Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Pages

Archives

Publié par Edouard Boulogne

Udentite-Gpeenne.jpg

 

Quand, Chirac déclinant, sous le patronage d'une vestale, alors en grandes difficultés judiciaires, qui devait patronner la trop fameuse « Déclaration de Basse Terre » ( 1999 ), point de départ de sa chute politique accélérée, couronnée par le Non au référendum aventuriste de 2003, et sa perte de la région l'année suivante, j'avais dans le journal Guadeloupe 2000, annoncé les troubles que nous avons connus par la suite.

J'avais déploré la récente création du Congrès des élus, véritable assemblée de parlottes sans fin, qui sans réels pouvoirs effectifs, servirait de caisse de résonance aux élucubrations idéologiques les plus débraillées, et les plus dangereuses pour la stabilité du corps guadeloupéen, et sa marche vers un progrès effectif.

Le pronostic s'est révélé exact. Nous en aurons la preuve dans les jours à venir.

Restons vigilants, et informons nous, pour protéger notre Guadeloupe et préserver l'avenir de ses enfants.

Edouard Boulogne.

 

Nota bene ; Les passages soulignés en gras l'ont été par les responsables de la rédaction du PSG. Un seul passage, surligné en rouge, l'a été par Le scrutateur.

D'autre part, je serais particulièrement heureux de publier, parmi les commentaires, ceux d'entre vous qui, sur l 'ensemble du document, ou sur tel ou tel aspect particulier, croiront devoir réagir, soit pour, soit contre. EB

 

PROJET GUADELOUPEEN DE SOCIETE

Rapport du Groupe de Pilotage

Décembre 2012 2

 

 

Synthèse des débats communaux par thème (avril-août 2012) 3

 

4.1 Fraternité

Quels enseignements nous livre la synthèse des contributions sur le thème de la fraternité ?

A) Sur l’importance du thème dans l’élaboration du projet de société

1) Certains contributeurs sont surpris d’être invités à s’exprimer sur le thème de la fraternité, dans le cadre du projet de société ; les exercices participatifs portent généralement sur des questions de la vie quotidienne ou des décisions de politiques publiques, toutes deux concrètes pour le citoyen. Il est rare – si ce n’est inédit – que ce dernier soit amené à débattre de grands thèmes de société.

2) De l’avis général, le renforcement de la fraternité doit être l’un des objectifs visés par le projet de société car, d’une part, un certain nombre de fléaux sociaux (violence, racisme, addictions,…) sont imputés à des déficits dans les relations interpersonnelles et, d’autre part, le mauvais état de la Guadeloupe exigerait urgemment des actions collectives.

3) La fraternité est une condition nécessaire, mais pas suffisante, du mieux vivre ensemble ; les thèmes « identité » et, dans une moindre mesure, « éducation/transmission » sont, eux, perçus comme centraux, pour la réflexion en cours, certains participants estimant même que celle-ci aurait dû les évoquer en premiers. Pour paraphraser une idée souvent exprimée dans les débats : « pour aimer son prochain, le Guadeloupéen doit se connaître et s’aimer lui-même ».

B) Sur la définition de la fraternité

1) La fraternité est souvent mise en parallèle avec la solidarité ; parfois utilisés comme synonymes, ces deux termes sont plus souvent distingués. Le premier « implique une dimension affective, un investissement personnel plus fort », tandis que le second désigne davantage les interventions des institutions. Se dégage l’idée qu’en Guadeloupe, la fraternité traditionnelle est aujourd’hui progressivement remplacée par la solidarité mise en oeuvre par l’Etat. 4

 

2) La fraternité a plusieurs significations et revêt des manifestations différentes, selon qu’elle s’exprime dans les champs de la famille, de la religion, de la sphère publique. Certains participants déplorent que la République ne mette pas davantage l’accent sur le troisième principe de sa devise. La plupart estime que c’est d’abord et surtout au sein de la famille que la fraternité devrait s’exprimer.

3) Comme évoqué précédemment, il semble que les réflexions menées sur la fraternité ne peuvent être dissociées de considérations identitaires ; la fraternité procéderait d’un sentiment d’appartenance à une communauté humaine, à un pays, à une terre, de la volonté de vivre et de bâtir un projet ensemble. Davantage, pour de nombreux participants, des relations respectueuses et égalitaires constituent un terreau favorable au développement de la fraternité.

C) Sur la réalité des pratiques fraternelles en Guadeloupe

1) Le Guadeloupéen est devenu individualiste et matérialiste ; l’attrait pour les biens de consommation et les comportements égoïstes peuvent se lire dans le monde professionnel ou sur le plan territorial. Le Guadeloupéen a du mal à s’intégrer ou même se projeter dans une démarche collective et a une propension à imputer aux autres les choses qui vont mal.

2) La société guadeloupéenne était plus fraternelle dans le passé. Cette analyse socio-historique teintée de nostalgie insiste sur les mutations sociales profondes qu’a connues la Guadeloupe lors des dernières décennies. Toutefois, cette évocation d’un passé fraternel est tempérée par certains qui pointent du doigt un embellissement exagéré de la Guadeloupe d’antan.

3) Il existe encore, en Guadeloupe, un fonds fraternel qui s’exprime plus volontiers en temps de crise ; le goût des Guadeloupéens pour l’auto-flagellation et l’autodénigrement ne doit pas occulter la réalité de certaines pratiques fraternelles. « La fraternité est vécue différemment selon les histoires de chacun » et si elle ne correspond pas à un état permanent, ni à une pratique régulière, elle s’exprime tout de même sous des formes variées lors de catastrophes ou de situations de crise. En cela, la Guadeloupe pratique encore une « fraternité de circonstances ». 5

 

D) Sur les moyens de renforcer la fraternité en Guadeloupe

1) Les agents de socialisation doivent davantage promouvoir la fraternité : la famille, les associations, l’Ecole, les médias et les élites politiques ne jouent plus réellement leur rôle en faveur de la cohésion sociale et doivent être repensés, dans cette optique. Mais, la fraternité est également de la responsabilité de chaque citoyen et résulte, à ce titre, d’initiatives individuelles et de réseaux informels.

2) Pour renforcer la fraternité dans la société guadeloupéenne, l’accent doit être mis sur l’éducation et l’insertion (cours de morale à l’école, travaux d’intérêt général, associations intergénérationnelles…), sur les espaces de sociabilité (fête des voisins, jardins familiaux, coups de main, agents de médiation,…) et sur la solidarité économique (investissements citoyens, fonds de solidarité, éducation à la consommation locale, regroupement des TPE et des PME…). 6

 

 

4.2. Identité

 

Quels enseignements nous livre la synthèse des contributions sur le thème de l’identité ?

A) Sur la définition de l’identité et sur l’utilisation du concept

1) La quête identitaire ne fait pas sens pour l’intégralité des participants et le principe même d’identité est contesté par certains d’entre eux, même si cela constitue seulement une minorité d’interventions.

