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Publié par Edouard Boulogne

( Martinique ). Racisme : En finir avec les blessures de peau, par Yves-L Monthieux.
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( Cet article du chroniqueur Martiniquais, pour dater de 2010, n'en garde pas moins toute son actualité, hélas! en Martinique, comme en Guaeloupe. LS ).

Alain Plénel avait été invité à commémorer le cinquantième anniversaire des incidents de « décembre 1959 ». Son désir de servir l’histoire n’a pas su masquer son embarras devant ce qui a pu apparaître à tous comme une opération d’instrumentalisation politique. La fille de Malcom X, en personne, a été appelée en renfort pour

aider à dénoncer l’une des situations post-esclavagistes présumées les plus insupportables de la planète. Cependant, il n’est pas sûr que ces personnalités aient ramené dans leurs pays les images de misère et de répression auxquelles elles avaient pu s’attendre. Il n’est pas contestable qu’à comparer des situations de misère en Martinique et aux Usa notre société n’ait été perçue comme un modèle, à certains égards, par la « missionnaire » de la nation de Barak Obama. Nos visiteurs auront sans doute du mal à aider par leurs témoignages oculaires la cause de l’émancipation martiniquaise. Cependant nos illustres invités seront tous repartis avec en tête les fortes paroles d’un pays où le sport favori est le grattage d’épiderme et son expression le chant anti-esclavagiste et anticolonialiste.

Le retour du bestiaire colonialiste.

> En effet, la parole a pris chez nous des libertés telles qu’on croirait voir chez les marqueurs la volonté de tester la démocratie. L’analyse de faciès faite du journaliste-écrivain Tony Delsham paraît tendre vers cet objectif. Seule l’indifférence des intellectuels, des spécialistes libres ou encadrés des droits de l’homme, des obédiences à visée humanitaire proclamée et même la presse, dans son unanimité silencieuse habituelle et fermée à la solidarité à l’égard de l’un des siens, me conduit à reprendre des mots qui, dans tout autre pays de droit, auraient été accueillis par un tollé de justes indignations. A lui seul, le membre de phrase suivant vaut tous les discours : « avec son crâne fuyant vers le haut comme la tête du mulet quand il désire se faire cheval… ». Ignoble ! Je ne crois pas avoir lu une description plus vile de l’être martiniquais par lui-même depuis que ses ancêtres ont cessé d’être considérés comme des animaux.

Sauver la démocratie de l’obscénité.

Mais nous sommes en démocratie, une drôle de démocratie : la démocratie-buvard qui absorbe tout et où toute ignominie est de droit pourvu qu’elle vienne du bon côté. C’est le retour au bestiaire colonial qui sert désormais d’outil à l’anticolonialisme martiniquais, avec des images qui dénoncent aujourd’hui « milé-a », demain, peut-être, le bélier ou le chien, et après demain, on ne sait quel autre symbole animalier ressurgi. Toujours, bien entendu, sous l’ombrelle omnibus de Césaire dont, - soit dit en passant - la mémoire risque de se voir déchiquetée par ceux qui s’y réfèrent à tort et à travers. Bref, ce bestiaire vient, en contrepoint, valoriser une ethnie - la noire - dont la pureté, dans la réalité actuelle du métissage, ne peut être qu’une représentation psychologique ou une construction psychanalytique. La dénonciation des traits attachés à la personne physique du journaliste rappelle des discours qui ont été universellement condamnés. Comme l’écrit Régis Debray dans L’obscénité démocratique « ce n’est pas la démocratie qui est obscène, c’est la scène républicaine qu’il faut sauver de l’obscénité ».

Un discours racialiste de plus en plus audacieux

Hélas, le débat politique autorisé s’accompagne allègrement d’un propos racialiste de plus en plus audacieux, dont les conséquences éventuelles échappent totalement aux préoccupations de la classe politique. Delsham n’a sans doute pas besoin d’être défendu par le chroniqueur isolé qui avait réagi à la façon dont le journaliste avait couvert un incident qui avait opposé, il y a quelques années, deux élus d’une collectivité. Ce papier disait : « Tony Delsham a tort de penser qu’on peut tolérer le propos racial comme faisant partie de nos innocentes habitudes. S’il s’agit d’habitudes, elles sont mauvaises et il faut en changer, il convient de les combattre car ceux qui reçoivent à la figure des insultes ou de simples allusions à la couleur de leur épiderme les supportent peut-être, mais ne les acceptent jamais, au fond. Même s’ils disent le contraire ou se taisent. Cet élu paraît profondément blessé. Il semble exprimer un trop-plein … Il convient de refuser toutes ces libertés douteuses dont parle Delsham, des ’’sakrés’’ ceci, des ’’sakrés’’ cela… qui ne sont le plus souvent tolérées que par les personnes qui les profèrent. Toujours du bon côté, ces dernières … tendent même à culpabiliser les ’’susceptibles’’ qui n’acceptent pas la rigolade. Il existe beaucoup de douleurs rentrées de cet ordre. On devrait s’efforcer de ne pas désigner les gens par la couleur de leur peau, laquelle n’est qu’un des multiples éléments de l’identité ».
C’était écrit dans Antilla en juillet 2007 dans l’une de mes chroniques, intitulée : Blessures de la couleur de peau, tolérance zéro. Mais quand, instruments de mesures à la main ou dans la tête, on en arrive à rechercher le juste degré de pureté ethnique, et que, cette douteuse ambition se réalise de surcroit à l’aune de prétendues références animalières. C’est le retour à un siècle en arrière, c’est la société entière qui doit être alertée.

Yves-Léopold Monthieux, lundi 31 mai 2010

 

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