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Publié par Edouard Boulogne

Martinique et Guadeloupe, Terres d’excellences, Terres de Rhums.



 ( Le produit ci-contre n'est plus depuis longtemps commercialisé, - pour le plus grand regret des connaisseurs, car comme l'indique Philipp, il ne s'agissait pas dans lson article de faire de la publicité pour une marque particulière au détriment des autres).



 

Evadons-nous aujourd’hui loin des médiocres et autres énergumènes qui nous pourrissent la Vie et laissons notre esprit s’émerveiller au fil d’une soirée douce et sereine quand les grenouilles tropicales définissent un véritable opéra enchanteur. Certains instants sont moments d’exception si on veut bien les voir et les apprécier comme tels. Il faut savoir en goûter chaque seconde fabuleuse. Feux et magies, grandeurs et finesses exquises, cette boisson là relève du Divin ! Devant les reflets chatoyants, délicats, du fabuleux nectar que nos îles nous offrent, laissons-nous aller au firmament des songes et au nirvana d’un alcool suprême : Le Rhum.

Le Rhum n’est pas un produit ordinaire, son histoire est tout aussi magique et riche d’aventures que son goût est puissant et maître de nos esprits. L’Histoire du Rhum c’est chaque grain de notre Terre, chacun de ses paysages, chacune de ses histoires d’Hommes. Le  Rhum est en nous comme le sang qui nous anime, l’air et la lumière qui nous inondent.

Prenons la mer pour les terres des miracles, les Terres du Rhum.

Contrairement à une idée trop souvent rencontrée, la canne à sucre n’est pas une plante endémique des Antilles. Comme beaucoup d’autres fruits ou arbres qui font notre quotidien aujourd’hui elle fut apportée par L’homme après la période amérindienne. La Canne est d’origine asiatique. C’est Christophe Colomb qui en apporta des plants provenant des îles Canaries lors de son second voyage en 1493. Les premières tiges furent tout d’abord plantées à Hispaniola (future Haïti). Elle arrivera plus tardivement, d’abord en Martinique puis en Guadeloupe.
Mais lorsqu’ils s’installent sur notre île en 1635, les Français ne s’y intéressent pas vraiment. Ces agriculteurs venant pour la plupart des Charentes, du Poitou et de la Bretagne vont débarquer dans ces îles avec beaucoup d’idées reçues et peu de capacités à s’adapter aux conditions climatiques des tropiques. La plupart refusant d’écouter et de suivre l’exemple des Caraïbes, vont en mourir de faim. Leurs premières tentatives agricoles seront des échecs car ils ne sauront pas se protéger des maladies que nos terres humides imposent aux plantes étrangères.

Les premières cultures qui firent la richesse des Antilles furent tout d’abord l’Indigo (plante tinctoriale donnant un beau bleu encore utilisée pour teinter les … Jeans), puis le Pétun (Tabac) et enfin le Café. La mise en culture de la canne dans nos îles ne commença qu’à la fin du XVIIe siècle. Elle réclama vite une main d’œuvre abondante et ce fut elle qui justifia la mise en place de l’importation massive d’esclaves provenant d’Afrique.

La canne servit tout d’abord dans de minuscules unités de production à fabriquer du sucre conservé sous forme de pains semi-ovoïdes. Il fallut attendre l’arrivée sur nos îles du fameux Père Labat pour la propulser dans une dimension nouvelle. Il passe pour l’un des inventeurs de l’Alambic en 1694, appareil qui permit la distillation du jus de canne et la fabrication des premières eaux de vie.

La porte était ouverte à la fabrication sur une plus vaste échelle, de la divine boisson qui restera à jamais synonyme des charmes de nos îles du Couchant.

Moins de 50 ans plus tard il existait 450 sucreries en Martinique (la grande majorité dotées d’une petite distillerie) et environ 340 moulins en Guadeloupe.

Le Rhum entrait dans l’Histoire et dans la légende.

D’abord connu sous le nom de Guildive, puis de Tafia, le rhum tiendrait son nom d’une appellation populaire « Tue Diable » ou « Rumbullion » dont le nom actuel serait directement issu.

Le Tafia des marins est resté dans l’imaginaire des fabuleuses légendes des Pirates, Corsaires et autres coureurs des mers. Le Tafia colle comme un emblème aux vaillants écumeurs d’océans qui y puisaient force, vaillance et peut-être le grain de folie suffisant pour mener la vie assez dure qu’ils menaient alors. C’est peut-être pour cela que laisser son regard glisser au travers d’un verre de rhum étincelant est déjà le début d’une aventure intense et folle, d’une épopée romanesque qui nous entraine par delà les affres sombres du présent.

