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Publié par Edouard Boulogne

( Voici une rubrique du Scrutateur, qui doit vous intéresser. Elle ne fait pas double emploi avec les commentaires d'articles. Ceux-ci, en augmentation lente, mais constante, est faite de vos réactions aux articles.

« La voix des lecteurs »vous donne la parole, la possibilité d'enrichir notre blog de vos idées, réflexions, poèmes, réactions propres à l'actualité en général.

Bien entendu je ne publierai que ce qui ne s'en prend pas, éventuellement, aux personnes, au-dessous de la ceinture comme on dit.

Les articles signés seront plus particulièrement bien venus. Mais il y a, je le sais d'excellentes raisons, qui ne relèvent pas de la couardise, mais plutôt de ce qu'on appelle le devoir de réserve, à l'anonymat, ou au pseudonyme. Ces articles seront pris en compte. Mais il faudra, que je puisse identifier les expéditeurs de façon précise. Ma discrétion à leur égard étant assurée.

Maintenant, chers lecteurs, à vous de jouer.

 

Edouard Boulogne) .

 

PS : Les propos de lecteurs, n'expriment pas toujours le point de vue du Scrutateur. Ils s'expriment librement. Le Scrutateur n'intervient que pour écarter les attaques qui viseraient des hommes et des femmes, de façon insultante, «  au-dessous de la ceinture » comme on dit. 

 

La Voix des lecteurs. jpg

 

 

Notre ami Sully DE Chazeau nous envoie cet article qui est la suite de son précédent opus intitulé Le syndrome d'Edgar. LS. 

 

Pour réussir l’esthétisation de l’opportunisme politique – c’est-à-dire en faire une valeur positive, le verbe « edgarien »(1) édifia cette contestable pratique au rang d’art politique majeur. Mais pas n’importe lequel : celui qui s’est sanctuarisé dans un verbe singulier, le verbe « anticiper ». Verbe fascinant mais d’une difficile exécution.

 

LA  TECHNIQUE   DU   « SURFISME »  POLITIQUE

Car, pour anticiper efficacement, encore faut-il disposer d’une technique adéquate.

 

En la matière, le modus faciendi consiste à aller dans le sens des opinions dominantes. Tels les brillants surfeurs du Moule(2), il suffit de se laisser porter par la vague écumante du moment.

 

Mais une telle performance n’est nullement à la portée du premier venu !  Il faut en effet des dispositions bien particulières !  Être un homme ou une femme sans états d’âme. Sans foi ni loi. Sans scrupules. Un homme ou une femme capable de réfréner ses « pudeurs de pucelles », de se salir les mains(3), de s’avilir jusqu’à la nausée, pour à tout prix conquérir ou conserver le pouvoir. Bref, être un(e) amoraliste, voilà la condition sine qua non pour pratiquer le « surfisme », technique ô combien tonifiante de l’opportunisme politique.

 

Disposer d’une telle  technique est certes nécessaire, mais néanmoins insuffisant.

 

L’ORACLE   « SONDAGIER »

Pour bien surfer, encore faut-il connaître dans quel sens va l’opinion dominante ?

 

Pour surmonter cette terrible difficulté, les démocraties modernes inventèrent un outil formidable : le sondage d’opinion. Clef de voûte essentielle des régimes démocratiques contemporains. Oracle politique et instrument de gouvernement, il permet de mieux cerner et répondre aux attentes de l’Opinion.

 

Pour l’homme de gouvernement, c’est à la fois un thermomètre et une boussole(4).

 

Pour l’opportuniste politique, c’est l’oracle infaillible. L’indispensable boule de cristal(5) qui, présentement, indique le destin à épouser pour se garantir un bel avenir.

 

Que ce destin soit dans le choix d’un(e) représentant(e) politique ou dans la promotion d’idées et de valeurs, c’est l’oracle « sondagier » qui in fine déterminera le comportement ultime de l’opportuniste politique.

 

L’OPPORTUNISME  OBSEQUIEUX  ET   TRIBUNICIEN

Lorsque ce destin consiste dans le choix d’un homme ou une femme politique, apparait alors un opportunisme obséquieux. Parce qu’il s’agit ici de se rallier, de faire allégeance à un individu. D’être au mieux sa créature, au pire sa chose. Bref, d’accepter d’en devenir un(e) de ses groupies (6).

 

Lorsque ce destin consiste dans la promotion d’idées et de valeurs, s’exhibe en ce cas un opportunisme tribunicien. Parce qu’il s’agit là de se faire l’écho fidèle des opinions dominantes, d’être le parfait Jacot de l’Opinion.

 

Si d’un coté l’opportunisme obséquieux crée un rapport de vassalité entre l’opportuniste politique et l’homme ou la femme providentiel(le) que lui assigne l’oracle « sondagier », d’un autre côté, l’opportunisme tribunicien instaure un rapport d’aliénation entre l’opportuniste politique et les idées ou valeurs prescrites par l’oracle « sondagier ».

 

Par le premier, l’ignoble culte de la personnalité trouvera dans l’opportuniste politique un redoutable prosélyte. Par le second, la surenchère démagogique constituera l’unique crédo dogmatique de l’opportuniste politique.

