Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Pages

Archives

Publié par Edouard Boulogne

 

Le vrai visage de Jean-Paul Sartre.

( Cet article est suivi d'un texte de...Michel Onfray sur Sartre. A lire, tous les deux, pour mieux comprendre pourquoi la France est aujourd'hui si mal en point spirituellement. Cette lecture serait surtout utile aux niais de la bien-pensance qui, bien entendu, se débineront. LS).

 

Sartre.jpg

 

A 18 ans Sartre m'impressionnait. Je lisais parfois ses articles dans l'Express, première manière, en noir et blanc, grand format, qu'animaient Jean-Jacques Servan-Shreiber et Françoise Giroud, où écrivaient aussi François Mauriac et Pierre Mensès-France.

J'avais lu de M. Sartre, son roman philosophique La nausée, ses pièces Huis-clos, Le diable et le bon Dieu. Sans enthousiasme particulier, mais avec cette sorte de révérence ( à défaut de respect ) que l'on a, souvent, adolescent, envers les célébrités du jour.

Plus tard j'ai lu ses oeuvres philosophiques et politiques, avec application, sans joie aucune, avec, souvent, de la colère ou du dégoût.

Je découvris que dès l'avant guerre Sartre avait signé, au nom du pacifisme, ce manifeste d'intellectuels qui, refusaient toute préparation à une guerre préventive contre Hitler, et le nazisme. On pouvait lire dans ce manifeste que « mieux valait une France nazifiée, qu'une France en guerre » (sic).

Evidemment nous eûmes la France, sinon nazifiée, du moins occupée, avec les conséquences matérielles et morales que l'on sait, et dont nous ne sommes pas encore totalement guéries, c'est un euphémisme. Pendant l'occupation Sartre vécut tranquillement à Paris, fit jouer les pièces de son théâtre avec l'autorisation de la censure allemande, et devant un parterre d'officiers de la Wehrmarcht.

Ce n'est qu'à la libération qu'il se découvrit « résistant », et entreprit, dans le goût du jour, une carrière de militant politique de gauche, et donc de « chevalier du BIEN ».

Ce genre de comportement n'a jamais eu mon aval.

Instruit pourtant des exploits criminels du communisme, alors à son apogée sous la férule du « camarade » Staline, Sartre résolut de faire le silence sur le Goulag, connu à l'époque de tout ce qui était un peu informé, comme récemment, sur un autre sujet : la vie amoureuse de Dominique Strauss-Khan, dans le paysage audiovisuel français.

Vedette du parti du BIEN, Sartre déclara à ses intimes qu'il ne fallait pas dire la vérité.....pour « ne pas désespérer Billancourt », c'est-à-dire les malheureux ouvriers français embrigadés dans la CGT, à l'époque simple courroie de transmission du PCF de M. Maurice Thorez.

Les années 50 et 60 furent celles de la décolonisation en Afrique, et en Asie.

On pouvait être un partisan de la décolonisation sans être anti français, et traître à son pays, ainsi qu'il en fut pour Raymond Aron et François Mauriac.

Sartre, lui, choisit de soutenir les pires terroristes anti-français, et de jeter la pierre aux " indigènes" d'Algérie ou d'Indochine, qui en toutes convictions et sincérité restaient fidèles à la métropole, et opposés au communisme totalitaire principal soutien des mouvements de décolonisation.

Parmi les formules les plus typiques de l'engagement sartrien, celles-ci qui me restèrent en travers de la gorge : « Le colonisé se guérit de la névrose coloniale en chassant le colon par les armes (…). L'arme d'un combattant c'est son humanité. Car dans le premier temps de la révolte, il faut tuer : abattre un européen c'est faire d'une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort, et un homme libre » (sic!).

En 1965, Sartre, dans une interview, déclara : « Tout anticommuniste est un chien ». ( Au fond, quand on y réfléchit c'est toujours ainsi que s'exprime le « parti du BIEN » à l'égard de ceux qui osent manifester un désaccord avec lui. Le pauvre Zemmour en sait quelque chose!!!).

Tout autre penseur eut été discrédité après une telle sortie. Mais Sartre était de gauche ( le « parti du BIEN » ) et compagnon de route du PCF qui représentait alors de 22 à 25% de l'électorat subjugué par le politiquement correct. Il en tira gloire et profit, surtout auprès des imbéciles, et des lâches ( un pourcentage à ne jamais prendre à la légère! ).

