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Publié par Edouard Boulogne

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Lundi soir, ( 25/11/2011 ) s'affrontaient plusieurs personnes sur le plateau de Guadeloupe Première sur le thème de la violence en Guadeloupe .Parmi les intervenants on notait l' intervention de Jacky Dahomay qui s'écartait des lieux communs sur le sujet .

Son argumentation ,de type philosophique et sociologique , reposait non sur les conséquences sociales des problèmes économiques et du chômage que nul ne nie mais qui ne suffisent pas à tout expliquer , mais sur la nécessité de restaurer l'autorité de l'Etat , de l'école et des parents .

Dans ce contexte , je ne peux que souscrire aux propos d'un internaute :

(« Les déclarations de madame Braflan-Trobo sur le plateau de l'émission ont fait comme toujours référence à la couleur de peau, à l'afro descendance des Guadeloupéens qui expliquerait une victimisation et une dévalorisation de ces derniers , à la stigmatisation des blancs ......etc . C'est une obsession chez cette femme qui sous prétexte qu'elle est diplômée, noire, et d'extrême gauche se permet de tenir publiquement des propos qui ne seraient acceptés de personne d'autre. Elle se croit vraisemblablement investie par le LKP d'une mission en Guadeloupe depuis janvier 2009. Je ne trouve pour ma part rien de constructif dans ses propos mais ils constituent malheureusement le fond de commerce de beaucoup d'individus totalement improductifs pour la Guadeloupe mais très appréciés des médias»)

Le problème de la violence est vieux comme le monde et nul ne s'attendait à ce qu'il soit résolu au cours de ce débat ; mais ce dernier aura eu le mérite de démontrer combien il serait vain d'espérer une diminution du phénomène de violence et d'insécurité en Guadeloupe eu égard à la crise économique qui frappera de plein fouet notre île dès 2012 .

Mais revenons à la thématique de l'autorité développé par Jacky Dahomay et qui a retenu toute notre attention , tant ce thème nous semble central pour comprendre la déliquescence de notre société . Comme toute thèse, celle-ci est,évidemment, objet de discussion. Elle ne prétend pas analyser la totalité des phénomènes, mais voudrait permettre d’engager un débat fécond.


Etymologiquement, le mot autorité (du latin « augere », « augmenter », ou « auctoritas », « la capacité d’augmenter ») signifie la capacité de faire grandir dans une certaine direction (de façon physique ou symbolique). « La qualité qui, augmentant une personne, constitue son autorité, peut venir de ses ancêtres, de ses vertus publiques ou de ses succès, à la guerre ou aux élections. L'augmentation peut être ajoutée de l'extérieur par un poste dans une hiérarchie, elle peut aussi être organique. Dans ce cas, elle est parfois telle que la personne qui en est l'objet n'a qu'à paraître pour inspirer le respect et l'obéissance. »

La notion d’autorité charrie avec elle les notions d’influence, de persuasion, de pouvoir, de contrainte, de violence, de discipline.

Face à l’ordre égalitaire de la persuasion se tient l’ordre autoritaire, qui est toujours hiérarchique. S’il faut vraiment définir l’autorité, alors ce doit être en l’opposant à la fois à la contrainte par force et à la persuasion par arguments… ».

Cette conception trouve aujourd’hui des prolongements dans la remise en question des normes sociales ou des contraintes, la revendication individualiste de nombreux adultes, un certain déficit d’éducation des enfants et des jeunes dans la famille ou à l’école. L’individu érigé en valeur souveraine est devenu la cellule de base de la société. Libre et autonome, il choisit ses appartenances ou s’en exonère : son accomplissement, ses désirs qu’il lui faut assouvir sans attendre deviennent les guides de son action. Dans ce contexte, le rapport que les adultes entretiennent avec la norme ou leur refus d’intervenir – au prétexte que chacun a ses propres normes – constitue une prise de position caractéristique de l’autorité évacuée, un signe adressé aux enfants et aux jeunes.

C’est devenu, aujourd’hui, un lieu commun : les enfants, de plus en plus jeunes, ainsi que les adolescents, récusent, aujourd’hui, assez largement les formes traditionnelles d’autorité que nous considérons comme légitimes et auxquelles nous considérons qu’ils doivent obéir « dans leur propre intérêt », que ce soit l’autorité des parents, des professeurs ou des représentants de l’État de droit (police, justice, administration, etc.). Plus encore, les jeunes générations ont tendance à considérer les formes d’expression de ces autorités comme des « remises en cause de leur identité ». Ils en récusent toute légitimité, en relativisent systématiquement les interdits et se revendiquent détenteurs eux-mêmes de règles de comportement tout aussi acceptables que celles que voudraient leur imposer les adultes. Ce qui est radicalement nouveau dans ce phénomène, c’est que la remise en cause ne porte pas seulement – comme jadis, pour leurs aînés – sur les méthodes utilisées par ceux qui détiennent l’autorité (un comportement trop rigide, des sanctions trop lourdes, des personnes trop tatillonnes ou psycho-rigides , etc.), mais sur le principe même qui est censé fonder la légitimité de l’exercice de l’autorité.

