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Publié par Edouard Boulogne

C'est la lecture du site d'un ami sur facebook qui me donne l'idée de l'article de ce soir 25 juillet. Il cite le célèbre sage Indien Gandhi, le Mahatma ( littéralement « la grande âme » ).

Gandhi, fait partie de ceux qui sont davantage évoqués que lu. Une part de sa célébrité provient de la montée de l'anti occidentalisme qui s'est développé depuis la première guerre mondiale, et s'est accentué après la seconde.

L'Europe depuis le 17 ème siècle étendit sa puissance et sa civilisation sur la quasi totalité du globe.

Quand elle entreprit ses guerres intra européennes, suicidaires, ( les deux guerres mondiales ) les admirateurs et flagorneurs d'hier relevèrent leurs têtes, parfois justement, parfois pour de mauvaises raisons, et souvent avec insolence.

Faut-il ranger Gandhi parmi ces vils opportunistes, qui, sous des prétextes divers, ( la justice, les libérations nationales, la lutte pour la résurgences des cultures « opprimées », etc ) se répandirent à travers le monde, par le moyen de certaines institutions internationales pompeusement qualifiées d'humanistes, de bienfaitrices de l'humanité, etc?

Je ne le crois pas.

J'ai connu le grand Indien très jeune, dès l'âge de 15 ans, en 1957.

A cette époque, à l'école, je m'intéressais, à la littérature, à l'histoire, à la poésie, et même à la philosophie ( autant que peut s'intéresser à la philosophie un garçon de 15 ans ), et très peu, ( hélas! et je le regrette très fort, aux mathématiques ou à la physique ).

C'est ainsi qu'à la petite librairie Intellect, qui se nichait rue Schoelscher, à Pointe-à-Pitre, admirablement gérée sur le plan littéraire, par une femme cultivée et aimable, ( qui me fit cadeau d'un petit livre fort rare du jeune lieutenant Napoléon Bonaparte, Le Souper de Beaucaire, écrit dès 1793, avant la chute de Robespierre ), à cette librairie donc, j'achetai, et lus aussitôt le livre de Gandhi Leur civilisation et notre délivrance. ( Denoël ).

Ce livre me passionna, tout en suscitant en moi, de nombreuses objections, que je ne pris pas pourtant, même à l'époque, comme des raisons de rejeter le Mahatma dans les ténèbres de l'enfer.

J'ai repris ce livre, ce soir, aiguillonné par mon ami de facebook.

Et je dois dire que certaines de mes critiques du grand homme, 56 ans après, me paraissent toujours acceptables.

Gandhi est incontestablement une personnalité forte. De lui émane un rayonnement, qu'en notre temps de détresse matérialiste, on ne saurait négliger, repousser sans réfléchir.

Mais il faut le lire, et ne pas se contenter du brouet frelaté qu'en offrent les manipulateurs actuels, prétendument « progressistes ». Cette lecture, chez un esprit non dépourvu de jugement et de capacité critique, lui rendra justice. Je veux dire : reconnaîtra sa grandeur, mais aussi ses limites. Une fois répudié l'anti européisme bêêête, qui est le fait de gens que nous ne connaissons que trop, parmi lesquels des européens masochistes, il est permis de se demander si notre Mahatma, n'est pas parfois réactionnaire ( au mauvais sens de ce terme ).

Je ne voudrais pas m'étendre aujourd'hui davantage sur cette question.

Mais je vous propose pour y réfléchir quelques textes substantiels du livre que j'ai évoqué.

Par certains côtés j'y adhère, par d'autres je renâcle fortement.

A vous de juger.

 

INTERIM.

 






Gandhi-Leur-vivilisation-et-notre-delivrance-.jpg

( I ) Extrait de la préface de l'ouvrage par Lanza del Vasto.

 

( Lanza del Vasto, fut un penseur, écrivain français, d'origine portugaise, grand admirateur de Gandhi, et qui eut une oeuvre propre, assez considérable, dont le titre le plus connu est Le retour aux sources. Il fut partisan d'une synthèse entre le christianisme et l'hindouisme tel que l'interprétait Gandhi. Le texte ci-dessous est extrait de l'introduction à Leur civilisation et notre délivrance. ).

