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Publié par Edouard Boulogne

Eric E.G. NOGARD

24, rue Osman Nadeau, Voie 3 Ravine-Vilaine, 97200 Fort-de-France – MARTINIQUE

Tél. : 0596798102    Port. : 0696856708   E-mail : eric.nogard@orange.fr

 

MARTINIQUE

PROVINCE

FRANÇAISE

                                                                                         Amie du Canada

                                                          

Fort-de-France, le 19 Mars 2011

 

Machine ! 

=====

 Autre-vue-de-Sainte-Marie.jpg 

( Ville de Sainte-Marie, à la Martinique ).

 

 


Il travaillait plus dur qu’une machine, de là son pseudonyme.

Qui ne l’appelait Machine. Tous on l’appelait Machine.

Et tout le monde trouvait son compte à l’appeler Machine.

A commencer par lui qui se réfugiait derrière ce pseudonyme.

 

N’étant pas Serviteur, il n’avait pas de Maître, Mais il était Jobbeur. Et sans être une honte, être Jobbeur n’était pas une Gloire pour la Famille. Et grâce au pseudonyme, le pas était franchi, on n’était plus la Honte des siens et dans la Famille, il n’y avait pas de Jobbeur !.. car le Jobbeur n’avait pas de NOM, son NOM était jeté dans l’oubli.

 

Sans Compter que « MACHINE », ça vous reste dans le crâne, ça vous dit quelque chose, on n’est pas MACHINE pour rien, qu’on soit machine à laver, machine à calculer, machine à coudre, machine à tout faire… une machine est une machine, ça sert à quelque chose et ça tient du prodige.

 

Or MACHINE savait tout faire, de façon surhumaine, sauf lire et écrire… car il manque toujours un ou deux pour faire la douzaine, à ce qu’on dit.

 

 

Toujours proprement vêtu, marchant à pas comptés, arpentant les rares rues de cette petite ville de la côte Nord-atlantique de la Martinique, ses mots étaient mesurés comme ses pas :

 

« Bonjou Missié, Bonjou Madam, Où pas busoin aïen, ki ku soit ça ou busoin, moins à serviss où ».

 

Et la demande lui pleuvait dessus comme flocons de neige au Canada, pas sous les Tropiques, cela va sans dire :

 

         « Machine, viens m’écailler du poisson ».

         « Machine, récure-moi le trottoir ».

         « Machine, va pour moi au Marché aux Légumes. »

         « Machine, porte-moi cette lettre à la Poste. »

         Machine va, Machine viens, Machine fais, Machine porte, Machine…

         Et, comme demandé, tout était fait comme à la machine, vite et bien.

 

 

Tout le Monde connaissait Machine, et Machine connaissait tout le Monde, il savait – même si son sens de l’obligation de réserve lui mettait des pinces à linge sur les lèvres – il savait de quel Monde était chacun.

 

 

C’est ainsi que mourut un Notable très considéré malgré son grand âge, pour avoir Commandé à tant de gens, grandes gens, petites gens, avec tant d’humanisme et de compréhension jusqu’au jour où ses vieux os l’obligèrent à rester au « dépôt », aîné de la Retraite à laquelle on a droit de nos jours.

 

Et, comme de juste, il ne vint à nul l’idée de faillir à l’obligation de présenter ses Hommages à la Veuve et ses Condoléances à la Famille du Défunt, au cours de la Veillée Mortuaire qui précède les Obsèques.

 

Comme il fallait le prévoir – et Machine ne s’y trompa pas – chacun, chaque groupe le fit à sa façon.

 

 

Machine s’affaira par-ci, par là, partout, et surtout dans la Cour, une vaste et profonde cour qui donnait sur la Plage.

 

         « Mais que fais-tu là Machine… A quoi bon t’évertuer… »

 

         « Quitté moin faî Zaffai moin, moin Sav ça moin ka faî. »

 

         « Soit… »

 

Et Machine fit ses affaires, sachant ce qu’il faisait, et vint le soir, et vint l’heure de la veillée.

 

Et Machine assura le Service d’Ordre, il guida tout ce monde… une foule.

Une foule venue de partout, du plus loin, de tous les Horizons.

 

Et Machine plaça confortablement les Coutumiers des Veillées Paysannes au fond de la Cour, avec tables copieusement garnies de poulets rôtis, de bouillon de bœuf, de vins et d’alcools, sans oublier jeux de Domino, de cartes, dont ils usèrent toute la nuit en déclamant leurs Contes, leur Titim, leur bois sec, comme dans leurs Mornes, sans le moindre dépaysement.

 

Les représentants de la Famille leur rendirent visite et acceptèrent leurs Condoléances.

 

Quant aux autres, dans leur recueillement, ils acceptèrent qui une tasse de thé, qui un petit café ou un bouillon, qui un alcool ou un jus dans un silence de Catacombes.

 

 

Cette Veillée Mortuaire fit date, elle portait la Griffe de Machine, un humble Jobbeur, mais un Jobbeur qui n’ignorait ni La Fontaine ni ses Principes, un Jobbeur qui savait tout autant que ses donneurs d’ordres,

 

Qu’en ce Monde où nous sommes tous, à chaque Monde sa Place, sans hermétisme ni arrogance ni le moindre mépris…

 

A chaque Monde sa place, selon sa Culture, selon la Civilisation qui lui convient le mieux.

 

Ne sommes-nous pas tous de ce Monde?

Mais à chacun le sien.

 

Eric E.G. NOGARD

 

 

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