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Publié par Edouard Boulogne

Chirac-Mitterrand-1988.jpg ( En 1988, MM Chirac, et François Mitterrand face à face ). 

 

Les gens intelligents feront, demain, la part des choses. Les deux candidats, diront une part de ce qu'ils pensent. Et aussi certaines choses qu'ils ne pensent pas. La démagogie, soyons-en sûrs, ne sera pas absente. .

C'est la nature de la « démocratie ».

Il y a déjà 24 siècles, Platon avait décrit ce qu'est une campagne électorale. Le texte où il en parle ( dans son traité de la République, VI, c d , dans la traduction de Léon Robin, la plus élégante parmi celles que je connais ) est saisissant de vérité et d'actualité, et vaut aujourd'hui pour la gauche, comme pour la droite : « Lorsque, répondis-je, ensemble ils viennent, multitude compacte, prendre place à l'assemblée, au tribunal, au théâtre, au camp, à tout autre concours et rassemblement de population, où ce qui se dit et se fait est à grand fracas, tantôt blâmé, tantôt loué, de façon excessive, avec des hurlements ou des battements de main, tandis que les rochers avoisinant le lieu où ils se trouvent leur renvoient, doublé par l'écho, les fracas du blâme et de la louange. Dans de telles conditions, quel jeune homme crois-tu capable, comme on dit, de se tenir le coeur en place? Ou quelle éducation privée résisterait en lui, qui, submergée sous une masse pareille d'éloge ou de blâme, ne s'en aille, emportée au fil du courant, là où pourra l'emporter celui-ci? Ne déclarera t-il pas belles et laides les mêmes choses qu'eux? Ne s'occupera -t-il de ce à quoi précisément s'occupent ces gens-là? Ne sera-t-il pas tel qu'ils sont »?

Pourtant, Platon, qui, on l'a compris n'est pas très démocrate, qui expose ses raisons, qui ne manque pas de pertinence, et qui donne à penser à nombre d'entre nous, ( nombre de lecteurs du scrutateur, et moi-même qui s'apprêtent à voter pour Sarkozy ), nous propose dans le même ouvrage, la République, un programme de gouvernement et de structuration de la Cité, qui ressemble fort à une dictature, rationnelle, et tout ce qu'on voudra, mais dangereuse, par son utopie, inacceptable depuis l'avènement du christianisme.

Le mieux, dit le proverbe, est souvent l'ennemi du Bien, et le philosophe André Glucksman, nous a montré les risques que font courir à la liberté, après Platon, les maîtres penseurs ( Hegel, Marx, etc, et les penseurs du Socialisme ).

C'est ce qui faisait dire à Winston Churchill, aristocrate, et dirigeant dans le cadre anglais, d'un régime mixte où se combinent la démocratie, l'aristocratie, et la monarchie constitutionnelle, que « la démocratie est le pire de tous les régimes, à l'exclusion de tous les autres.

En ce qui me concerne, j' adopte généralement pour règle de mes choix, ce beau texte du philosophe Pierre Boutang : «  La « préférence continuelle » du Bien commun, dans laquelle Montesquieu allait fonder sa « vertu », ne s'enseigne pas pas aisément, ni à beaucoup; mais l'art politique, avec ou sans suffrage universel, a toujours consisté pour un pouvoir sûr de sa mission, à rassembler autour de ce noyau solide toutes sortes d'intérêts et de sentiments, qui ne sont pas naturellement de lui, afin d'obtenir, à divers degrés de clarté et de pénombre, un assez vaste consentement public ».

Voici, chers lecteurs du Scrutateur, ce que je voulais vous livrer comme message à la veille du débat qui va opposer les deux candidats majeurs de l'élection présidentielle.

Parce que, je respecte mes lecteurs, je ne leur ai pas tenu un langage de militant inconditionnel.

Nous n'allons pas choisir entre le Bien, et le Mal, mais entre deux hommes imparfaits, dont l'un nous paraît plus acceptable que l'autre du point de vue du Bien Commun.

