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Publié par Edouard Boulogne

Bouffons-de-la-Gauche.jpg

Le vaste projet de conditionnement des esprits par la gauche française, depuis maintenant plus de trente ans se poursuit de façon accélérée depuis que ces messieurs sont au pouvoir, et détiennent pratiquement tous les leviers de commandement.

Leur projet, inepte sur le plan économique, comme le révèlent crûment les résultats catastrophiques dont nous souffrons, est, sur le plan culturel d'éradiquer toutes les valeurs, croyances et racines qui nous viennent de 1500 ans d'histoire, pour transformer le peuple français en un troupeau de larves dociles. Même l'humour est embrigadé dans cette vaste entreprise de dénaturation nationale, comme le souligne ce remarquable article de Fabrice Madouas dans le plus récent numéro de Valeurs Actuelles l'un des organes les plus remarquables de la résistance à la décadence.

La droite a mieux à faire que de se diviser en de ridicules querelles de chefs, face à un danger mortel. LS.

 

http://www.valeursactuelles.com/politique/bouffons-gauche20121206.html

Les bouffons de la gauche

Par : Fabrice Madouas

 



Humoristes. On les entend partout et tout le temps. Ils commentent l’actualité, livrent leurs analyses. Ce sont les servants de la morale “bobo”. Enquête sur des comiques pas drôles.

Ils n’apparaissaient naguère que dans les émissions de variétés, entre Tatayet, le ventriloque, et Rémy Bricka, l’homme-orchestre. Les plus talentueux (Pierre Desproges, Thierry LeLuron) avaient droit à leur minute, celle de Monsieur Cyclopède, ou remplissaient les salles de spectacle. On les aimait – ou pas – mais enfin, on les choisissait, ils ne s’imposaient pas et n’avaient pas d’autre ambition que de nous amuser. Cette époque-là, celle du rire sans emphase ni prétention, mais aussi celle des mots d’esprit, cette époque est révolue. La grosse machine du rire s’est mise en marche et l’on ne peut en réchapper à moins de vivre en ermite. Les “humoristes” – car il s’agit d’eux et non des chansonniers, dont les traits nous ont toujours enchantés – sont partout, et surtout partout où ils n’étaient pas : matin, midi et soir, comme une drogue qu’il nous faudrait ingurgiter, ils s’emploient à commenter l’information. À la radio dont ils ont envahi les “matinales”, dans les journaux qui nous proposent leurs chroniques, à la télévision dont ils occupent les plateaux et les talk-shows avant 20 heures et bien après.

Non sans talent pour certains : Nicolas Canteloup et Laurent Gerra – servis par une équipe de gagmen astucieux – n’en manquent pas, même s’ils tapent souvent sous la ceinture. Mais d’autres, qui se piquent d’esprit, sont plus laborieux et beaucoup moins drôles : Sophia Aram, par exemple, ou Nicolas Bedos – le fils de Guy. Encore échappe-t-on désormais à Stéphane Guillon et Didier Porte, qui officiaient sur France Inter avant d’être remerciés en juin 2010.

« Les humoristes aujourd’hui foisonnent, leurs saillies font florès, et sont légion ceux qu’elles cueillent de bon matin, les quelques millions de Français réveillés par l’inévitable “gondolade” radiophonique », résume le philosophe François L’Yvonnet, qui leur consacre un pamphlet, Homo comicus (lire notre entretien page 18). De cette république du rire, nos comiques ne sont plus les bouffons mais les princes – ou les petits marquis, c’est selon. Car ce sont devenus gens sérieux que ces humoristes « parlant gravement d’eux-mêmes et de la corporation. S’ils n’existaient pas, il faudrait les inventer, sauf à vouloir précipiter la disparition de la sacro-sainte liberté d’expression dont ils seraient l’actuelle incarnation », poursuit L’Yvonnet. « Je ne suis pas un comique, disait Guy Bedos, je suis un satiriste. » L’esprit de sérieux s’est emparé de nos amuseurs.