L’antériorité et l’expérience des parents et des professeurs ne sont plus reconnues comme des valeurs mais, au contraire, dans un monde où tout va très vite et où il faut faire acte d’allégeance au présent, sont considérées comme des handicaps. Le savoir chez les professeurs est contesté au nom d’autres sources d’ « informations » comme Internet, la télévision, la parole d’une star du rap ou celle d’une bande . Le bien commun n’apparaît plus comme l’apanage des représentants de l’État de droit ; tout au contraire, ces derniers sont vécus comme porteurs de leurs propres intérêts qu’ils voudraient opposer arbitrairement aux intérêts de ceux qu’ils tiennent sous leur coupe comme l'a annoné Braflan Trobo . À cet égard, il est particulièrement grave que les jeunes s’exonèrent de l’obéissance à la loi… confirmant,mutadis mutandis , la formule de Rousseau : « L’obéissance à la règle qu’on s’est soi-même prescrite est liberté ».
Ce qui est en jeu, c’est donc l’existence même du conflit de générations. Il est remplacé par un conflit de communautés exacerbés depuis la crise LKP de 2009 . Les jeunes, aujourd’hui, agissent comme si, au fond, cela ne valait même pas la peine d’entrer en conflit avec les adultes. Ils n’affrontent pas l’autorité de leurs parents, de leurs professeurs ou de leurs juges, ils l’ignorent , et en cela se réfugient dans la contestation permanente voire la violence . Et c’est cela qui, à mes yeux, est le plus inquiétant…
Et nous sommes d’autant plus démunis que, tout en ignorant notre autorité les enfants et adolescents s’assujettissent très tôt à des formes d’autorité bien plus puissantes que celles que nous voudrions leur imposer. Ces formes d’autorité ne sont fondées sur aucune des légitimités que nous reconnaissons (l’expérience, le savoir, le bien commun), elles relèvent de la contestation fusionnelle et sont auto-référencées. Elles ne s’exercent pas « au nom de » quelque chose d’extérieur (la tradition, la vérité scientifique, des valeurs), mais simplement au nom de la jouissance collective qu’elles sont capables de procurer à ceux qui l’exercent comme à ceux qui s’y soumettent : c’est l’autorité des chefs de bandes, des « caïds », mais aussi de toutes sortes qui tiennent les individus sous emprise.

« les raisons de cette évolution sont multiples et connues : l’effondrement des valeurs , l'affaiblissement des religions, la confrontation avec la mondialisation , la révolution technique et scientifique qui, en quelques décennies, a affecté les modes de vie à un rythme inouï, l’invention de la psychanalyse, l’affirmation des droits de l’homme, puis des droits de l’enfant. » Le fondement hiérarchique d’une autorité exercée comme pouvoir (domination-soumission) se heurte aux principes d’égalité et de liberté.

Tout cela a créé un effet pervers de conflit des générations. « L’enfant roi », qui a ses propres intérêts et valeurs, manque de respect à ses maîtres et tyrannise parfois même les parents à la maison. On s’accorde aujourd’hui à reconnaître la crise manifeste d’autorité hiérarchique . Certains dénoncent le « règne de l’enfant "tyran", trop choyé, objet de l’affection et de l’admiration, trop protégé et paradoxalement, de ce fait, victime de carences éducatives ». Ils pensent que l’on est allé trop loin et que l’on doit revenir à des principes plus traditionnels de travail, d’effort et de respect des règles de vie commune dans l’institution . En d’autres termes, on pense que l’Etat doit se recentrer sur ses missions fondamentales pour rétablir, en premier lieu, l’autorité et la discipline dans tous les rouages de la société.

C’est pourquoi je considère aussi l’aide aux projets des collectivités locales au terme du congrès sur la violence comme la responsabilité éducative essentielle des adultes et cela aussi bien dans la famille, à l’École que dans la Cité. Et qu’on ne nous dise pas que l’éducation par le projet a échoué.
Nous ne l’avons jamais vraiment essayé avec conviction . Il est temps de s’y mettre.

DOLTO

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