Quel que soit le résultat, les hommes et les femmes de notre pays, qui tentent de comprendre et d'agir, notamment par la parole et l'éducation au profit de ce fameux bien commun, auront du pain sur la planche.

Dans le Scrutateur, je continuerai à converser avec vous sur les questions importantes, en tentant de garder la tête au-dessus des passions du forum, ce qui n'est pas une tâche facile.

 

Edouard Boulogne.

 

Ci-dessous un article du Figaro de ce jour, sur les grands débats politiques de ces 50 dernières années. Il est signé de la plume alerte et remarquable d'Eric Zemmour.

 

Les grands débats politiques.

 

http://elections.lefigaro.fr/presidentielle-2012/2012/04/26/01039-20120426ARTFIG00849-cinq-duels-presidentiels-les-yeux-dans-les-yeux.php

 

Pour une fois, on a fait mieux que les Américains. Le débat télévisé est entré dans l'histoire en 1960 en opposant John Fitzgerald Kennedy à Richard Nixon. Les deux hommes sont côte à côte, rivés chacun à leur pupitre. Monologuent mais ne dialoguent pas. La légende raconte que Richard Nixon s'est blessé la veille, et qu'il a refusé de se laisser maquiller. Or, son visage marque déjà en cette fin d'après-midi les stigmates d'une barbe (re) naissante qui font les affres mondaines des hommes bruns. Le débat Nixon-Kennedy sonne les trois coups de la politique spectacle. Le plus doué pour ce spectacle - pas forcément le meilleur président! - sortira vainqueur de quelques centaines de milliers de voix qui seront - généreusement - attribuées à l'influence de ce fameux débat télévisé. En France, on aime à résister à l'Amérique. Ou en tout cas à le croire. Lors de la campagne présidentielle de 1965, le général de Gaulle ne daigne même pas utiliser le temps officiel qui lui est réservé. Entre les deux tours, après avoir été mis en ballottage et songé à démissionner (!), il condescend à dialoguer avec le journaliste Michel Droit, non sans avoir lancé cette réplique célèbre à ses conseillers: «Vous voulez que j'aille à la télévision en pyjama!»

Sous la boutade, le général a tout compris. L'époque exige des politiques qu'ils sortent du marmoréen de l'Histoire. Se livrent, se dévoilent, se déshabillent. Nous regretterons tout de même éternellement ce débat de Gaulle-Mitterrand que nous n'aurons pas eu. Les deux hommes n'auraient pas eu besoin de communicants pour trouver les formules qui font mouche. Nous regretterons moins l'absence de débat en 1969 entre Georges Pompidou et l'insipide Alain Poher. Pompidou avait préféré converser sur les ondes radiophoniques avec le leader centriste de l'époque, Duhamel. Qui posa en direct les conditions - convenues d'avance - à son ralliement au futur président. C'est ainsi que se décida l'entrée de l'Angleterre dans le Marché commun!

Mais tout cela n'était qu'amuse-bouche. Le rideau se lève sur le Giscard-Mitterrand de 1974. La comparaison avec le modèle américain est à notre avantage. Les deux hommes sont autour d'une table. Ils se regardent, s'affrontent, se touchent presque. Les journalistes sont des présentateurs et des sabliers, rien de plus. L'échange est courtois et implacable, brillant et féroce. La tradition française du salon littéraire, des bons mots, des épigrammes et des bouts rimés qui tuent retrouve des couleurs.

