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Publié par Edouard Boulogne

Le billet de Marc Decap :

 

Un point sur Le Point.



019-copie-1.JPG ( Marc Decap)..


 

Mon intérêt pour Le Point est mitigé. En lisant ce journal, on passe (enfin, je passe!) souvent de l'assentiment doux, à l'exaspération rageuse. C'est un journal bourgeois, et perfois même « bobo », dans l'acception française de ce terme bien entendu. Les admirateurs de Jacques Brel m'entendront à demi-mot.

Mais à ce numéro du 4 février, je suis prêt à accorder mon imprimi potest.

C'est qu'en page 7 l'éditorialiste Patrick Besson se fend d'un excellent article sur Paul Valéry, le grand amour (littéraire) de mes dix-huit ans, à l'occasion de la sortie d'une lettre de Camille Bourniquel au cher Paul, «Paul Valéry, dernier dîner à Auteuil » ( aux éditions de Fallois). Le dîner en question eut lieu au printemps 1945 quelques mois avant le décès de l'auteur du Cimetière marin, que Bourniquel dépeint ce soir là, déjà très malade, comme l'ombre de lui-même « un regard mouillé de vieil homme frappé par la vie », à moins qu'il n'ait voulu dire par la mort.

BESSONp_OpalJF_30548_28.jpg ( Patrick Besson).

Mais revenons à Besson qui est aujourd'hui tout l'objet de ma bénévolence. M.Besson qui, à son créneau d'observation critique est parfois inégal, jamais médiocre, brille ce jour de mille feux, seul avec « diamants extrêmes ».Son objet le veut, voire l'exige.

Valéry, on le sait, fut un grand amoureux. La lettre de Bourniquel nous apprend que sous l'occupation, à un âge avancé, donc, le grand Paul fut l'objet de l'amour, partagé d'une jeune dame de la bonne société. Amour « un des deux ou trois désastres que la vie nous fait traverser » écrivit pourtant ce grand amateur de paradoxes.

Besson surenchérit. Si nous avons, dit-il, souvent rencontré des gourgandines, il arrive aussi, ajoute-t-il, que nous rencontrions des gourdes gandines! Et c'est à l'une d'elle, poursuit notre plume assassine, que Valéry écrivit, soixante et quinze ans bien révolus, quelques très belle lettres d'amoureux transi.

Encore un peu de temps, et le déclin constant des études classiques, risque de rendre incompréhensible l'emploi du calembour, et autres belles tournures de rhétorique dont s'orne notre patrimoine littéraire. Ne boudons pas, donc, notre plaisir.

Besson ne se contente pas de faire briller, une fois encore, la palette étincelante du poète, il sait aussi mettre en valeur le côté humain du personnage. Le lendemain du dîner, qu'il quitta très vite, accablé par les défaillances du corps, « à peine neuf heures passées, il s'est dissous dans le crépuscule » nous dit Bourniquel, Valéry téléphone à la maîtresse de maison pour s'enquérir de l'identité du jeune homme muet qui lui faisait vis à vis (Bourniquel lui-même). Un poète lui répond-elle. « Fait-il des vers qui riment? » A la réponse affirmative le vieil homme murmure : «Alors c'est un poète.  Vous eussiez dû me le dire, j'aurais fait attention à lui ».

Minuscule anecdote, mais qui renforce mon admiration pour Valéry, et ma reconnaissance pour Besson qui nous la révèle, en attendant de lire le Dernier dîner à Auteuil.


Marc Decap.


PS : (1) N'allez pas croire que j'incite à faire l'acquition du Point, sans les pincettes qui conviennent pour lire cet hebdomadaire. Car on y trouve toutes sortes de petites choses pas nettes, comme l'attribution à cette dame qui écrit du qualificatif d'auteure, (!!!) au lieu d'auteur. Inadmissible, infect, répugnant, scatologique, comme dirait Raphaël Confiant.


(2) Sur l'usage du calembour, même dans les petites classes de l'enseignement secondaire, à une autre époque, que l'on me permette de renvoyer sur ce blog, à l'hommage rendu à mon vieux maître Eugène Tardel. Chercher dans la rubrique « Figures » des catégories du Scrutateur. Ou, plus simplement tapez Tardel, dans le petit rectangle : « rechercher » tout en haut et à droite de notre page d'accueil.


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Chantal Etzol 12/02/2010 22:37


A propos de paradoxe:

été 1938 " Oserai-je avouer que le mot philosophie me semble magique?
Je lui trouve en lui-même un charme: celui d'une personne très belle et très calme,
qui change l'amour en sagesse,ou bien la sagesse en amour."

A propos de pensée et art français:
...non daté... " l'e  muet nous est une ressource toute particulière en poésie".
                                                                                                     
P. Valéry