La légende du Rhum fut d’abord celle d’une boisson forte, une boisson de fiers gaillards sans peur ni reproche, utilisée en de multiples occasions mêmes lors d’interventions chirurgicales épiques et sans aucun doute plus que douloureuses. C’était également la boisson des esclaves mais sa consommation était également prisée des maîtres et autres administrateurs venus de la métropole.
A cette époque le Rhum est un produit sans réelle identité. Il est fabriqué dans de toutes petites unités de distillation. La canne, broyée grâce à des moulins à vent, à force animales ou plus rarement en utilisant quelques cours d’eau, va donner le vesou qui une fois fermenté sera distillé. Le produit de cette distillation, « le Cœur de Chauffe » dont le titre en alcool varie en fonction des capacités de l’alambic est ensuite coupé d’eau pour être consommable. Aujourd’hui les techniques de fabrication utilisant des colonnes à distiller permettent d’obtenir du Cœur de Chauffe dont le titre varie entre 75 et 89°. On le coupe d’eau pour descendre après brassage à 50, 55° (59° à Marie Galante et 61° chez un distillateur Guadeloupéen …). La qualité de cette eau est pour beaucoup dans la qualité et le goût du produit final !
Mais le rhum de l’époque est un rhum en vrac qui n’a pas de notion ni de qualité particulière ni de repère gustatif personnel. Il faudra attendre les années 192O pour que l’idée de marque et de typicité réelle du produit Rhum devienne courante.
Beaucoup se souviennent encore sans doute être allé acheter au Lolo du coin la Roquille de Rhum, ou avoir stocké des Dames Jeanne du même liquide sans aucune notion de marque.

Le Rhum distillé par toutes ces petites unités de productions était ensuite acheté par quelques gros commerçants exportateurs de St Pierre de la Martinique pour suivre dans les bateaux à destination de l’Europe les cargaisons de sucre qui assurèrent pendant longtemps de belles rentabilités.
A noter que la Guadeloupe sur ce point a longtemps souffert de l’emprise Martiniquaise sur ce commerce puisque ses expéditions de sucres et rhums devaient transiter par St Pierre avant que de partir vers l’Europe.

Pendant deux siècles (XVIIIe et XIXe) la culture de la canne fut l’essentiel des activités de nos îles. Elle y favorisa l’essor d’une société spécifique entièrement dévouée à cette économie et elle permit à certains talents de développer un savoir faire unique au monde. Comme nous avons décidé de rêver un peu, nous avons choisi de ne pas nous appesantir sur la question et les problèmes de l’esclavage.

La culture de la canne, la fabrication du sucre, la distillation du Rhum sont à l’origine d’une société d’agriculteurs uniques puisque capables à la fois de gérer le côté agricole de leurs habitations mais également obligés de devenir des petits industriels en construisant eux-mêmes leurs sucreries et distilleries. Les propriétaires terriens de cette époque ont réussi un bel exemple de multi- activités en étant à la fois agriculteurs producteurs à la source du produit nécessaire à leur fabrication industrielle.
Imagine-t-on les prouesses et obligations de prévision qu’il a fallu mettre en œuvre pour commander ces petites usines « clés en main » boulons après boulons avec l’obligation de financer cela à l’avance et l’angoisse de ne rien avoir oublié dans la commande de l’unité industrielle. Imagine-t-on les efforts déployés pour installer parfois dans les hauteurs ces turbines, machines à vapeurs, engrenages forts lourds et complexes dans des régions totalement dépourvues d’infrastructure ?

Nos îles ont vu éclore des savoirs faire surprenants de courage et d’ingéniosité. Il a fallu créer de toutes pièces cette agriculture industrielle nouvelle en faisant face aux maladies qui ravageaient les pièces de cannes certaines années, aux papillons qui dévoraient les tiges, aux champignons et autres charbons qui les faisaient pourrir. Il a fallu apprendre à faire fonctionner ces usines de plus en plus grosses, à les maitriser, les réparer en urgence pendant la période de coupe … Construire des lignes de petits chemins de fer, les entretenir, former les mécaniciens capables de faire fonctionner, réparer tout cela…

On peut même dire que ce système économico-industriel original qui s’est développé dans nos îles est à l’origine de la conception de l’agro-alimentaire moderne. Système dans lequel l’industrie et la production agricole sont étroitement mêlées (pour le meilleur ou parfois le pire).

