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Publié par Edouard Boulogne

 

Ce n'est qu'aujourd'hui, 27 juillet 2011, que j'apprends le décès, survenu il y a une semaine de mon ami Philippe Petit. On lira ci-dessous le témoignage, lu aux obsèques, de madame Jacqueline Picard.

A Dieu Philippe.

E.Boulogne.

 

deces.jpg

 

 

Adieu Philippe,

Je n'aurai plus tes petits messages matinaux pour me parler littérature , et ils me manqueront , comme me manquent aujourd'hui, les échanges d'avec mon amie Armelle décédée, un an avant toi à la même époque, et de l'amie Denise, elle aussi disparue.

Je ne t'ai connu que fort tard , par l'intermédiaire d'une belle-soeur parisienne et de l'ami Dessout , quand tu te trouvais avec elle je suppose dans le tourbillon des "créatifs" parisiens un rien snobs, où ta  vivacité d’esprit et ton sens des réparties ont dû être  appréciés à leur juste valeur.

 Et nous avons commencé nos conversations qui tournaient finalement toujours sur cette étrange, particulière, drôle, émouvante, agaçante parfois société créole que tu connaissais si bien de l'intérieur. Et il faut être à la fois à l'intérieur et à l'extérieur d'une société pour en bien  comprendre les mécanismes et les subtilités. D’où ce sentiment que tu donnais d’électron libre qui pouvait parler tout à son aise, dans une société où la parole est perpétuellement contrôlée.  Doté d’une solide culture classique, - j’ai encore par-devers moi la copie de ton baccalauréat , le premier qui fut délivré par le lycée de Dakar, tu y figures sous le numéro 1, et je dois encore  la faire parvenir aux Archives d’Outre-mer et à Dakar – tu a eu les bancs de science-po Paris pour t’ouvrir sur le monde. Tu connaissais toute la Caraïbe et tes nombreux voyages t'avaient permis de prendre la mesure des hommes et de te trouver à l'aise avec quiconque, qu'il soit blanc rouge ou noir. Et à  croquer les humains avec humour. J'ai dans l'esprit les silhouettes si cocasses de touristes américains ou de marchandes installées devant leur étalage pour vendre leurs sorbets et autres " sinobol", et tes journaux de bord émaillés de petits dessins et de coupures de presse que tu m'avais fait lire. Ils disaient à la fois ton esprit de finesse, ton humour, ton auto-ironie et ton ouverture sur les autres. Mais ils racontaient aussi ta solitude.

Je sais que tu as passé des moments difficiles avec la perte d'un ami  cher, la perte récente de ta maman. Tes amis t’ont vu chercher à de nombreuses reprises l'impossible lieu de vie qui t'aurait enfin satisfait. Ces derniers temps, tu semblais avoir retrouvé un peu d'énergie pour combattre la dépression, ta vieille ennemie de célibataire. Hélas, elle a eu le dessus. Nous espérons tous que tu n'as pas trop souffert.

De là-haut,  continue de nous regarder nous agiter. Et nous, nous buvons un dernier punch à ta santé.

Jacqueline Picard.

 

002.JPG 

( Ce tableau que m'avait offert Philippe Petit, a été réalisé par lui, à l'âge de 17 ans, au milieu des années 1950. Il consiste en une vision libre de Pointe-à-Pitre, vu du morne Boissard).  

En souvenir de Philippe, je suggère d'écouter cet extrait du Requiem de Fauré, le "Libera me" interprété par Gérard Souzay. J'ai choisi cette interprétation parmi plusieurs grandes, pour son intensité spirituelle. 

http://www.youtube.com/watch?v=-0FUVr0RLac 

 

Dans la veine satirique, et sarcastique, dont parle, ci-dessus, madame Picard, je reproduis ici le dessin qu'il m'avait envoyé il y a quelques années, à l'occasion de la nouvelle année, où ses amis devineront son sourire railleur, et sa gouaille doucement ironique. EB).

se-Philippe-Petit.-.jpg


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