 

LA  DICTATURE  DE   L’OPINION

Dans les deux cas, l’opportuniste politique se révèle être une marionnette aux mains des instituts de sondage. Ces derniers apparaissant alors comme les véritables prescripteurs de nos démocraties modernes. Parce qu’ils se pensent, se veulent et comportent comme les télégraphistes consciencieux de l’Opinion. De ses attentes. Ses besoins. Ses désidérata. La dictature de l’Opinion : une indéniable et inquiétante réalité de nos démocraties contemporaines. Celle qui fait du sondage un puissant « oracle tyrannique »(7). Et, dans nos démocraties modernes, l’incarnation singulière de l’impérieuse « vox populi, vox dei ».

 

LE  ZAPPING  PERMANENT

Or, la vague à l’âme est une des caractéristiques essentielles de l’Opinion. Car elle aime à tourner rapidement la page de ses préoccupations. A dire vrai, sa terrible névrose n’est autre que le zapping permanent. Dès lors, ses désidérata fluctuent en fonction de ses humeurs. Ses attentes deviennent par trop erratiques.

 

UN  SUBTIL  ET  LONG   NAUFRAGE

Ainsi, inexorablement, l’opportuniste politique se condamne-t-il à surfer sur la mer toujours houleuse des idées et valeurs de l’Opinion. Tel un bateau ivre, sans gouvernail, il sera le jouet servile de ses capricieuses et changeantes vagues.

 

À quelques exceptions près, le résultat néfaste apparaitra promptement. Une crédibilité rapidement engloutie(8). Une mémoire vite ensevelie sous les eaux profondes du fleuve de l’oubli (9). Enfin, un parcours politique en forme d’une consternante et lente dérive(10).

 

Voilà ce qu’est réellement le « surfisme » politique : un subtil et long naufrage pour ceux qui s’y adonnent. Et de fait, ne laisseront aucune empreinte, ne donneront aucune marque positives à leur époque. Et qui historiquement, de la politique, ne livreront qu’un témoignage négatif (11).

 

En somme, la leçon à en tirer est fort simple : quiconque désire que l’engagement politique soit l’expression d’un enracinement profond, d’un attachement fort à des idées et valeurs. Quiconque souhaite que la politique soit le témoignage d’une éthique de conviction et de responsabilité. Qui veut cela, doit se garder de l’apparente facilité du « surfisme » politique, à ouvrir les somptueuses portes du pouvoir à ses innombrables zélateurs.

 

*******

(1) Renvoie à Edgar FAURE, homme politique français (1908-1988) ; voir l’article du même auteur intitulé « « Le syndrome d’Edgar » ou l’art mortifère de l’opportunisme politique ».

(2) Ville touristique de la Guadeloupe très prisée par les surfeurs du monde entier.

(3) Argument invoqué par Patrick BUISSON conseiller politique du président-candidat Nicolas SARKOZY, pour conquérir les voix lepénistes (Canard enchaîné 25/04/2012.2 dans l’article « Une campagne à la « sulfateuse » »).

(4) Cet aspect particulier fera ultérieurement l’objet d’une étude spécifique.

(5) objet utilisé par les devins pour prédire l’avenir.

(6) Expression utilisée par Mme Rama YADE,  ancienne secrétaire d’Etat du gouvernement FILLON I et II (2007-2010), citée par le Canard enchaîné du 14/03/2012.1, dans la rubrique « EN PAGE URNES ».

(7) Expression du Canard enchaîné du 18/04/2012.3.

(8) Tel fut par exemple le cas de Bernard KOUCHNER qui, homme patenté de gauche, se rallia à Nicolas SARKOZY et accepta d’être ministre dans les gouvernements de droite de François FILLON (2007-2010).

(9) Ainsi en est-il de Lionel STOLERU, homme politique du centre droit, qui fut ministre de Valéry GISCARD d’ESTAING, puis de François MITTERRAND.  Qui se souvient encore de cette girouette de la politique française ?

(10) Le cas notamment d’Olivier STIRN, homme politique du centre droit, qui fut successivement ministre d’un gouvernement de droite sous la présidence de Valérie GISCARD d’ESTAING, puis  ministre d’un gouvernement socialiste sous la présidence de François MITTERRAND. Son discrédit politique fut tel qu’en 1990, en qualité de ministre délégué au tourisme, il dut payer des auditeurs pour remplir la salle du colloque sur l’avenir organisé par son ministère. Ces figurants rémunérés partirent subitement, à 18H00 (heure du terme de leur contrat), laissant l’orateur discourir devant des fauteuils vides (voir l’article de J.-M. Th., journaliste, dans Canard enchaîné du 08/02/2012.8).

(11) Eric BESSON, ancien ministre de Nicolas SARKOZY, incarne à merveille l’échec de l’engagement politique par trop opportuniste : il quitta médiocrement la scène sans avoir l’élégance de participer physiquement à la passation de pouvoir avec son successeur au ministère de l’industrie, le nouveau ministre socialiste Arnaud MONTEBOURG (voir dans le Canard enchaîné du 13/06/2012.5, l’article « Besson se décharge »). Le ministre sortant était parti faire bombance en Amérique (voir Canard enchaîné 30/05/2012.2, dans la rubrique minimares). Et cette incivilité démocratique fut couronnée par son refus de transmettre les dossiers en cours au nouveau ministre (voir dans le Canard enchaîné du 06/06/2012.2, la rubrique « minimares »).

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Remort 10/11/2012 17:12


Illustre surfer National 





http://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Bousquet