 

Qui, s'exclame Lanza del Vasto, nous apportera le salut?

 

« Est-ce vous les Politiciens, les Ministres, les Gou­verneurs ?

Je ne vois que des marionnettes et je vois les ficelles qui les manœuvrent : les intérêts, les opinions, les transactions et les intrigues.

Ils représentent le peuple comme les marionnettes représentent des personnages.

Comment l'ignorance du grand nombre, la folie des foules et la loterie du vote produiront-elles la sagesse, la dignité, l'indépendance du maître? Les dirigeants étant dirigés par ceux qu'ils dirigent, il n'y a pas de direction, de droit ni de droiture.

Alors les maîtres, les hommes libres, est-ce vous les rares riches qui dans cette ruche n'avez d'autre fonc­tion que de goûter les bonnes choses de la vie comme si vous étiez le suprême aboutissement et la fleur de ce monde ?

Si libre est celui qui fait ce qu'il veut, quelle peut être la liberté de ceux qui n'ont rien à faire et dont les moindres caprices sont si vite accomplis qu'ils trouvent difficilement quelque chose à vouloir. Ils ne peuvent que subir l'exigence de leur état qui est de jouir sans relâche. Mais le désir outre mesure comblé est dégoût et le plaisir continuel, ennui. Ils en sont réduits à boire sans soif, à manger en se souhaitant un appétit qui manque, à jouer à l'amour sans amour, à suer au golf pour se reposer du repos, à voyager sans but et parce que leur bonheur se trouve toujours ail­leurs, à lire pour se distraire et se vider de toute pensée, à bâiller au bal et au théâtre. Et sans doute, un jour ils se tueront, n'ayant trouvé d'autre issue à l'extrême misère de n'avoir pas de raison d'être.

Voilà, au centre du tourbillon, le vide qui s'appelle vanité ». ( cette pensée de l'auteur est fort semblable à celle d'un christianisme bien vécu. Note du scrutateur ).

 

Lanza del Vasto.

 

 

( II ) La civilisation :( selon Gandhi ).

 

 

« Voyons tout d'abord quel est l'état de choses que sous-entend le mot « civilisation ». Un point est certain : les gens qui la subissent font, du bien-être maté­riel, le principal objet de leur vie. Prenons quelques exemples. Les peuples d'Europe sont beaucoup mieux logés qu'il y a une cen­taine d'années. On considère cela comme la marque même de la civilisation et ce pro­grès contribue au bonheur matériel. Autrefois, on se vêtait de peaux de bêtes, et comme

