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Publié par Edouard Boulogne

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La discorde est ubuesque, ubiquitaire, et jamais lasse. . Et elle sévit partout, telle qu'en elle-même l'éternité ne la change pas.

On se souvient de la célèbre querelle qui déchira Paris, telle que la décrit, en vers si savoureux, l'inestimable Nicolas Boileau-Despréaux, dans sa célèbre épopée burlesque du Lutrin. Paris n'était alors que ténèbres et fracas ( comme cela a changé n'est-ce pas ? ). Dans tout ce tintamarre, au coeur d'une petite paroisse, une église, seule, gardait de son Seigneur le message de paix.

Discorde en prend ombrage. Discorde s'en révulse, Discorde, alors s'ébranle pour établir de l'Autre le dessein ténébreux.

Rappelez vous, lecteurs, les vers fameux :

 

« Mais une église seule, à ses yeux immobile,

Garde au sein du tumulte une assiette tranquille,

Elle seule la brave; elle seule aux procès

De ses paisibles murs veut défendre l'accès.

La Discorde, à la vue d'un calme qui l'offense,

Fait siffler ses serpents, s'excite à la vengeance :

Sa bouche se remplit d'un poison odieux,

Et, de longs traits de feu lui sortent par les yeux » ( …...)

 

Immuable et ubique, aujourd'hui, sans quitter Paris, Damas, ou ONU - sur - New-York, Discorde se déchaîne à la Réunion, à Paris, et bientôt en … Guadeloupe.

Un correspondant scrutatorien de l'ex île Bourbon, ( la Réunion ) me communique cet article d'un journal de là-bas, qui rend compte de la visite de notre ministre déléguée à la réussite éducative. Mme George Pau Langevin, en voyage de travail dans l'île de l'océan indien.

Les propos du ministre ( d'origine guadeloupéenne, et si j'ai bonne mémoire, de la rue François Arago, à Pointe-à-Pitre ) ont suscité quelques humeurs chez les cousins de l'autre hémisphère.

Politique oblige, l'aigreur, en réponse, a pris forme diplomatique, mais d'autant plus aigüe, que contrainte et rentrée. D'autant plus que la critique des propos ministériels a été distillée par une personnalité féminine celle de madame Nassimah Dindar, Présidente du Conseil Général.

Querelle de dames! Soyons prudent, et ne nous en mêlons pas. Lisons, donc, et...sourions. Les Guadeloupéens sont bien rodés à ces joutes bien cadrées, et sont, à leur égard les plus philosophes du monde.

Mais il y a un point de détail, comme disait l'autre, que je ne saurais laisser passer sans remettre les idées à l'endroit. Il s'agit de cet extrait d'un commentateur, réunionnais, qui, manifestement n'a jamais mis le bout d'un pied sur les terres de ses cousins antillais.

Il écrit, parlant de madame Pau-Langevin, je cite, tel quel : « Mais, il n’empêche qu’elle n’aurait pas tenu ce discours dans son ile, la Guadeloupe, elle aurait droit au fameux "Kounia moman ou", habituellement adressé aux métros qui préfèrent se taire là bas ! »

Alors là il faut réagir, énergir protestement.

D'abord, en Guadeloupe, le fameux juron, qui chez nous s'écrit «  Kouni-a-manman-w » ( le con de ta mère »! Que les oreilles chastes me pardonnent ! ), est des plus commun. Il parcourt tous les jours que Dieu fait, de ses éclats sonores et nuancés, et du matin au soir, en toutes sortes de sens, le plus souvent joyeux, et drôles ( il est suivi de rires plus ou moins fins, (kkrrrraaa-kra! kra ! ).

Mais attention à la nuance. Oh oui, cette nuance qui seule fiance le mot, au sens, au sourire, au rire, ou à la vengeance, et parfois à la mort.

On le voit, « kouni.., etc », ne s'adresse nullement, et spécialement, « aux métros » qui se terreraient chez nous ( mais pourquoi donc, cousin, cette étrange assertion? ).

Même à Paris ( première ville antillaise de France ) j'en ai eu la preuve expérimentale.

C'était un vendredi, vers les 18 heures. En vacances dans la capitale, je remontais d'un pas assez vif, la rue Saint Antoine, dans le prolongement de la rue de Rivoli, et vers la Place de la Bastille.

Je marquais d'assez près deux jeunes antillais, basannéééees ( comme dans la chanson), et ces deux-là qui devaient sortir du travail, et devisaient joyeusement, et librement ( j'vous dis pas ! À ces âges là ils ne pensent qu'à ça.... et même plus tard. Allez voir au Rotary ! ) dans l'ancienne langue des boucaniers ( le créole), sans deviner en moi, le « compartriote » ( ou moun bo case ! ) qui les suivait, because la pâleur du teint. Ces deux-là donc, brusquement prirent congé, l'un continuant vers la Bastille, l'autre obliquant, par la rue perpendiculaire du Petit-Musc ( aujourd'hui, plus bourgeoise qu'au Moyen âge, comme l'indique son patronyme très ancien ).

C'est alors que les garçons s'arrêtèrent quelques secondes, se frappèrent le plat des mains, dans un geste amical, et se dirent, chacun, en même temps, dans ce rire tellement unique, et propre à nos îles, le fameux : «  Kouni-a-manman-w »!!!.

Donc, cousin, lointain de l'autre hémisphère, il y a des choses à revoir dans ton « perçu » ( MMMhhh! Intellectuel! comme diraient les deux vieux des Muppett's show ), de nos terres caraïbes.

