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Publié par Edouard Boulogne

( Je cède la plume à un nouveau jeune collaborateur, Gérard O'Mélangchrous. Ce jeune homme, est pour une part Grec de par des origines très lointaines. Ce qui pourrait expliquer en partie son nom. En grec ancien « melangchrous » signifie «  le noireau ».

Mais un arrière grand père, m'a t-il expliqué, émigra en Ecosse, d'où le scotisation du nom et sa transformation en O'Méla.. etc. Enfin son père en 1978, fit la connaissance de sa mère, d'origine guadeloupéenne, à Kirkwall, en Ecosse, où il l'épousa. Gérard hérita d'un prénom français, et le désir de bien des gens de trouver connaître leurs pays d'origine, l'a poussé à venir en Guadeloupe, où il s'est fixé, de préférence à la Grèce qui n'est plus tout à fait ce qu'elle fut au temps de Platon, ou même de l'Ecosse, où il ferait « un peu froid ». Bienvenue Gérard, en Guadeloupe, et dans l'équipe. LS ).

H-Legitimus.jpg ' (Hégésippe Légitimus )

 

Quand le KLNG entreprit il y a une quinzaine d'années sa campagne raciste contre les blancs, en Guadeloupe, le Scrutateur protesta, et esta en justice contre les petits agitateurs ( cf.photo ).

Wo--blan.jpg


Il lui fut répondu qu'il n'y avait dans l'exhortation affichée, nul racisme. L'un des leaders kaelhainegens donna même au tribunal de l'opinion publique, une petite leçon, comme il adore en donner. En Guadeloupe, dirent-ils, on dit « blan » comme d'autres disent métropolitain. L'affiche ne tombe donc, pas, disait-il sous le coup de la loi antiraciste, puisque ce n'est pas une race qui est désignée, mais une nationalité.

Il y eut des profs de rhétorique qui ajoutèrent, alors, à l'arsenal de leurs exemples pédagogiques celui que nous venons de résumer, pour définir le mot sophisme, et ses dérivés, artifice, sophistication, menterie, etc, mais aussi les mots désignant les sortes de personnes et d' « esprits » sans lesquelles sophismes et menteries, même habiles n'existeraient pas, faute d'efficacité. À savoir, les béjaunes, les cornichons, les gourdes et gourdiflots, les trou-du-culs et les corniauds, les schnoques, les ballots et les niais.

img010.jpg

 

Ces panouilles, zé ces baluches doivent exister chez nous en Guadeloupe, à foison, puisque les « blans » ( certains "blans", de l'espèce trotskiste, plus dangereuse que l'espèce des grands requins  "blans"  d'Australie, tous les spécialistes en sont d'accord ) croient pouvoir en leurs journaux de propagande, nous prendre pour des tébès, en nous racontant « n'importe quoi », comme diraient les neveux du scrutateur.

 

C'est ainsi qu'un certain Gérard Noiriel, historien, « directeur d'études à l'EHESS » ( comme vous voyez, nous sommes mal partis ) dans le « journal de référence » dont je ne précise pas qu'il s'agit du MONDE (pour ne pas ajouter à votre mélancolie ) décide de nous raconter des salades sur le sort tragique de tous les antillais qui, aujourd'hui, comme hier, et même avant-hier, et avant le déluge, commirent l'imprudence de croire au mirage d'une France généreuse, là où sévit le peuple, le plus cruel, hypocrite et barbare qu'il y ait jamais eu sous le ciel.

Cette chanson est connue, nous l'entendons ressasser sur toutes les antennes de radiodiffusion ( et télévision!!!) de « cette garce de France, que nous niquerons, après avoir craché sur vos faces de craie, » etc, etc( On aura reconnu la prose délicate et gracieuse, du groupe Nique ta mère, ou de son frère ).

 

Donc, dans Le Monde, ( du 23 février 2012 ) ce NOIRiel que je tiens pour un "blan" dans ce journal de "blans", poursuit son petit travail de taupe subversive, et probablement trotskiste, en « travaillant » le psychisme noir, pour en faire un objet manipulable à merci, au service de sa Révolution. Ces gens font du goutte à goutte. Il y a des empoisonnements lents, physiques mais aussi psychiques. Et ce sont ceux-là qui, maintenant nous intéressent.