 

2) Comme dans toutes les quêtes identitaires, c’est la définition de l’appartenance et de ses frontières qui pose question, entre inclusion et exclusion. Il est intéressant de constater plusieurs facteurs :

a) La synthèse laisse entrevoir un débat sur la domination supposée d’un groupe majoritaire (les Guadeloupéens « noirs » habitant sur les deux îles principales) et sa relation aux « minorités »guadeloupéennes (blancs, indiens, syro-libanais, habitants des îles du Sud). Ces dernières expriment tantôt une difficulté à être intégrées à l’identité majoritaire guadeloupéenne, tantôt une volonté d’apparaître comme spécifiques vis-à-vis de cette dernière (plutôt pour les îles du Sud). Par écho, de nombreux participants refusent de concentrer la définition de l’identité guadeloupéenne sur des critères « visibles » liés notamment à la couleur de la peau.

b) Deux conceptions se mêlent ou s’opposent sur la question de savoir « qui est Guadeloupéen ? » D’une part, les tenants d’une appartenance par « héritage » : est Guadeloupéen celui qui est né de parents guadeloupéens, éventuellement en Guadeloupe, même s’il vit en dehors de l’île. D’autre part, les défenseurs d’une démarche identitaire « volontariste » : est Guadeloupéen celui qui vit une « émotion » guadeloupéenne ou qui désire travailler pour le développement de la Guadeloupe. L’insistance sur la question de la naissance sur le territoire est un facteur notable.

c) Les composantes de l’identité sont bien perçues comme un ensemble pluriel essentiellement axé sur la culture, mais qui ne saurait s’y limiter. La dimension économique est fortement valorisée dans la définition de l’identité.

 

3) L’insistance sur la dimension émotionnelle démontre que le rapport à l’identité est fortement individualisé. C’est une émotion qui trouve certes des débouchés dans l’espace public, mais qui est avant tout le produit d’un ressenti individuel.

 

4) Dans la définition de l’identité, on note aussi la prégnance des modes d’appartenances « ordinaires », « banals » dans la définition de l’identité. L’identité guadeloupéenne se niche, pour de nombreux participants, dans la gastronomie, la musique, l’habitat, des façons de parler et de manger, des modes de socialisation à la frontière de l’individuel et du collectif, de l’intime et du social.

7

 

 

5) L’un des enseignements les plus clairs de la synthèse tient par ailleurs à l’importance conférée au créole dans l’identité par la majorité de participants. A la lisière du politique et du culturel, le créole est perçu comme l’un des piliers de l’identité guadeloupéenne dans une culture qui demeure fortement axée sur l’oralité. Il est présenté comme un facteur de cohésion sociale, un élément du vivre ensemble et le catalyseur d’un imaginaire spécifique. Les contributeurs envisagent diversement la relation du créole et du français, entre opposition et complémentarité, mais quoiqu’il en soit, les revendications les plus récurrentes sont axées sur la promotion du créole dans l’espace et sa plus forte prise en compte par les institutions politiques et administratives.

 

B) Sur le questionnement identitaire

1) Le premier enseignement de la synthèse est que l’identité et la démarche de questionnement identitaire sont très largement perçues comme positives. Une part importante des contributions insiste sur les vertus d’une telle démarche pour la cohésion sociale et soulignent la nécessité d’une transmission d’un héritage culturel fort en direction des jeunes et des générations futures. Cette réaction s’accompagne de la revendication récurrente d’une « fierté » d’être Guadeloupéen dans la vie quotidienne. Cette fierté est présentée comme renforcée lorsque certains Guadeloupéens sont reconnus au niveau national ou international. Un tel enseignement est intéressant car il se distingue partiellement du ressenti de cette question dans d’autres territoires comme le Canada, la Grande-Bretagne ou l’hexagone. Le point commun entre l’ensemble des Français et les Guadeloupéens tient à la revendication d’une fierté d’appartenance à un ensemble culturel donné (88% des français se disent « fiers d’être Français »). Mais dans le même temps, la relation à l’identité est plus ambiguë dans l’hexagone, notamment suite au débat sur l’identité nationale qui a entraîné le rejet de ce thème par une portion importante de la population. En Guadeloupe, le débat sur l’identité est plus consensuel, même si les intervenants en perçoivent les implications potentiellement problématiques.

 

2) Le second enseignement tiré des interventions sur la perception de l’identité réside dans le sentiment prévalent que l’identité guadeloupéenne est en crise. L’origine d’une telle crise est diversement appréciée par les participants : crise des traditions s’effaçant devant la modernité, crise entraînée par la mondialisation, vecteur d’uniformisation des pratiques culturelles et de surconsommation, influence négative de la « domination » culturelle française empêchant la préservation de l’identité, émigration des jeunes vers d’autres espaces. Le sentiment de crise identitaire n’est pas surprenant et constitue l’un des leitmotivs les plus récurrents dans les sociétés ayant effectué une transition très rapide entre un mode de vie traditionnel et une modernité associée à une ouverture très importante aux modes de vie extérieurs. Il doit être analysé dans le cadre d’un sentiment partagé par de nombreux Français, voire par de nombreux citoyens européens.

8

 

 

3) Parallèlement au sentiment d’une crise, le troisième enseignement tiré de l’analyse de la synthèse est la conscience que l’identité guadeloupéenne est toujours en construction, le processus identitaire n’en étant qu’à ses prémisses. Contrairement aux débats sur l’identité nationale française en 2009-2010, lors desquels le sentiment de perte identitaire dominait, les participants aux débats étudiés en Guadeloupe démontrent un optimisme plus important sur la jeunesse de la Guadeloupe. La synthèse démontre dès lors que le processus de questionnement identitaire est nécessaire pour développer une identité perçue comme embryonnaire. Ce dernier doit aussi permettre de dégager des valeurs communes, de transcender les clivages sociaux ou communautaires pour élaborer un « vivre ensemble guadeloupéen ». Dans ce cadre, la thématique de l’identité apparaît comme totalement pertinente aux objectifs généraux de la démarche en cours.

 

C) Sur la pluralité des appartenances identitaires

On peut noter plusieurs conceptions opposées de la relation à la pluralité des influences dans l’identité guadeloupéenne. Au-delà des quelques contributions mettant l’accent sur l’ambiguïté de la pluri-appartenance de la Guadeloupe à des identités plus vastes et potentiellement en conflit, deux grandes tendances se dégagent :

1) La première est la tendance qu’il est possible de qualifier « d’autonomiste » dans le domaine identitaire. Elle postule la singularité radicale de l’identité guadeloupéenne vis-à-vis de l’identité française. Elle s’accompagne souvent, mais pas toujours, d’une revendication nationaliste traditionnelle et d’un appel à la constitution d’une entité politique qui assurerait la préservation de la spécificité guadeloupéenne. Relativement importantes en nombre, ces contributions doivent être relativisées quant à leur représentativité au sein de l’opinion dans le cadre de cet exercice. Cette analyse intervient dans la mesure où un tel positionnement apparaît plus souvent sur internet, dans des textes soigneusement préparés, que dans les débats eux-mêmes. La surreprésentation des partis et des positions minoritaires suite à un activisme sur internet est bien connue et semble en partie correspondre à la situation présente.