Pendant des décennies la vie de nos îles a été rythmée par des activités entièrement dédiées à la canne. Préparation des terres, mise en sol des plants de canne de plus en plus évolués pour résister aux maladies, nettoyage des pièces, coupe, distillation, expédition ….



 ( Ce qui reste du moulin Boulogne, sur la section du même nom, à Capesterre de Marie Galante. Une de ces unités industrielles qui structurèrent nos paysages. Sur cette photographie, on notera le salut d'un personnage qui apparait périodiquement, dont les vieux Marie-Galantais prétendent qu'il s'agirait du fantôme d'un ancien propriétaire. Les croyances populaires demeurent vivaces! Quoiqu'il en soit, l'ectoplasme a la mine plutôt amène!).


La canne a modelé nos paysages, crée des coutumes et des habitudes de vie, conditionné le mode de gestion économique de l’Habitation qui lui a été entièrement soumis. C’est le monde de la canne qui a structuré nos sociétés. Aujourd’hui ce sont les super marchés qui dominent notre monde et on en voit les résultats.
Cela aurait pu durer sans doute longtemps si le système ne s’était emballé à partir de la seconde moitié du XIXe siècle générant à la fois la magnificence et l’échec annoncé du processus.

La révolution industrielle européenne a permis de fabriquer des usines de plus en plus performantes mais de plus en plus couteuses. Les propriétaires habitués à fonctionner en autarcie économique se sont vus obligés d’emprunter pour construire des unités de productions toujours plus grosses. Mais le crédit devenant trop lourd, beaucoup y ont perdu leurs fortunes, leurs usines et leur gloire. Le monde de l’Habitation n’a pas résisté à l’économie capitaliste moderne. Il y a eu des faillites, des regroupements et comme partout ce sont les banques qui ont achevé la faillite de ce monde là au bénéfice des plus puissants ou des plus fortunés.

Il faut savoir que si au milieu du XIXe siècle beaucoup de propriétaires n’ont pas lutté contre l’abolition de l’esclavage, c’est principalement parce que le tournant industriel que prenaient leurs usines ne se satisfaisait plus de cette structuration du travail.
Les abolitionnistes  qui ont obtenu difficilement que cela fut enfin fait, ont été très largement aidés par les machines qui n’avaient plus besoin de beaucoup de main d’œuvre…

La dernière grande période de la production classique du Rhum « ancien » fut la Première Guerre Mondiale, pendant laquelle nos eaux de feu partirent massivement pour aider les pauvres malheureux expédiés en enfer et les empêcher de voir trop nettement l’horreur dans laquelle on les jetait.

Les Rhums à cette époque partaient en Métropole « en vrac ». Ce sont les négociants à Nantes, Bordeaux ou La Rochelle qui mettaient des étiquettes sur des bouteilles sans origine particulière. C’est ce qui explique toutes ces étiquettes fantaisistes, faites à la va vite par des commerçants peu scrupuleux du respect des populations locales et de leur sensibilité. C’est l’époque des Rhums « de la Belle Négresse » ou du « Bon Nègre » à côté desquels le Doudouisme controversé ferait sourire.

Sait-on d’ailleurs que ces expéditions de rhums en vrac sont à l’origine du Rhum dit Vieux ?

Pour les Antilles comme pour les connaisseurs de l’époque le seul Rhum est le Rhum BLANC.

La coloration du produit n’est due en réalité qu’aux fûts dans lesquels on mettait le rhum pour le transporter. Les métropolitains eux recevaient un rhum teinté par les tanins du bois et ont fait grise mine lorsqu’ils reçurent les premières bouteilles en verre contenant du Rhum Blanc. Les distillateurs locaux réagirent vite en inventant le Rhum Vieux qui aujourd’hui essaie de lutter contre les Cognacs et autres Armagnacs. Le vieillissement du Rhum est en fait un leurre car si la molécule chimique composant le Cognac vieillit vraiment au fil des années, celle du Rhum reste stable et ne se modifie pas avec l’âge. Ne changent donc que le goût et la couleur que le Rhum puise dans le fût dans lequel on le fait vieillir. On a longtemps utilisé des fûts Américains ayant servi à certains Bourbons. On achète maintenant des fûts de chênes en métropole. Le Rhum vieux lancé en Martinique par les distilleries, Bally, Clément et JM est devenu maintenant un produit de très haute qualité. Mais le vrai Rhum est Blanc.

