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Publié par Edouard Boulogne

Lettre d'un soldat français en Afghanistan.

 

 

20080904Soldats.jpg

 

 

( Un lecteur me communique, en commentaire à un article du Scrutateur, ce document que je publie sans hésiter en article, à part entière. Je le publie pour sa pertinence, et je dirai la grandeur d'âme qu'il dénote chez ce jeune officier français dans nos années de troubles plus intellectuels et moraux, encore que social, ce dernier domaine dépendant pour une part importante du mental.

En lisant ce témoignage, et cette exhortation, une belle pensée de Charles péguy m'est revenue en mémoire. Je l'avais notée sur un de mes "carnets" d'adolescent, en... 1960. la voici. Eternelle actualité des grandes pensées.

 

" C'est un Auguste, un César qui fait la quantité de terre temporelle où un Virgile peut se faire entendre, où un Virgile n'est pas mort, ou un Virgile peut espérer une temporelle immortalité spirituelle".

 

Cette pensée demande certes à être méditée pour être bien comprise. Je vous en laisse le soin. Il faut prendre son temps. Mais toute l'activité ( certes minuscule; mais David vainquit Goliath!) de ce blog n'a de sens que dans la perspective du combat pour le maintien, -à défaut de la victoire définitive-, de la vie de l'esprit dans la civilisation, c'est à dire de ce qui est symbolisé ici par Virgile. EB).

 

 

 

Bonjour Monsieur Boulogne,


Je vous confie ce texte car je sais, pour vous lire au quotidien, que vous en ferez l'usage qu'il mérite, par avance merci !


L'info, l'évènement, la réalité des faits, pourquoi tant d'à peu près sans aucun risque pour la majorité des journalistes qui ne vont pas au contact !!!


Que leur opposer si ce n'est la vérité toute crue comme le courrier d'un frère d'Armes que je me permets de relayer en réponse aux scoops, à l'approximation et à l'orientation des faits présentés
dans les médias.


Ce courrier met aussi en lumière, l'abnégation et le don de soi de nombreux étrangers qui s'intègrent à la France via les Armées en intégrant toutes nos valeurs y compris le sacrifice suprême
puisque c'est leur vocation... à méditer dans ces périodes de doutes, de morsosité et de campagnes de démoralisation orchestrées pour notre plus grand malheur...


Médisez, médisez, il en restera toujours quelque chose !!!



11 avril 2010
Lettre du Fils de Jean de COINTET, capitaine commandant une compagnie du 2ème REP en Afghanistan, à loccasion du légionnaire tué cette semaine.
Supplique à un ami journaliste

Cher ami,

La nouvelle tombe dans les media aussi vite qu’Hutnik est lui-même tombé. C’est le droit à l’information. La France doit savoir que meurent ses enfants, même s’ils le sont d’adoption, comme lui, Slovaque.
Tu le sais, je ne suis pas journaliste mais soldat. Je ne suis pas un professionnel de la communication comme toi. J’ai peu appris à relayer des informations d’une telle portée. C’est pourquoi il
faut que tu m’aides. Il faut que tu m’aides, car j’ai le sentiment que dans la précipitation du spectaculaire, on le tue une deuxième fois. J’ai l’impression qu’on bafoue son patient travail avec
son bataillon depuis trois mois – et pour lequel il est mort.
J’ai besoin que tu m’aides à faire sentir ce qui se passe réellement ici, à faire comprendre ce qui justifie que je laisse ma femme et mes enfants le long temps de cette mission. Que tu m’aides à
proclamer que malgré sa mort ce n’est pas un échec. Que tu m’aides… plutôt que tu l’aides…

Hier après-midi, Hutnik a bravement accompli son devoir, sa mission jusqu’au bout, en bon légionnaire. Ce matin, le poste annonce : « un soldat français du 2ème Régiment étranger de parachutistes
est tombé dans la vallée de Tagab en Kapisa, région où les Taliban sont toujours plus virulents ». Voilà. Ces derniers ont gagné. A la face du monde ils sont les puissants, incontrôlables et
vainqueurs.