Giscard se révèle à son avantage. Il a toujours rêvé d'être Kennedy. Il s'est fait appeler VGE, à l'instar de JFK. Il attaque son débat sans traîner, en posant à Mitterrand des questions en rafale sur sa capacité à gouverner avec les communistes. Mitterrand sera son Nixon. Il est bien rasé, mais n'a pas préparé avec soin son affrontement. Il croit encore que son talent de parlementaire à l'ancienne suffira. Il ne connaît rien à la télévision, où il a longtemps été interdit d'antenne. Il manie ostensiblement ses lunettes dès que son rival le met en difficulté.L'Histoire a retenu la célèbre formule de Giscard: «Vous n'avez pas le monopole du coeur.» Formule préparée à l'avance. Mais c'est la suite qui est révélatrice politiquement: «Vous n'avez pas le droit de parler comme vous faites de certaines catégories de Français... Ce que je propose, c'est de servir les mêmes objectifs de justice sociale que vous. Mais je ne ferai ces réalisations qu'à partir d'une économie en progrès, alors que vous voulez les faire faire avec une économie brisée.»

<strong>1974</strong>. «Vous n'avez pas le monopole du cœur.» Avec cette formule préparée de toutes pièces, VGE fait mouche face à un Mitterrand mal préparé. Crédits photo: AFP
1974. «Vous n'avez pas le monopole du cœur.» Avec cette formule préparée de toutes pièces, VGE fait mouche face à un Mitterrand mal préparé. Crédits photo: AFP

Giscard inscrit encore ses pas dans la tradition de la droite gaullienne qui refuse de se laisser enfermer dans la défense des classes sociales privilégiées, qui veut, au nom de l'intérêt général, répartir équitablement les fruits de la croissance. De Gaulle et Pompidou ont forgé une sorte de social-démocratie. La social-démocratie à la française, c'est la droite gaullienne, avec les communistes en guise de grand syndicat. Ce que Giscard appellera bientôt curieusement le libéralisme avancé. En se référant à... la Suède social-démocrate.Emporté par sa démonstration, Giscard montre qu'il est arrivé en tête au premier tour dans des villes dirigées par des édiles socialistes. Et s'appesantit particulièrement sur «une ville qui vous connaît bien et qui me connaît bien, Clermont-Ferrand». Seul Mitterrand comprend l'allusion calculée pour le troubler et le déstabiliser: à Clermont-Ferrand habite la famille d'Anne Pingeot, sa maîtresse, alors clandestine, qui deviendra bientôt la mère de Mazarine.

Mitterrand est acculé. Sur la défensive. Pourtant, il trouve encore le moyen de lancer une flèche magnifiquement acérée alors que Giscard tente de rallier l'électorat gaulliste: «Vous avez dit avoir eu cent soixante-dix rendez-vous avec le général de Gaulle, mais vous avez oublié de parler du cent soixante et onzième, celui du 27 avril 1969, où vous l'avez poignardé.»

Mais c'est trop tard. Giscard a réussi à incarner l'avenir à une époque où celui-ci ne fait pas encore peur: il a enfermé Mitterrand dans le rôle de «l'homme du passé» à une époque où on ne croit pas encore que «c'était mieux avant». Giscard gagnera d'un souffle la présidentielle. Un souffle qu'on accordera, là aussi, à sa victoire télévisée. Un souffle que les spécialistes évalueront à 1,5% des suffrages, sa progression dans les sondages au lendemain du débat. Peu et beaucoup à la fois.Mitterrand attendra sept longues années sa revanche; mais elle sera éclatante. Il ne se laissera plus interroger «comme un élève par son professeur»; lorsque Giscard, comme en 1974, lui repose la même question: «Si vous êtes élu, sur quelle majorité pourrez-vous compter?», Mitterrand, cette fois, déverse un tombereau de citations assassines de Jacques Chirac pour lui rappeler que son camp n'est pas plus uni que le sien; il renverra «'homme du passé» à son envoyeur devenu, entre-temps, «'homme du passif».

«Mieux vaut être ami avec un cadreur d' Antenne 2...»