 

2) La seconde conception postule la complémentarité des appartenances entre identité guadeloupéenne, française et caribéenne. Cette pluralité est perçue comme un élément fondateur de la spécificité guadeloupéenne, une source de richesse et un potentiel pour l’avenir. Une telle position recouvre la majorité des interventions dans les débats. Elle présente la spécificité d’affirmer à la fois la fierté de l’appartenance guadeloupéenne, la revendication d’une identité française, voire européenne, et le sentiment d’un lien fort avec l’ensemble caribéen. Elle tend à confirmer l’idée, mise à jour par la chercheure en science politique Sophie Duchesne dans des enquêtes sur le sentiment identitaire, que les niveaux d’appartenance ne s’opposent pas mais ont tendance à se renforcer entre eux. Ainsi, plus un individu ressent fortement le sentiment d’appartenance au niveau local, plus son sentiment national, voir supra-national est affirmé.

9

 

 

4.3. Education et transmission

 

Quels enseignements nous livre la synthèse des contributions sur le thème « éducation et transmission » ?

A) Qui transmet les valeurs et le patrimoine aujourd’hui en Guadeloupe ?

1) La famille ne joue plus son rôle éducatif de base. Les contributeurs ont tenté d’identifier les causes de ce qui est perçu comme un manque d’implication des parents dans l’éducation de leurs enfants : le passage de la famille élargie à la famille nucléaire, si ce n’est monoparentale, ou encore la généralisation de l’habitat collectif qui ne permettent plus d’exercer les modes traditionnels d’encadrement et de contrôle (grands-parents, voisins) ; d’autres contributeurs évoquent également un manque de préparation à la parentalité pour des chefs de foyer perçu(e)s comme de plus en plus jeunes. Sur ce point, le régime des allocations familiales inciterait certain(e)s à fonder une famille pour de mauvaises raisons et à n’envisager que les droits – au détriment des devoirs (de transmission notamment) – liés à la parentalité. Dans une perspective (plus) conservatrice, peut-être liée à l’âge moyen élevé des contributeurs, cette crise de la transmission au sein de la famille est également imputable, pour certains, à l’émancipation des femmes dans la société actuelle. Les analyses convergent toutefois pour reconnaître les contraintes de l’éducation et de la transmission au sein des foyers monoparentaux et la nécessité de mesures volontaristes d’accompagnement à la parentalité. Enfin, il convient d’éviter les généralisations abusives et de reconnaître la singularité des histoires familiales et les efforts des « parents vigilants » : au fond, « peu importe le cadre familial, tout dépend de la façon d’éduquer », nous disent, en substance, les contributeurs.

2) L’école ne peut assumer seule cette fonction éducative ; l’institution scolaire et ses représentants pâtiraient de cette démission, volontaire ou non, des parents. La surcharge de responsabilités ne rend que plus criantes les carences propres à l’institution : un manque de moyens généralisé et de conscience professionnelle de certains enseignants. L’école n’aurait donc pas les moyens d’assumer seule cette fonction. Elle n’en n’aurait pas non plus la vocation ; il ressort clairement des débats que la réussite éducative ne peut se résumer à la réussite scolaire. Ce(t impossible) dépassement de fonctions ne saurait de toutes façons pas souhaitable, tant la domination de l’école par l’économique aussi bien dans le contenu des enseignements que dans les modalités de gestion des établissements, est perçue négativement.

3) Les autres acteurs traditionnellement impliqués dans l’éducation ont encore toute leur place : les associations, les voisins, la religion, l’armée (RSMA) et l’entreprise ont un rôle, jugé prégnant, encore de nos jours, dans la transmission des valeurs. Dans le contexte de désengagement des parents, décrit précédemment, certains ce des acteurs apparaissent comme des « familles de substitution ». Leur contribution à l’éducation gagnerait à être (re)connue et soutenue. 10

 

4) Les médias de masse sont devenus un acteur incontournable de l’éducation. Ils concurrenceraient et, dans certains cas, supplanteraient eux aussi les acteurs traditionnels. Produits du progrès technologique et de la mondialisation, la télévision et Internet auraient instauré une « culture du zapping » dans les jeunes esprits. Ils sont également critiqués pour les « messages anti-éducatifs » qu’ils délivrent. Enfin, leur rôle central dans la vie des foyers les fait tenir pour partiellement responsables du dialogue distendu entre parents et enfants. Il est demandé que les chaînes de télévision locales, assument davantage et mieux leur responsabilité éducative.

5) « L’école de la rue » est porteuse de dangers, mais aussi de potentialités en matière d’éducation: il appartient aux parents de limiter et de contrôler le temps que passent leurs enfants dans l’espace public et aux pouvoirs publics d’utiliser cet espace pour délivrer des messages à caractère éducatif.

6) L’enfant est aussi sujet de sa propre éducation : « arrêtons de couver nos enfants ! Laissons-les faire leur propre expérience et devenir également responsables de leur apprentissage. Et nous constaterons que nous aussi adultes apprendront des choses au cours de ce processus ». On pourrait résumer ainsi le message final délivré par les contributeurs, sur ce thème, aux parents guadeloupéens – en tous cas à ceux qui s’impliquent dans l’éducation de leurs enfants.

7) Les acteurs de l’éducation doivent travailler de concert. Il ne s’agirait pas là simplement de renforcer la relation entre les parents et l’école, mais de construire une véritable chaîne éducative au sein de laquelle la famille aurait une place centrale et chaque acteur pourrait jouer pleinement son rôle. Chacun est invité à faire montre de résilience dans cette entreprise fondamentale et collective

B) Comment ces valeurs sont-elles transmises ?

1) L’Autorité est une valeur en crise ; les parents, les grands-parents, les enseignants ou encore les chefs d’entreprise éprouveraient de grandes difficultés à le respect (des règles, de la hiérarchie) et l’écoute des personnes à qui elles doivent transmettre. Les contributeurs partagent le constat de l’avènement, en Guadeloupe, de « l’enfant-roi », qui ne serait qu’à l’image d’une société dans laquelle chacun se croit tout permis : si les adultes ne respectent pas la règle, il n’est pas étonnant que les enfants la bafouent également. Signe peut-être là aussi de la surreprésentation de retraités et de l’absence remarquée des jeunes aux débats, ce laxisme ambiant suscite, chez certains, la nostalgie de temps passés où l’autoritarisme avait cours en Guadeloupe. Il est d’ailleurs imputé, à plusieurs reprises dans le débat, à la loi contre les maltraitances, accusée d’avoir sapé l’autorité des adultes. Ce à quoi, d’autres contributeurs, plus nombreux, suggèrent que ce sont précisément les maltraitances infligées dans le passé, aux actuels parents qui expliquent, dans un contre-pied éducatif, les attitudes laxistes d’aujourd’hui. Ils rappellent la raison d’être, les objectifs et l’effectivité en Guadeloupe de ce texte législatif et invitent les initiateurs du projet de société à imaginer de nouveaux modes de transmission des valeurs et du patrimoine. 11

 

2) L’ exemplarité et l’amour à la rescousse des pédagogues ? De l’avis général, il est impérieux de restaurer le dialogue entre adultes et enfants et, pour ce faire, de développer les temps de partage et les modalités d’une écoute mutuelle. Il serait également essentiel que les parents et les enseignants ou, de manière plus large, les adultes, adoptent des comportements exemplaires ; pour être efficace et crédible ce dialogue devrait reposer sur la maxime : « je dis ce que je fais et je fais ce que je dis ». Autre valeur souvent évoquée pour solutionner la crise de l’autorité et favoriser l’acceptation de l’interdit, l’amour renvoie, dans la bouche des contributeurs à une large palette de notions intégrant l’estime, le respect, la valorisation ; il est important de montrer à l’enfant qu’on l’aime, qu’il a de l’importance. Il faudrait également lui apprendre à s’aimer lui-même, puis à aimer les autres et enfin à aimer le savoir qu’il acquiert et les activités qu’il pratique.