armes on employait des lances. Maintenant, on porte des pantalons longs, l'on se pare de toutes sortes de vêtements, et les lances ont été remplacées par des revolvers à chargeurs contenant cinq balles ou davantage. Si les habitants d'un pays où l'on ne porte que peu de vêtements, de chaussures, se mettent à s'habiller à l'européenne, on considère qu'ils ont passé de la sauvagerie à la civilisation [Autrefois, en Europe, le travail de la terre se faisait à la main. Maintenant un homme peut à lui seul labourer de vastes terrains au moyen de machines motorisées, et amasser ainsi de grandes richesses. C'est ce que l'on appelle un signe de civilisation] Autrefois, quelques hommes seulement écrivaient des livres de valeur. De nos jours, tout le monde écrit et publie n'importe quoi, et l'on empoisonne ainsi l'esprit des gens. Autrefois, on voyageait dans des charrettes. Maintenant on se déplace dans les airs, et l'on couvre des centaines de kilomètres par jour. Tout cela est considéré comme le sommet de la civilisation. On pré­voit d'atteindre des vitesses de plus en plus grandes et de pouvoir, en quelques heures se trouver dans n'importe quelle partie du globe. Les hommes n'auront plus besoin de leurs mains ni de leurs pieds. Ils presseront sur un bouton, et leurs vêtements se poseront devant eux. Ils presseront sur un autre bouton pouravoir leur journal. Sur un troisième, et une voiture viendra les prendre. Ils auront à dis­position tout un assortiment de plats fine­ment préparés. Tout cela sera fait par des machines. Autrefois, lorsque les gens vou­laient se battre, ils se mesuraient dans des corps-à-corps. Maintenant, un seul homme peut, avec sa mitraillette, abattre des milliers de gens. C'est la civilisation. Autrefois, lors­que les hommes travaillaient en plein air, ils y restaient le temps qu'ils voulaient. Aujour­d'hui, des milliers d'ouvriers sont requis pour faire marcher les usines ou pour travailler dans les mines, et leur condition est pire que celle des bêtes. Au péril de leur vie, et pour le seul bénéfice de millionnaires, ils sont employés aux plus dangereux travaux. Autre­fois, les hommes étaient réduits en esclavage par une contrainte physique. Maintenant ils le sont par la tentation que représente l'argent et tout ce qu'il permet d'acquérir. De nos jours, il existe des maladies que l'on n'aurait jamais imaginées autrefois, et qui demandent une armée de docteurs à la recherche des remèdes correspondants, et une forte aug­mentation des hôpitaux. C'est encore un résultat de la civilisation Autrefois, l'envoi d'une lettre exigeait une grande dépense, et un messager spécial était chargé du trans­port ; aujourd'hui, n'importe qui peut insulter son voisin par lettre pour la modeste somme d'un penny. Il est vrai que pour la même somme on peut aussi envoyer des remerciements. Autrefois, les gens étaient nourris par deux ou trois repas composés de pain qu'ils avaient fabriqué eux-mêmes et de légumes ; maintenant, ils veulent manger toutes les deux heures, et trouvent à peine le temps de faire autre chose. Que puis-je vous dire de plus? Tout ce que je vous dis vous sera confirmé par bien des ouvrages autori­sés, car ce sont les véritables résultats de la civilisation. Et celui qui vous dit le contraire est un ignorant. Cette civilisation ne tient compte ni de la morale ni de la religion ; ses adeptes déclarent calmement que leur travail n'est pas d'enseigner la religion. Plusieurs d'entre eux même disent de celle-ci qu'elle n'est qu'une croyance superstitieuse. D'autres se cachent sous le masque de la religion pour parler de morale. Mais vingt années d'expé­rience m'ont appris que la morale enseignée cache souvent une grande immoralité. Même un enfant le verrait : dans tout ce que je viens de vous décrire rien n'incite à se confor­mer à la morale. La civilisation, qui cherche à augmenter le bien-être matériel, échoue misé­rablement même dans ce domaine-là.

Cette civilisation est l'irréligion même, et son empire est tel sur les Européens que ceux

qui le subissent nous paraissent à moitié fous. Ils n'ont ni force physique ni courage. Ils se saoulent pour se donner quelque énergie. Ils ont bien de la peine à être heureux dans la solitude. Les femmes, qui devraient être les reines du logis, errent dans les rues, ou s'épuisent dans des usines. Pour gagner un maigre salaire, un demi-million de femmes anglaises travaillent en fabrique ou en usine dans des conditions très pénibles. Ce terrible état de choses est une des causes de la cons­tante augmentation du mouvement des suffra­gettes.

Cette civilisation est telle qu'il nous suffit d'attendre avec patience qu'elle se détruise elle-même. Selon l'enseignement de Maho­met, il s'agit là d'une civilisation satanique. L'Hindouisme l'appelle l'Age Noir. Je n'ar­rive pas à vous en donner véritablement la notion, niais elle se nourrit de la force vitale même de la nation anglaise, et il faut la fuir. } Les parlements sont l'emblème même de l'esclavage. (Si vous voulez bien y réfléchir, vous acquerrez la même opinion et vous ces­serez de blâmer les Anglais. Ils méritent plu­tôt notre sympathie. C'est un peuple clair­voyant, c'est pourquoi je crois qu'il saura se débarrasser de ce mal. Il est actif et entrepre­nant, et sa manière de penser n'est pas natu­rellement immorale, il a plutôt bon cœur.

C'est pourquoi je le respecte./La civilisation n'est pas une maladie incurable, mais il ne nous faut jamais perdre de vue que le peuple anglais en est affligé en ce moment ». ( 1938. Note du Scrutateur ).