Mitterrand avait gagné avant même que le débat ne commence. Très en avance dans les sondages d'opinion, il n'avait pas besoin de briller à la télévision. Giscard, lui, jouait son va-tout. Sûr de sa supériorité, il insistait. Mitterrand minaudait. Depuis son échec de 1974, il avait analysé de plus près l'outil. Après son débat de 1977, où il avait été dominé par Raymond Barre, une note de La Revue du cinéma lui avait été remise qui expliquait l'utilisation de techniques diverses, comme des plans de coupe d'un Barre ironique pendant qu'il parlait, pour lui donner le mauvais rôle. Mitterrand a fini par comprendre qu'«il vaut mieux être ami avec un cadreur d'Antenne 2 qu'avec l'éditorialiste du Monde». Ses experts firent assaut d'exigences, de précautions, protections. Le camp de Giscard se récria, puis céda. Le protocole des 22 conditions posées alors - qui interdit entre autres tout plan de coupe et impose une codirection de la réalisation - régit encore aujourd'hui les débats présidentiels.

<strong>1981, la revanche.</strong> Instruit de son échec de 1974, Mitterrand parvient à imposer au président sortant un protocole de 22 conditions qui interdit tout plan de coupe et impose une codirection de la réalisation. Un standar aujourd'hui.
1981, la revanche.Instruit de son échec de 1974, Mitterrand parvient à imposer au président sortant un protocole de 22 conditions qui interdit tout plan de coupe et impose une codirection de la réalisation. Un standar aujourd'hui. Crédits photo : INA

En 1988, François Mitterrand n'a pourtant plus besoin de bouclier. Il est devenu un bretteur télévisuel redoutable et redouté. Il harcèle son adversaire Jacques Chirac comme un toréador le taureau dans l'arène. Au bout de deux années de cohabitation forcée et faussement cordiale, les deux hommes ont fini par se détester. Mitterrand ne cesse de lui accorder du «monsieur le Premier ministre» à la fois cérémonieux et méprisant. Chirac bout et finit par craquer: «Vous n'êtes pas le Président, je ne suis pas votre Premier ministre; nous sommes ici deux candidats.» C'est ce que Mitterrand attendait: «Vous avez tout à fait raison, monsieur le Premier ministre...» Voltaire avait déjà dit qu'en France, celui qui met les rieurs de son côté a gagné.

Avant l'émission, ses conseillers, retors, avaient obtenu, sans éveiller la méfiance de leurs adversaires, que la table des débats ait les exactes mesures de celle du Conseil des ministres où les deux hommes s'étaient retrouvés chaque mercredi pendant deux ans. À un moment, pris dans le vif d'une réplique, Chirac appelle son adversaire d'un respectueux «monsieur le Président...».

Il ne reste plus à Mitterrand qu'à porter l'estocade en révélant que Chirac lui aurait avoué, dans le secret de son bureau, que le dossier Gordji - diplomate iranien accusé d'avoir commandité des attentats dans Paris - était vide. Fureur de Chirac qui le somme de contester sa propre version des faits. «Les yeux dans les yeux, je la conteste», assène Mitterrand, qui ne cille pas. Dans les jours qui suivront, Charles Pasqua expliquera qu'il avait fourni auparavant à Chirac un dossier complet sur l'affaire Gordji, pour mettre en difficulté le chef de l'État; mais Édouard Balladur avait jugé que ce n'était «pas convenable». Le «Florentin», le roué et cynique Mitterrand était resté maître de l'arène; mais Jacques Chirac s'était grandi d'avoir osé l'affronter à mains nues.

Il n'aura plus jamais d'adversaire de cette taille. En 1995, il se sera débarrassé au premier tour d'Édouard Balladur, sans avoir à débattre avec son ancien conseiller; le sort lui accordera comme adversaire un Lionel Jospin qui sait pertinemment qu'aucun candidat de gauche n'a une chance de succéder à François Mitterrand. Jospin est déjà tout heureux d'être sorti en tête du premier tour. Son but est d'asseoir sa domination sur la gauche, comme seul héritier du mitterrandisme. Chirac est prêt à l'aider tant que son adversaire ne lui conteste pas son «droit» à entrer à l'Élysée. Cette alliance objective semble préfigurer la cohabitation qui, deux ans plus tard, liera les deux hommes. Elle semble surtout annoncer la réduction à presque rien du clivage entre droite et gauche, imposée par l'Europe de Maastricht adoptée trois ans plus tôt par référendum.