C) Quel contenu pour l’éducation en Guadeloupe ?

1) Un fossé s’est creusé entre générations, sur le plan de valeurs. L’argent serait devenu la valeur de référence aujourd’hui en Guadeloupe et ce penchant matérialiste aurait largement imprégné les plus jeunes. Par ailleurs, ces derniers ne (se) reconnaitraient pas (dans) les valeurs des anciens. Ce conflit de valeurs conduit les contributeurs à s’interroger sur celles qui seraient intemporelles et à envisager une recherche de complémentarité.

2) Les enseignements devraient davantage porter sur le local ; ils ne reflètent pas aujourd’hui la réalité culturelle de la Guadeloupe. Pour certains, cette déconnexion est l’expression d’une entreprise d’aliénation menée depuis tantôt par la France. Pour d’autres, elle traduit le fait que l’Education Nationale n’a pas su ou n’a pas souhaité adapter ses programmes d’enseignement aux contextes locaux. Suite à ce diagnostic largement partagé, il est proposé de renforcer l’enseignement de l’Histoire de la Guadeloupe et du créole. Certains vont jusqu’à préconiser que priorité soit systématiquement accordée au local dans les programmes d’enseignement. Mais des craintes sont également formulées quant à la tentation d’un repli identitaire.

3) La place accordée à certaines disciplines scolaires devrait être revisitée. Les contributeurs convergent sur les efforts à consentir dans l’enseignement des matières fondamentales que sont le français et les mathématiques. Certains suggèrent de revoir le contenu des différents cycles d’apprentissage et d’introduire, par exemple, plus précocement certaines disciplines (philosophie, sciences sociales…).

4) L’éducation à la citoyenneté devrait être renforcée ; l’instruction civique devrait être remise au goût du jour et l’éducation devrait mettre l’accent sur le vivre ensemble et le respect. Les préconisations relatives à l’éducation à environnement contribueraient également à cette construction de la citoyenneté. Mais, par l’impact positif qu’ont ces enseignements sur la santé, ils concourraient tout autant à la construction de l’individu en tant qu’Homme. Les appels pour une plus grande reconnaissance du rôle éducatif du sport viseraient également cette double construction. 12

 

5) La valeur Travail doit être réhabilitée ; cette dernière aurait été battue en brèche par le chômage de masse et la généralisation des allocations familiales. Il serait urgent, au regard des comportements observés à l’école et dans l’entreprise, de mettre l’emphase sur le travail, l’effort et le respect.

6) Le contenu de l’éducation procède avant tout d’un choix de société : tout projet éducatif s’inscrit dans une vision globale du développement. Dans cette optique, les travaux conduits par ailleurs dans le cadre du PGS ont vocation à enrichir la définition des valeurs et des éléments de patrimoine à transmettre aux jeunes Guadeloupéens. 13

 

 

4.4. Vie économique et sociale

 

Quels enseignements nous livre la synthèse des contributions sur le thème « vie économique et sociale » ?

A) Sur la relation au Travail

1) Le Guadeloupéen n’aime généralement pas le travail qu’il fait : le métier exercé est davantage perçu comme une réalité imposée et subie et, dans cette optique, comme le fruit de calculs utilitaristes, que comme l’expression d’une vocation professionnelle ou d’un engagement citoyen.

2) Le rapport au travail est fortement influencé par le passé esclavagiste de la Guadeloupe : la relation au travail serait conditionnée par l’environnement dans lequel évolue l’individu. Dans le contexte guadeloupéen, l’Histoire de l’Esclavage joue encore un rôle prégnant car, de l’avis de plusieurs contributeurs, l’Abolition n’a pas marqué de rupture franche dans les relations sociales et l’organisation du travail ; l’instauration et la généralisation du salariat n’auraient ainsi pas modifié les fondements des relations patrons-employés. Comme nous le verrons par la suite, dans la continuité de cette analyse, le poids de ce passé est l’un des facteurs fréquemment avancés pour expliquer l’exercice difficile de relations hiérarchiques en Guadeloupe. Certains contributeurs relativisent cette spécificité guadeloupéenne en arguant que les Guadeloupéens partagent le même rapport au Travail que leurs compatriotes Français ou encore que le Travail revêt, pour tous les Hommes, une dimension de souffrance.

3) La valeur Travail connaît également une crise de nos jours. Au-delà de ces considérations structurelles, l’analyse de la relation au travail révèlerait également un fossé entre générations. Cette crise et la prégnance du rapport utilitariste au travail qui la matérialise seraient imputables à l’hégémonie de la valeur Argent dans la société guadeloupéenne contemporaine. Le régime d’aides sociales est également présenté comme l’un des facteurs réduisant, de nos jours, l’attractivité du travail.

4) Le Guadeloupéen préfère travailler pour lui-même que pour autrui : La poly-activité serait aujourd’hui la norme en Guadeloupe. Elle mêlerait travail formel et travail informel et permettrait aux ménages d’ajuster leurs revenus en fonction de leurs besoins immédiats. Se dégage alors du débat l’idée que le Guadeloupéen serait plus motivé et plus consciencieux quand il travaille pour lui-même que quand il évolue dans le cadre d’un travail salarié. Même les « coups de main », qui symbolisent, en Guadeloupe, l’apport volontaire de travail informel, tomberaient aujourd’hui en désuétude. 14

 

5) Le travail est une denrée rare aujourd’hui en Guadeloupe. Les réflexions sur le rapport au Travail doivent être resituées dans un environnement économique caractérisé par le chômage de masse et la concurrence de main- d’oeuvre extérieure. Elles ne peuvent occulter le difficile accès des jeunes Guadeloupéens à l’emploi et leur sous-représentation dans les postes d’encadrement. L’accent devrait être mis sur les outils d’insertion professionnelle pérenne.

6) Le rapport au travail relève in fine de la responsabilité et de l’initiative personnelle. Les Guadeloupéens sont invités par les contributeurs à ne pas considérer ce rapport problématique au travail et cette pénurie chronique d’emplois comme une fatalité, mais à faire preuve, au contraire, de responsabilité et de pro-activité dans ce domaine.