Les nécessités du transport sont aussi à l’origine des Rhums de l’île de Marie galante qui titrent 59°. Pour compenser le fait que les producteurs de cette petite île avaient beaucoup de mal pour expédier leurs alcools, on leur a accordé un droit de titre supérieur qui est resté aux trois marques locales. (A noter que contrairement à une idée reçue il n’y a pas véritablement de Loi obligeant à vendre des Rhums à 50° ou 55°. La Distillerie Longueteau en Guadeloupe commercialise un excellent Rhum  à 6I°)

La mise en bouteille du Rhum date également du début du XXe siècle. La création de la bouteille « zepaule carrée » de la Distillerie Neisson (Seule distillerie appartenant à une famille mulâtre en Martinique) marque l’apogée de la volonté de faire voyager le Rhum facilement (bouteille carrée = gain de place) et surtout avec l’image de Marque d’une Distillerie spécifique. En gagnant une appellation officielle et une marque, le Rhum a gagné ses lettres de noblesse et ses titres de gloire.

Depuis cette période nos Rhums ont connu des hauts et des bas. Oubliés pendant longtemps, ils redressent vaillamment la tête depuis quelques décennies pour revenir dans le peloton de tête des Grands Alcools mondiaux.
Car le Rhum est devenu « DES » Rhums avec des marques et des goûts particuliers et marqués.
L’idée de donner au Rhum la fierté d’être une marque est venue aux alentours du début du XXe siècle. Presque en même temps qu’est née la fabuleuse idée de faire du Rhum « Agricole » de qualité supérieure.

Deux mots de technique …

Aujourd’hui les rhums sont partagés entre Rhums Industriels et Rhums Agricoles.

Le Rhum industriel est distillé à partir de la mélasse de sucre conservée pendant des mois en cuves. Le Rhum Agricole est distillé à partir du vesou frais issu d’une canne coupée le matin même et broyée dans la journée (normalement …). Sa production exige une coupe particulière de la canne, une gestion rigoureuse du chargement qui doit être livré à la distillerie dans la journée et une distillation contrôlée par un maître de distillation spécifique à la Marque du Rhum, lequel garanti la conception d’un « Cœur de chauffe » contrôlé par l’Homme pas par la machine !

Le Rhum industriel peut être fabriqué toute l’année, pas l’Agricole qui lui ne se distille que pendant la période de coupe de la canne.

Le Rhum Agricole peut atteindre au Nectar absolu quand le pauvre Industriel n’est le plus souvent qu’un alcool sans âme et au goût insupportable.

Les Rhums Agricoles titrent plus de 50°, les autres 35 / 40°.
Le plus gros producteur de Rhum au monde est la société BACARDI installée aux Bermudes mais qui produit dans toutes les Grandes Antilles et qui vend chaque année plus de 240 000 000 de bouteilles d’un mauvais alcool et produit en une seule journée l’équivalent de ce que produit la Martinique en une année !

Ce breuvage industriel ne se prête pas au Ti Punch traditionnel, mais juste aux Planteurs et autres Cocktails.

Etrangement dans toute la Caraïbe (et le reste du monde !) les îles françaises Martinique et Guadeloupe sont les seules à produire du Rhum Agricole. Notre voisine Guyane en produit un peu également et nous n’oublierons pas la production Réunionnaise de Rhum Agricole « Charrette » ni quelques très ancestrales distilleries brinquebalantes mais fidèles à Madagascar. Mais les îles proches telles La Dominique ou St Lucie ne font que de l’industriel tout comme Cuba ou St Domingue.
Or il faut le dire très haut et très fort nous produisons le MEILLEUR RHUM AU MONDE !

Même si on n’est pas passionné par la dégustation de cet alcool, il n’y aucun doute la dessus et qui n’a goûté un Rhum de nos îles ne sait pas ce que c’est que du Rhum.

Nous avons là de quoi être fiers car il n’est pas si fréquent que deux petites îles réussissent un exploit semblable.

Mais voila comme toujours, il n’est pas facile d’être prophète en son pays et malgré les efforts énormes déployés par les Distillateurs pour fabriquer des produits de plus en plus exceptionnels, le Rhum n’est pas une boisson portée aux nues aux Antilles.