Le temps qui passe, impitoyablement, commença toutefois à ternir le blason de notre sophiste. Après 1968, où Sartre acheva de se déshonorer en courant après la jeunesse qui se découvrait alors d'autres « maîtres » à penser ( Foucauld, Deleuze, Marcuse ill appela à rechercher Raymond Aron son vieux camarade de Normale Sup, et à l'exposer tout nu dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne.

 

Sartre et Beny Lévy


Notre homme connut alors une certaine solitude. Avec le temps, et les misères de la vieillesse accentuées par les dégâts causés par les excès d'une vie agitée, Sartre entreprit alors un chemin de croix, qui le conduisit à réfléchir, enfin! au sens véritable de ce terme.

J'ai été amené à revenir sur son oeuvre, pour l'animation d'une réunion qui s'est tenue chez moi, il y a quelques mois, où un mien ami, médecin et humaniste, avait souhaité plancher sur un livre du philosophe L'existentialisme est un humanisme. Et nous avons, ce jour là, décortiqué, entre autres, le livre d'entretiens entre Sartre et l'un de ses disciples de la fin des années 1960, Benny Lévy ( pas BHL !). ( J-P Sartre et Benny Lévy : L'espoir maintenant. Editions Verdier ). Ce dernier juif, et ultra gauchiste en 1968, avait fini par évoluer, et à redécouvrir ses racines juives religieuses.

Les entretiens sont agaçants, à cause de la phraséologie (propre à ces milieux d'extrême gauche), mais touchant aussi par une certaine honnêteté chez ces deux hommes, qui révisent maintes de leurs thèses, et cela est surtout honorable chez Sartre qui n'hésite pas, à maintes reprises, à juger sévèrement l'homme qu'il fut parfois, et offre des raisons de déboulonner la statue en toc qu'on avait dressée de lui.

Ainsi par exemple cet échange sur l'un des termes en vogue dans les années 45 à 50 sur le désespoir, dont parlait abondamment l'auteur de l'Etre et le néant :

 

« B L : Tu m'as dit un jour : « j'ai parlé de désespoir, mais c'était de la blague.

J-P S : J'en ai parlé parce qu'on en parlait parce que c'était la mode; on lisait Kierkegaard » » ( sic . Page 19).

 

Ou encore ( page 34) sur la morale « bourgeoise » :

 

«  BL : Marx avait dit que l'homme sera réellement moral à la fin. Avec un tel raisonnement, on a pris les sous-hommes comme matière première pour construire l'homme intégral et total.

J-P S : Ah!oui, mais alors, là, c'est absurde. C'est précisément le côté humain qui se trouve dans le sous-homme, justement ces principes qui vont vers l'homme, qui posent en eux-mêmes l'interdiction de se servir de l'homme comme d'une matière ou d'un moyen pour obtenir une fin. C'est là que nous sommes dans la morale justement.

B L : En d'autres temps, n'aurais-tu pas dénoncé ce recours à la morale comme formel, ou pis, bourgeois? Nous avons joué à ce jeu-là. Tu nous parles d'interdiction, tu nous parles d'humain, tout ça t'aurait fait rigoler jadis!Alors qu'est-ce qui a changé?

J-P S : Oui, j'aurais rigolé, j'aurais parlé de morale bourgeoise, bref j'aurais déconné. (sic).

 

Ou bien encore un dernier exemple (parmi beaucoup d'autres). Sartre ayant écrit dans l'immédiat après guerre un livre sur les juifs Réflexions sur la question juive, qui avait fait couler beaucoup d'encre, Beny Levy l'interroge :

 

«  B L : Mais quand tu as écris les Réflexions, tu as bien réuni de la documentation?

J-P S : Non.

B L : Comment non?

J-P S : Jamais. J'ai fait la Question juive sans aucune documentation, sans lire un livre juif.

B L : Mais comment as-tu fait?

J-P S : J'ai écrit ce que je pensais.

B L : Mais à partir de quoi?

J-P S : A partir de rien, à partir de l'antisémistisme que je voulais combattre » .

 

Et voici l'homme que l'on présenta comme un maître à penser. Un homme qui reconnaît avoir dit n'importe quoi.

Et il n'est pas le seul de la fameuse intelligentsia de gauche dans ce cas.

Au temps où j'étais étudiant ,l'une des figures les plus recommandées de ces milieux là était Althusser, membre du parti communiste. On en parlait toujours sans qu'il se montrât jamais.

Il fallut qu'il étrangla son épouse pour que l'on condescendit du bout des lèvres à reconnaître qu'il était fou à lier et passait de 7 à 8 mois par an à l'hôpital psychiatrique.

Pour en revenir à Sartre, il faut lui reconnaître une certaine honnêteté intellectuelle, sur le tard, pour avoir accepté de se remettre en question. Cette vertu est assez rare pour être soulignée.