1995, le bal des technos. Pour leur premier débat, Jacques Chirace et Lionel Jospin se livrent à un duel ennuyeux. Pour ces deux partisans de Maastricht, les différences sont maigres. Il n'y aura jamais de match retour. Crédits photo: REUTEURS
1995, le bal des technos. Pour leur premier débat, Jacques Chirace et Lionel Jospin se livrent à un duel ennuyeux. Pour ces deux partisans de Maastricht, les différences sont maigres. Il n'y aura jamais de match retour. Crédits photo: REUTEURS

L'ambiance est courtoise. Dans la loge, Chirac s'aperçoit qu'il a oublié sa cravate. Jospin est prêt à lui en prêter une; et Chirac, prêt à l'accepter. C'est sa fille Claude qui rejette avec véhémence le geste de complicité virile. Les combattants ont un devoir de détestation. Pour les électeurs, les militants, la démocratie. Pour le spectacle. Mais l'extrême lucidité rationnelle de Lionel Jospin le prive de toute férocité. Pour la première fois, le débat rituel semble vidé de son énergie. Les lumières du spectacle sont éteintes. Des échanges ennuyeux entre deux technocrates jonglant avec les sigles de la politique du logement. Seul Alain Minc, malgré lui, réveille l'instinct des grands fauves, lorsque Chirac le glisse, malicieux, dans une liste de conseillers de son adversaire. Réplique de Jospin, piqué: «Monsieur Minc a été plus longtemps conseiller de monsieur Balladur. Il a annoncé qu'il votait pour moi. Il est libre comme citoyen. Mais il n'est pas du tout mon conseiller.» Alors, Chirac lâche un méprisant - et mitterrandien - «Je vous le laisse».

Tous les observateurs attendaient le match retour pour 2002. Lionel Jospin s'y préparait avec gourmandise. Le spectacle promettait: un mélange de Giscard-Mitterrand pour la revanche et de Mitterrand-Chirac pour la clôture d'une cohabitation. Mais, à l'issue d'une campagne de premier tour d'une rare médiocrité, Lionel Jospin se laisse devancer par Jean-Marie Le Pen. Chirac arbore le masque de deuil pour la démocratie alors qu'il est secrètement ravi de sa victoire assurée. Pendant que la télévision française, soir après soir, programme une hallucinante propagande antifasciste - comme si la marche sur Paris était programmée -, tandis que les profs conduisent eux-mêmes leurs élèves dans la rue pour dire «Non au fascisme», Chirac se permet le luxe de refuser le débat sous les applaudissements des démocrates de droite comme de gauche! En vérité, Chirac avait tout à perdre d'un débat qui ne pouvait être que féroce. Il faisait mine de craindre les coups bas de Le Pen alors qu'il n'avait aucun intérêt à légitimer un adversaire diabolisé avec efficacité par la gauche. Cinq ans plus tard, une nouvelle génération frétille, des quinquagénaires pour qui la télévision n'a plus de secrets, mais dont la culture littéraire et historique laisse à désirer; même leur syntaxe s'avère souvent approximative.

2007, le débat le plus amusant

Cette fois encore, le débat télévisé ne peut rien changer au résultat final. L'écart est trop grand à l'issue du premier tour. Nicolas Sarkozy n'a reçu qu'une consigne de ses conseillers: ne pas écraser son adversaire. Dissimuler au mieux son mépris. La force d'un Mitterrand face à Chirac deviendrait une faiblesse de goujat face à une femme. À chaque intervention de Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy regarde, atterré, les journalistes, et s'accroche des deux mains à sa chaise pour ne pas réagir. Pour ne pas rugir. Finalement, l'interdiction des plans de coupe - qui date donc du protocole de 1981 - le protège malgré lui. Ségolène Royal, à son habitude, passe d'un sujet à l'autre, sans respecter l'ordre prévu; sans même obéir à la plus élémentaire logique rationnelle. Sarkozy ne peut s'empêcher de se gausser: «Madame Royal a évoqué tous les sujets en même temps, elle risque de les survoler et de ne pas être assez précise.» Royal, altière: «Laissez-moi la responsabilité de mes prises de parole.» Sarkozy, doucereux, s'accrochant à sa chaise: «Je ne me permets pas de critiquer, mais je veux seulement vous faire remarquer...» Et Royal de conclure: «Tout se tient, tout se tient.» Elle veut créer une taxe pour financer les retraites. Sarkozy: «Votre taxe, c'est combien?» Royal: «Elle sera au niveau de ce qui sera nécessaire.» Sarkozy: «C'est d'une précision bouleversante.»