Ce produit reste pour beaucoup entaché par l’histoire de l’esclavage ( Là aussi décidemment ici on n’en sort pas !) . On lui accole une image de boisson simple pour les gens de la campagne, les Bitakos que les urbains, même de fraîche date, méprisent de toute leur hauteur imbécile.

La bonne société branchée aux Antilles, marque son « modernisme » de pacotille en se ruinant en Whiskys et autres Champagnes (nous en serions parait-il les plus gros consommateurs de France …)  pour bien montrer qu’elle n’est plus de la campagne profonde et certainement sordide.

Et puis le Rhum ici a une image de produit simple, toujours présent mais rarement apprécié, il a fait partie du quotidien donc naturellement on ne le voit pas comme un produit d’exception.

Il a servi à tout, même à frictionner les enfants, alors de là à le regarder avec vénération…
Aussi bizarre que cela puisse paraître, il n’y a pas de « Rhumeries » pour déguster cet alcool ici. Pire encore pour de bêtes raisons commerciales et de protectionnisme, la Guadeloupe ne reçoit pas de Rhums de la Martinique. Nous sommes donc le seul département français à ne pas pouvoir acheter dans un magasin de Rhums Martiniquais !

Peu d’Antillais  attachent une réelle importance au Rhum. Il a ici la même image que le vin « trois étoiles » en métropole. C’est l’alcool des « boissonneurs » peu fréquentables, des bois sans soifs, des dalles en pente …. Il a mauvaise presse et les dames de bonne famille lors d’un diner le refuseront avec ostentation pour bien marquer leur dédain de ce breuvage d’Hommes peu délicats.

Il y a là une reconquête et toute une éducation à refaire dans nos îles.

Et puis il y a un autre problème qu’on ne peut passer sous silence.
Le Rhum est un produit d’exception mais comme tout le reste il subit les assauts du monde de l’argent et des lois du commerce les moins respectueuses.
La Martinique a obtenu après de nombreuses années de lutte et aussi parce que nombres de grandes familles propriétaires courtisaient avec efficacité les salons du pouvoir parisien, que les Rhums Martiniquais soient sous l’appellation AOC.

Les Rhums Guadeloupéens n’y sont jamais parvenus. Les Martiniquais cités plus haut ne les ont pas aidés et les propriétaires Guadeloupéens n’ont jamais réussi à s’entendre pour avoir une politique efficace.

Mais l’appât du gain facile à fait que bien des terres martiniquaises dédiées historiquement à la canne ont été plantées en bananes fortement subventionnées et d’un rapport rapide non négligeables. Ce qui fait que depuis quelques années, la Martinique est dans la totale incapacité à fournir suffisamment de cannes pour fabriquer ses Rhums. Elle doit donc acheter sa canne ailleurs et parfois en Guadeloupe …

Les Rhums AOC martiniquais sont donc souvent conçus avec de la canne étrangère ! Un véritable scandale si l’on sait que l’AOC sous-entend un suivi total de la terre à la bouteille. Ce qui n’est évidemment plus le cas dans notre affaire !

A cela il faut ajouter les mélanges et autres magouilles faits par des propriétaires peu scrupuleux sur des cuves d’origines douteuses. Certaines distilleries ne fonctionnent pas suffisamment pour produire les quantités de Rhums mis en bouteilles.

Des appellations deviennent douteuses et des origines sont complexes.

Un exemple qui ne demande qu’à être contredit par les producteurs s’ils le peuvent.

La marque de l’excellent Rhum Clément titulaire d’une AOC, a diversifié sa production en déclinant des variétés de Rhums particulières. Le « Grappe Blanche », le « Canne Bleue » de fort bonne facture et d’un prix évidemment supérieur au traditionnel 50° Clément.

Pourtant on retrouve un produit presque totalement similaire à ce « Canne bleue » même qualité olfactive, même goût plus léger qu’un traditionnel …) sous une marque « exclusive » de grand distributeur discount à un prix … Discount !

Pour des produits protégés par des AOC depuis quelques temps, les Rhums Martiniquais jouent un peu avec le feu et en eaux troubles …. Dommage pour la lisibilité de cet excellent produit.

Mais  cessons donc la polémique pour revenir à notre verre de Ti Punch.

Le mot Punch viendrait des Indes où il signifierait mélange de cinq ingrédients. C’est aux Anglais que l’on doit son introduction. Le Punch se boit tout au long du jour. Du décollage matinal à la fin de journée calme et sereine.