Cela dit, sans rancune. Tu nous a donné l'occasion de discuter un moment, sans sérieux «  intellectuel » (!!!), sans «  sériosité », comme ça, "tou bolman", «  a dan on lassamblan colè, pito kè a dan on mové colè. Kon nou té ké toujou dwuet fè »

Vale ! Oh pardon ! " A on d'aut lè"!

 

Le Scrutateur.

 






 

Le "créole et la topologie", causes de l’échec scolaire à la Réunion ?

 

Ce n’est pas moi qui le dis mais une ministre. Bon, d’accord, une ministre déléguée. Mais un membre important quand même du gouvernement socialiste. Cette ministre était en visite chez nous les 13 et 14 juin derniers. Il s’agit de la ministre déléguée à la réussite éducative. Au retour de son séjour dans notre île, Mme George Pau Langevin, c’est son nom, a signé une tribune sur le Huffington Post (en association avec le Groupe Le Monde). Tribune qui est passée quasiment inaperçue.

Que dit Mme la ministre déléguée ? Elle relève qu’à la Réunion, "les résultats aux évaluations de CM2 en français et en mathématiques sont bien inférieurs à ceux de métropole (plus de 15% des élèves sont en grande difficulté)". Elle poursuit : "Ces résultats ont des effets sociaux naturellement immédiats : 60% des jeunes actifs de 15 à 24 ans sont au chômage (contre 30% toutes générations confondues) ; le taux d’illettrisme dans l’île est de 21%, soit trois fois plus que la moyenne nationale". OK, mais où veut-elle en venir ?

"À la Réunion plus qu’ailleurs, il importe donc de tenir compte de l’environnement socio-culturel des enfants pour qu’ils réussissent". Ça, c’est exactement le genre de phrases qui enfoncent les portes ouvertes. Le plus intéressant se trouve dans le troisième paragraphe de la tribune libre. "Prenons l’exemple de l’illettrisme, peut-on expliquer son fort taux à la Réunion par les seuls retards du système éducatif local ?", s’interroge-t-elle. Avant d’apporter sa réponse : "Évidemment non. La raison principale se situe hors du système scolaire et découle de son histoire et de sa topologie". Mais comment ça Mme la ministre ? "De son histoire, la Réunion hérite d’un créole très implanté ; de sa topologie, de quartiers enclavés". Et alors ? Cela voudrait donc dire si on suit le raisonnement de la ministre déléguée à la réussite éducative que le petit Réunionnais i échoue à l’école parce que li cause créole et parce que lu na du mal à se rendre jusqu’à son établissement scolaire en raison de la topologie du territoire sur lequel il habite ? Fallait la trouver ces explications tirées par les cheveux. De la part d’une créole Guadeloupéenne (formée il est vrai à la Sorbonne et à Assas à Paris), c’est assez surprenant. N’aurait-elle pas encore brisé ses chaînes ou renierait-elle sa race au point d’avoir honte de sa langue maternelle ?

En tout cas, à la Réunion, il y en a une qui n’a pas du tout apprécié. Et, à son tour, elle s’est empressée de poster sa réponse sur le Huffington Post, pour remettre en deux temps trois mouvements Mme la ministre déléguée à sa place. Nassimah Dindar, puisqu’il s’agit d’elle, a trouvé "l’analyse originale mais… erronée". La présidente du conseil général écrit : "Je ne peux pas laisser dire que l’échec scolaire à la Réunion s’explique par la pratique du créole et par la géographie. Le relief a sauvé la Réunion en assurant l’asile des esclaves marrons. Ces populations issues de l’Afrique et de l’Asie, réduites au travail forcé, se sont échappées du joug du colon en s’enfuyant à travers nos paysages escarpés, nos cirques inaccessibles". Et Nassimah Dindar d’enfoncer le clou : "Aujourd’hui, ce relief favorise encore la Réunion car ses pentes, ses cirques et ses dénivelés ont permis à cette île française de l’océan Indien d’être classée au patrimoine mondial de l’Unesco".

Sur la pratique du créole, sans entrer dans une expertise linguistique ni "vouloir enfermer la Réunion dans une rhétorique pro créole", la présidente du conseil général remet les points sur les i : "Loin de nous amoindrir, ce multilinguisme (créole, ainsi que les réminiscences des langues utilisées autrefois par nos aïeux comme le mandarin, le malgache…) nous enrichit, comme l’héritage celte enrichit l’identité bretonne et l’occitan la culture méridionale". Et Nassimah Dindar de conclure par un coup de patte interrogatif en interpellant George Pau Langevin : "Quand cesseront ces analyses réductrices de notre jeunesse et in fine de notre territoire ? (…) La réforme de façade du rythme scolaire ne résoudra aucune des difficultés que connaissent la Réunion et bien d’autres territoires. La ministre qui connaît bien la réalité ultramarine plaidera-t-elle pour une véritable équité des moyens, seul vecteur d’égalité des chances pour les hommes comme les territoires ?". Alors, ko sa ou répond là dessus Mme la ministre déléguée ? Oups, pardon ! Madame ne comprend pas le créole !

Yves Mont-Rouge

 

 

28 réactions

ot kafrine ou connait pi d'ou ti sort?

Voilà un exemple flagrant de l’assimilation totale à la France et à ses mœurs et notre kafrine ministre en est la parfaite illustration. Elle parle en vraie colonialiste, preuve qu’aux Antilles le système a parfaitement fonctionnné surtout qu’elle déclare que le créole est bien ancré chez les Réunionnais, et avouez quand ces temps de frustrations, il y a au moins ça qui résiste et c’est tant mieux ! Mais, il n’empêche qu’elle n’aurait pas tenu ce discours dans son ile, la Guadeloupe, elle aurait droit au fameux "Kounia moman ou", habituellement adressé aux métros qui préfèrent se taire là bas !

 

 

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