La goutte de strychnine du jour a pour nom Hégésipe Légitimus

Comme on le sait la strychnine n'est pas en soi un poison. A faible dose elle peut être utilisée comme un stimulant du système nerveux, et l'on peut déplorer qu'il n'en soit pas fait un usage judicieux dans trop d'enceintes politiques. Mais à partir de 50 mg, une dose devient mortelle.

Ce n'est pas donc Légitimus, qui est dangereux, même rétrospectivement. Ce sont ces salauds de commerçants de drogue, de ceux qu'en politique on appelle des subversifs, des nihilistes, et des pourris.

 

La suite de cet article comprendra trois parties :

 

  • L'article de NOIRiel sur Légitimus.

  • Une notice historique sur Hégésippe Légitimus.

  • Un désamorçage humoristique de la bombe NOIRieliste : Légitimus et le soldat Chapuzot.

( I ) Légitimus, humilié, Légitimus broyé, Légitimus « racisé »... mais Légitimus , sauvé, Légitimus Francisé !

 

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/02/23/l-humiliant-apprentissage-du-premier-depute-negre-hegesippe-legitimus_1647346_3232.html

 

"L'humiliant apprentissage du premier député "nègre", Hégésippe Legitimus

Point de vue | LEMONDE | 23.02.12 | 14h29

par Gérard Noiriel, historien, directeur d'études à l'EHESS, auteur de "Dire la vérité au pouvoir"

 

Toutes les civilisations ne se valent pas." Pour comprendre pourquoi le député UMP Brice Hortefeux a affirmé que les propos du ministre de l'intérieur étaient "presque une évidence", alors que le député (apparenté PS) de Martinique, Serge Letchimy, les a dénoncés comme une scandaleuse remise en cause du principe d'égalité, il n'est pas inutile de rappeler que les représentants du peuple français sont les héritiers d'une histoire conflictuelle, laquelle marque encore leur vision du monde.

Des propos tels que ceux de Claude Guéant sur l'inégalité des civilisations sont depuis longtemps considérés, en effet, comme une évidence dans l'Hexagone, et c'est au nom de celle-ci que les élus originaires des Antilles ont été stigmatisés. Le premier député noir de la IIIe République s'appelait Hégésippe Légitimus. Fondateur du Parti socialiste guadeloupéen, il devient député de cette île en 1898. Voici quelques extraits des articles que la presse lui consacre lors de son arrivée à Paris au lendemain de son élection. "Il croit fermement à l'apaisement social et au progrès des Lumières. On ne peut certes pas l'accuser, quoiqu'il soit nègre, de voir tout en noir." (La Presse, 12 juillet 1898.)

"M. Légitimus se promène aux Champs-Elysées avec un collègue parisien. Avouez, dit celui-ci, que nous avons de beaux arbres ? Le député nègre, levant la tête : Oui, mais ils manquent de singes." (Le Figaro, 10 novembre 1898.)

"L'on affirme que le jour qui précéda son élection, on le vit, nu comme un ver, orné de sa seule cravate rouge conjurer du même coup, par une danse échevelée, les maléfices du diable et ceux de l'opposition." (Le Journal des débats, 2 juin 1898.)

"Le député de la Guadeloupe possède une bonne petite instruction primaire, mais il croit fermement aux revenants, aux incubes, aux succubes (démons), et lui-même est quelque peu expert dans les pratiques mystérieuses de la sorcellerie, dont la Guadeloupe est la terre bénie" (Le Matin, 29 mai 1898). "C'est l'homme primitif en toute sa candeur aimable. On dirait la confession émue d'un orang-outang descendu de son palmier" (Le Matin, 21 septembre 1898).

M. Légitimus est, avant tout, "l'ennemi décaré de tous ces misérabes bougeois qui boivent la sueu du pauve peupe". Du peuple nègre, bien entendu. Il dit encore : "Je si pou le tavailleu conte l'exploiteu, pou la Répoupique sociale conte la Répoupique éactionnaie". (Le Journal du dimanche, 12 juin 1898.)

