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Publié par Edouard Boulogne

( Un de nos lecteurs qui signe Antoine de Panou, m'envoie cet article qui revient sur le vote récent, et contesté par de très bons esprits, concernant les lois mémorielles, et impliquant la Turquie. Cet article articule deux genres littéraires, l'analyse politique (rigoureuse) et l'humeur, pour être exact la Mauvaise humeur. L'analyse doit être privilégiée aux yeux de scrutateur. Mais l'humeur; qu'on ne prendra pas toujours à la lettre, est bien utile aussi pour faire comprendre aussi, à nos « dirigeants » que la coupe est pleine, que le peuple français est fatigué d'être traité par dessus la jambe, qu'il est écoeuré, en colère, et que sa colère ne doit pas être négligée par ceux qui comptent sur ses suffrages pour leur permettre d'accéder au pouvoir, ou d'y perdurer.

Le Scrutateur.

Tete-de-Turc.gif

 

Que contient une tête de Turc?

 

Il devient de plus en plus visible que la politique - tant nationale qu'internationale - s'apparente à un concours. Un concours de quoi ? Mais de connerie, voyons !

 

Jusqu'ici, la France était très bien placée pour remporter la palme : après avoir été faire l'intéressante - au mépris du sens de l'honneur le plus élémentaire - sur la rive sud de la Méditerranée, en évitant soigneusement de se faire remarquer en Algérie (il est vrai qu'on n'attaque pas de front une puissance coloniale tutélaire sans s'exposer à de terribles représailles), voici qu'elle - enfin ! ceux qui essaient de se faire passer pour elle - décide, allez savoir pourquoi ! - de s'en prendre à la Turquie d'une manière aussi bête que déplacée.

 

Sur le registre de la connerie, la France - répétons pour ceux qui n'auraient pas compris : une poignée d'imposteurs abusant du blanc-seing que leur donnent les prérogatives électorales dont ils usent et abusent, soi-disant au nom du peuple soi-disant souverain - était donc en train de franchir triomphalement la ligne d'arrivée, quand, dans un sursaut, la Turquie montra qu'elle était bien l'homme malade de l'Europe : voici qu'elle retourna à la France son sac à malices, mais en tirant complètement le drap à elle, ce qui, dans un concours de cette nature, est généralement assez décisif.

 

Alors que la mémoire française servait aux Turcs le plus beau levier mémoriel qui soit avec les crimes contre l'humanité - génocide vendéen, massacres et autres atrocités en d'autres terres de France, toujours en la même époque « fondatrice »- tout qu'il y a de plus mandatées par la souveraineté nationale (déjà ! 1793, 94 etc )) et donc commis en parfaite connaissance de cause par la patrie des droits de l'homme au moment où prenait corps la bienfaisante République sous les couleurs de la liberté (!), de l'égalité (!) et de la fraternité (!), voici que la Turquie, au lieu de se saisir du bâton qui eut châtié Marianne, se prit au jeu et lui dit : « Comme tout ceci est amusant, oh ! oui ! allons jouer au plus con ! Et si tu crois que tu vas gagner, ce n'est pas parce que tu as pris de l'avance que la partie est finie : tu vas voir, ma p'tite, ce que je vais te mettre dans la vue... »

 

Telle la tortue prenant le lièvre de vitesse - il faut dire que la France était si fière d'avoir pris un départ aussi fulgurant qu'elle crut pouvoir finir la course en tête, et très vite décida de se reposer sur ses lauriers comme elle le fait toujours - Istanbul perdit la boule et même la mémoire, tandis qu'à Ankara comme à Paris, chacun dans un sursaut de mémoire s'écria « Sursum corda ! », se souvenant par hasard que les lettre latines furent à Lutèce comme à Constantinople celle du sol.

 

Mais, depuis...

