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Publié par Edouard Boulogne

Le cardinal et l'hindouiste, (le mystère des frères Daniélou, Presse de la Renaissance, collection Petite Renaissance).

 

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A la manière de Plutarquei, madame Emmanuelle de Boysson, publie aux Presses de la Renaissance, un livre passionnant Le cardinal et l'hindouiste (Le mystère des frères Daniélou).

Le cardinal, c'est Jean, que j'ai un peu connu quand je suivais, passionnément ses conférences du jeudi après midi, au centre Richelieu, place de la Sorbonne, qui était (au début des années 1960) le lieu de rencontre et de rayonnement des étudiants catholiques de Paris.

Le père Daniélou, éminent jésuite, approchait alors de la soixantaine. J'ai le souvenir d'un homme éblouissant, tant par son savoir (agrégé de grammaire, historien, notamment des idées religieuses, théologien, philosophe) que par son style, celui d'un non conformiste hors pair, d'un orateur extraordinairement doué pour l'improvisation, infatigable, d'une puissance de travail prodigieuse, très proche de la jeunesse.

Le père Daniélou, catholique enraciné, passait alors, à tort, pour un « progressiste », alors qu'il s'efforçait de dépoussiérer la présentation d'un christianisme un peu empêtré dans ses méthodes pédagogiques, du fait de l'attitude trop exclusivement défensive qu'il avait dû adopter du fait des violentes attaques qu'il avait subi durant le XIXème siècle et au début du XXème.

Jean Daniélou n'était pas « progressiste » ainsi qu'allait le démontrer son comportement, et son oeuvre, de 1965 à sa mort en 1974, quand il s'opposa, frontalement, aux errements et débordements de la fraction, « progressiste » précisément, de l'Eglise, en laquelle son ami le pape Paul VI voyait , selon sa propre expression « les fumées de Satan » inflitrées dans la maison de Dieu.

Jean allait devenir, en ces années là, Cardinal de la Sainte Eglise, et membre de l'Académie française.

Au début des années 60, j'ignorais jusqu'à l'existence de son frère Alain Daniélou.

Je ne devais en connaître qu'en 1986, à la publication d'un ouvrage collectif, Racismes et antiracismes, publié aux éditions Méridiens-Klincksiek, sous la direction du professeur Julien Freünd, et d'André Béjin.
Ouvrage que je trouvai fort intéressant et utile, à l'exception de l'article ....d'Alain Daniélou, qui m'irrita par son anti occidentalisme, en dépit d'un incontestable brio.

Frère cadet de Jean, Alain, avait découvert très jeune son homosexualité. Est-ce cette particularité qui le conduisit à prendre très vite ses distances d'avec sa mère Madeleine Daniélou, femme très remarquable, catholique engagée, agrégée de lettres, éducatrice de premier ordre, fondatrice de maisons d'éducation réputées, qui existent toujours, mais qui, cependant ne pouvait admettre la particularité d'Alain, qu'elle considérait un peu comme une âme damnée, ni son originalité dans bien des domaines, notamment artistique, car peu en accord avec ses propres conceptions.

Une anecdote précise ce malentendu entre la mère et le fils.

Alain, encore enfant, de santé fragile, est un jour malade( il a dix ans, alors), et c'est assez grave pour que l'on croit son existence en péril.

A son chevet, Madeleine inquiète, catastrophée, qui éprouve le besoin de se retirer un instant pour prier. Elle revient peu après rassérénée, avec dans son regard quelque chose de pacifié. Force de la prière, sans doute, chez une femme de grande foi. Ce n'est pas ainsi que l'interprète l'enfant. Des années plus tard, il revient sur cet instant, et écrit : « J'eus soudain le sentiment que cette mère admirable avait fait à Dieu le sacrifice de son bien le plus cher, son enfant » Or ce « salaud d'enfant ne meurt pas »!

Injustice sans doute, erreur sûrement. Mais en l'occurrence c'est le ressenti qui l'emporte sur le réel.

Alain rejette sa mère, son milieu, les valeurs de la civilisation européenne, et du christianisme qui l'avait façonné. Mais pas de rejet du grand frère Jean, sinon de ses idées et de sa foi.

Alain après moultes pérégrinations, s'installera en Inde, se convertira à l'hindouisme, tel qu'il l'interprète, de façon très stricte (et où, explique-t-il dans l'article que j'évoquais plus haut, l'homosexualité est mieux que tolérée en Inde, où ses « ressortissants font partie du système des castes, intégrés donc au système des moeurs).

Alain daniélou deviendra un des meilleurs connaisseurs de la civilisation hindoue, bien que fort critiqué par les spécialistes, tant occidentaux, qu'indiens.

Parallèle, ici encore, des deux frères, éminents, chacun dans son ordre, intelligents, « pourris » de culture, mais critiqués, parfois haïs, et quelquefois par ceux qui leur auraient dû le plus d'estime; ainsi pour Jean, le cardinal, jalousé à cause de ses dons, de ses succès, de sa notoriété, au point d'être abandonné, même par ses frères jésuites, et livré à la meute des chiens lors de sa mort humiliée, autant qu'édifiante, survenue en 1974, sur laquelle l'auteur, qui est leur nièce à tous deux, nous livre les renseigements les plus sûrs, et réparateurs, après une enquête serrée.

Un livre qui passionnera les amateurs d'histoire des idées, ainsi que ceux, qui ont le sens de la complexité des êtres.


 

Edouard Boulogne.


 

iPlutarque, écrivain et historien Grec de la fin du 1er siècle après Jésus-Christ s'est illustré notamment par ses Vies parallèles, disponibles aujourd'hui chez Gallimard, en deux volumes de Bibliothèque de la Pléïade(Vie des hommes illustres). L'auteur écrit les biographies d'hommes célèbres de l'antiquité, généralement Grecs et Romains, s'étant illustrés dans des domaines proches, ainsi Jules César, et Alexandre le Grand, Démosthènes et Cicéron, Nicias et Crassus, etc. Traduction du grand humaniste de la Renaissance, Amyot).

 

 

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