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Publié par Edouard Boulogne

Le fort Delgrès à Basse Terre ( en souvenir de mai 1802), par le Scrutateur.

 

PATRIMOINE

LE FORT LOUIS DELGRES :

 

  ( 22 mai 2010 : Voici venu, avec cette fin du mois de mai, le moment de commémorer les premières abolitions de l'esclavage en Guadeloupe et en Martinique; et puisque le Scrutateur est guadeloupéen, assez naturellement, il met l'accent sur de qui s'est passé en Guadeloupe, en 1802, lors de ces évènements. On pourra lire aujourd'hui, d'abord, en cliquant sur les « liens » les portraits historiques de Delgrès, et d'Ignace, deux acteurs centraux des évènements, tels que nous les avons publiés ces dernières années sur le blog. Les révisions sont souvent utiles. Et puis nous avons sans cesse de nouveaux lecteurs.

Mais l'article du jour est la reproduction à l'identique du reportage sur le Fort Delgrès, dans son état actuel, qu'avait publié mon journal Guadeloupe 2000 dans les années 1990. Bonne lecture. E.Boulogne).

 

 

I : Louis Delgrès :

 

1) http://www.lescrutateur.com/article-19454062.html 

 

2) http://www.lescrutateur.com/article-19479876.html 

 

3) http://www.lescrutateur.com/article-19479973.html 

 

4) http://www.lescrutateur.com/article-19499200.html 

 

II) Ignace :

 

1) http://www.lescrutateur.com/article-31916185.html 

 

2) http://www.lescrutateur.com/article-31955339.html 

 

 

Un monument d'histoire d'une Guadeloupe rebelle.

 

 

Inaugurant cette nouvelle rubrique par une présentation diachronique du Fort Delgrès, fleuron des sites historiques d'une Guadeloupe à la reconquête de son riche patrimoine, « Guadeloupe 2000 » se propose, ponctuellement et sans prétention d'exhaustivité, de convier ses lecteurs à une redécouverte commentée des monuments préservés -parmi les plus significatifs-de notre Histoire, contribuant ainsi, à sa manière constamment réaffirmée, à revivifier une mémoire collective encore sollicitée de façon trop inconstante et disparate par tous ceux (y compris parmi nos élus locaux) qui semblent soudain de plus en plus soucieux de leur réserver une place de choix au service du développement touristique -et partant économique-dû département.

 

Sentinelle de pierres brunes ravi­nées par les outrages d'un passé prestigieux, profilant la lourde majesté de ses remparts sur la falaise qui domine la rivière du Galion, le fort aujourd'hui bapti­sé Louis DELGRES (en hommage au héros des combats pour la li­berté en 1802) avait, dès le XVlIème siècle, reçu le nom de fort Saint-Charles (prénom de son fondateur : Charles HOUEL, Gouverneur de la Guadeloupe d'alors».

Construit vers 1650 et considérablement agrandi aux XVlIème et XVlHème siècles, le fort qui a dé­cidé de l'emplacement de la ville de Basse-Terre -en raison de l'in­térêt stratégique de sa situation (« bornée et comme encadrée à l'Ouest par la Rivîère-des-Pères, à l'Est par celle des Galions, au Sud par le rivage de la mer, et au Nord par les hautes montagnes de l'intérieur de l'île»)- était à l'origine la maison particulière de Charles HOUEL; Auguste LA-COUR (Histoire de la Guade­loupe, Tome l, 1855) parle ainsi de sa construction : « Houël se fit bâtir une demeure princière, éle­vée de trois étages, avec des murs d'un mètre d'épaisseur. Cette maison était fortifiée d'un parapet à huit pointes ou épe­rons, dont quatre correspon­daient aux quatre angles et les quatre autres aux quatre faces. On n'y arrivait que par un che­min couvert, donnant passage à deux personnes de front, et au bout duquel on se trouvait pris entre deux feux. Au bas de cette maison ou château, du côté de la mer, était une batterie armée de six pièces de canon. Ce sont ces fortifications imparfaites qui ont fini par être transformées en fort Saint-Charles ». Le Père Du Tertre l'a visité (cf. Histoire générale des Antilles, Tome [, 1667) et le Père Jean-Baptiste Labat y  conduit certains travaux de ré­aménagement (cf. les citernes du fort, construites en 1702-1703) avant son achèvement en 1780.