 

Gandhi.

( Leur civilisation et notre délivrance. PP 68 à 73 ).

 

Note du Scrutateur : Le texte que l'on vient de lire, est intéressant. Pour qui est capable de prendre quelque distance avec l'idéologie moderne ( mondialisme, matérialisme consumériste, etc. ), Gandhi énonce plusieurs vérités aveuglantes. Mais, par certains côtés sa pensée n'est-elle pas contestable, réactionnaire. Par exemple, faudrait-il, à cause de certains abus, rejeter tous les progrès de la médecine moderne ( venue d'occident ) Les lépreux, des milliers, en Guadeloupe dans les années 1950 encore, n'auraient certainement pas été d'accord. J'arrête mes observations à celle-ci. Mais il y en aurait tant d'autres à faire. Je leisse le soin au lecteur de les formuler lui-même . LS.

 

 

( III ) La Chasteté :

 

( Ceux qui connaissent le Scrutateur l'imagineront, sélectionnant ce passage, avec une certaine malice dans le regard ( un malice certaine ), et un petit sourire en coin ( PSC, au lieu du ridicule « lol »! ). ….Ils n'ont pas tort. Et ceci en général. Pas seulement parce que nous sommes aux Antilles, avec la chaleur de notre tempérament ).

 

« La chasteté est l'une des plus grandes dis­ciplines, hors de laquelle l'esprit ne peut atteindre la fermeté nécessaire. L'homme qui ne la pratique pas perd sa force virile, il s'amollit et devient lâche. Celui qui s'adonne aux passions charnelles ne peut fournir de grand effort ; d'innombrables exemples le prouvent. La question qui se pose tout natu­rellement alors, est celle de la conduite des gens mariés ; cependant il n'y a là aucun problème. Lorsque mari et femme donnent libre cours à leurs passions, ils sont aussi complaisants que d'autres envers leurs ins­tincts animaux. Sauf pour perpétuer la race, cela est interdit. Mais celui qui fait de la résistance passive ne désire même pas avoir de descendance. Aussi un homme marié peut-il observer la chasteté absolue. Je ne puis m'étendre plus longuement sur ce sujet. Plu­sieurs questions se posent : comment peut-on entraîner sa femme dans cette voie-là ? quels sont ses droits ? Et pourtant, ceux qui veulent participer à une œuvre grandiose sont obligés de résoudre ces problèmes.

De même que la chasteté est nécessaire, la pauvreté l'est aussi. L'ambition pécuniaire et la résistance passive ne vont guère ensemble. Cela ne veut pas dire que ceux qui possèdent de l'argent sont tenus de le jeter, mais bien de le considérer avec indifférence. Ils doivent être prêts à perdre jusqu'à leur dernier sou plutôt que d'abandonner la résistance pas­sive.

 

Gandhi

Idem : PP. 148 et 149.

Je ne formulerai pas d'objections au sujet de ce texte. Non qu'il n'y en ait pas à faire. Mais, j'ai lieu de supposer que le lecteur n'aura pas besoin de mes doutes pour formuler les siens, ni d'ailleurs de mes approbations !!LS. 

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Ch.ETZOL 28/07/2013 02:48


Après les réunions du cercle Saint-Exypéry,j'ai entendu parler de Lanza del Vasto en métropole pendant mes études. Il avait fondé une communauté en Ardêche,qui s'appelait "l'arche" si je ne
me trompe. J'avais pu suivre une passionnante discussion avec Jacques Chancel à l'émission RADIOSCOPIE (Quel dommage que de telles émissions n'existent plus!). A l'époque,il essayait de vivre
au  plus près de la nature, sans les commodités techniques de la "civilisation". Je ne sais plus si c'était aussi la période et la mode des"chemins de Katmandou" où beucoup r
partaitent se ressourcer


Mais je me souviens que Chancel lui avait fait remarquer que bien que Lanza soit opposé à ces techniques,il lui était bien utile d'utiliser la radio et la télévision pour développer sa
pensée. et la faire connaître. Lui-même avait alors reconnu que dans sa présence à l'émission,il y avait une part de
contradiction.                                                 
Ch.ETZOL