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Publié par Edouard Boulogne

Où l'inculture des énarques-technocrates du Quai d'Orsay, et leur démocratisme abstrait et mécanique, risquent de replonger le Mali dans la guerre civile, et dans l'horreur, comme avant la colonisation. Un historien, spécialiste de l'Afrique, et « autrement » cultivé, l'explique à qui VEUT comprendre.LS. 

 






Mali-carte.jpg

 

A Bamako, le  20 septembre dernier, François Hollande a peut-être parlé un peu vite quand, dans un bel élan d’optimisme, il déclara : « Nous avons gagné cette guerre. Nous avons chassé les terroristes ».

Le 26 septembre, moins d’une semaine plus tard, les milices nordistes (touareg et arabes) rompaient les « accords de Ouagadougou » ; signés au mois de juillet précédent ces derniers avaient permis à l’armée et à l’administration sudistes de reprendre pied au Nord. Le 29 septembre un attentat suicide revendiqué par AQMI ensanglanta Tombouctou et le 30, des affrontements armés opposèrent des Touareg du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad) à des soldats maliens. Au même moment, à Bamako, des militaires mutinés exigeaient  des promotions à l’image de celle obtenue par le capitaine putschiste Sanogo promu général de brigade par le nouveau président…

Le nuage islamiste repoussé vers le sud de la Libye,  le réel malien est donc vite réapparu. Tout le bénéfice de l’Opération Serval est-il donc perdu ?

 

Militairement, Serval fut pourtant une réussite, mais, comme il fallait hélas le craindre - et comme je l’avais annoncé -, la « relève » des militaires par le Quai d’Orsay a abouti à une catastrophe pour deux grandes raisons :

 

1) Mentalement englués dans leur impératif démocratique, les diplomates français en charge du dossier ont appliqué la recette qui, de la Libye à la Côte d’Ivoire a partout échoué dans les situations de crise, à savoir organiser des élections.

 

2) Les mêmes ne voulurent pas peser sur les Maliens afin de régler une fois pour toutes le problème de fond qui est celui de la question ethno-régionale.

 

Dans ces conditions, comme aux yeux de toutes les parties maliennes, le principal résultat de l’Opération Serval  est d’avoir permis aux Sudistes de réoccuper le nord Mali d’où les Nordistes les avaient chassés, les évènements négatifs vont donc s’additionner.

Comment éteindre ce foyer récurrent de troubles qui ne cesse de se rallumer depuis 1960 ?

 

Le cœur du problème sahélien et notamment malien est que, depuis la nuit des temps, Sudistes et Nordistes sont en rivalité pour le contrôle des zones intermédiaires situées entre le désert du nord et les savanes du sud. 

Plus au sud, à partir de la fin du XVIII° siècle, les royaumes animistes bambara subirent les razzia esclavagistes menées par les Maures  vivant dans le désert, à l’ouest des espaces touareg. Ils furent conquis, ravagés et islamisés. Or, toutes les populations nomades nordistes, Touareg, Maures, Arabes, mais aussi dans une large mesure Peuls, furent esclavagistes et puisèrent dans le « vivier humain » sudiste du Bilad al Sudan, le « pays des Noirs ». Les Sudistes gardent la mémoire de ces périodes dramatiques. La colonisation qui les sauva rassembla ensuite vainqueurs et vaincus, esclavagistes et razziés, nomades et sédentaires, dans les limites administratives du Soudan français. Avec l’indépendance, ce puzzle humain composé de Touareg, de Maures, de Peul, de Songhay, de Bambara, de Soninké et de  Malinké  devint le Mali. Les Touareg qui refusèrent d’être soumis aux Sudistes se soulevèrent à maintes reprises. Sur ce terreau se développèrent les trafiquants de toutes sortes, puis les islamistes prospérèrent.

 

Le vrai problème du Mali est donc celui de ses équilibres ethno-régionaux. La question touareg qui, au mois de janvier 2012, fut le déclencheur des évènements n’ayant pas été réglée, et le nouveau président, « IBK », n’ayant ni les moyens ni l’intention de le faire, elle se repose donc avec intensité.

Or, sans règlement du problème Nord-Sud, les guerres ne cesseront pas et c’est pourquoi, au lieu de la démocratie d’abord, c’est bien de la question ethnique d’abord qu’il faut parler. Mais un tel changement de paradigme ne peut être  pris en compte sans une profonde remise en question des dogmes démocratiques auxquels nos dirigeants sont soumis. Pourtant, l’utopie universaliste est ici d’autant plus crisogène que la variante africaine de la démocratie fondée sur le « one man, one vote » est d’abord une ethno-mathématique qui donne automatiquement le pouvoir aux plus nombreux, en l’occurrence les Sudistes, ce que les Nordistes, et pas seulement les Touareg, n’acceptent plus. Dans ces conditions, vouloir faire vivre dans le même Etat et selon les principes démocratiques reposant sur l’addition des votes individuels, les agriculteurs noirs sédentaires du Sud et les nomades berbères ou arabes du Nord, est une nuée dévastatrice des équilibres locaux et régionaux.