Des multiples péripéties conflic­tuelles de son histoire -liées aux incessantes guerres de domina­tion coloniale que se livraient

Anglais et Français de l'époque-la meilleure trace chronologique nous est laissée par la valse alternée des dénominations qu'a connues le fort, au gré de ses for­tunes militaires diverses.


 

LES TRIBULATIONS D'UN NOM :


 

Tour à tour désigné par les chro­niqueurs royaux (de 1667 à 1712) sous les appellations incertaines de « fort Houël ou de Saint-Charles »... « Chasteau de la Basse-Terre »... « de Mr. Houël »... ou « de la Guadeloupe »... la dé­nomination de fort Saint-Charles devient définitive (?!) au milieu du XVIlIème siècle. Les Anglais, qui occupent la Gua­deloupe de 1759 à 1763 lui don­nent le nom de fort Royal, et, en 1794, de fort Mathilde (sur déci­sion du Prince Edouard, duc de Kent).

C'est un arrêté du gouvernement de la République française signé par le premier consul Bonaparte le 9 Germinal An 11 (30 Mars 1803) sur le rapport du ministre de la guerre Alexandre Berthier qui lui a donné le nom de Fort Richepance.

Lors de l'occupation anglaise de la Guadeloupe, en 1810, le fort re­prend son nom britannique de fort Mathilde puis, sous la Res­tauration, après la restitution de l'île à la France, de fort Saint-Charles.

En 1831, sur la demande du fils du général Richepance trans­mise par le ministre de la Ma­rine, le fort reprend par décision du gouverneur de la Guadeloupe datée du 27 Juillet 1831, sa déno­mination de fort Richepance qu'un siècle et trois décennies plus tard, le Général comman­dant supérieur inter-armées du groupe Antilles-Guyane va, par décision du 23 Décembre 1960, modifier une nouvelle fois en ré­tablissant le vieux nom de fort Saint-Charles.

Plus près de nous, enfin, après la cession du fort par l'Etat au Dé­partement (les 30 Mai et 9 Juin 1975) -et l'arrêté ministériel du 21 Novembre 1977 classant le fort parmi les monuments historiques- une délibération solen­nelle du Conseil Général de la Guadeloupe en date du 5 Juillet 1989 attribuait au fort son nom actuel de fort Louis DELGRES. L'assemblée départementale a ainsi tenu, dans le cadre du Bi­centenaire de la Révolution fran­çaise, et un peu plus de 4 ans avant la célébration du 200ème anniversaire de l'abolition de l'esclavage par la Convention de 1794, à commémorer le souvenir de celui qui, sur les pierres du fort qui porte désormais son nom, devait écrire en lettres de sang une page essentielle de l'histoire de la Guadeloupe.


 

UNE FIGURE LEGENDAIRE :


 

Louis DELGRES est né a Saint-Pierre de la Martinique, le 2 Août 1766, d'un père blanc et d'une noire martiniquaise.( voir tous les détails dans l'étude du docteur Nègre, publié ci-dessous- Liens-. Sa carrière militaire de jeune mulâ­tre libre débute à 17 ans, dans la milice des planteurs -tout comme, ironie du destin, celle de son compatriote Pelage (né la même année que lui mais au Lamentin, en Martinique !). L'incontestable autorité, et le courage exemplaire de ces deux purs produits de l'Armée fran­çaise -ayant rejoint le courant ré­publicain derrière Rochambeau, ils ont combattu contre les An­glais à la Martinique en 1794, ont été faits prisonniers..- puis échangés, ont regagné les ren­forts pour Victor Hugues en 1795 et combattu en Guadeloupe, à Ste Lucie et St. Vincent- les ont amenés tous deux vers les som­mets de la hiérarchie militaire, à la faveur de l'amalgame révolu­tionnaire et de l'abolition de l'es­clavage.

En 1802 (date fatidique décidant de l'opposition de deux destins que tout semblait devoir rappro­cher) ils font partie de ces rares Antillais qui exercent des postes de commandement : le colonel Pelage sur la Grande Terre, le Commandant Delgrès sur la Basse-Terre.