Ces citations ne sont pas extraites des journaux d'extrême droite, mais des quotidiens de toutes tendances politiques, à l'exception du Parti socialiste de Jean Jaurès. C'est bien l'argument de l'inégalité des civilisations qui sous-tend ces propos humiliants. La stigmatisation de l'accent, de la couleur de peau, des croyances sert à ancrer dans l'esprit des Français l'idée que "cet homme-là n'est pas comme nous. Il n'est pas digne de nous représenter".

Pour échapper à ces humiliations, Hégésippe Légitimus a fui les journalistes, refusant de répondre à leurs questions. Puis il a quitté précipitamment Paris pour regagner Pointe-à-Pitre. Aujourd'hui, ceux qui se sentent blessés par les "évidences" de MM. Guéant et Hortefeux refusent de les subir en silence. Et ils ont la possibilité d'y répondre publiquement. Au lieu de s'en inquiéter, les véritables républicains devraient s'en réjouir, car c'est un progrès de la démocratie".

 

(II ) Notice historique Sur Hégésippe Légitimus.

 

L'article qui suit est extrait de l'ouvrage « Guadeloupéens dignes de mémoire ( qui furent-ils, qui furent-elles,? ) », écrit par notre compatriote et ami, Robert Desgranges.

Cet ouvrage, fort bien fait, bien écrit, n'a été publié jusqu'ici, qu'à une centaine d'exemplaires, offerts à des amis. On en attend la nouvelle édition, augmentée, promise par l'auteur, et qui serait pour les amoureux de la Guadeloupe, comme un bienfait.

En voici donc un extrait consacré à Légitimus. ( Ajoutons que M. Hégésippe Légitimus est l'arrière grand père de l'humoriste bien connu Pascal Légitimus ).

 

« Hégésippe LEGITIMUS (1868-1944), député, Maire de Pointe-à-Pitre :

II naît à Pointe-à-Pitre le 8 avril 1868, fils d'un marin pécheur disparu en mer. Il entre au tout nouveau Lycée Carnot, où il reçoit une solide éducation, et se fait dès cette époque le défenseur des Noirs dans notre société, fondement désormais de toute son attitude politique. Il se présente en 1892 aux élections municipales de Pointe-à-Pitre et n'y rassemble que quelque 300 suffrages. En 1892, c'est aux Législatives qu'il s'oppose à Auguste Isaac dans la 2° circonscription. : Là aussi il est battu, et ce en dépit du soutien de Gaston Gerville-Réache, mais avec un score plus honorable.

En 1894, il accède au Conseil Général, où il va souvent s'opposer à Ernest Souques et au parti de l'Usine. En 1898, il devient à trente ans, député de la 2° circonscription en battant Auguste Isaac au 2° tour, et devient aussi, avec l'appui de Gerville-Réache, le nouveau président du Conseil Général, qu'il présidera à trois reprises (1898/1899, 1905/1909, et 1910/1912). Il se rapproche des socialistes de Jaurès, avec qui il écrit dans «L'Aurore », et s'appuie chez nous sur son journal : « L'Emancipation » (après « Le Peuple »). Avec Souques, il va cependant conclure un pacte « Capital-Travail » qui l'amène à aider le candidat du gouvernement dans la 2° circonscription (M. Gérault-Richard), et à affronter Gerville-Réache dans la 1°. Il y est battu, mais devient Maire de Pointe-à-Pitre en 1904, édilité qu'il conservera jusqu'en 1908, dans un contexte de troubles sociaux, et en dépit d'accusations souvent répétées de malversation. Candidat de nouveau à la députation en 1906, cette fois dans la 2°circonscription (Pointe-à-Pitre), il y bat Boisneuf. Mais son allié Gérault-Richard s'oppose à son inscription à la S.F.I.O, ce qui le conduit à créer son propre parti à vocation socialiste.