B) Sur les relations sociales au sein de l’entreprise

1) Les relations hiérarchiques sont problématiques. Elles le seraient davantage quand elles s’exercent entre Guadeloupéens. Les difficultés observées le sont tant au niveau du salarié, pour l’acceptation de l’autorité et des règles qu’au niveau du supérieur hiérarchique, dans la gestion des ressources humaines. Là encore, l’Esclavage et en particulier la figure du commandeur/géreur sont convoqués pour expliquer ces dysfonctionnements hiérarchiques. Sur ce point, les postures paternalistes de certains patrons sont également pointées du doigt.

2) L’argent occupe une place disproportionnée dans les relations sociales au sein de l’entreprise. La question de la rémunération serait fréquemment une source conflits entre patrons et salariés. Les prétentions salariales, parfois démesurées, conduiraient certains à se détourner des petites entreprises et des « petits métiers », jugés, dans les deux cas, peu attractifs sur le plan financier. En retour, obnubilés eux aussi par l’appât du gain, les employeurs ne seraient pas toujours sensibles.

3) Le clientélisme impacte également négativement les relations de travail et la performance des entreprises. Cette pratique serait largement répandue dans les secteurs public et privé en Guadeloupe.

4) Patrons et salariés sont renvoyés dos à dos. Les torts et les comportements contreproductifs seraient partagés. Des deux côtés, on assisterait à un manque de considération et de respect pour l’entreprise elle-même, pour les collaborateurs qui y travaillent et pour les règles qu’elle édite, et, au-delà pour le cadre législatif qui régit le Travail. 15

 

5) Le recours à la grève ne vise pas toujours la stricte défense des intérêts des salariés. Le mouvement syndical est présenté comme un partenaire incontournable au sein de l’entreprise. La pratique syndicale en Guadeloupe devrait être davantage orientée vers la recherche de compromis. Les contributeurs déplorent, à ce titre, le recours fréquent à la violence dans les conflits sociaux. Par ailleurs, les nombreuses grèves qui émaillent l’actualité sociale de la Guadeloupe ne seraient pas toutes fondées. Certaines poursuivraient un agenda, explicite ou non, qui dépasse la stricte protection des droits des salariés : ainsi le mouvement social de 2009 est appréhendé, plusieurs fois dans le débat, sous le prisme de ses objectifs et de son impact politiques et sociétaux

6) Un dialogue social à rénover ? Un consensus se dégage des débats sur la nécessité et l’urgence de refonder les relations sociales au sein de l’entreprise. Pour nombre de contributeurs, en effet, la situation économique globale de la Guadeloupe et les relations patrons-employés, toutes deux jugées critiques, plaident pour l’instauration d’un dialogue apaisé et pour le développement d’actions collectives dans l’entreprise. Enoncés dans le préambule de l’accord Bino, ces principes gagneraient à être promus dans la société guadeloupéenne.

C) Sur les difficultés à entreprendre

1) Les motivations des créateurs d’activité sont plurielles. Il s’agirait, dans certains cas, de répondre à une urgence de survie. D’autres créateurs, plus nombreux, seraient motivés par le désir d’être leur propre patron ou de gagner de l’argent facile.

 

2) La création d’une activité ne se traduit pas toujours par la création d’une entreprise : la création d’activité relèverait le plus souvent de l’informel et précéderait, en théorie, la création d’entreprise. Mais de l’avis des contributeurs, le créateur guadeloupéen n’aurait pas la culture capitaliste qui lui permettrait de réaliser cette évolution et de créer ainsi véritablement de la richesse et des emplois.

 

3) Les créateurs doivent être davantage épaulés dans leurs projets. Ils accuseraient souvent un déficit de formation et d’information en la matière. Les lacunes constatées dans le domaine de la gestion illustreraient ce manque de préparation à l’entreprenariat. Dans cette entreprise, les créateurs ne seraient pas franchement soutenus par l’administration et les banques.

16

 

D) Sur les secteurs porteurs de l’économie

1) L’accent devrait être mis sur la diversification et sur l’innovation. Ces stratégies devraient être mises en oeuvre dans les secteurs qui structurent aujourd’hui l’économie guadeloupéenne : l’agriculture, le tourisme, les services à la personne. Il convient d’observer ici que le terme « diversification » est employé ici pour signifier la recherche non pas de nouveaux secteurs économiques porteurs, mais de débouchés supplémentaires dans les secteurs existants.

2) L’agro-transformation apparaît comme une priorité sectorielle. L’agriculture est perçue, dans les débats, comme le secteur central de l’économie guadeloupéenne. Les efforts de développement et diversification devraient être orientés ici vers les débouchés innovants qu’offre l’agro-transformation.

3) Les politiques et les stratégies touristiques gagneraient à être toilettées. L’accent devrait être mis sur la diversification des offres d’hébergement et sur le développement, en particulier, des capacités d’accueil chez l’habitant. Il est également fait mention des produits et des services associés au tourisme et qui resteraient encore largement inexploités aujourd’hui, telle la gastronomie locale.

4) Les services à la personne présentent des potentialités intéressantes de développement. Ils offriraient un gisement d’activités innovantes répondant aux principes de durabilité et de solidarité.

E) Sur le développement de la production locale

1) L’économie guadeloupéenne doit être appréhendée à l’aune de ses contraintes structurelles ; la vulnérabilité et la dépendance qui la caractérisent ne peuvent être éludées, à l’évocation de la production locale. Comment en effet développer celle-ci, dans un système fortement marqué par les importations de masse et les situations de monopole ?

2) Le coût et la qualité sont des freins au développement de la consommation locale En dépit de la volonté affichée de « consommer local », les produits et les services du pays ne sont pas toujours compétitifs aujourd’hui. Se poserait également un problème de fiabilité des producteurs locaux.

3) La production locale connaît un développement qu’il convient de soutenir davantage. La tendance serait aujourd’hui positive. Mais des efforts doivent être encore consentis pour mobiliser les ressources productives du pays. Dans le domaine de l’agriculture qui occupe la majeure partie des débats sur ce thème, l’accès au foncier devrait être facilité par des politiques plus volontaristes de mise à disposition et de levée de l’indivision. Par ailleurs, la production immatérielle devrait être davantage valorisée dans une stratégie globale liant culture et économie. Enfin, les petits métiers et les activités manuelles souffrent d’un déficit d’image et mériteraient davantage de considération. 17

 

 

4.5. Citoyenneté

 

Quels enseignements nous livre la synthèse des contributions sur le thème de la citoyenneté ?

A) Sur la définition de la citoyenneté

1) Comme dans le questionnement sur l’identité, la définition de la citoyenneté et du flou qui entoure cette notion pose question. On constate ainsi que le thème choisi n’est pas immédiatement compris par les participants aux débats.

 

2) La frontière entre règles afférentes à l’espace public de la citoyenneté (civisme, participation politique, respect de la loi) et l’expression de valeurs associées à la citoyenneté (responsabilité, amour, confiance) est ténue dans l’esprit des participants.