 

« Les déclarations du Premier ministre turc, Monsieur Erdogan, à propos du « génocide » que la France aurait commis en Algérie, relèvent à la fois de l’hystérie verbale et de la plus grotesque manipulation historique. De plus, Monsieur Erdogan est bien mal placé pour parler de « génocide » en Algérie, région qui fut durant trois siècles une colonie ottomane sous le nom de Régence d’Alger (Wilayat el-Djezair en arabe et Gezayir-i Garp en turc), et dans laquelle les janissaires turcs s’illustrèrent par leurs méthodes particulièrement brutales et expéditives.

 

En 1520, Sidi Ahmed ou el Kadhi fut le premier résistant kabyle à la colonisation turque, réussissant même à s’emparer d’Alger et forçant le chef de bande Khar ad-Din Barberos à se replier à Djidjelli.

En 1609, les Kabyles vinrent battre les murs d’Alger puis, entre 1758 et 1770, ce fut toute la Kabylie qui se souleva. Au début du XIX° siècle, plusieurs autres insurrections se produisirent, notamment entre 1805 et 1813, puis en 1816 et enfin en 1823. Il en fut de même dans les Aurès où les Chaouias réussirent à interdire toute présence effective du pouvoir ottoman. Constantine fut un cas à part car les Ottomans y avaient de solides alliés avec la tribu des Zemoul, ce qui n’empêcha pas les autres tribus kabyles de se soulever régulièrement.

 

Tous ces mouvements furent noyés dans le sang, à l’image de ce qui fut la règle en Libye : « La force est employée à la turque : les colonnes de réguliers, Turcs et Couloughlis, usent du sabre, du fusil et du canon, brûlent récoltes et villages, s’emparent d’otages, empalent et décapitent, exposant par dizaines les têtes coupées. L’usage de la force démontre la résolution du maître et l’irréversibilité de la situation »[1]

 

Dans la Régence d’Alger, les Turcs pratiquèrent une ségrégation institutionnalisée, la politique de l’élite dirigeante militaro administrative ottomane étant d’éviter de se dissoudre par mariage dans la masse de la population.

 

La violence ottomane ne s’exerça pas uniquement contre les populations locales. Quelques exemples :

- Le 27 mai 1529, après un siège de trois semaines, les 25 survivants de la garnison espagnole qui défendait le fort construit dans la baie d’Alger capitulèrent contre la promesse qu’ils auraient la vie sauve ; or, leur chef, le comte Martin de Vargas, grièvement blessé, fut massacré à coups de bâton par les soldats turcs.

- Le 20 juillet 1535 Khayr ad-Din Barbaros lança un raid sur l’île de Minorque, aux Baléares, enlevant plusieurs centaines de captifs, hommes, femmes et enfants qui furent vendus sur le marché aux esclaves d’Alger.

- En 1682, après que le Dey eut déclaré la guerre à la France, l’amiral Duquesne se présenta devant Alger où les Turcs massacrèrent le père Jean Le Vacher, consul de France, en l’attachant à la bouche d’un canon[2]

- En 1688, pour lutter contre les pirates, le maréchal d’Estrées bombarda Alger et plusieurs captifs français furent également attachés à des canons.

 

La piraterie constitua jusqu’au début du XXème siècle le cœur de la vie politique et économique de la Régence turque d’Alger. Il s’agissait bien de piraterie et non de Course puisque les raïs, les capitaines, n’obéissaient pas aux règles strictes caractérisant cette dernière. La recherche historique a en effet montré que son but n’était pas de s’attaquer, avec l’aval des autorités, à des navires ennemis en temps de guerre, mais que son seul objectif était le butin. A l’exception du raïs Hamidou, tous les acteurs de cette piraterie étaient des Turcs, de naissance ou renégats, aucun n’était d’origine algérienne.

 

Ceci étant, deux choses doivent être claires :

 

1) Les lois mémorielles (loi Gayssot, loi Taubira et autres) interdisent et assassinent la recherche historique et c’est pourquoi tout historien sérieux doit exiger leur abrogation.