Mais en fait, s’est-on interrogé sur ce qu’il se passe réellement dans la basse vallée de Tagab ? Ce sud Tagab où aucun occidental ne pouvait passer sans de sérieux accrochages. Ce sud Tagab où
deux de tes confrères ont été, il y a cent jours, enlevés. Ce sud Tagab que notre armement permettrait de mettre à feu et à sang.
Au contraire, Hutnik et ses camarades ont réussi l’incroyable pari de s’implanter dans la zone, d’y rester, sans heurts, d’y acquérir, progressivement, la confiance de la population, de confier,
petit à petit, sa sécurité à l’armée Afghane plutôt que française. A quel prix ? Celui d’une stricte discipline au feu, d’une retenue des coups portés. Celui d’un certain dédain du danger, de ne
pas répondre systématiquement et de manière aveugle. Accuser le choc, ne frapper que lorsqu’on est certain, cogner peu, mais taper à coup sûr, fort et ciblé, seulement alors qu’on l’a décidé.
Etre sûr pour garder la main, préférer le feu rare mais précis, neutraliser seul celui qui nous tire dessus, en être persuadé et l’accepter.
Ce travail de mesure, de patience d’un Hutnik rongeant son frein à force d’encaisser paie. Les femmes et les enfants, les hommes eux-mêmes, constatent que les seuls coups assenés ne tombent que
contre les vrais adversaires. Ils voient nos troupes sans volonté de détruire, maîtresses de leur force.
Alors qu’elle trouvait hier des combattants, Tagab l’insoumise cherche à présent son développement. Le travail du soldat est loin d’être terminé : il faut remonter plus au Nord vers ses camarades
de l’autre groupement français, poursuivre son patient travail de pacification.

Derniers tirs sporadiques, Hutnik tombe. Hutnik tombe sous les tirs des derniers groupes insurgés présents. Hutnik tombe car les Taliban sont justement de moins en moins virulents.

Aussi, aide-moi à honorer la mémoire de cet ardent légionnaire. Qu’on ne gâche pas sa dernière tâche, qu’on ne gâche pas sa mort. Qu’on n’offre pas une victoire de communication à l’adversaire
fébrile. Au contraire, avec tes confrères, appuyez le dernier combat d’Hutnik. Aidez cette population qui désormais, d’elle-même, dénonce l’insurgé. Je vous en conjure, parlez des projets d’essor
qui peuvent et doivent être proposés au sud Tagab, évoquez la culture du safran qui pourrait remplacer celle du pavot, venez compléter l’œuvre de pacification par celle du développement…

… et laissez à Hutnik les fruits de son travail.

Augustin

à Tora, le 09 avril 2010



 

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Commenter cet article

Claude HOUEL 14/05/2010 23:46



Combien cette photo là aurait plus mérité la  place d'honneur,du concours organisé par la fnac de Nice,en remplacement de l'autre,insultante pour le soldat Hutnik et ses camarades morts
au combat.


Chacun vénère les héros qu'il peut!



Dissident 14/05/2010 18:02



"région où les Taliban sont toujours plus virulents ".
C'est là que le mensonge journalistique se situe. Ce journaleux, qui est passé depuis longtemps en mode automatique, insinue que les Talibans
seront de plus en plus virulents dans cette région, donc que de plus en plus de soldats français seront descendus par là-bas. Si bien qu’il n’y a rien à faire pour arrêter les exactions de ces
gens-là, et même, que c’est la présence française qui fait que ces bons samaritains de Talibans désormais irrités, virulent de plus en plus méchamment et comme des poux enragés. Le journaliste
niaiseux est tellement formaté dans l’anticolonialisme, que cet abruti ne prend même plus la peine de se renseigner : le mec commente l’information en automatique à travers son prisme
idéologique automatique. L’officier de Légion dit exactement le contraire, la pacification de la région avance et les Talibans se dégonflent. Il est évident que ce n’est pas ce journaliste marron
et à deux balles qu’il faut croire, mais plutôt cet officier qui lui a tout à perdre y compris sa vie, quand l’autre, le journaleux, sa bafouille à peine postillonnée, ira s’envoyer bien
tranquillement un p’ti blanc derrière la cravate au bar du coin. Il y sera bien en sécurité et bien au chaud le cuistre besogneux. Voilà, depuis l’historique « c’est vachement bien, la
déportation de la population de Phnom Penh par Pol Pot » lancée par Le Monde, on continue de plus belle - et sans vergogne !- à faire dans le prêt-à-penser mensonger dans ce métier.