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Publié par Edouard Boulogne

 

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Il y a deux jours, je publiais, ici même, un article sur l'une des significations des récents incidents qui ont émaillé la décision d'un lycée du Lamentin ( Guadeloupe ) d'exiger des élèves une tenue correcte à l'intérieur de l'établissement scolaire ( http://www.lescrutateur.com/article-desordres-lyceens-en-la-commune-du-lamentin-en-guadeloupe-le-20-septembre-2011-par-edouard-boulogn-84887322.html ).

Une lectrice, jeune enseignante, m'envoie ce document qui vaut son pesant d'or ( à défaut d'euros ), et qui conforte mon analyse, hélas! On pourrait l'intituler Platon, reviens!

E.Boulogne.

 

Ecole ! Faites entrer la Cour…

 

Elodie est professeur d'anglais dans un collège de Roubaix. Chaque jour, ses cours sont

perturbés par la sonnerie des téléphones portables d'élèves : « Et il n'est pas rare qu'ils

décrochent et se mettent à converser avec leur correspondant ! » Pour les contraindre à

éteindre leur mobile avant d'entrer en classe, elle a pris l'habitude de confisquer l'objet du délit

dès qu'il se met à carillonner. Une décision de bon sens qui risque pourtant de la conduire

devant un tribunal pour atteinte à la propriété privée ! Car la prof n'est pas seulement sévère,

elle est... « hors la loi ». C'est ce qu'affirme l'avocate Valérie Piau, fraîchement spécialisée

dans le droit de l'éducation, qui publie cette semaine un livre stupéfiant ("Les Droits de

l'élève, à l'école, au collège et au lycée", François Bourin éditeur), prodiguant des conseils

aux parents d'élèves souhaitant se « défendre juridiquement » contre ces profs qui « ne

respectent pas la loi ».

Un 5/20 ? Une heure de colle ? Un redoublement ? Des modèles de lettres placés en annexe

permettent d'organiser la riposte judiciaire. A la famille dont le fils prodige s'est vu retirer le

portable, Me Valérie Piau propose un courrier outré qui n'a plus qu'à être « copié-collé », puis

envoyé au chef d'établissement : « Cette confiscation est illégale, car elle porte atteinte au

droit de propriété et n'est autorisée par aucune disposition du code de l'éducation. Nous

émettons toutes réserves concernant d'éventuelles dégradations et utilisations frauduleuses

que nous pourrions constater lors de la restitution de l'appareil, dont vous avez l'entière

responsabilité en tant que gardien. En conséquence, nous vous remercions de bien vouloir

restituer immédiatement le téléphone à notre enfant. A défaut de quoi, nous serions contraints

d'envisager des suites à cette affaire afin d'obtenir l'indemnisation du préjudice subi (perte de

la valeur du portable, coût de l'abonnement...). »

Des parents d'élèves qui contestent les décisions des enseignants, il y a longtemps que les

proviseurs ont appris à faire avec. Mais la publication d'un ouvrage les incitant à se tourner

vers la justice, voilà qui constitue « un tournant », affirme Claude Lelièvre, historien de

l'éducation. Ou plutôt, précise-t-il, « une accélération d'un processus en marche depuis

quelques années : la judiciarisation des relations entre les familles et l'école ». La faute

revient d'abord... aux tribunaux. Pendant des siècles, les juges ont pris soin de ne pas entrer

« à l'intérieur » des établissements scolaires, en refusant de juger de la légalité des règlements

intérieurs. Mais tout a changé avec l'affaire des jeunes filles voilées de Creil en 1989 : « En

affirmant que le tribunal administratif était compétent pour statuer sur la régularité d'un

règlement intérieur, le Conseil d'Etat a ouvert une brèche. » Dans laquelle les parents d'élèves

n'ont pas hésité à s'engouffrer ! Selon les statistiques dont Claude Lelièvre dispose, le nombre

de plaintes de familles à l'égard d'un membre de l'Education nationale a été multiplié par

quatre entre 1996 et 2006. Au panthéon des affaires les plus cocasses soumises à

l'appréciation du juge : des parents qui estiment que nettoyer le tag que leur fils a dessiné sur

un mur de l'école est une mesure « humiliante », ceux qui exigent l'annulation d'un emploi du

temps qui empêche leur rejeton de faire du foot le mercredi, ceux qui contestent l'exclusion

temporaire de leur chérubin qui a apporté une arme au collège, ceux qui hurlent à la

« discrimination » parce que leur fille n'a jamais dépassé la moyenne en maths...

