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Publié par Edouard Boulogne

Prosopopée de Pointe-à-Pitre en ce Vendredi Saint 02/04/2010.

 

 

eglise-saint-pierre-saint-paul-pointe-a-pitre.jpg (Eglise Saint-Pierre et Saint Paul à Pointe-à-Pitre)

 

 

Le Chemin de Croix de la  «  Pointe »

(version  poétique de  Claudie ADOLPHE)

 

A l’approche du Vendredi Saint, en cette période de pénitence , de génuflexion, de flagellation intérieure, de regard sur soi et de ses péchés de l’âme, j’ai vu, en rêve, Pointe-à-Pitre la repentante entamer  son chemin de croix sur ses années enfuies et prier pour des jours meilleurs.

020PointeaPitre.jpg ( Place de la victoire à Pointe-à-Pitre).

 

La Pointe, ville qui m’a vu naître et qui, très tôt, me berça dans ses bras de vieille mabo,  La Pointe, ville-chapelle de mon enfance, ville-relique,

Ville-album si pleine de visages lointains au parfum oublié,  La Pointe….

 

Elle était là, devant moi, son visage de pécheresse ruisselant des larmes de pluies des « douvants-jours »  et pour moi, laissait parler son cœur de mandoline du début de siècle, me chantant à sa manière son  antan longtemps ,  me transmettant les messages oubliés que se chuchotaient dans la touffeur des nuits, front contre front, les balcons ouvragés des demeures créoles et que soufflaient dans  un faible râle  les lèvres rugueuses des vieilles persiennes.  

 

J’ai vu, en rêve, debout devant moi, la Pointe aux pieds nus d’esclave, au triste

Sourire de mulâtresse solitude, aux tresses frisées de chabine dorée, aux somptueuses toilettes et colliers-choux de matadores. J’ai vu……..

 

Dans mon rêve, j’ai vu…..j’ai entendu……..

 

1-Musee.jpg ( Le musée St-John-Perse, à P-à-P ).

 

« Je suis née, me disait son soupir, il-y-a longtemps, si longtemps… dans un

berceau mangrovique ,  entre marais herbacés, mornes verts et forêts marécageuses. Les siècles en se succédant, ont tourné sur moi leurs pages

aux écritures incertaines, tour à  tour heureuses ou douloureuses, me laissant

cheminer à travers guerres, incendies, tremblements de terre, cyclones et épidémies, entre mariages, naissances et baptêmes empreints de folles espérances et enterrements aux goûts amers.

 

Qui suis-je aujourd’hui devenue pour venir ainsi en repentante implorer le ciel ?

Serais-je la Marie-Madeleine qui a vendu son âme à la ténébreuse insécurité et laissé la drogue gangreneuses dévorer mes artères ?

 

Ces pas qui ont foulé à une autre époque mes trottoirs défoncés de certaines rues,

sous les éclaboussures des  caniveaux d’eau croupissante, résonnent encore devant le vide laissé par les démolitions de mes maisons hautes et basses,

Poussant alors le passant nostalgique à apercevoir derrière la triste laideur des palissades de tôles taguées, le jeu d’ombre et de lumière des dentelles de zinc

Fanfreluchées de ces fantômes évanescents brillant dans leurs enceintes d’herbes-raziers.

 

cpsm019-pointe-a-pitre-le-marche-saint-antoine.jpg( Le marché central de P-à-P )

         

Pour soulager mon tourment, faire taire ma détresse, pour flatter mon égo, il

Me fut  offert  ce titre ronflant et honorifique de Ville d’Art et d’Histoire . Pourtant  de mes demeures anciennes, je ne puis que pleurer la lente agonie.   

 

Dans d’autres rues,  des supports incurvés et  des fers forgés de balcons ouvragés semblent implorer le ciel dans le vide laissé par le silence des pas et l’envol  brisé des bavardages animant autrefois les  planchers aujourd’hui  disparus tandis que  derrière la sagesse  des paupières closes des persiennes, les squatteurs indélicats, en termites dévoreurs, continuent insidieusement, à ronger  les âmes de bois, provoquant  incendies et   déchéances.      

 

Moi, La Pointe, en ces jours de carême torride où la sécheresse souffle sur moi

Son haleine brûlante de louve assoiffée, moi, La Pointe, face au calvaire de mon

Mal de vivre, de mon mal-être,  j’entamerai mon chemin de croix et de mon chapelet  glissant entre mes doigts tremblants,  j’égrènerai des perles de larmes, hurlant au ciel ma déconvenue.   

 

Ah si seulement la horde sauvage des pluies de l’hivernage terrassant le carême

De leur sabots trépidants pouvait, dans le même temps, piétiner et faire disparaître les traces  destructeurs que laisse dans mes artères l’insécurité grandissante , si elle pouvait éliminer sur  son  passage victorieux toutes ces armes blanches, ces armes à feux et anéantir d’un seul coup toute cette violence destructrice, si  seulement… si seulement elle pouvait écarter et souffler au loin

De ses naseaux écumants  cette drogue asphyxiante  qui empoisonne mes poumons, si seulement …. »

 

pap971.jpg ( Vus de la Darse à P-à-P, le clocher de l'église de Massabielle, et la tour de la scrutation).

 

Ainsi m’est apparue  en songe La Pointe enveloppée de ce voile d’amertume

Que seuls savent tisser les tourments de l’âme.  La Pointe, si chère à mon cœur, la Pointe si pleine de mes souvenirs d’enfance, la Pointe qui m’a vu naître, la Pointe pleurant son identité d’antan, la Pointe entamant son chemin de croix sur son mal de vivre, la Pointe priant pour des jours meilleurs.

 

 

Claudie Adolphe

  

 

 

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CH.FFRENCH 08/04/2010 16:26



C'est très beau et très émouvant. C'est exactement ce que j'ai éprouvé en 2008 quand j'ai fait un petit tour en ville. La Pointe était partie, envolée! Il ne reste pas grand chose de la Pointe de
mon enfance. Et j'ai eu du vague à l'Ame en la voyant si décrepie...


 



manoucha 02/04/2010 21:51



Un texte magnifique qui a fait chavirer le coeur de la Pointoise que je suis.


Notre ville se meurt rongée par la prostitution qui occupe ses rues dès que la nuit s'installe, par la violence, la saleté, les mauvaises odeurs, l'incivilité...


L'art laisse la place aux rats.


Elle deviendra un peu plus ville morte si rien n'est fait.


Notre ville serait- elle oubliée?


Mais où sont donc les élus? Pensent- ils vraiment que quelques animations lui rendront son âme et qu'il y fera de nouveau bon vivre?


A moi aussi, Pointe- à Pitre me manque!