Comment expliquer cette invasion, et de quand date cette prétention ? Sans doute faut-il remonter à Coluche pour s’en faire une idée. La figure du comique se confond désormais avec celle du saint laïc, et l’on célèbre chaque année son oeuvre philanthropique, les Restos du coeur. C’est à peine si l’on se rappelle qu’il faillit se présenter à l’élection présidentielle en 1981.

Le candidat “Bleu, blanc, merde” (c’était son slogan) brigue alors le suffrage des minorités (« les fainéants, les crasseux, les drogués, les alcooliques, les pédés… », précise-t-il sur une affiche) car « les minorités ajoutées les unes aux autres, ça fait quoi ? Je vous le donne en mille, Émile : ça fait la majorité ! ». Les rieurs sont de son côté, certains philosophes aussi : Gilles Deleuze et Pierre Bourdieu le soutiennent. « Avant moi, la France était coupée en deux. Maintenant, elle sera pliée en quatre ! », claironne-t-il avant de retirer sa candidature, quelques semaines seulement avant le premier tour. Mais Coluche n’était encore qu’un franc-tireur. Il ne prétendait pas faire école. Il fallait un média puissant pour diffuser dans la société l’esprit libertaire imbibant le microcosme culturel.

L’étape est franchie quand est créée la première chaîne de télévision privée, Canal Plus, dont bien des animateurs vont ensuite s’inspirer. Diffusées chaque soir vers 20 heures, les saynètes des Guignols de l’info tournent vite au jeu de massacre politique (lire page 17). Ils sont la matrice d’un rire que nos nouveaux humoristes et leurs nombreux disciples pratiquent aujourd’hui par conformisme. « La dérision contemporaine campe dans l’insolence, mais la posture est sans conséquence, souligne Jean-Claude Guillebaud dans Une autre vie est possible (L’Iconoclaste). Il est commode de rire du curé, du pape ou du rabbin, du politique ou du juge, du policier, du préfet ou du prof. Ce sont des cibles fragiles sur lesquelles chacun peut tirer sans péril. » Il y a quelque chose de nihiliste dans cet humour tous azimuts.

Fille d’une ex-adjointe au maire de Trappes, Sophia Aram, 39 ans, a commencé sa carrière sur les planches. Son premier spectacle, Du plomb dans la tête, mettait en scène une cellule de soutien psychologique après le suicide d’une institutrice de maternelle. Le second, Crise de foi, nous promène « dans le monde délirant » des trois religions monothéistes : « Ce n’est plus un thème, c’est une kermesse, il suffit de se pencher pour trouver de quoi rire », dit-elle. Sur France Inter, Sophia Aram semble avoir mis tout son talent non dans les mots qu’elle prononce mais dans sa diction sucrée, plutôt agréable à écouter. Mais suffit-il de traiter les électeurs du Front national de “gros cons”, même d’une voix acidulée, pour faire preuve d’impertinence ? Ou de défendre le mariage homosexuel en suggérant que ses adversaires sont homophobes pour être spirituel ?

Quand Nicolas Bedos, que les téléspectateurs ont découvert sur France 2, compare la France à « une bourgade moyenâgeuse qu’un VRP cocaïné [Nicolas Sarkozy] s’est payée à coup de pub pour en foutre plein la vue à une chanteuse de variétés », s’agit-il vraiment d’humour ? Est-ce drôle aussi de traiter les policiers de « racailles tombées du bon côté » ? Nicolas Sarkozy (encore lui) de « gnome réactionnaire » ? Et Jean-François Copé de « voyou », de « sous-raciste » et de « chasseur de têtes frontistes », comme il l’a fait dans Marianne ? La satire se résume souvent à quelques sarcasmes…

Il est vrai que Nicolas Bedos, dont chaque intervention ferait rougir un charretier mal embouché, ne se veut pas humoriste mais “auteur” – mais il ne se veut pas non plus de gauche ! Il est vrai, aussi, que Sophia Aram se défend d’avoir insulté les électeurs du Front national – le CSA a pourtant envoyé un rappel à l’ordre à France Inter après la diffusion de son “billet d’humeur”. Il est vrai, enfin, que Didier Porte (ex-chroniqueur sur France Inter) ne se dit pas seulement humoriste mais « journaliste de complément » : « On va plus loin, on ne dépend pas d’une rédaction. On est là pour mesurer les limites de la corporation des journalistes, pour voir jusqu’où on peut aller et dire des choses », expliquait-il en 2009 à Daniel Schneidermann (Arrêt sur images).