 

B) Sur le constat général d’une crise de la citoyenneté

1) Le premier enseignement d’une crise de la citoyenneté porte sur le constat d’une participation limitée aux débats du PGS. Les discussions autour des raisons de la faiblesse de l’affluence aux débats du PGS constituent parfois jusqu’à un tiers des débats eux-mêmes. Cette interrogation tend à lier participation aux débats et sentiment d’investissement dans les affaires citoyennes. Si ce constat est normal et compréhensible, il est à rappeler qu’il n’est pas propre à la Guadeloupe, comme le soulignent les intervenants eux-mêmes, mais peut-être étendu aux autres régions françaises. Par ailleurs, ce type de constat concerne l’ensemble des exercices de démocratie participative, pour lesquels les attentes dépassent souvent largement les résultats dans la première phase.

 

2) Le second enseignement tiré des interventions sur la perception de la citoyenneté est relatif au sentiment quasi unanime de cette crise. Plusieurs facteurs sont mis en cause, et en premier lieu le sentiment d’un « égoïsme », d’un « individualisme » très fort des Guadeloupéens qui les empêcherait de prendre part aux affaires collectives et d’en accepter le principe. Cet individualisme expliquerait selon les participants le décalage entre revendication de droits et acceptation des devoirs liés à la citoyenneté.

18

 

 

3) Les deux institutions blâmées de manière récurrente pour cette crise sont l’école et la famille, représentant ici l’espace public (l’école) et la dimension privée (la famille) de la citoyenneté, accusées de ne pas agir pour renforcer le sentiment du collectif et de l’interdépendance.

 

4) Dernier enseignement de cette crise, le sentiment prévalent parmi les intervenants que la « culture de la citoyenneté » est insuffisante en Guadeloupe, et que celle-ci peut et doit être renforcée. Cette insuffisante culture de la citoyenneté s’ajoute à la crise économique, qui accentue la violence des rapports inter-individuels et est accusée de détruire les fondations de la citoyenneté.

 

C) Sur le rapport à la loi, à la justice, au règlement

1) Le rapport à la loi est considéré comme l’un des arguments principaux expliquant la crise de la citoyenneté. Puisant parfois dans l’histoire de l’esclavage pour expliquer un rapport individualisé à la loi, fait d’accommodements et de contournements de la règle, les intervenants dénoncent principalement la fraude fiscale ou le travail illégal comme autant de symptômes de la crise guadeloupéenne de la citoyenneté.

2) La culture de la « débrouillardise » dans une société sortie depuis moins d’un demi-siècle du sous-développement et portant encore les stigmates d’un développement économique et social inégal et inégalitaire est convoquée comme l’un des facteurs expliquant une difficulté notée par les intervenants à respecter les règles fixées par la collectivité.

3) Il est intéressant de constater que cette analyse des insuffisances citoyennes s’accompagne d’une dénonciation du système économique et d’une perception ambivalente des entreprises et des dirigeants d’entreprise, jugés insuffisamment citoyens, voire égoïstes eux aussi. Il est probable que la coloration idéologique de certaines interventions soit due aux affiliations partisanes des participants.

 

4) Enfin, la question des incivilités est un thème récurrent dans l’ensemble des débats. Ce thème apparaît plus sensiblement aux populations plus âgées, surreprésentées lors des débats, mais il laisse aussi entrevoir une perception des incivilités comme manifestations banales, « ordinaires » d’une citoyenneté déficiente. Au-delà des incivilités traditionnelles, sont pointés les comportements inciviques des automobilistes ou encore l’absence de respect pour l’environnement.

19

 

D) Sur les solutions à apporter à la crise de la citoyenneté

Les débats ne se contentent pas de pointer les motifs de la crise de la citoyenneté. Ils développent aussi des pistes de réflexion pour endiguer la crise de la citoyenneté. Dans le choix de ces dernières, on retrouve, comme dans la synthèse sur l’identité, le sentiment d’une perte de sens et d’une crise identitaire corollaire d’une crise de la citoyenneté. Les pistes de réflexion vont dans trois directions principales :

1) La première est la nécessité de développer une production et une consommation de produits locaux comme manière de développer la citoyenneté en Guadeloupe. La promotion des produits locaux s’intègre dans une volonté de valoriser la culture guadeloupéenne pour développer une fierté locale à l’extérieur et encourager la citoyenneté. Elle se veut à dimension éducative en direction des jeunes, mais aussi des touristes pour améliorer l’image extérieure de l’île.

 

2) La seconde vise l’embellissement de l’espace public et la lutte contre la pollution. Il est notable à quel point l’environnement pèse largement dans les considérations des participants. L’amélioration de la relation à l’environnement, à la limitation de la pollution, et à l’embellissement de l’espace public sont des thèmes récurrents. On peut y voir un lien avec les polémiques actuelles sur le chlordécone ou l’épandage, mais aussi un questionnement général sur l’organisation de l’espace public guadeloupéen, jugée peu respectueuse de l’environnement. A ce titre, la tendance de l’opinion en Guadeloupe rejoint les expériences dans d’autres territoires français et européens dans la revendication d’une meilleure gestion de l’espace, notamment plus respectueuse de l’environnement.

 

3) La troisième concerne le désir d’une éducation à la citoyenneté. Les intervenants s’accordent sur l’importance de l’éducation et son échec en Guadeloupe, et sur la nécessité de développer la citoyenneté chez les jeunes, notamment à l’école, mais aussi dans les familles.

20

 

E) Sur le rapport à citoyenneté politique

Plusieurs éléments structurent la question de la citoyenneté politique dans les débats : a) la relation aux élus, b) la nécessité de développer des valeurs partagées, c) la description d’une tension entre citoyenneté politique nationale et appartenance culturelle locale, et enfin d) la nécessité d’encourager la participation politique des citoyens guadeloupéens.

1) La relation aux élus guadeloupéens est conforme à celle entretenue dans la plupart des démocraties occidentales. Elle mélange respect de la fonction et énonciation d’une attente forte vis-à-vis des élus d’une part ; critique frontale de l’incompétence, de l’égoïsme voire de la malhonnêteté des élus d’autre part. Cependant la crise de la citoyenneté ne leur est pas entièrement attribuée et les participants insistent sur la responsabilité partagée entre élus et citoyens, accusés de n’être pas assez exigeants avec leurs représentants.

 

2) Dans un contexte culturel hétérogène, de nombreux participants insistent sur la nécessité de développer des valeurs communes afin de renforcer la citoyenneté. Cette demande est directement liée à la crise de sens notée plus haut. Elle s’appuie sur un désir de clarifier les valeurs qui sous-tendent la société, les anciennes valeurs traditionnelles ayant été ébranlées par la modernité et le développement économique après la Seconde Guerre Mondiale, puis par la crise économique structurelle qui frappe la Guadeloupe depuis les années 1980.