Attention le Décollage ( ou Rouvé yeux) n’a rien à voir avec celui d’un avion et ne symbolise pas le départ d’une nouvelle journée avec entrain. Non cela fait appel au décollage du « flume » ou voile qui obscurcit le fond de la gorge. On boit le rhum sec suivi d’un crasé (eau plate) ou cocoyage (eau de coco). Aujourd’hui certains parlent « d’amortisseur ».

A dix heures c’est le Didico, puis le Ti lagoute.
Il faut attendre midi (si l’on tient encore debout !) pour le CRS classique.

On le fera suivre d’un modeste Ti 5% ( blanc nature).

En fin de sieste (utile après tout ça …) un petit « Heure du Christ » (beaucoup pour nous, un peu pour le Christ) rappellera que le Rhum sert aussi de message symbolique et qu’il accompagne les offrandes et que quelque gouttes jetées au sol marqueront Respect pour les morts.

Le soir, un Ti Pape et un peu plus tard, un Pété Tête ou Pété Pied achèveront les plus robustes.

Il ne s’agit là que d’une illustration à ne pas suivre car le Rhum doit bien entendu être consommé avec modération ! C’est un plaisir pas un casse tête !

Vient évidemment le moment des choix sur les différents produits. Ces choix sont naturellement tout à fait personnels et n’engagent que celui qui les donne…

Quitte à faire sauter au plafond mes amis Guadeloupéens, il faut tout de même reconnaître que les tous meilleurs Rhums blancs sont Martiniquais.

Le Maître absolu serait peut-être le Neisson, qui est un Rhum « d’Homme » en cela qu’il est sec, raide en goût mais toujours fruité et solide. Viendraient juste derrière ce Roi des Rois, deux Princes des îles, deux Rhums plus ronds, plus délicats, aux senteurs très riches et douces, peut-être plus féminins que sont JM et Clément. Mais l’excellent Saint James les talonne de bien prés.

Depaz est un bon produit qui manque un peu de caractère. Bally reste sérieux. St Etienne peut surprendre par un goût marqué, peut être un peu rêche.

Viendrait ensuite notre Bologne guadeloupéen de qualité solide et régulière, fruité bien typé, c’est un excellent produit. Le 61° de Longueteau doit être goûté. Le Damoiseau est un bon Rhum mais trop variable en goût et couleur, il manque de stabilité dans sa qualité, ce qui est surprenant puisque la Distillerie Damoiseau est la plus moderne techniquement de toute la Caraïbe (preuve que l’homme et sa colonne à distiller reste indispensable !). Ensuite la liste est longue …
Pour les Rhums Vieux sans contestation possible c’est JM qui domine suivi de très très prés par les cuvées Homère Clément, Saint James et Neisson. (à gouter chez Neisson « l’Esprit de Rhum » titrant 70°, c’est un cœur de chauffe à peine dilué à déguster très lentement !)

Les Vieux Rhums Guadeloupéens demandent à être élevés à un niveau supérieur. Ce sont des produits un peu trop axés vers le commerce de grande distribution.

Ce choix tout personnel demande à être contesté, commenté, analysé par tous ceux qui auront supporté ces peut-être trop longues pages.

C’est tout volontairement que la vision « sociale » de la Canne et de l’esclavage a été laissée de côté. Ce n’était pas le sujet ici.
Mais cette Histoire du Rhum mérite toute notre attention, toute notre passion, notre amour des belles choses et du travail bien fait. Nos îles méritent de reprendre confiance en Elles, de re-positiver l’image qu’elles ont d’elles-mêmes et la fierté de produire le meilleur Rhum au monde pourrait y contribuer …

Ce texte n’est en aucune façon une publicité pour qui ou quoi que ce soit ! Encore moins une incitation à boire de l’alcool de façon immodérée. Il s’agit là d’une passion vive et sincère pour un monde, une culture, un univers qui reste fabuleux. Celui des Antilles, Terres de Rhums, Terres d’excellences !

 

 

    

Philipp.
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castets 24/07/2011 17:39



Bonjour Mr Boulogne,


Très heureux que ce magnifique article de Philipp sur le Tour du Rhum et sa poésie refasse surface, je l'avais râté.


Je note au passage son vibrant hommage à tous ces aventuriers simples, débrouillards, volontaires et opiniâtres autant qu'ingénieux qui se sont adaptés malgré les aléas, n'en doutons pas nombreux
!