<strong>2007, les enfants de la télé. </strong>Ses conseillers lui ont demandé de ne pas écraser son adversaire. Nicolas Sarkozy se contraint, déjoue, pour éviter la faute de carres. «Tout se tient, tout se tient», répète Ségolène Royal. Crédits photo: SIPA<strong></strong>
2007, les enfants de la télé. Ses conseillers lui ont demandé de ne pas écraser son adversaire. Nicolas Sarkozy se contraint, déjoue, pour éviter la faute de carres. «Tout se tient, tout se tient», répète Ségolène Royal. Crédits photo: SIPA

Ainsi va le débat le plus médiocre intellectuellement, le plus amusant aussi, malgré la candidate. Évoquant le viol d'une femme policière à Bobigny, Royal annonce sans se démonter: «Si je suis élue, les agents publics seront protégés, et en particulier les femmes: elles seront raccompagnées chez elles lorsqu'elles finissent tard.» Réplique sarcastique de Sarkozy: «Si vous devez faire raccompagner tous les fonctionnaires, il y aura une fonction publique au service des Français, et une autre au service des fonctionnaires.»

Et puis, il y a la «colère saine» au sujet des enfants handicapés. Colère préparée, jouée, surjouée. En fait, comme Jospin en 1995, mais pour des raisons différentes, Ségolène Royal est déjà surprise, heureuse d'être là. Son exploit est derrière elle: avoir gagné la primaire socialiste au nez et à la barbe de Fabius et DSK qui l'écrasaient de leur mépris et de leur supériorité intellectuelle; être la première femme de l'histoire de la Ve République qualifiée pour le second tour de scrutin. Pour l'Élysée, la marche est trop haute. Elle le sait, même si elle ne l'avouera jamais. L'important est pour elle de faire illusion. Quand Sarkozy fait l'éloge de «son talent» et de «ses compétences», elle fait semblant de ne pas entendre la raillerie. Sarkozy a gagné son pari: ne pas remporter le débat pour assurer la conquête de l'Élysée. «The show must go on», comme on dit en Amérique.

Eric Zemmour.

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Léon Dy 02/05/2012 18:19


Bravo, cher Scrutateur pour la qualité de votre éditorial sur ces "débats" dont vous avez extrait la substantifique moelle à l'intention de vos lecteurs. Croisons les doigts pour que la baudruche
socialiste se dégonfle plutôt qu'elle ne crève l'écran. En ce cas tout serait perdu... surtout l'honneur de la France qu'on a beaucop de mal à identifier aux grimaces mittérrando-mussoliniennes
du successeur de M. Strauss-Kahn au Panthéon socialiste. Car vous avez certainement remarqué l'air martial, conquérant, presque fâché qu'arbore Monsieur Hollande-Groland, clownesque dans sa
gestuelle d'apprenti dictateur et qui, pour se donner l'air important affiche des mimiques assez comiques que, curieusement, personne parmi les commentateurs attitrés - affidiés, devrions-nous
dire - n'a jusqu'à présent soulevé. Il est vrai que les mêmes, déjà, du temps de François-le-fourbe 1° étaient béats d'admiration devant le culot hautain de l'imposteur. Avec François-le-fourbe
II, il en est un peu de même, on dirait. En tout cas, souhaitons que ce Hollande ne fasse pas de la France un pays bas. Encore plus bas,voudrais-je dire.

