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Publié par Edouard Boulogne

Mon souci n'est pas une manie. 

Orwell.jpg Un film remarquable a été tiré de cet ouvrage avec Richard Burton dans le rôle principal. Son titre :  1984. On peut se le procurer d'occasion sur internet).


On sait mon souci, même si je ne suis pas toujours à la hauteur, d'écrire une langue correcte, si possible même élégante, en tout cas tâchant de traduire adéquatement l'objet qu'elle décrit.
On parle, et surtout on écrit de plus en plus mal en France, et ce relâchement est un symptôme de la décadence en cours. 
Il ne s'agit pas d'une manie de professeur à l'ancienne. Plutôt d'une conviction fondée, tant sur l'histoire ( c'est par la tête que le poisson pourrit! ), et l'étude des linguistes, psychologues et anthropologues, qui constatent l'étroite corrélation existant entre la maîtrise, l'usage d'une langue plus ou moins riche, et le développement corrélatif de l'intelligence et du jugement. 
"La pensée fait le langage, en se faisant par le langage" disait l'un de ces spécialistes, Henri Delacroix. 
D'où l'importance de détruire ou d'amoindrir la langue si l'on veut affaiblir et  asservir un peuple. Les politiciens le savent bien, particulièrement les partisans d'un désordre totalitaire, que ce soit le totalitarisme dur du nazisme ou du communisme, ces deux frères ennemis, ou le totalitarisme mou et dégueulasse d'une certaine mondialisation "libérale". 
L'observation quotidienne, et critique de la télévision, l'étude attentive d'une campagne électorale confirme à l'envi mon propos. 
Au XXe siècle, un auteur britannique, Georges Orwell, dans un livre de tout premier ordre, et qu'il faudrait que tous les hommes épris de liberté aient lu : 1984, a nommé "Novlangue" l'indigeste jargon dont il faut pénétrer tout un chacun pour faire des sujets libres d'une civilisation, les bêtes du troupeau dont rêvait le Créon de l'Antigone d'Anouilh : " des bêtes, ce serait si simple".  
Dans « 1984 », la novlangue est définie comme la langue par laquelle les multitudes sont contrôlées. Elle a une visée exclusivement utilitaire, « miniver » désignant par exemple le ministère de la vérité. Il n'est pas question, ce soir (12 février 2010), de la décrire, Orwell consacrant à cette tâche des pages nombreuses, d'une précision et d'une verve éblouissante.
La novlangue constitue une savante langue de bois, nullement la marque du laisser aller de ceux qui visent la facilité, par paresse ou démagogie. Elle est au contraire une véritable science, qui ne tend à rien moins qu'à "posséder" les hommes, en égarant leurs esprits, en les pénétrant d'une somnolence mortelle qui leur fait perdre le sens de la vérité, et l'idée même que ce mot ait un sens, corresponde à une réalité. 
Ces considérations me sont inspirées par le catalogue d'expressions de la langue de bois ambiante, que m'adresse mon ami Louis Dessout, et qui constituent le patois quotidien de la majorité de nos journalistes, et aussi des politiciens de basse extrace spirituelle qui constituent le gros du troupeau de ceux qui se présentent à nos suffrages, nous assomment de leur jargon, et, il faut le dire pour les dédouaner quelque peu, sont les premières victimes des impitoyables maîtres qui les entubent à leur insu, les O'Brian et les Goldstein ( voir 1984, livre de poche).  
Mais lisez plutôt ces formules toutes faites, ces slogans de notre abêtissement.

Edouard Boulogne.


Quelques exemples de la novlangue (nouvelle langue) : les mots façonnent les esprits puis modifient la manière de penser . 
   

 

 

  • Ne dites plus clandestin mais candidat à l'immigration (Figaro)
  • Ne dites plus clandestin, immigré illégal, ni même sans-papiers, mais privés de papiers  
  • Ne dites plus discrimination positive mais encadrement différencié (Belgique)  
  • Ne dites plus quartier à majorité immigrée mais quartier populaire (tous les médias)
  • Ne dites plus ni crimes, agressions, violences, mais plutôt actes de délinquance ou incivilités.
  • Et encore mieux bêtises   ou faux-pas (France 2). Récent : les inconduites (CNRS)
  • Ne dites plus émeutes ou guerre des gangs mais incidents (partout)
  • Ne dites plus immigration mais mobilité européenne (Frattini, commissaire européen)
  • Ne dites plus immigré mais client (autorités finlandaises)  
  • Ne dites plus bandes mais identités de quartier(LCI.fr)
  •  

    Ne dites plus  enfants d'immigrés mais enfants issus de familles d'éducations éloignées  
  • Ne dites plus attraper les voleurs mais lutter contre les délits d'appropriation (France)  
  • Ne dites plus des vauriens font des graffitis mais des graffeurs habillent la ville de couleurs ». 
  • Ne dites plus un voyou notoire mais un individu défavorablement connu de la justice (tous les médias)
  • Ne dites plus mosquée mais centre culturel et religieux. (partout)
  • Ne dites plus fusillade mais bagarre par balles (source)
  • Ne dites plus Français moyen attaché à sa culture mais raciste

 






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louis 13/02/2010 16:24


Je voulais partager ces réflexions qui m'ont été transmises par un  ami guyanais et qui m'ont amusé. Mais beaucoup moins l'ambiguité "frêchienne" de la dernière.
louis Dessout


deef 13/02/2010 11:47


La novlangue est non seulement l'instrument de l'abrutissement des masses, mais elle permet aussi (et surtout) en supprimant certains mots (et c'est là un des propos majeurs d'Orwell) de supprimer
les notions : en supprimant par exemple le mot "crime" du dictionnaire de la novlangue, l'idée même du crime disparaît avec le mot.
Le héros de 1984 est d'ailleurs l'un de ces employés affectés à la réécriture permanente des faits et particulièrement des faits historiques, le "ministère de la Vérité" ayant pour but de
refaçonner perpétuellement l'Histoire (un fait historique supprimé des archives, de facto, n'existe plus...).
Quant à la faculté de "détruire ou d'amoindrir la langue (pour) affaiblir et  asservir (le) peuple (par les politiciens), je ne puis que souscrire en vous rappelant simplement que
"l'exemple" vient du chef de l'État, cet histrion délétère, qui n'accorde plus les pluriels ("l'un des principALS partenaires de la France" in sa toute première interview sur TF1), qui ne
marque plus les négations et profère à l'envi insultes et remarques vulgaires — tout à son image, ceci dit.


Edouard Boulogne 13/02/2010 12:33


Sur le jargon présidentiel, on cherche en vain comment vous contredire sans contrevenir à la vérité. Les observateurs de la chose politique, et de l'évolution du langage, notent que ce
jaspinisme présidentiel ambigü  s'est emparé de lui, quelques semaine seulement après l'apparition d'un étrange virus, sur les hauteurs de la muraille de Chine. Curieusement la Faculté de
médecine a dénommé, je ne sais trop pourquoi : "ségolénitude" les manifestations, hélas! multipliées de ce redoutable syndrome. 
LS