Il a la fâcheuse réputation de peu fréquenter la Chambre des Députés, et par là, de négliger les dossiers qui lui sont confiés, tout en défendant un peu trop souvent les intérêts des puissants. Il trouve cependant le temps de se battre pour que soit appliquée à la Guadeloupe la loi de séparation de 1907, et pour en faire disparaître les écoles chrétiennes (les Frères de Ploërmel, et les Sœurs de Saint Joseph de Cluny, qui assuraient l'essentiel de l'enseignement). Poursuivi pour fraude électorale, il est condamné, en juillet 1908, à deux ans de prison, et à cinq ans de privation de ses droits civiques. Il se pourvoit en Cour de Cassation et échappe aux gendarmes venus l'arrêter, ce qui lui vaudra une réputation de sorcier (« Nom' là fô tou bonn'

 

ment : i viréye chouval à gendam' la ! »). Il perd évidemment sa mairie, qu'il va vainement tenter de reconquérir sur Boisneuf en 1912. Mais en 1910, il est encore président du Conseil Général, tandis que la Guadeloupe est secouée par des grèves. Honni par le « Libéral » (journal de Boisneuf), il est soutenu par le « Nouvelliste » (d'Adolphe Lara), et gagne les législatives de cette année là. Soupçon de fraude, rejet de son pourvoi en Cassation, hostilité du peuple, rien n'y fait, Légitimus semble intouchable, et protégé par Bérenger comme par Candace, il n'est ni arrêté ni destitué. Il n'est pas candidat en 1914, mais sera battu en 1919 (par Boisneuf). Sa carrière politique est dès lors terminée !

Il va mourir le 29 novembre 1944 à Angles-sur-l'Anglain dans la Vienne, et sera inhumé à Pointe-à-Pitre, après un retour triomphal de sa dépouille, accompagnée par une grande foule. J'ai gardé un souvenir très vif de cette grandiose cérémonie, qui eut lieu le 3 avtil 1947 ». Robert Desgranges ).

 

 

( III ) H. Légitimus et le soldat Chapuzot.

Chapuzot.jpg

 

Revenons à l'article de M. Noiriel.

Cet article s'appuie sur des extraits de la presse, du début du XX ème siècle, en extrait des passages , coupés de leur contexte , et prétend montrer par ce montage, le mépris ou du moins la dérision dont aurait été la victime, notre compatriote, du fait de sa négritude. Légitimus aurait eu un accent créole, objet de dérision ( davantage que madame Eva Joly, de nos jours? C'est pas bien peut-être, mais n'y a t-il vraiment pas de chose plus grave? ). Il aurait fait des fautes de Français? Admettons! Mais cela me surprend un peu, car nos compatriotes antillais de cette époque, avait un très grand souci d'un usage du "grand français"? Je possède la sténotypie d'un discours au parlement, en 1929, 30, de son grand adversaire, Achille René-Boisneuf. C'était autre chose que du François Hollande, et même que du Nicolas Sarkozy ( je laisse de côté Ségolène, étant ce 26 février dans un jour de bonté ).

On aurait donc chiné Légitimus! Oh la, la, la, la! Quel crime impardonnable. Mais Monsieur Noiriel ne doit pas connaître les guadeloupéens. Ou s'il les connait ( ce que je crois ), il les prend pour des individus niais, des couillons, des béjaunes. «  Toi y en a être bon noir ». Cette idéologie paternaliste des années 1900, quoique minoritaire, n'a pas totalement disparu. Nous la voyons toujours à l'oeuvre. Ici, en Guadeloupe, nous en rions. Oui, Noiriel, comme la Castafiore, nous en rions. «  ah! Je ris »! D'autant plus que la supposée, (et possible, et probable) dérision  à l'égard d'un homme politique, de la part de journaux d'opposition ou d'opposants politiques, vous savez, M. NOIRiel, nous savons! Oui, nous savons ce que c'est, en Guadeloupe, qui n'est pas cette terre de nègres incultes que vous croyez, ou faites semblant de croire. Nous avons des politiques, nous avons des plumes, nous avons des humoristes, qui valent bien les vôtres NOIRiel. La haine est présente parfois, hélas! dans nos échanges. Mais plus fréquents, je crois, la verve ironique, l'humour, cet humour créole dont vous n'aurez jamais l'idée, que nous exerçons, et que nous nous appliquons, ce qui ne nous empêche pas, hors caméra de nous embrasser, avec de petits sourires en coin, que la dialectique marxiste, et trotskiste n'a jamais réussi à extirper complètement. VU? !!!