 

2) Les politiques n’ont pas à encadrer l’Histoire ; quant aux députés, au lieu de voter des lois mémorielles électoralistes, ils feraient mieux de se préoccuper du sort des Français qui les ont élus. Mais, comme le disait Charles Maurras : « A quoi songe un élu ? A être réélu ».

 

Bernard Lugan

23/12/12



En résumé, dans une tête de Turc, il n'y a pas plus de mémoire que dans une tête de légiférateurs français (ils ont été moins de 45 députés - sur 477 - à propulser la France au sommet de l'adage républicano-français : « La loi est l'expression de la volonté générale », ce qui est, comme chacun sait, la version éclairée du "bien commun"). Ils ont été moins de 45 personnes, mues par des arrière-pensées tactiques, mais ils ont été - le 22 décembre 2011 la voix de la France. L'oncle Eusèbe dirait que tous les jours ne sauraient être des 18 juin 40, et que tout cela est très relatif. Mais l'oncle Eusèbe compte pour du beurre dans l'arsenal logistico-législatif dont disposent les maîtres et les soumettants, et son indignation ressemble à une tempête dans un dé à coudre. Alors, pour se consoler, il s'étale dans des tribunes que personne ne lit, ou au bistrot où tout le monde le fuit.



En attendant de savoir avec précision qui a voté pour, qui a voté contre, retenons que cette loi s'inscrit - avec quelques autres édictées par la Convention - au sommet de l'histoire du droit. Et, comme dirait Charles Ier d'Angleterre, souvenons-nous en détail de la manière dont s'embrasa la représentation nationale le 22 décembre 2011 afin, comme chaque fois que la patrie fut en danger, de sauver la situation face à un péril épouvantable et gravissime. Cela s'appelle, je crois, un "sursaut républicain". À moins qu'il ne s'agisse d'une "démarche citoyenne". Les choses deviennent si subtiles aujourd'hui que l'on peut évidemment confondre.



Souvenons-nous, et observons aussi que - en vertu du principe de parité - quand le rapporteur d'un texte proposé à la palabre républicaine l'est par une femme, la rapporteuse du texte proposé s'appelle une rapporteure. Au moins, à défaut de savoir ce que deviendront les Français, on peut se faire une idée de ce que devient le français. Que d'intelligence !!! Que de progrès !!! Que de lumières !!! Sur la carte du tendre, nous faisons sous la protection rassurante de nos élites z'élues quelques brasses dans le bassin de la félicité délicieuse, et en sommes transportés de joie. 



Observons aussi une certaine byzantinitude quasi ségolénienne de la part de la raporteure  - raportatrice ? - de ce texte visant à combattre le négationnisme. Celle-ci, en effet entame son exposé par la négation de la nature de la proposition de loi qu'elle soumet à la palabre, puisque madame la rapporteure (à quatre moteurs au moins) n'hésite pas - avec la franchise qui caractérise les politiques - à nier la nature de ladite loi : « Nous ne sommes pas ici pour voter une loi mémorielle. Il s'agit d'examiner un texte de coordination législative. » Rapporteure, menteure et surtout... dissimulateure. Bref ! Boyer nous projette directement dans la logique conventionnelle de 1792. Ni plus ni moins. Quoique, et les indices sont assez concordants, il se puisse que Boyer comme bon nombre de ses collègues ne comprenne pas davantage ce qu'elle dit que ce qu'on lui dit. Dans un concours de connerie, cela donne toujours une longueur d'avance.



Antoine de Panou.



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Dissident 27/12/2011 02:49


(…) Mr Erdogan est amnésique, car jusqu’en 1972, la Turquie refusa de
reconnaître l’indépendance de l’Algérie qu’elle considérait encore comme sa province lointaine qu’elle avait vendue à la France en 1830 et pensait encore la récupérer. (…)


http://ripostelaique.com/quelques-verites-sur-trois-siecles-de-colonialisme-turc-en-algerie.html