 

3) Comme dans les débats portant sur l’identité, la question se pose, dans l’évocation de la citoyenneté, de l’existence d’une tension entre identité culturelle locale et identité politique nationale. Trois tendances se dégagent. La première défend la priorité à la citoyenneté culturelle locale et aux particularités contre la règle nationale ; une deuxième tendance insiste sur la priorité de la citoyenneté politique et de l’appartenance à l’ensemble français ; une troisième tendance conduit certains participants à refuser le clivage entre la Guadeloupe et la métropole ou à insister sur la nécessité de développer une citoyenneté caribéenne. Indépendamment de ces tendances, on assiste à une demande d’une meilleure prise en compte et d’une valorisation accrue de l’histoire et la culture guadeloupéenne. Cette tension entre identité culturelle et identité politique/citoyenneté n’est pas propre à la Guadeloupe, et concerne de nombreux territoires pour lesquels l’assimilation politique s’est opérée en opposition à une culture locale forte, qui a su résister historiquement à la « folklorisation » (Québec, Ecosse, Bretagne, etc.).

 

Sur la question de la participation politique, la plupart des intervenants s’accordent sur la nécessité de s’investir dans les affaires politiques de la cité, avant tout par le vote. 21

 

 

4.6. Synthèse trans-thème

 

Quels enseignements transversaux nous livrent les synthèses des contributions sur les cinq thèmes mis en débat ?

Le croisement des principales conclusions des synthèses de ces cinq grands thèmes de société, débattus d’avril à août 2012, exprime par différents biais une série d’attitudes récurrentes, que nous avons classifiées dans trois grandes directions. En premier lieu, 1) les contributeurs expriment majoritairement le sentiment d’une crise profonde des valeurs et des institutions qui structurent la société guadeloupéenne. En second lieu, 2) ils soulignent leur attachement à l’identité guadeloupéenne conçue comme spécifique, complexe et ambiguë dans son expression, notamment du fait du poids d’une histoire troublée. Enfin, 3) l’analyse des synthèses permet de relever l’attente forte exprimée par la population vis-à-vis des pouvoirs publics pour régler les problèmes de la société guadeloupéenne.

A) Le sentiment généralisé d’une crise des valeurs

1) On constate dans tous les thèmes abordés, le sentiment largement répandu d’une crise tant des valeurs communes que des structures sociales (crise identitaire, crise de la solidarité, crise de l’éducation, crise du travail, crise de la citoyenneté). Cette crise est perçue comme la conséquence d’un déclin des valeurs qui structuraient jusqu’alors la société guadeloupéenne et de la non émergence de nouvelles valeurs et normes partagées, permettant aujourd’hui de « faire société ».

 

2) La perception d’une crise des valeurs communes s’accompagne d’une crise des principales institutions de socialisation et, en premier lieu, la famille et l’école, accusées de ne plus être en mesure de constituer le cadre de la transmission des valeurs individuelles ou citoyennes et des codes sociaux. L’éducation est ainsi perçue comme déficiente, largement prise en charge par les médias, dans le contexte d’une crise générale de l’autorité.

22

 

 

3) Cette crise des valeurs et des institutions de socialisation apparaît comme la source d’un fossé générationnel croissant. Les générations plus âgées, plus représentées dans les débats du PGS, dénoncent l’obsession supposée des jeunes générations pour l’argent, leur individualisme, le déclin de la fraternité/solidarité et des valeurs citoyennes qui leur apparaissaient comme structurant la société guadeloupéenne jusqu’à présent. Perçues comme les principales victimes de cette crise (des valeurs et des normes publiques), les jeunes générations suscitent incompréhension et inquiétude de la part de leurs aînés.

 

4) De manière générale, la prégnance d’un individualisme débridé est dénoncée comme l’un des maux les plus flagrants de la société guadeloupéenne. Cet individualisme est décrit comme structurant le rapport à la fraternité (une société d’intérêts conflictuels et non d’harmonie), à la citoyenneté (une société d’incivilité, repliée sur elle-même et indifférente à la défense de l’espace public et de l’intérêt général), au travail (une société refusant la subordination à toute forme d’autorité, où l’on préfère travailler seul(e), à son compte, que pour un patron), à l’éducation (le refus de l’autorité comme principe d’éducation, l’absence de transmission aux jeunes générations de la part des aînés, notamment dans la famille) et même à l’identité (indifférence à l’espace et à la culture locaux, projection dans un modèle culturel allogène, difficulté à s’insérer dans une identité guadeloupéenne homogène et non structurée par les conflits entre culture majoritaire et minorités culturelles locales).

 

B) Le désir de valorisation d’une identité complexe et ambiguë, marquée par une histoire troublée

1) Dans le contexte d’une crise des valeurs, l’identité guadeloupéenne, son histoire, sa culture et sa langue sont perçues comme des valeurs rassurantes et positives, insuffisamment valorisées. Cette revendication est avant tout culturelle et porte moins sur l’organisation politique, qui suscite pour sa part de vifs débats. La revendication identitaire et la volonté de valoriser l’ensemble des normes et des coutumes considérées comme locales s’inscrit dans le contexte d’un scepticisme marqué vis-à-vis de la mondialisation, et d’une demande de protection contre l’acculturation et l’obsession consumériste perçues comme induites par cette dernière.

 

2) La revendication identitaire s’étend à quasiment toutes les dimensions évoquées dans les synthèses des débats : volonté de consommer local, de produire local, de valoriser la transmission et la mise en valeur de l’histoire et de la culture guadeloupéenne, de protéger plus efficacement et d’améliorer l’environnement local, de fixer des valeurs communes plus en adéquation avec les spécificités sociales et culturelles locales.

23

 

 

3) Cette revendication identitaire n’est pas dénuée d’ambiguïté, et ce à deux niveaux.

 

a. Tout d’abord, une division existe entre une minorité très active d’intervenants défendant l’affirmation d’une identité spécifique détachée du cadre national, et les partisans plus nombreux d’un développement guadeloupéen jugé compatible avec l’appartenance française. Pour les premiers, l’origine des problèmes locaux trouve sa source dans une inféodation excessive à l’égard de l’hexagone. Pour se réformer, la Guadeloupe doit générer un modèle entièrement propre aux niveaux économique, social et culturel. Pour les seconds, il ne saurait être pensé de développement qui ne s’inscrive dans le cadre national. L’amélioration des rapports sociaux, le redressement des valeurs, l’éducation à la citoyenneté et le développement économique doivent être pensés dans le rapport entre l’Etat central et une collectivité décentralisée de droit commun. Cette position n’est pas incompatible avec la revendication d’une spécificité culturelle, même si le risque d’un repli identitaire est généralement pointé. Pour les deux parties, l’idée que les lois – et leur mise en oeuvre – sont parfois inadaptées à la réalité sociale guadeloupéenne est récurrente. Par ailleurs, une inscription croissante dans l’espace caribéen constitue une revendication généralement partagée, qui permettrait à la fois le développement local et la satisfaction de la « demande » identitaire des Guadeloupéens.