OK!

Les moqueries sur l'accent créole, ( ah! NOIRiel! Ce problème de l'accent régional! Réfléchissez une minute. Je sais, c'est difficile. Mais cette minute peut vous être profitable. Avez-vous pensé au fou-rire qui s'emparerait, même dans une salle provinciale si brusquement on se mettait à déclamer, avec l'accent de Cantona :

«  Athènes me montra mon superbe ennemi

Je le vis, je rougis, je palis à sa vue;

Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue;

Mes yeux ne voyait plus, je ne pouvais parler;

Je sentis tout mon corps et transir, et brûler, «  Etc ( Phèdre de Jean Racine Acte I, scène 3 ).

Les môqueries sur l'accent n'ont pas que du mauvais, quand elles ont pour objet, non de détruire, les accents, et les langues régionales, mais de permettre aussi d'acquérir, pour en jouir, et en faire jouir pleinement, les caractères majeurs d'une langue supérieure ( et je pèse mes mots, mon bon! ).

Idem pour la syntaxe, et le reste.

Ici, même en Guadeloupe, en cet an de grâce ( ou de disgrâce, c'est selon ) la verve polémique n'a rien perdu de sa verdeur, voire de sa férocité ( ludique, chez les gens intelligents ). Prenez tel de nos hommes politiques, de gauche, ségoliniste hier ( bon passons, il pouvait y avoir des raisons de coeur, ou d'esthétique ) aujourd'hui « hollandais » ( horresco referens ). Laissons les désaccords politiciens de côté. Cet homme ne manque pas culture, et même, bien que ( ou peut-être parce que ) créole, bon teint, au propre et au figuré, même greco-latine. Il est assez rare que ses déclarations ne soient ponctuées d'une bonne petite référence classique du genre «  Hollande, alea jacta est », ou « Mélanchon? Cave canem! » Ou « Sarkozy? Veni, vidi, vici!" . Notre homme est parfois distrait.

Nous sommes assez friands de ce genre d'éloquence, vous savez! Pourtant notre Toto, régional est régulièrement, en paroles, mais aussi en images, critiqué, vilipendé, comme s'il fallait, pour être estimable parler le jargon de .. ( oh! Pardon, le jour de bonté n'est pas terminé!).

 

En vous lisant, je pensais à un petit livre que j'ai lu vers ma douzième année, emprunté à la bibliothèque de ma grand mère. Un livre de Jean Drault, célèbre, à la fin du XIX, et au début du XX ème siècle. Il s'agit du Soldat Chapuzot, que je conserve encore, jalousement, pour mon plaisir, et aussi, comme ce soir, par l'utilité qu'il peut revêtir pour rabattre le caquet de certains imposteurs.

Au deuxième chapitre de cet ouvrage, sans prétention ( ce qui nous change un peu, oh! pour notre bonheur, de tant de productions actuelles, zé intellectuelles ), nous sommes dans une caserne de la ville de Blois, en France.

Les nouvelles recrues du service militaire ( qui durait alors cinq ans ) se pressent dans la salle prévue pour l'habillement militaire. Tous ces braves garçons sont des gens du peuple, et une majorité de paysans Parmi eux, Chapuzot, mais, surtout, pour ce qui nous intéresse le breton Bonniec.

Je reproduis pour le plaisir de mes lecteurs, et même ( allez savoir! ) le vôtre, les deux pages, qui montrent comment, à l'époque même où Hégésippe Légitimus hantait les couloirs du Palais Bourbon, et les quais de la Seine, des Français parlaient, parlaient d'eux, et entre eux.

VOICI :

 

. .( …..) « »Chapujot trouve que la séance d'habillement com­mence bien mal.

Il n'est pas long à revenir au magasin, à se désha­biller de nouveau et à se présenter devant le gros Capitaine Bodinot avec un caleçon, cette fois.

Heureusement, quand Chapuzot rentre, un incident attire l'attention du terrible officier sur un autre malheureux ; Chapuzot se sent plus à l'aise.