Albè 02/05/2012 16:45


Local local


http://24heuresactu.com/2012/04/30/marches-publics-truques-letchimy-embarasse-hollande-video/

Observateur 02/05/2012 16:36


C'était pas le Fouquet's. Peut-être le Fou Quéquette, si j'ose ...


Un parfum de Nomenklatura


2 mai 2012 | Classé dans: Election 2012,France,Société | Posté par: Guy Millière





Donc, Julien Dray, né un cinq mars, a fêté son anniversaire un 29 avril. Dans un restaurant privatisé pour l’occasion (4000 euros sans compter la nourriture, des hors d’œuvres, « préliminaires »,
au plat de résistance, « l’orgasme », et sans compter les boissons). Le restaurant, comme on sait, s’appelait J’ose. Il est installé dans un ancien sex shop, au milieu de sex shops toujours
ouverts, avec prostituées à proximité sur le trottoir, et ailleurs, si affinités. On trouvait chez J’ose des invités de marque qui ont osé : ils étaient tous là, y compris, bien sûr, Dominique
Strauss-Kahn, Manuel Valls et Pierre Moscovici. Ségolène s’est absentée : une peur de dernière minute d’être photographiée en compagnie de Dominique. Nique nique, disait sœur Sourire. François
Hollande n’est pas venu : il préfère dîner chez Laurent, trois cent euros le repas, sans le vin. Arnaud Montebourg n’est pas venu non plus. Il préfère, lui, Le Relais d’Auteuil, plus prolétaire :
deux cent euros le repas seulement, sans le vin, toujours. Julien Dray aurait, dit-on, un peu piégé ses camarades. Fêter un anniversaire avec près de deux mois de retard, effectivement…


Pas un seul journaliste de télévision n’a noté que c’était une date curieuse pour un anniversaire, et tous ont repris l’information telle quelle : c’était l’anniversaire de Julien Dray, vous
dis-je. Tous les journalistes qui ont reproché à Nicolas Sarkozy une soirée au Fouquet’s n’ont pas évoqué le coût de la soirée d’anniversaire, pas plus qu’ils n’évoquent le tarif des menus chez
Laurent et au Relais d’Auteuil. J’admettrais tout à fait qu’ils n’en parlent pas s’ils ne parlaient pas du Fouquet’s et de Nicolas Sarkozy. J’admettrais sans problème que ces gens dépensent en
une soirée le salaire mensuel d’un employé de base s’ils étaient des créateurs de richesse et avaient gagné honnêtement leur vie : en lieu de quoi ce sont des politiciens professionnels, donc des
gens qui vivent de l’argent pris dans vos poches. J’admettrais sans problème aussi si ces gens ne parlaient pas sans cesse de justice sociale et de détestation des riches : ce qu’ils détestent
chez les riches, c’est sans doute qu’ils gagnent leur vie en passant des contrats volontaires.


Il existe chez ces gens un parfum de nomenklatura, façon Union Soviétique des grandes années. Il existe un emboîtement entre cette nomenklatura politique et la nomenklatura journalistique. C’est
pour cela que vous êtes si bien informés, et que les journalistes qui font un travail d’information scrupuleux se comptent sur les doigts d’une seule main.


Il existe un cynisme au sein de ces deux nomenklaturas. Et ce cynisme se trouve conforté par l’immense bêtise de ceux qui pensent effectivement qu’il va y avoir en France davantage de « justice
sociale ». Les parents de ceux qui vont voter François Hollande dimanche ont voté François Mitterrand en mai 1981. Ils ont porté un pétainiste bigame et corrompu à l’Elysée, et ils s’apprêtent à
y porter l’homme qui a ruiné la Corrèze. Comme ils ont appris l’histoire auprès de propagandistes, ils voient du pétainisme chez Sarkozy et ignorent que l’immense majorité des collaborateurs de
1940 étaient de gauche. En publiant en couverture un portrait de Pétain, L’humanité aurait pu reproduire la première page des numéros qu’elle a fait paraître au temps où c’était un journal
pétainiste et collaborationniste.


