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Publié par Edouard Boulogne

 

Notre passé d'esclave a bon dos.



( J'ai déjà signalé, ici même, la parution récente, aux éditions de l'Harmattan, de l'ouvrage de notre compatriote de l'île soeur, M. Charles Rano : La France et ses DOM, une rupture annoncée. Je n'avais pas encore lu le livre, le recommandant au vu de son sommaire détaillé.

Je lis actuellement cet ouvrage ( en deux tomes) et je ne suis pas déçu. Le contenu, fruit d'un long et patient travail, est tout à fait remarquable. Et je salue également l'art de l'exposition chez M. Rano, la limpidité de son style.

Cher lecteur, je vous recommande la lecture de cet ouvrage. Je le recommande à tous, aux Antillais certes, quelle que soit la couleur de leur peau, mais aussi, et peut-être davantage à nos compatriotes métropolitains, dont certains découvriront peut-être que les Guadeloupéens et Martiniquais ne ressemblent en rien, dans leur majorité, aux énergumènes de l'UGTG. Dépêchez vous d'aller chez votre libraire. En avant goût, je vous propose de lire la page 42 du deuxième tome, que vous trouverez ci-dessous. Edouard Boulogne)



L'État français et notre passé d'esclaves ont bon dos.



Tous nos malheurs viennent de deux sources fondatrices : l'esclavage, l'État français. C'est bien connu, répété et admis. Il faudrait pourtant sortir de ces stéréotypes aliénants et devenir enfin responsables de nous-mêmes ; cesser d'attribuer automatiquement nos erreurs, nos carences, nos défauts à l'autre.

Si nous n'étions pas issus de l'esclavage - crime inoubliable et imprescriptible - que serions-nous actuellement ? L'esclavage est inacceptable, mais en y réfléchissant, on peut se poser des questions : si la traite négrière des Européens n'avait pas existé, si nos « frères » africains ne nous avaient pas vendus, que serions-nous ? Où serions-nous ? Sous quels régimes vivrions-nous ? Serions-nous plus « parfaits », plus dignes ?

Acceptons-nous tels que nous sommes, métis nés de la violence, de la rapacité et de la barbarie humaine et essayons de progresser en nous autocritiquant. Les Africains, nos ancêtres premiers, ont traité cruellement les plus faibles d'entre eux, les massacrant, pillant leurs villages, enchaînant les survivants ; les Arabes ont accéléré le processus en participant avec la plus grande brutalité à ce commerce aliénant, si lucratif pour eux. Les Européens ne sont venus qu'ensuite pour prendre leur part du gâteau. Actuellement, l'esclavage continue à travers le monde, notamment dans les pays d'Afrique - au Darfour, on massacre et affame toujours les Noirs - sans que cela émeuve plus que cela nos théoriciens verbeux.

Les responsabilités sont largement partagées et il faudrait avoir la lucidité et l'honnêteté de le reconnaître et ne pas être aveuglés par une soif de vengeance ethnique posthume, improductive et aliénante. La voie de la sagesse est de connaître notre histoire et de faire en sorte que les malheurs de nos ancêtres ne se perpétuent pas dans le monde. Ce qui serait une manière positive de sortir de notre traumatisme historique et sociétal.

L'esclavage a bon dos. Si les parents se désintéressent de l'éducation de leurs enfants, est-ce la faute de l'État, est-ce une séquelle de l'esclavage ? Pourtant, les premières générations post-esclavagistes, forcément plus proches du crime, l'ayant subi ont fort bien élevé leurs enfants. S'il n'y a plus de dignité, plus de respect de quelque autorité que ce soit, cela n'incombe-t-il pas à chaque individu ? L'esclavage est le prétexte idéal, l'excuse absolue à toutes les errances, à toutes les déviances, à toutes les carences. Regardons-nous vivre et reconnaissons avec courage que, si la plupart d'entre nous sont honnêtes, les fumistes abondent aussi.


Charles Rano.


 

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