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Publié par Edouard Boulogne

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" Parmi ses chiens, le berger ne doit pas placer des loups, même s'ils paraissent apprivoisés, car ils se tourneront à la fois contre le berger et contre le troupeau". 

Synésius. 

 

Est-ce un hasard si la force d'intervention française en Afghanistan a vu ses pertes en hommes augmenter considérablement en 2011? Est-ce un autre hasard, si le seul mois de janvier 2012 a vu ce rythme de perte s'aggraver. Rien qu'en ce seul jour, 21 janvier, quatre soldats sont morts, non point en opérations, mais dans leur camp militaire, en faisant du jogging, assassinés.

Assassinés par un de ceux qu'ils étaient censés former à la guerre contre les talibans, pour le compte du gouvernement afghan légitime. L'assassin, comme dans les cas précédents s'avérant être un taliban infiltré pour accomplir cet acte de mort, et de déstabilisation.

Les talibans sont rompus à l'art de la guerre psychologique. Ils savent que leur cause ne peut être gagnée, sur le terrain de la guerre classique. Pour cette raison ils la portent, chez les alliés de leurs adversaires afghans, par le biais, notamment des médias.

C'est ainsi que les communistes vietnamiens, ou les khmers rouges du Cambodge, il y a bientôt 40 ans, vinrent à bout de l'armée américaine en extrême orient.

Les mêmes principes risquent d'obtenir les même résultats, aujourd'hui en France, et dans les pays occidentaux, abrutis de confort, de plus en plus en proie à un sentiment de repentance absurde, ou à un pacifisme, qui n'est en réalité que le masque de la fatigue du cœur, et du renoncement qui refusent encore de se reconnaître comme tels.

Quatre morts français, ce 21 janvier. Les parents, ou/et les veuves sanglotent à la télévision. Le président Sarkozy, ( en campagne électorale, et qui sait que ses adversaires deviendront tous « talibans de cœur » pour mieux le battre ) parle déjà de retrait possible, et de révision possible de politique.

C'est la politique de Munich qui reparait, à supposer qu'elle ait jamais disparue depuis 1938.

Pour mieux comprendre pourquoi la supériorité occidentale, incontestable sur le plan militaire, est régulièrement battue en brèche, je réédite l'article paru il y a deux ans, ici même, sur le livre de Gérard Challiand : Le nouvel art de la guerre. Mieux encore de lire l'ouvrage entier.

Le Scrutateur.



Qui sont les Talibans?: http://fr.wikipedia.org/wiki/Taliban#.C3.89volutions_du_programme_politique_des_talibans


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Le nouvel art de la guerre.

 

( Gérard Chaliand Le nouvel art de la guerre. Pocket. 160 pages).

 En 160 pages, Gérard Chaliand réussit un tour de force, pour ceux qui, sans être des spécialistes, veulent réfléchir sur le phénomène guerre, multiforme, et toujours présent, sauf pour les autruches qui préfèrent se voiler le regard, et vivre insouciants, encore une minute, encore une minute, monsieur le bourreau!

Professeur à Harvard, Berkeley, à l'ENA, au Collège interarmées de défense, M.Chaliand est aussi un homme de terrain, qui a passé plus de trente ans en Afrique, en Asie, et en Amérique latine.

Cet ouvrage n'est que le plus récent d'une longue série.

Après avoir, dans les deux premières parties, dressé la généalogie de la guerre, évoqué celle-ci, de la plus lointaine antiquité jusqu'à l'époque moderne, présenté les grandes figures européennes des guerres coloniales en Afrique en Asie, Galliéni, Lyautey, Lord kitchener, etc, il aborde dans une troisième partie les transformations de la « guerre irrégulière ». ( guerre révolutionnaire, psychologique, et de guérilla ).

Tandis qu'au 18è et surtout aux 19è siècle, l'Angleterre et la France, surtout, mais aussi d'autres puissances européennes s'imposent sans grandes difficultés à des territoires immenses et avec des moyens humains dérisoires, (un rapport de un à trente dans les rapports de force), tout change à partir de la fin de la première guerre mondiale et surtout de la seconde.

En 1960, les grandes puissances coloniales ont vu s'effondrer leurs empires, et depuis lors les interventions militaires de l'occident, et non plus désormais de la seule Europe, ont connu un très grand nombre d'échecs, malgré l'énorme disproportion qui subsiste entre leurs forces armées et celles de leurs adversaires.

Cela tient selon l'auteur à de multiples causes.

Par exemple à l'affaiblissement démographique des occidentaux, et a contrario à l'explosion démographique dans les contrées asiatiques, ou africaines. Ou encore, à l'affaiblissement relatif de l'Europe, suite à ses guerres civiles internes ( 14-18 et 39-45), à une plus grande implication des opinions publiques occidentales, et au poids sur elles des médias qui jouent un rôle majeur. C'est à Washington, et non sur le terrain en extrême orient que fut perdue par les USA le seconde guerre du Vietnam.

Gérard Chaliand, qui parle en analyste du phénomène, et non en va-t-en-guerre, insiste sur la gravité d'une évolution des mentalités, moins amoureuse de paix, que démissionnaire, et hédoniste.

Aujourd'hui, aux USA ( et pas seulement ) prévaut la sensibilité du "Zéro mort", dans n'importe quel conflit. En 1987, lors de l'opération en Somalie, l'évacuation des forces fut décidée après le 18è mort américain. D'où, en 1999, une action uniquement aérienne en Bosnie ( pas de victimes).

Mais quand il faut éradiquer un mal plus tenace et dangereux, comme actuellement en Afghanistan, les frappes aériennes sont évidemment insuffisantes, et l'on sait les réticences de plus en plus vives que rencontre le gouvernement du président Obama à mener la lutte indispensable contre le fanatisme taliban. «  La doctrine de la guerre « zéro mort », qui veut aboutir à l'économie extrême des effectifs, est la conséquence d'une opinion publique occidentale qui trouve également insupportables les pertes de l'adversaire ».

A ce compte on ne voit pas quelle guerre, même préventive, pourrait être menée, avec quelque chance de succès. L'opinion publique occidentale se retrouve, toutes choses égales, dans la situation où elle se trouvait en 1936, lorsque face au péril nazi, les pacifistes clamaient « mieux vaut une France nazifiée qu'une France en guerre » (  Manifeste d'intellectuels , parmi lesquels JP Sartre et Simone de Beauvoir ). Où encore dans les années 1980, quand les mêmes « pacifistes » ( en réalité communistes ) hululaient : «  Plutôt rouges que morts ».

Et l'actualité intérieure française de ces dernières semaines ( 2010. Note du scrutateur ) nous indique comment, même sur le plan du maintien de l'ordre et de la sécurité, cet état d'esprit est présent et inhibant pour les pouvoirs publics. Lorsque des voyous, en pleine action forcent un barrage de police, et que les forces de l'ordre font usage de leurs armes, si l'une des "racailles" est blessée ou tuée, les médias ouvrent le feu sur les défenseurs de l'ordre, et parlent de chasse au faciès, de dérive fascisante ou raciste etc.

Gérard Chaliand a bien raison de souligner que l'une des préoccupations majeures des responsables politiques occidentaux aujourd'hui est de trouver les méthodes aptes à résoudre cette énervation des consciences occidentales. Et, pour cela, il faut de l'intelligence et du courage. 

Sinon, il faudrait s'attendre à un triomphe des plus funestes idéologie, et Al-Qaïda a de beaux jours devant lui.

 

Edouard Boulogne.

 

 

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