations diplomatiques avec Paris le 25 novembre 2006. Puis il accusa la France de complicité dans le génocide et menaça de lancer à son tour des mandats d’arrêt contre plusieurs dirigeants français dont MM. Balladur, Védrine, Villepin, Léotard, Juppé, ainsi que contre plusieurs hauts gradés de l’armée française.

La nomination de Bernard Kouchner, ami du président rwandais, à la tête du ministère français des Affaires étrangères ouvrit ensuite une période de dégel marquée, en novembre 2009, par le rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays, puis par le voyage du président Sarkozy au Rwanda en février suivant.

 

Au moment où la France s’'est engagée dans une croisade démocratique tous azimuts, la visite de Paul Kagamé paraît insolite.  En effet :

1. Quarante-neuf mandats d’arrêts internationaux ont été émis contre ses plus directs collaborateurs. Quarante par la justice espagnole pour “crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide”, et neuf par les magistrats français enquêtant sur les auteurs de l’attentat du 6 avril 1994 qui détruisit en vol l'’avion du président Habya­rimana.

2. En mars 2008, Mme Carla del Ponte, ancien procureur du TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda), révéla que le TPIR détenait des preuves permettant d’inculper Paul Kagamé pour “crimes de guerre et génocide” mais que, si aucune procédure n’'avait été ouverte contre lui, c’'était en raison des fortes pressions exercées par les États-Unis et la Grande-Bretagne.

3. Grâce notamment aux travaux du TPIR, nous savons aujourd’'hui qu'’entre 1990 et 1994, Paul Kagamé déstabilisa le pouvoir en place à Kigali au moyen d’'attentats sanglants et d’'exécutions ciblées de hauts responsables politiques Hutus. Furent ainsi exacerbées des tensions ethniques qui explosèrent immédiatement après l’'assassinat du président hutu Habyarimana.

4. Le 1er octobre 2010, la publication du rapport Map­ping rédigé à l’'attention du Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’'Onu mit en évidence l’'ampleur des crimes commis en République démocratique du Congo contre les réfugiés hutus et les populations locales par l'’armée de Paul Kagamé. Estimant le nombre des victimes à plusieurs centaines de milliers, les auteurs du document parlent de « génocide ».

Au moment où le président Sarkozy s'’incline devant les cercueils des militaires français tombés en Afghanistan, il importe de rappeler que le 8 avril 1994, des soldats de Kagamé ont froidement assassiné à leur domicile deux sous-officiers français de la gendarmerie et une civile, à savoir les adjudants-chefs René Maïer et Alain Didot, et l’'épouse de celui-ci. Quant à l'’équipage de l’'avion abattu le 6 avril 1994, il était composé de trois coopérants civils français.

Le futur hôte de la France a également ordonné la fabrication du rapport Mucyo mettant en cause des dizaines d'’hommes politiques et d’'officiers français artificiellement accusés de complicité dans le génocide de 1994. Il a, depuis, été amplement démontré qu'’il s'’agissait d’un montage grossier reposant sur une accumulation de faux témoignages et de faux en écriture. Lui-même mis en cause, M. Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères, a, le 4 mai 2010, devant la commission des affaires étrangères de l’'Assemblée nationale, parlé à ce sujet d'’un « tissu de mensonges et d’'inventions destiné à créer un contre-feu à l'’instruction judiciaire menée en France ».


Ces accusations mensongères n’ont pas été retirées par le président Kagamé avant son voyage en France.
Apparemment moins sensibles aux exigences de la realpolitik que les dirigeants français, les chefs de gouvernement espagnol et belge José Luis Zapatero et Yves Leterme ont, le premier en juillet 2010, le second en décembre, refusé de rencontrer un président rwandais soupçonné par deux justices européennes indépendantes d’'avoir, le 6 avril 1994, fait abattre en vol l’'avion transportant deux chefs d’État en exercice, celui du Rwanda et celui du Burundi, et donc d'’être, si ces accusations étaient vérifiées, celui qui aurait allumé la mèche génocidaire.  

 

Bernard Lugan, expert devant le TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda) et directeur de la revue mensuelle par Internet Afrique réelle.

 

Un article consacré à l'assassinat de deux gendarmes français par les hommes de Kagamé le 7 avril 1994 sera publié dans le prochain numéro de l'Afrique Réelle (septembre 2011)

 

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