Des gens aux capacités insoupçonnées qui ont façonnés l'environnement sous différentes lattitudes, c'était à signaler dans notre petit monde attentiste où le confort l'emporte sur la réflexion et
l'adaptation dans de nombreuses contrées et face aux difficultés nouvelles...


Nécessité fait loi est toujours d'actualité, il est temps pour tous de se réveiller, dans la droite ligne de nos ancêtres à qui nous devons sans compter.


Son décollage m'a remis en mémoire mon initiation au rhum en Guyane en 1969. Decollage (Le Madou) offert à 5 heures du matin par le Maire de la Commune de Tonnegrande (vieille route de Kourou)
alors complètement enclavée en forêt et joignable seulement par pirogue... 20 ans plus tard, j'ai pu constater qu'un magnifique enrobé de 7 km avait amené la civilisation et ses travers jusqu'à
sa porte.


Bonne journée dominicale.


castetsjj


 


 



Julien 23/07/2011 10:55



Bonjour.


Je voulais vous remercier pour ce bel article qui fut un réel plaisir a lire.


Que pensez vous de l'initiative lancée par le patron de Velier et qui a mene Gianni Capovilla jusqu'a la distilerie Bielle avec un alambic a repasse sous le bras, 


N'est ce pas la une des possibilité d'avenir du rhum? Un retour a des production a echelle plus réduite mais dans le respect du terroir (avez vous goûté le rhum rhum?) D'autres manières de faire
et un enthousiasme qui n'est ni entaché par la douloureuse histoire du rhum, ni par les luttes de pouvoir .



Jean-Claude 10/12/2009 08:21



Bonjour,
J'ai lu avec attention cet article sur le rhum car je suis très intéressé par le sujet. D'ailleurs, il y a quelques années déjà je vous ai rencontré peu après votre installation à
la tour surplombant la vue de la darse de Pointe-à-Pitre au sujet de l'étiquette Boulogne.
Dans l'ensemble, les faits rapportés sont exacts. Néanmoins, je relève quelques inexactitudes et ne partage pas tout à fait quelques appréciations relatives à la qualité des rhums guadeloupéens.
C'est exact que historiquement la Guadeloupe à souffert de la nécessité de faire transiter ses produits par Saint- Pierre de la Martinique, type de commerce qui a fait une renommée du
rhum de Martinique et permettre un foisonnement de marques illustrées par la mention origine Martinique sur les étiquettes alors que l'origine du produit était diversifié. Les
producteurs de Guadeloupe ont conservé une certaine idée d'être dominée par les rhums martiniquais alors que leur savoir faire, l'amélioration de la qualité, de la constance des résultats et
aussi la valeur délicate et gustative de leurs rhums ne cessaient d'évoluer. Présentement, se dessinent certains signent de changement. Tout pourrait être plus facile par un regroupement non
conflictuel des producteurs locaux, au moins pour la publicité ?


 


Contrairement aux rhums martiniquais, mis à part Neisson et probablement la Favorite (?), il s'agit de regroupements dominés par de gros
producteurs de spiritueux de la France métropolitaine. Beaucoup de marques disparues sont encore commercialisées suite à une mise en bouteille dans un nombre réduit
de distilleries avec transfert de gestion commerciale. La distribution de ces rhums est ainsi facilité car entrant dans l’important système de distribution des spiritueux en
métropole.


En Guadeloupe, avec encore une différence historique que je ne développe pas ici, les productions de rhums restent, heureusement peut-être, une
affaire de familles, chacune ayant développé une marque qui gagne en qualité. Les frais non groupés, sont ainsi plus difficiles à supporter. Néanmoins, la plus grande production reste le
rhum industriel (dit traditionnel actuellement) par la distillation des mélasses de Gardel et de Marie-Galante sous la férule d'un grand producteur européen également présent en
Martinique. Les rhums de l'île, sont de plus en plus excellents et il est toujours agréable de déguster un vieux rhum de Reimonneq ou des bons rhums blancs qui sont parfois meilleurs que
certains de la Martinique. Bien sûr, il y a des variations de goût individuel et la part pesante d'une tradition, surtout à l’extérieur de l’île. 
A préciser que les producteurs de Guadeloupe n'ont pas demandé l'AOC, donc ne pouvaient donc l'obtenir. Ils ont plutôt opté pour l'Appellation d'origine avec une mise en bouteille sur place. En
conséquence, la préparation nécessite la commande de bouteilles vides, leur emplissage à la distillerie et une expédition avec le produit réel. Le coût financier pour cette Appellation honnête
s'ajoute au prix final. Par contre, il est très étrange de constater que des rhums portant AOC Martinique sont mis en bouteille en Métropole ! C'est certain car l'indication de l'embouteilleur
est toujours précisée sur l'étiquette. Le contenu peut être aussi du rhum de Guadeloupe comme dans le passé ?
Par ailleurs, le rhum Charrette de la Réunion est du type industriel et non agricole, c'est pourquoi il est bien dit "traditionnel."