Sartre-par-Boutang.jpg   (Ce livre du philosophe Pierre Boutang, a été publié en 1950. Il est aujourdhui totalement épuisé. Et j'ai dû à la chance de le trouver à Paris, rue Gît-le-Coeur, en 1986, dans une petite et précieuse librairie . L'analyse que donne Boutang de la pensée de S  artre est fascinante. J'en cite les dernières lignes : " "Vous êtes une petite négation de l'espèce des rongeurs, qui ronge les racines de la vie.  Je ne connais pas de meilleure définition de Sartre philosophe que ces quelques mots tirés de Lawrence que Sartre a toujours haï, comme il a haï Dostoïevski. Nul ne comprendra les contorsions dialectiques, les contradictions bizarres de l'introduction à l'Etre et le néant s'il ne murmure avec Ursule Brangwen : "une petite négation de l'espèce des rongeurs"). 

 


Ce qui m'a conduit à en parler aujourd'hui est l'article qui suit, paru avant-hier dans le journal Le Monde, intitulé Le siècle de Sartre.

L'auteur, Michel Onfray n'est pas précisément de mes amis. Mais dans un ciel enténébré, percent quelquefois des raies de lumière.

Lisons donc ce témoignage précieux.

 

Edouard Boulogne.

 

 

 

 

Le siècle de Sartre.

 

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/06/04/le-siecle-de-sartre_1531903_3232.html

 

 

 

Les éditions Grasset ont la bonne idée de publier les entretiens donnés par Jean-Paul Sartre à John Gerassi entre 1970 et 1974. Ces dizaines d'heures d'échanges constituent un document implacable sur le philosophe de Saint-Germain-des-Prés. Ces cinq cents pages se suffisent, en voici quelques pépites.



Sartre avoue ne s'être jamais senti coupable de rien durant toute sa vie ; il confesse avoir été dépressif avant-guerre et s'être fait suivre par des crabes auxquels il parlait dans la rue ; l'expérience de la mescaline puis une consommation d'amphétamines aggraveront les choses ; de façon récurrente, il insulte le général de Gaulle tour à tour "maquereau réac", "merde", "crétin pompeux", "monstre", "foutu salaud", "porc". L'insulte est régulière, Malraux est lui aussi un "porc"et ses travaux sont "de la merde". Il utilise cinq fois le mot "trahison"pour caractériser le remariage de sa mère avec un beau-père haï, honni, et... "gaulliste jusqu'au bout des ongles" ; avant ce funeste jour dans sa vie, le philosophe couchait dans la chambre de sa mère. Il parle de l'insincérité de Beauvoir dans ses Mémoires(on y voit en effet un Sartre "évadé" du stalag, alors qu'il a été libéré, peut-être par intervention de Drieu la Rochelle). Elle signale qu'il n'a écrit qu'une fois en juin 1941 dans Comoedia, une revue collaborationniste, avant de comprendre son erreur, alors qu'il y publie un hommage funèbre à Giraudoux ("antisémite et défenseur de Hitler en 1939" - lire Pleins pouvoirs) le 5 février 1944, etc. Sur sa compagne nécessaire, il ajoute que son livre hagiographique de la Chine maoïste, La Longue Marche, a surtout été écrit en bibliothèque, plus à partir de livres et d'articles que de constats effectués sur place...

Politiquement : Sartre avoue n'avoir pas compris le nazisme en 1933, alors qu'il vivait en Allemagne ; il dit n'avoir pas voté en 1936 et regardé les défilés du Front populaire avec indifférence ; il signale qu'il a défendu l'intervention en Espagne, pourvu qu'on ne lui demande pas d'y participer concrètement ; il a justifié le pacte germano-soviétique ; il a été apolitique au stalag, précise qu'il n'a causé aucun désordre dans le camp, mais qu'il faisait de cette docilité... une "forme d'engagement" ; il dit qu'en 1947 il n'est toujours pas politisé. Il compagnonne ensuite avec les violences révolutionnaires du siècle : il soutient l'URSS, les pays de l'Est, la Chine de Mao, il minimise les victimes de la Révolution culturelle et doute qu'elle ait pu en entraîner ; il publie dix-huit articles favorables à Castro ; il réitère la légende d'une rupture avec le PCF après Prague, mais regrette que le Parti communiste français n'ait pas pris le pouvoir en mai 68 ; il prétend qu'en mai de Gaulle a demandé à Massu de prendre le pouvoir ; il écrit sur Daniel Cohn-Bendit : "Il était loin d'être brillant. Je ne l'aimais pas tellement"; et sur Raymond Aron : "De toute évidence, il est totalement, complètement, systématiquement de deuxième ordre, fondamentalement c'est un con et un imbécile."Il célèbre l'illégalisme révolutionnaire et fait l'éloge du "bain de sang" pour des raisons politiques ; à propos de Cuba, il extrapole une théorie générale du gouvernement par la terreur : "Pour réussir, une révolution doit aller jusqu'au bout. Pas question de s'arrêter à mi-chemin. La droite utilisera toujours la terreur pour lui barrer la route, donc la révolution doit recourir à la terreur pour l'arrêter." Il légitime et justifie l'usage de la peine de mort pour des raisons politiques ; il soutient les attentats terroristes des Palestiniens en 1972 : "Les Palestiniens n'ont pas d'autre choix, faute d'armes, de défenseurs, que le recours au terrorisme. (...) L'acte de terreur commis à Munich, ai-je dit, se justifiait à deux niveaux : d'abord, parce que tous les athlètes israéliens aux Jeux olympiques étaient des soldats, et ensuite, parce qu'il s'agissait d'une action destinée à un échange de prisonniers."