Chargé des questions juridiques au SNPDEN, le principal syndicat de chefs d'établissement,

Pascal Bolloré s'inquiète de « l'augmentation des contentieux » que pourrait entraîner le livre

de Valérie Piau. Cette dernière se défend de chercher à judiciariser à tous crins : « En réalité,

je plaide très peu. Dans 99 % des cas, une lettre qui cite les bons textes et rappelle la

jurisprudence met suffisamment la pression sur le chef d'établissement pour que le problème

se règle. » Un mode de fonctionnement qui, s'il était généralisé, se révélerait contre-productif.

« Pour que l'école remplisse sa mission, il faut que l'enseignant établisse une relation de

confiance avec l'élève. Ce qui est impossible si les parents entrent d'emblée dans un rapport

de force », explique Armelle Nouis, chef d'établissement et auteur d'un ouvrage (Le Collège à

bras-le-corps, Des îlots de résistance) invitant familles et enseignants à travailler davantage

ensemble dans un « esprit de dialogue ».

Evidemment, puisqu'elle se place résolument du côté de l'enfant et de sa famille, Valérie Piau

peut compter sur le soutien aveugle des représentants de parents d'élèves. Jean-Jacques

Hazan, le président de la FCPE, se réjouit qu'un livre « rappelle enfin que les professeurs ne

traitent pas toujours leurs élèves avec le respect auquel Us ont droit en tant que justiciables

comme les autres ». Du côté des profs, on dénonce la partialité de l'auteur. « En le lisant, on

croirait que nous sommes tous des despotes qui abusent de leur pouvoir quotidiennement et

en toute impunité », s'agace Claire Mazeron, vice-présidente du Snalc, l'un des syndicats

d'enseignants. Plus grave, la jeune syndicaliste pointe, chez l'avocate, une tendance à exonérer

son jeune client de toute responsabilité : « Pour l'auteur, l'enfant est toujours innocent et le

prof, coupable. L'élève viole une règle en téléphonant en classe, mais c'est le prof qui est hors

la loi parce qu'il le punit ! »

Vous avez dit « enfant roi » ?

Anna Topaloff

"Marianne"

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Claude HOUEL 23/09/2011 22:07






Le titre aurait pu être « Notre civilisation sapée par son Ecole Même »


 


Car en fait il y a une logique en toute chose ,beaucoup de jeunes enseignants, pas tous heureusement, de l’après-68 ont retenu le pratique « il est interdit d’interdire », des
joyeuses barricades et de leur avenir radieux de privilégiés.


Effectivement , de démissions en compromissions, beaucoup d’interdits ont sautés , pendant quatre décennies, dans l’éducation comme dans le reste de la société.


A cette époque l’école était sanctuarisée…contre les assauts des CRS.


Aujourd’hui rien ne la protège plus des élèves, de leurs parents et aujourd’hui des foudres de la Loi curieusement détournée.


Plaignons sincèrement les jeunes enseignants d’aujourd’hui qui ne sont pas responsables de la situation mais qui ont hérité d’une lente mais inexorable dégradation d’un métier qui a perdu
son sens.


Les coupables, quant à eux,  auront pu mesurer les dégâts tout en s’exonérant des conséquences,, sauvés par un départ massif à la retraite de cette
génération qui aura semé de bien mauvaises herbes.


Rendons cependant un vibrant hommage à ceux, trop rares, qui auront vu venir les conséquences et auront consacré toute leur énergie à les atténuer.


Gardons aussi espoir dans la jeune génération qui saura redresser la barre même si


cela s’avère très difficile.


 



Edouard Boulogne 23/09/2011 22:52



Effectivement. Et pour une autre raison que celle que vous alléguez par gentillesse. En effet, l'Ecole avec une majuscule désigne l'institution scolaire, et l'idéologie qui l'anime (
celle que vise l'article, et le titre ). Tandis que "école" avec minuscule, désigne un bâtiment, grand ou petit, qui n'en peut mais de l'usage, bon ou mauvais, qui en est fait.


M.Marc Houel, vous scrutez bien. Merci.


Le Scrutateur ( en défaut ).