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Publié par Edouard Boulogne

 

Les obsèques d'Edouard Glissant.

 

 

Fleurs-et-dessin.jpg

 

Les obsèques d'Edouard Glissant ont été célébrées hier, à Paris, en l'église St-Germain-des-Près, en présence d'environ 400 personnes.

Gageons que monsieur Edouard Glissant, là où il est désormais a les yeux dessillés, et que bien des choses qui lui paraissaient essentielles, hier encore, se dévoilent désormais pour ce qu'elles sont : vaines fumées, encens délétère; et les hommes, pour la plupart :ombres vaines, courtisans d'autant plus vils que plus empressés.

Le poète du Soleil noirn'est plus. Il a cessé d'être une source de recommandations, et d'éventuelles prébendes.

La cour qui se pressait autour de son catafalque, ne pensait déjà plus à lui. Telle est la loi « du monde » depuis qu'il y a des hommes, et qui pensent.

Elles s'empressait, au service d'elle-même, autour de la véritable puissance, dont Edouard ne fut lui-même, souvent qu'un délégué, révocable à merci, et le sachant en homme lucide et intelligent qu'il fut : La puissance véritable, cachée, protéiforme, celle qui distribue la notoriété, et les pensions,(!) tantôt ci, tantôt là, parfois en même temps, ici et là.

Nul ne la connait, en chair et en os, et certains prétendent que son nom serait : « légion ».

Son pouvoir n'est pas absolu, car ce n'est pas elle qui a fait que qu'Edouard Glissant a été un homme de grand mérite, un penseur et un poète digne d'être pris en considération.

Mais c'est elle qui lui garantit estime, admiration sans nuances, et presque une Sainteté laïque, tout comme elle voue aux gémonies, et parfois à l'oubli, des Céline, des Brasillach, des Pierre Boutang ( du moins pour l'instant!).

Aujourd'hui, Glissant a le regard aussi clair qu'acéré.

Il peut dire avec son collègue Pierre Corneille : « Je vois, je sais, je crois, je suis désabusé ».

Il a dû conférer avec le si lucide auteur des « Obsèques de la lionne ».

Il sait qu'à St-Sulpice, mais ailleurs aussi, chez lui en Martinique, sauf quelques proches, qui ne sont pas nécessairement, d'ailleurs, ceux que l'on pourrait croire, tout ce monde n'était là, le prenant pour prétexte, que pour voir, et surtout« ÊTRE VU ».

Leo-et-Jose-Hayot-Titouan-Lamazou.jpg  ( Devant St-Sulpice, au milieu M. José Hayot. A gauche, son jeune fils Léo, filleul d'Edouard Glissant qui lui avait dit un jour " Léo, ne sois pas un béké". Interrogé sur cette saillie du vieux poète, le "cinéaste" José commente :"Edouard a toujours eu desmots très forts". Du point de vue où il se place ( sans doute ) José Hayot a raison : Qu'importe tous ces mots, "words, words, words!" Et qu'importe le flacon... pouvu qu'on ait l'ivresse. )


Être vu de LA puissance, celle qui , depuis d'obscurs cabinets, dirige l'Opinion, cette reine du monde, et qui prospère sur l'insouciance, et la crédulité des foules éternelles.

« Edouard n'est plus. Mais moi, n'ai-je pas du talent, du talent à revendre, ne pourrai-je être demain ce qu'hier il fut? »

Nil novi sub sole. Rien de nouveau sous le soleil.

 

Marc Decap.

 

La veillée du Dauphin de France.

 

« Rien de nouveau sous le soleil » disais-je plus haut.

En 1711, le Grand Dauphin de France, fils de Louis XIV mourut prématurément engendrant ainsi, à son corps défendant, une crise grave.

Cette mort qui consternait les uns, en ravissait d'autres, dont le duc de Saint-Simon, écrivain hors classe, mais homme peu charitable et très peu « politique ». Le texte ci-dessous est tiré de ses Mémoires. Je le considère, comme un chef-d'oeuvre d'analyse littéraire, tout autant que comme un concentré de méchanceté. St-Simon, bénéficiant politiquement, du moins le croit-il, du décès, n'épargne vraiment pas ceux du camp adverse au sien .

 

(...)  « Tous les assistants étaient des personnages ' vraiment expres­sifs ; il ne fallait qu'avoir des yeux sans aucune connaissance de la cour, pour distinguer les intérêts peints sur les visages, ou le néant de ceux qui n'étaient de rien : ceux-ci tranquilles à eux-mêmes, les autres pénétrés de douleur ou de gravité et d'attention sur eux-mêmes, pour cacher leur élargissementset leur joie...

Les premières pièces offraient les mugissements contenus des valets, désespérés de la perte d'un maître si fait exprès pour eux, et pour les consoler d'une autre " qu'ils ne prévoyaient qu'avec transissement, et qui par celle-ci devenait la leur propre. Parmi eux s'en remarquaient d'autres des plus éveillés de gens principaux de la cour, qui étaient accourus aux nouvelles, et qui montraient bien à leur air de quclle boutique ils étaient balayeurs.

Plus avant commençait la foule des courtisans de toute espèce. Le plus grand nombre, c'est-à-dire les sots, tiraient des soupirs de leurs talons et, avec des yeux égarés et secs, louaient Monseigneur, mais toujours de la même louange, c'est-à-dire de bonté, et plaignaient le roi de la perte d'un si bon fils. Les plus fins d'entre eux, ou les plus considérables, s'inquiétaient déjà de la santé du roi ; ils se savaient bon gré de conserver tant de jugement parmi ce trouble, et n'en laissaient pas douter par la fréquence de leurs répétitions. D'autres, vraiment affligés, et de cabale frappée, pleuraient amèrement, ou se contenaient avec un effort aussi aisé à remarquer que.les sanglots. Les plus forts de ceux-là, ou les plus politiques, les yeux fichés à terre,- et reclus en des coins, méditaient profondément aux suites d'un événement si peu attendu, et bien davantage sur eux-mêmes . Parmi ces diverses sortes d'affligés, point ou peu de propos; de conversation, nulle ; quelque exclamation parfois échappée à la douleur et parfois répondue par une douleur voisine, un~mot~en un quart d'heure, des yeux sombres ou hagards, des mouvements de mains moins rares qu'involontaires , immobilité du reste presque entière ; les simples curieux et peu soucieux, presque nuls, hors les sots qui avaient le caquet en partage, les questions, et le redoublement du désespoir des affligés, et l'importunité pour les autres. Ceux qui déjà regardaient cet événement comme favorable avaient beau pousser la gravité jusqu'au maintien chagrin et austère, le tout n'était qu'un voile clair, qui n'empêchait pas de bons yeux de remarquer et de distinguer tous leurs traits. Ceux-ci se tenaient aussi tenaces -" en place que les plus touchés, en garde contre l'opinion, contre la curiosité, contre leur satisfaction, contre leurs mouvements; mais leurs yeux suppléaient au peu d'agitation de leur corps. Des chan­gements de posture, comme des gens peu assis ou"mal debout; un certain soin de s'éviter les uns les autres, même de se rencontrer des yeux; les accidents momentanés qui arrivaient de ces rencontres ; un je ne sais quoi de plus libre en toute la personne, à travers le soin de se tenir et de se composer; un vif, une sorte d'étincelant autour d'eux les distinguait malgré qu'ils en eussent ".

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