C’est ce que fit Stéphane Guillon, en février de la même année, quand il tourna Dominique Strauss-Kahn en dérision après l’affaire Piroska Nagy. Comme Didier Porte, cet humoriste réputé corrosif a d’abord travaillé dans l’équipe du Fou du roi avant de rejoindre la matinale de France Inter pour brosser le portrait de l’invité de la rédaction. Critiqué par le directeur du FMI, Guillon préféra plaider après coup la « plaisanterie de potache ». On ne saurait pratiquer l’art de l’esquive avec plus de souplesse.

La confusion des genres est telle que la question se pose : faudrait-il reconnaître aux humoristes la qualité d’éditorialistes que certains revendiquent symboliquement ? Libérés des règles – y compris déontologiques – qui s’imposent aux journalistes, les voilà qui se donnent pour mission de décrypter l’information pour en dévoiler la “face cachée” et, le plus souvent, en critiquer les acteurs. « Guy Carlier nous définit comme des “vengeurs masqués”. Je pense que c’est une belle définition, résumait Stéphane Guillon dans l’émission Mots croisés (France 2) en 2009. On dit tout haut ce que des milliers de gens voudraient pouvoir dire à l’antenne. Autant en profiter ! » Et ils en profitent ! Beaucoup exploitent leur notoriété pour asséner leur vérité – comme Jamel Debbouze, qui jugea « xénophobe » d’évoquer le port de la burqa lors du débat sur l’identité nationale lancé par la droite : « Les gens qui vont dans ce sens-là sont des racistes. Voilà ce que je pense ! »

Les humoristes occupent tant de place qu’on serait tenté de compléter la typologie des intellectuels dressée par Régis Debray… Le philosophe distingue trois époques dans l’histoire des intellectuels français : le cycle universitaire, marqué par le magistère républicain des professeurs à la fin du XIXe siècle ; le cycle éditorial, qui débute après la Première Guerre mondiale avec l’influence des écrivains ; enfin le cycle médiatique, dont les journalistes seraient les principaux acteurs depuis la fin des années 1960, l’information se substituant à la connaissance. On pourrait presque y ajouter un “cycle comique” ouvert par nos humoristes, personnages principaux de la société du spectacle.

Car l’ambition intellectuelle de ces enfants de la télé n’est pas mince : la plupart se réclament de Voltaire et de Beaumarchais dans le but de justifier leurs insolences. Pourquoi pas ? À condition de rappeler que l’on risquait à l’époque la Bastille, alors que nos dirigeants politiques affectent de rire à leurs saillies, quand ils ne rêvent pas d’avoir leur marionnette aux Guignols !

Réservant leurs flèches à des cibles qu’ils peuvent ajuster sans risques (surtout l’Église, dont la puissance occulte semble les fasciner), nos humoristes sont habiles à se préserver. On ne sait, à vrai dire, s’ils fixent le la du prêt-à-penser médiatique ou s’ils en sont les produits les plus aboutis. « Les épisodes comiques que les télévisions et les radios distillent à longueur de journée ne sont pour l’essentiel qu’acquiescements à des stéréotypes, à un système qui frappe tout d’indistinction. Le néohumorisme est un phénomène de masse », relève François L’Yvonnet. Nul n’oserait aujourd’hui refaire certains sketches des Inconnus…

L’idéologie libertaire du “rebelle à roulettes”

L’insolence politiquement correcte de ces nouveaux humoristes les apparente au personnage du rebelle décrit dès 1998 par l’essayiste Philippe Muray dans ses Exorcismes spirituels – et dont il distingue deux variétés : le “rebelle-de-Mai” (ou rebellâtre), « ce spécialiste libertaire des expéditions plumitives sans risques », et le “rebelle à roulettes”, qui « a le vent dans les voiles et vapeurs. C’est un héros positif et lisse […]. Il applaudit chaque fois que l’on ouvre une nouvelle brèche législative dans la forteresse du patriarcat. Il s’est débarrassé de l’ancienne vision cafardeuse et médiévale du couple (la différence sexuelle est quelque chose qui doit être dépassé). Il veut que ça avance […]. À Paris, il a voté Delanoël ».