 

Cependant, comme le nord Mali, ou Azawad, n’est qu’en partie peuplé de Touareg et comme il existe en réalité trois Azawad, celui de l’ouest qui est Maure, celui de l’est qui est Touareg et celui du fleuve qui est à majorité Songhay et Peul, il ne peut donc être question de reconnaître aux seuls Touareg, lesquels sont de plus divisés socialement, politiquement et géographiquement, la possession de la totalité de l’Azawad.

La solution qui pourrait alors être envisagée serait celle d’une confédération malienne avec un Azawad composé de plusieurs régions. Mais de cela, les Sudistes ne veulent pas, continuant, contre toute évidence, à parler d’un Mali unitaire. L’erreur française fut ne pas avoir conditionné l’intervention militaire au préalable confédéral. Rien n’est donc réglé au Mali.

L’Opération Serval aura du moins servi à  tester les capacités d’adaptation et de réaction d’une armée française devenue la variable d’ajustement des déficits de l’Etat et dont les moyens sont continuellement rabotés.

 

Bernard Lugan

02/10/2013

 

 

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Ch.Etzol 04/10/2013 03:48


Cet article vient au bon moment pour rappeler certaines réalités africaines à ceux qui,parce qu'ils sont au pouvoir en France, se prennent pour des "faiseurs d'histoire",à commencer par celle de
leur propre pays pour faire retomber toutes les fautes sur ceux qui ne sont plus là pour répondre de leurs actes. Depuis des lustres nous subissons ce miroir déformant dans les cours d'histoire,
mais aussi aujourd'hui à la télévision.               Je suivais hier sur france 3 l'émission l'ombre d'un doute, sur la
région du Bordelais. Certes c'est une très belle région,montrée par les images et réputée pour ses vins, mais les commentaires "historiques" d'un autre en Bern(électroencéphalogramme
plat) m'ont paru navrants de bêtise et de contre-vérités, particulièrement sur la période de la royauté en France. Mais de quoi les rois de France ne seront-ils pas éternellement
coupables devant la "sainte" république?          Il serait trop long de tout développer mais par exemple,si l'esclavage et le commerce triangulaire
se sont développés,ce sont les rois de France qui y ont incité les bordelais et pour ainsi dire subventionné...Et puis les plus forts,ce n'était pas Bordeaux,c'était Nantes  (si ce n'est
toi, c'est donc ton frère!). Et bien sûr,la république,dans sa grande générosité,a libéré ces esclaves...mais les massacres et les noyades ( 90 prêtres pour ... commencer) de  Carrier à
Nantes, connais pas : je me trompe ou c'est du négationnisme?   Cet autre Stéphane peut assister à la cinéscénie qui illustre la "raclée" que les troupes fidèles au roi ont
administré, à la bataille de Castillon, au sieur Talbot,l'expédiant ad patres.  Il était récemment question de bourgeois sur le scrutateur.


J'aimerais dire que si les aigles,les tigres et autres prédateurs sont les symboles de diverses nations, celui des rois de France reste l'humble fleur de Lys. Ils n'étaient
pas parfaits,mais déjà écologistes : où est le Colbert d'aujourd'hui qui ferait planter des forêts pour les générations futures ?  Louis
XIV,tout absolu qu'il était,n'a pas non plus attendu Mme Bachelot pour faire appliquer le principe de précaution et éviter par des mesures sanitaires draconiennes que le fléau de la peste ne se
répande à partir des ports français comme la dernière, venant de Syrie et qui fit des ravages à Marseille et tout le sud-est de la France, au siècle dit "des Lumières". Tous les Bern et
bernés peuvent se renseigner sur l'action alors de Monseigneur Belsunce à Marseille.


Restons bons amis avec les anglais puisque le dernier prénom de Georges est Louis et qu'ils ont fait un film sans prétention mais émouvant pour des mélomanes, intitulé Quartet. Parmi d'anciens
ténors et divas à la retraite,toutes plus capricieuses les unes que les autres, se retrouvent un ancien chef d'orchestre et son épouse que la vie a séparés. Les grenouilles peuvent
toujours traverser The Channel pour venir goûter les vins français.


 

Yaduboulo 03/10/2013 23:11


Y'en a un qui arrêtera de faire son malien.