6 Mai 1802. Le Général Antoine Richepance, 32 ans, nouveau Gouverneur de la Guadeloupe, débarque avec ses 3500 vété­rans des campagnes d'Europe et d'Egypte pour rétablir, avec l'« ordre ancien », une légalité ré­publicaine qui s'apparente déjà à l'arbitraire de l'Empire, et résonne dans les esprits (déjà sur­chauffés par la vague de révoltes et de répressions qui a accompa­gné la destitution, puis la fuite, du précédent Gouverneur, le ca­pitaine de vaisseau Lacrosse) comme « rétablissement de l'es­clavage » !! Ce dernier devient ef­fectif sur décision de Bonaparte (cédant aux conseils de ses proches, le « parti créole » consti­tué par Joséphine et son entou­rage immédiat) le 20 Floréal An 10 (12 Mai 1802). Respectueux de la raison fran­çaise d'Etat, Pelage (devenu « par intérim » chef de la colonie avant l'arrivée du nouveau Gouverneur) se range derrière Riche­pance qui s'emploie aussitôt à désarmer les Noirs, occuper les places fortes afin de restaurer l'économie de plantation et réta­blir l'ordre social qui existait à la fin du règne de Louis XVI. Refusant, pour sa part, le retour à l'esclavage -comme en té­moigne sa fameuse proclama­tion du 10 Mai 1802 « A l'univers  entier : le cri de l'innocence et du désespoir »- Louis Delgrès, assis­té du fougueux Commandant guadeloupéen Ignace, organise la révolte de ses troupes, retran­chées à l'abri du fort. Après 10 jours d'une lutte achar­née mais inégale contre l'armée des assiégeants menée par Pe­lage, leur sanglante résistance s'achève le 22 Mai à 20 heures (!) avec l'évasion du fort, par la po­terne du Galion, de la troupe des ultimes insurgés, conduite par Ignace et Delgrès. Après l'écrase­ment de l'opération de diversion armée menée sur Pointe-à-Pitre par Ignace (tué à la bataille de Baimbridge le 25 Mai), Delgrès va choisir la mort plutôt que de capituler, en se faisant sauter au Matouba avec 300 de ses com­pagnons -sur l'habitation Danglemont qu'ils avaient minée- le 28 Mai 1802, fidèles au cri de ral­liement qu'ils s'étaient choisi : « Vivre libre ou mourir ». Leur vainqueur, Pelage, chassé par le retour du gouverneur Lacrosse, sera déporté au bagne de Brest (où il croupira 16 mois, avant de réintégrer l'armée pour y trouver la mort en 1810, colonel dans l'armée d'occupation d'Es­pagne). Le Général Richepance, pour sa part, ne survécut guère à la répression meurtrière orches­trée à Basse-Terre à la suite de l'héroïque sacrifice du Matouba. Il meurt le 3 Septembre 1802, ter­rassé par la fièvre jaune. Il est en­terré au Grand Cavalier du fort qu'il avait reconquis, dès lors re­baptisé fort Richepanse. Des multiples sièges subis au long de son histoire, le fort Louis Delgrès a conservé la trace, au regard des modifications succes­sives dont les vestiges nous sont parvenus.

 


ANATOMIE PHYSIQUE DU FORT:


 

De nos jours, en effet, en dehors des fortifications extérieures dont la plus grande partie a été vendue par l'Etat au début du XXème siècle, le fort Louis Del­grès se compose de 3 parties : -la partie la plus ancienne {XVIIème siècle), longue et étroite en haut de la falaise du Galion comprenant notamment l'emplacement du château de Charles Houël que les Français fi­rent sauter le 14 Avril 1703 avant d'abandonner le fort aux Anglais (à sa place furent construits des prisons et un cachot), le bastion plat et le Grand Cavalier ou bas­tion du Galion occupé par le ci­metière militaire. -Le bastion de la Basse-Terre édi­fié en direction de la ville à partir de 1720 constitue la seconde partie (il abrite notamment la grande poudrière, et deux case­mates servant de salles d'exposi­tion); elle fut achevée vers 1750. -Enfin, la troisième partie est celle commencée en 1763, lors de la restitution de l'île à la France et terminée peu avant la

Révolution (elle comprend l'en­trée principale, les ruines de la grande caserne et des cuisines, le bastion du Génie).