Muray, dont la virtuosité verbale était sans limites, usait d’un autre surnom pour désigner ces fous du roi si bien en cour : les “mutins de Panurge”… ou les matons. « Il n’y a plus qu’un désordre : ne pas être en phase avec l’idéologie du rebelle à roulettes », ajoutait-il avec une ironie glaciale. C’est en cela, aussi, que nos comiques se distinguent des philosophes dont ils revendiquent pourtant l’héritage. « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire », disait Voltaire. Ce n’est pas l’impression que laissent leurs chroniques – à la différence, aussi, de celles des chansonniers. « Nous pratiquons la satire à fleuret moucheté. Le sang perle un peu, mais pas plus », disait Jean Amadou. « Toujours le mot, la pointe ! » lance à Cyrano l’un des cadets de Gascogne chers à Edmond Rostand. Un art subtil que ne maîtrisent pas tous les humoristes.

À lire également dans "Valeurs actuelles" :
Satire. A lécole des guignols, par Fabrice Madouas,
Entretien avec François L'Yvonnet : "Ils se croient les agents du Bien". Propos recueillis par Fabrice Madouas et Mickael Fonton,
Révélation. L'ovni Gaspard Proust, part Geoffroy Lejeune

Photo © MaxPPP

Commentaires (9)

  •  
    • sam84 (non vérifié)

    • jeu, 2012-12-06 10:23

    • répondre

    • Alain Kienlen (non vérifié)

    • jeu, 2012-12-06 11:22

    • répondre

    • Andromaque (non vérifié)

    • jeu, 2012-12-06 13:21

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    • Olaf (non vérifié)

    • jeu, 2012-12-06 12:48

  • Décrédibiliser les thèses, les analyses, les opinions qui gênent en accolant à leurs auteurs des épithètes désobligeantes ou insultantes : néofasciste, néocolonialiste, populiste, etc. Le fait que ces épithètes n’aient pas de lien réel avec la problématique abordée n’a aucune importance ; ce qui compte, c’est la violence de l’invective et l‘exclusion du champ social qui en est la conséquence .Les faux humoristes,mais vrais militants policier et justicier de la pensée,nous enfument depuis plus de 40ans et quelque fois de père en fils Ces militants sans scrupules se cachent derrière un statut protecteur de saltimbanque pour déverser leur haine et insulter en toute impunité

    Bravo à l'auteur de cet article qui a su exposer clairement, ce que beaucoup ressentent et ne peuvent l'exprimer.

    Merci.

    C'est exactement cela: des militants violents sans scrupules et je rajouterais: des salariés de l'Etat. Regardez bien leur statuts, leurs contrats et toutes les prébendes qui vont avec, vous retrouverez l'exact statut des hauts fonctionnaires...
    @ M. Madouas: oui c'est tout à fait possible: au plan TV je vis en parfait ermite et je vous assure que je m'en porte très très bien.

    Quel arricle pondu par quelqu'un qui ne supporte pas qu'on se moque de ses idées rétrogrades, de son conservatisme frileux, de sa méfiance des autres, de ce qui est différent. Ces humoristes sont ceux qui ont encore la force de rappeler sur un ton mineur, léger, au milieu du déferlement néolibéral et de son corollaire xénophobe, les idées et les valeurs qui fédéraient encore ce pays il y a peu, avant le sarkozysme mortifère et les "valeurs actuelles" de la droite décomplexée, cet autre nom de l'antichambre du fascisme.

 

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