Nous allons être gouvernés par une nomenklatura, qui gouverne déjà aux trois-quarts et gouvernera bientôt tout. Nous sommes déjà informés par une nomenklatura qui considère que le pluralisme doit
exister entre les différentes nuances de la gauche, qu’un débat sur les Etats-Unis doit passer entre obamistes frénétiques et obamistes modérés (si l’onanisme, dit-on rend sourd, l’obamisme rend
aveugle), qu’un débat sur l’islam doit se faire entre islamistes et « islamistes modérés », qu’un débat sur Israël doit des faire entre « antisionistes » et partisans de l’urgence d’un « Etat
palestinien » en « Cisjordanie », et qu’un débat sur l’économie doit se faire entre marxistes et keynesiens : cela va devenir bientôt pire.


Quand les pauvres et les chômeurs se multiplieront, les membres de la première nomenklatura et ceux de la seconde nomenklatura répéteront que c’est la faute à Sarkozy. Et si nécessaire, ils
brandiront l’épouvantail Marine Le Pen, l’ « extrême droite » ! Cela a bien marché depuis trente ans. Pourquoi changeraient-ils de tactique ? Pendant qu’ils parleront de l’antisémitisme d’
« extrême droite », désormais moribond, ils escamoteront l’antisémitisme d’extrême gauche, lui bien vivant, et ils interdiront tout débat sur l’islam qui, ne l’oubliez pas, n’est plus une
religion, un dogme ou un ensemble de doctrines, mais une race. Qu’est-ce que la « race islamique » ? Demandez à SOS Racisme, on vous expliquera.


Voici vingt ans, un économiste compétent pouvait encore être un économiste compétent, un historien pouvait encore être un historien, un intellectuel scrupuleux pouvait encore être un intellectuel
scrupuleux, libéralisme et conservatisme n’étaient pas des mots obscènes. L’épuration n’avait pas encore progressé jusqu’au point actuel. Il va être temps que je change de métier, de pays, ou de
continent.


Reproduction autorisée, et même vivement encouragée, avec la mention suivante et impérativement le lien html ci dessous :
© Guy Millière pour www.Dreuz.info

Raymond Surpleix 02/05/2012 13:54


Personnellement, en termes de débat, je préfère me souvenir de la confrontation entre Chirac et Fabius en 1986, lorsque l'arrogance socialiste fut brisée par le réalisme de l'observation et sa
traduction en bon mot : le petit roquet eut ensuite du mal à aboyer sans être idéntifié comme ce qu'il était. Hélas ! en 1988, Chirac, de mon point de vue, ne s'est pas grandi d'avoir affronté le
pervers Mitterrand à mains nues : il s'est à la fois ridiculisé (au moins avons-nous appris qu'il n'avait pas le monopole du coeur pour chiens et chats), applati (il aurait dû envoyer ballader le
fourbe quand celui-ci - après avoir certifié 7 ans plus tôt à Giscard qu'ils étaient deux candidats à armes égales - a persisté à l'appeler "M. le premier ministre") et il a tenté un ou deux
coups de poker qu'il a perdu, lorsque notamment "les yeux dans les yeux" il a invité le fourbe à confesser ses mensonges : quelle naïveté ! Et le grand pervers a évidemment laminé le grand
supporter corrézien de Hollande, fourbe de moindre habileté... La médiocrité dans l'exercice de 1988 contre Mitterrand (que personne n'a jamais su prendre de face, sauf un journaliste belge, ce
qui a amené le pervers florentin à quitter le studio avec l'air outragé) accable Chirac, dont l'héritage aujourd'hui est cette panne idéologique de la "droite" et l'incompréhensible fascination
qu'exerce Hollande sur tous les ababas, et Dieu sait s'ils sont nombreux aujourd'hui : comme si Hollande avait le monopole de la pâtée pour chiens et chats...