 

LA LEGENDE RESTITUEE :


 

Après avoir adopté un important programme de restauration du fort, le Conseil Général de la Gua­deloupe a décidé, le 8 Janvier 1979, d'affecter le fort de Basse-Terre au « musée de l'histoire de la Guadeloupe », dans le ca­dre nouveau d'une organisation des musées départementaux. Ce musée, consacré au passé de l'île et aux arts et traditions popu­laires, dès l'achèvement de la 1ère tranche des travaux de res­tauration, a ouvert ses portes au public avec l'inauguration, le 16 Août 1990, par le Président du Conseil Général, des 1ères salles d'exposition rénovées (près de l'entrée principale) : l'une est consacrée à Louis Delgrès (docu­ments d'archives à l'appui), l'au-

tre à l'histoire du fort (*), une troi­sième regroupant une fascinante exposition photographique (avec maquettes explicatives) -que l'on doit au talent de Mme. Martine Gaumé, à partir des travaux de l'architecte jack Berthelot- consa­crée à l'architecture comparée des maisons des îles de l'archipel antillais. La Grande Caserne, pour sa part, (située à gauche, après l'entrée principale) -dont une par­tie a été restaurée pour servir de salle de réunion, de lieu de mani­festations culturelles- regroupe des expositions rassemblant un grand nombre de portraits des gouverneurs successifs de l'île (émanant des musées nationaux ou de collections privées !) ainsi que plus de cent photographies remarquables de la Guadeloupe prises entre 1890 et 1900, et pré­sentées par leur auteur -identifié comme étant Louis Guesde, plus connu comme archéologue et dessinateur- au pavillon de la Guadeloupe (dont il était le com­missaire général) lors de l'Exposi­tion Universelle de Paris en 1900. Elle abrite également un musée du vêtement et du mobilier anti­llais.

L'ensemble de ces expositions permanentes a été préparé par le personnel de la Direction dépar­tementale des Archives (sous l'active impulsion de Mr. Jean-Paul HERVIEU, à qui le présent ar­ticle doit beaucoup. Qu'il en soit ici remercié).

L'ambitieux travail de restaura­tion (entamé en 1978) de l'un des plus importants monuments his­toriques de la Guadeloupe est encore loin d'être achevé. La pro­chaine étape vise la reconquête par le Département des fortifica­tions extérieures du fort (cf. pro­jet de restauration du souterrain qui mène dans les fosses situés autour du fort, et en direction du quartier du Carmel, afin d'ouvrir le fort sur la ville par un chemin piétonnier : difficile dossier social en perspective, les fossés étant occupés par des squatters ou ac­quis par des particuliers !). Ces abords une fois « réhabilités » de­viendront une zone de verdure bienvenue pour les habitants de Basse-Terre et tous les visiteurs de ce monument légendaire, au­jourd'hui encore trop méconnu (y compris de la part de nombreux Guadeloupéens), dont l'évidente vocation de pôle d'attraction tou­ristique et culturel, eu égard aux glorieuses étapes de son édi­fiante histoire, mériterait d'être mieux célébrée par une postérité trop oublieuse de son Passé.


 

VISITE du fort .


 

- Tous les jours : de 8 h à 17 h

  • Entrée gratuite


 

  • Renseignements complémen­taires au 81.37.48


 


 

(*) Dans cette salle, on remarque­ra notamment la plus ancienne vue du donjon de Charles Houël ou Chasteau de la Basse-Terre dessinée, en 1667, par François Blondel ingénieur de la Marine, envoyé en mission aux Antilles en 1666.

 

 

Le fort Delgrès à Basse Terre ( en souvenir de mai 1802), par le Scrutateur.
Le fort Delgrès à Basse Terre ( en souvenir de mai 1802), par le Scrutateur.
Le fort Delgrès à Basse Terre ( en souvenir de mai 1802), par le Scrutateur.
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