 

b. Deuxième niveau d’ambiguïté, le poids de l’histoire, notamment celui de l’esclavage, est tour à tour dénoncé ou valorisé comme l’origine de la société guadeloupéenne. Le rapport à l’esclavage est ainsi évoqué aussi bien dans le rapport à l’identité et à la citoyenneté, à la loi et à l’insubordination, à l’individualisme – notamment au rapport à la hiérarchie – dans le travail, à la crise de l’éducation et aux troubles de la cellule familiale. Dès lors, un débat structurel existe sur la nécessité de passer outre ce fondement historique ou de le replacer au coeur du débat culturel et social en vue de « crever l’abcès » de l’histoire coloniale et esclavagiste et de ses conséquences pour la société guadeloupéenne contemporaine.

 

C) Une attente forte à l’égard des pouvoirs publics

1) Toutes les synthèses témoignent de l’attente forte de la population vis-à-vis des pouvoirs publics pour résoudre les problèmes de la société guadeloupéenne. Cette attente s’exprime dans l’ensemble des problématiques abordées. Les pouvoirs publics sont ainsi requis d’intervenir pour améliorer et protéger l’environnement, promouvoir l’identité et la culture guadeloupéennes, générer le modèle économique qui permettra le développement, endiguer la crise de l’éducation, encourager conjointement la citoyenneté et améliorer la gouvernance des élus locaux… La société guadeloupéenne apparaît comme extrêmement stato-centrée, faisant plus confiance à l’Etat qu’à la société civile pour conduire le changement.

24

 

 

2) Cette tendance, partagée par l’ensemble des territoires de l’espace français, est particulièrement marquée dans le cadre d’une économie dépendante, dans lequel le secteur public joue un rôle primordial et où les stigmates du sous-développement sont très marqués. Par ailleurs, la crise économique que connaît l’île et les inégalités sociales fortes qui structurent la société guadeloupéenne, dans un contexte de chômage endémique élevé, accentuent le désir de pouvoirs publics proactifs, efficaces, mieux organisés, pour être en mesure, en étant davantage à l’écoute de la société, d’apporter des réponses au plus près des préoccupations du territoire.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Bug Jargal 27/12/2012 19:53


Cest avec le plus grand plaisir que j'ai pris connaissance des synthèses.


Comme j'en avais préjugé,la barre est placé trop haut,elle s'adresse aux "élites" qui devant la complexité du texte aurront d'autant plus de facilités pour tourner en rond,faire un brassage
d'idées dans la petite boîte et surtout ,ne rien en sortir.


Je n'ai lu que les faits de société récurrents accessibles dans les différents blogs locaux et connus de tous.En vérité,toutes ces têtes de chapitre apparraissent déja dans le programme de
V.Lurel lors des dernières Régionnales.Qu'en est-il sorti?Rien.Qu'en sortira-t-il cette fois? Rien:une nouvelle boîte de Pandorre.


Le jour où l'on voudra résoudre les problèmes,il faudra parler simple/Les problèmes sont connus!maintenant il faut donner les réponses.


Le pire,j'ai bien aimé le fond de réel constat émanant de ce texte.Tout y est.Il reste à traduire.


Respect des règles existantes à tous les niveaux


Formation à partir de la maternelle dans une magnifique symbiose école-famille:Morale,instruction civique,droits et devoirs,respect des parents et de l'environnement,pas d'assistance sans retour
exigé...


Impossible?Plus tard nous y viendrons,plus tard nous résoudrons.


Quant à l'esclavage,SVP,ça fait 150 ans!!!!arrrêtons de suivre les minorités bruyantes et puantes.


Pour les adultes,juste un premier point:faire preuve de civilité dans tous les domaines

Claude HOUËL 27/12/2012 12:26





Le PGS n’a pas eu le succès qu’il aurait , peut-être ,mérité ,les débats n’ayant pas attiré les foules, loin s’en faut.


Ses initiateurs doivent donc faire avec et en tirer des conclusions partielles.


La répartition sociologique des participants aux débats aurait probablement démontré la sur - représentation de nos intellectuels progressistes.


Pour autant  elles ont le mérite d’exister et ne sont pas inintéressantes car elles montrent les profondes mutations de notre société et les raisons
d’espérer.


Concernant les problèmes de la fraternité et de l’identité , l’analyse et les conclusions devraient être nuancées.


Les mutations indiquées sont universelles et pas spécifiques et le remplacement de la solidarité par l’individualisme constaté partout.


Il ne faut ,par contre , jamais perdre de vue qu’il existe bien des spécificité liées à l’insularité , que l’on retrouve sur d’autres îles françaises ,et pas seulement en Corse , sur lesquelles
le questionnement sur l’identité ou la méfiance vis à vis de l’autre sont plus ancrées.


Pour vivre en Guadeloupe depuis 53 ans et bien que n’y étant pas né ,j’ai pu voir évoluer notre société avec un œil différent et avoir le sentiment que les choses ne sont pas aussi négatives que
l’on se complait à le dire et que les raisons d’espérer existent bel et bien.


Mon expérience relative à l’identité est à ce sujet révélatrice et pas forcement inédite :


Ayant usé mes fonds de culotte sur les bancs de Gerville Réache ,Carnot  ,Baimbridge puis Vizioz je me suis rapidement senti Guadeloupéens , conforté
en cela par mes amis, de toutes couleurs confondues.


Cette certitude a été ébranlée en mai 67 par les manifestations qui ont revêtues , fait occulté, un caractère racial marqué .


J’ai porté cette interrogation de longues années jusqu’au jour où les pendules ont été remises à l’heure , de manière inattendue.


A titre de chef d’entreprise j’ai organisé ma première NAO (négociation annuelle obligatoire) avec mes deux délégués…UGTG.


La première revendication avancée était de privilégier l’embauche locale, bien que souscrivant sans problème à cette « revendication » j’ai voulu  pousser mes interlocuteurs dans leurs retranchements en leur demandant de me préciser si mes enfants étaient « autorisés » à travailler dans
l’entreprise, avec les compétences requises.


La réponse a définitivement effacé mes doutes : Il n’y avait aucun problème pour mes interlocuteurs , car mes enfants , nés en Guadeloupe étaient donc guadeloupéens ainsi que moi même qui a
choisi de passer ma vie ici en y risquent quelques capitaux !


Bien que ne faisant pas d’angélisme et ne tirant pas de conclusion hâtive d’un expérience personnelle cela m’a conforté dans l’idée que les clivages de la société n’étaient pas toujours là où
l’on croyait.


Une seconde expérience m’a montré que la revendication identitaire basée sur une histoire douloureuse était loin d’être la préoccupation première des guadeloupéens.


Ayant été amené à coacher des demandeurs d’emploi, de toute origine sociale, et abordant avec tous les thèmes possibles, j’ai rapidement constaté que leur souci premier était le retour à une
activité et pas seulement du point de vue économique bien avant des considérations jugées intellectuelles.


Contrairement à un autre lieu commun j’ai  aussi constaté qu’il n’y avait aucune prédisposition du guadeloupéen à fuir le travail et a se complaire
dans l’assistanat.


Tout cela pour dire qu’il faudra beaucoup ,de mon point de vue , nuancer les conclusions qui serviront de base au PGS si on veut que ce projet emporte l’adhésion du plus grand nombre.