Parmi les recrues incorporées à la 3e du 1er se trouve un Breton du nom de Bonniec.

Ce Breton était arrivé à la caserne revêtu de son costume national : chapeau à larges bords, petit sarrau de cotonnade bleue rentré dans la ceinture et gros sabots aux pieds ; il avait de grands cheveux noirs et sales tombant jusque sur les épaules, et, détail caractéristique, il tenait à la main un fouet, un immense fouet, qui lui avait, sans doute, servi à garder l les bestiaux sur la lande.

Bonniec avait consenti à remplacer ses sabots par des souliers à l'ordonnance ; il avait bien voulu aussi qu'on lui coupât les cheveux tout ras. Mais là s'arrêtaient ses concessions ; jamais, par un entêtement inexplicable, il n'avait consenti à se séparer de son fouet ; il l'avait trimbalé partout, à la cantine, à la chambrée, à la visite médicale.

Jusqu'à l'habillement, son fouet l'avait suivi, et c'est un spectacle qui est loin d'appeler la gravité, que celui de ce Breton en caleçon, suivant les autres bleus et s'appuyant sur son énorme fouet.

Quand c'est à lui d'essayer une culotte rouge, il se plante résolument devant le soldat employé au magasin, et reste là immobile, les jambes écartées, le bras droit allongé et la main appuyée carrément sur le bout du fouet.

Le soldat essayeur saisit un pantalon sur un tas, regarde les dimensions de Bonniec, puis celles du pantalon et dit :

Ça ira. Tiens, bleu ! enfile ça.

Nan / ja. na vas point lâche ma fouet ! répond l'autre avec son incompréhensible accent breton et sans lâcher son fouet.

- Eh bien I voyons ! lâche ton fouet et enfile ça, tu m'embêtes avec ton charabia !

Nan ! ja na vas point lâche ma fouet ! recom­mence Bonniec.

Sur ce arrive le capitaine Bodinot.

Mille bombes ! Qu'est-ce qu'il a, celui-là, avec son fouet ? Pourquoi ne l'habille-t-on pas?

Mon capitaine, répond le soldat, c'est un Breton qui prononce mal le français ; on ne peut pas le com­prendre. Je ne sais pas ce qu'il veut dire ; toujours est-il qu'il ne veut pas abandonner son fouet, même le temps de passer un pantalon.

Ah ! c'est un Breton ! répond le capitaine ; il faut leur parler impérieus'ment à ces brutes-là ! Mon garçon ! v's'allez tout de suite me ficher par terre votre sale instrument et vous fourrer dans c'pantalon ! V 'm 'entendez ?

Nan ! ja na vas point lâche ma fouet ! répond encore Bonniec avec le même accent.

Du coup, et en présence d'un subalterne si extraor­dinaire, le capitaine Bodinot emploie la douceur.

- Voyons ! mon ami, voyons ! soyons raisonnable ! lachez vot' fouet et essayez c'pantalon.

- Nan ! ja na vas point lâche ma fouet !

Ah ! ça d'vient sciant à la fin ! s'écrie Bodinot. M'lade ! ç'garçon-là ! très m'lade ! Sergent-m'jor ! arrivez ici, et tout d'suite I

Voilà, mon capitaine.

- Conduisez-moi c't'homme à l'infirm'rie. De­main, vous l'présent'rez au m'jor. M'lade ! c'garçon-là ! très m'lade I

Dans le magasin, les officiers présents sont obligés de s'appuyer pour ne pas tomber ; ils sont m'lades, eux aussi, mais de rire.

Un petit sous-lieutenant, blond, aux moustaches cirées, tout pommadé et parfumé, se promet d'égayer la soirée de madame X*** avec cette histoire. Il y a là de quoi faire rire Blois pendant huit jours.

Bonniec parti, c'est au tour de Chapuzot d'essayer une culotte. ». (….).

 

Voilà. Je crois que tout le monde a compris. Et même peut-être M. Noiriel. Mais là ce n'est pas tout à fait sûr. On peut être de,  comment encore? Ah oui de l'EHESS ! Si l'on est trotskiste.... le mal est sans remède.

 

Gérard O'Melangchrous. 

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