Je vous contacterai prochainement pour parler de ce sujet pour lequel je possède d'importants documents, dont certains sont inédits ou très peu
connus.


bayrhumron


 


 


Contrairement aux rhums martiniquais, mis à part Neisson et probablement la Favorite (?), il s'agit de regroupements dominés par
de gros producteurs de spiritueux de la France métropolitaine. Beaucoup de marques disparues sont encore commercialisées suite à une mise en bouteille dans un nombre réduit
de distilleries avec transfert de gestion commerciale. La distribution de ces rhums est ainsi facilité car entrant dans l’important système de distribution des spiritueux en
métropole.


En Guadeloupe, avec encore une différence historique que je ne développe pas ici, les productions de rhums restent, heureusement
peut-être, une affaire de familles, chacune ayant développé une marque qui gagne en qualité. Les frais non groupés, sont ainsi plus difficiles à supporter. Néanmoins, la plus grande
production reste le rhum industriel (dit traditionnel actuellement) par la distillation des mélasses de Gardel et de Marie-Galante sous la férule d'un grand producteur européen
également présent en Martinique. Les rhums de l'île, sont de plus en plus excellents et il est toujours agréable de déguster un vieux rhum de Reimonneq ou des bons rhums blancs qui sont
parfois meilleurs que certains de la Martinique. Bien sûr, il y a des variations de goût individuel et la part pesante d'une tradition, surtout à l’extérieur de l’île. 
A préciser que les producteurs de Guadeloupe n'ont pas demandé l'AOC, donc ne pouvaient donc l'obtenir. Ils ont plutôt opté pour l'Appellation d'origine avec une mise en bouteille sur place. En
conséquence, la préparation nécessite la commande de bouteilles vides, leur emplissage à la distillerie et une expédition avec le produit réel. Le coût financier pour cette Appellation honnête
s'ajoute au prix final. Par contre, il est très étrange de constater que des rhums portant AOC Martinique sont mis en bouteille en Métropole ! C'est certain car l'indication de l'embouteilleur
est toujours précisée sur l'étiquette. Le contenu peut être aussi du rhum de Guadeloupe comme dans le passé ?
Par ailleurs, le rhum Charrette de la Réunion est du type industriel et non agricole, c'est pourquoi il est bien dit "traditionnel."


Je vous contacterai prochainement pour parler de ce sujet pour lequel je possède d'importants documents, dont certains sont
inédits ou très peu connus.


Bayrhumron
 


pistone olivier 08/12/2009 16:12


Bonjour Mr Boulogne,je suis 1 collectionneur théme RHUM.Je travaille aussi sur 1 livre de recettes RHUM.J'ai bien aimé votre texte sur le RHUM,içi.Je souhaite sortir ce livre/objet en série limitée
pas + de 100 exemplaires.Je vous sollicitte içi pour savoir si vous avez des recettes RHUM rares en votre possession et si vous seriez d'accord pour 1 préface de quelques lignes pour cet
ouvrage?Dans 1 deuxiéme temps j'espére que ce livre sera demandé par 1 éditeur "classique".Auriez vous de dispo des étiquettes de ce RHUM Boulogne à échanger par ex?Salutations.Pistone olivier.


Mariette Levallon 02/12/2009 15:48


Quel bonheur de lire ce trés bon texte pleins d'infos passionnantes et qui donne fierté à nos îles. Cela fait du bien de passer à des choses positives.
c'est bien écrits, passionnant mais je ne connais pas les rhums
martiniquais car on les trouve pas ici. Dommage!
Merci Philipp, un vrai bonheur de vous lire


evelyne Testud 30/11/2009 22:50


Que tout cela est joliement écrit et instructif ! j'ai bien aimé lire ce long texte bien documenté et même que je croyais que le décollage c'était décoller du bon pied le matin. Une belle et bonne
façon de nous faire aimer notre pays aprés tant d'horreurs et de dégradations. Ne boudons pas notre plaisir aimons notre terre.