Il défend la "bande à Baader" : "D'un point de vue moral et révolutionnaire, les enlèvements et les meurtres d'industriels allemands commis par le groupe sont absolument justifiés", et ceci : "Le groupe Baader-Meinhof se conduisait tout à fait bien. Ils n'ont jamais tué un seul innocent. Ils traquaient les porcs vicieux à l'intérieur de leur société, et les colonels américains qui rampaient devant eux" ; il fait de Claude Lanzmann "un bon bourgeois" qui "chante les louanges d'Israël"sans voir "ce qui arrive aux pauvres Palestiniens, chassés de leur terre, leurs maisons saisies sans indemnisation, leurs enfants chassés des écoles, harcelés du matin jusqu'au soir, battus par des étrangers armés jusqu'aux dents. Lanzmann voit les Israéliens comme des victimes de l'Holocauste. Et pour lui quiconque critique la politique israélienne est antisémite. Point". Il légitime le "revanchisme"comme fondement de la justice populaire : "L'idée de vengeance est une idée morale." Il défend Kim-Il-Sung, le dictateur nord-coréen ; il affirme que ne pas écrire contre la répression de la Commune, c'était se faire le complice des Versaillais puis, parlant de Goncourt et Flaubert, qu'"on aurait dû les abattre"- sans préciser qu'il n'écrivit pas contre l'occupation allemande et qu'on n'a pas intérêt à relire aujourd'hui Paris sous l'Occupation ("Situations", III), un texte de 1945 qui manifeste plus d'empathie pour les officiers allemands, tellement aimables qu'ils "offraient, dans le métro, leur place aux vieilles femmes, ils s'attendrissaient volontiers sur les enfants et leur caressaient la joue",que pour les aviateurs alliés qui mettaient la sécurité des civils en question. Le philosophe trouve qu'en entretenant leurs locomotives pour qu'elles soient en état de marche, d'une certaine manière, les cheminots collaboraient : "Le zèle qu'ils mettaient à défendre notre matériel servait la cause allemande"...

La conclusion de Gerassi à ce livre d'entretiens est la suivante : "Sartre n'est pas seulement le plus grand moraliste de ce siècle. C'est également son plus grand prophète." Sans commentaire...

Michel Onfray, philosophe

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Tikitak 09/06/2011 19:08



 


Heureusement qu'il y a des gens comme Michel Onfray qui permettent,  
grâce à la prodigieuse invention de la stéréophonie de pouvoir faire  
entendre certains sons auxquels les zoreilles refusent généralement de  
se prêter. Là, pan ! sur le bec ! Tout en douceur. Et - tout en  
filigrane - tout en mépris. La conclusion est plus ou moins : Sartre,  
l'homme qui s'est trompé tout le temps, l'homme qui a chercha à  
tromper tout le monde. Et cette conclusion est "assénée" tout en  
douceur, tout en suavité. Avec même la petite cuiller d'hommage qui  
rend encore plus crédible le coup de pied dans le cul. C'est, entre  
Onfray et vous, une manière très élégante de tirer la chasse : à lui  
le jet, à vous le petit coup de torchon pour éviter les éclaboussures.  
C'est exactement ce que méritait ce chic type : si jamais vous avez lu  
le "Journal d'une jeune fille dérangée", je ne connais pas de  
meilleure illustration de l'immondicitude du sieur.



Juppespierre 09/06/2011 18:50



C'est çà que l'on nomme une abominable crevure.


Avec Conne-Bandite çà en fait une paire.