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Publié par Edouard Boulogne

 

  • La politisation du fait syndical en question ?

 

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Le mot français « grève » a une drôle d’origine. Historiquement, la place de Grève est une place de Paris située en bord de Seine devant l’hôtel de ville. Bordée d’une plage de sable, elle était utilisée pour le chargement et le déchargement des bateaux, et les hommes sans emploi s’y rassemblaient dans l’espoir d’être embauchés. Bref, le point de rencontre entre l’offre et la demande de travail. Une ANPE en quelque sorte ! Historiquement donc, être sur la grève, c’est rechercher un emploi !
Puis, comme souvent, le mot a évolué. Le gréviste est devenu celui qui s’oppose aux patrons. La grève est donc avant tout une épreuve de force, qui permet de rééquilibrer les rapports entre « patrons » et « ouvriers ».
Qu’en est-il aujourd’hui dans un pays comme la GUADELOUPE, dans une économie où l’industrie ne représente plus que 2% du PIB ? ET LE TERTIAIRE 80 % ? Que sont devenues les grèves ? Jouent-elles le même rôle ? La grève en 2009 de 44 jours dans tous les secteurs et la fonction publique ( éducation nationale ) permettent d’y voir plus clair , et de constater l’échec cuisant du LKP qui près de 2 ans plus tard veut remettre le couvert sans avoir rien rien résolu des problémes posés ( en 2010 , l’économie est moribonde , le chomage est au plus haut depuis 10 ans , les prix ont de nouveau flambé comme jamais ,le malaise sociétal est plus que jamais d’actualité……..etc ).
Les grèves de février / 2009 ont des caractéristiques que les commentateurs ont largement rappelées et sur lesquels il n’est pas nécessaire de s’étendre :
Ø Les salariés en grève appartiennent très majoritairement à la fonction publique ou territoriale et percoivent les 40% tout en ayant la garantie de l’emploi à vie ;
Ø Les revendications ne portent pas sur les « classiques » conditions de travail mais sur des thèmes plus larges comme le pouvoir d’achat ou les prix , voire le non respect d’accords signés ou le supposé mépris de l’Etat et des élus ;
Ø Le fait déclencheur est inhabituel, car idéologique du fait de la contestation même du système de départementalisation (et pas une grève au sens traditionnel et « industrialiste » du terme) : la grève ne vient sanctionner ni l’échec de la négociation (la rupture du dialogue social) ni le refus de négocier (l’absence du dialogue social), mais la contestation du systéme à visage masquée .
Cette grève est symptomatique de l’évolution (voire de la dénaturation) de ce fait social en guadeloupe.Elle est subversive en ce sens que le but ultime est de détruire les fondements de la départementalisation , et de kalbander le système d’après les dires des dirigeants du LKP ! La grève n’est plus le moyen ultime de la négociation, la volonté ultime de rééquilibrer, le temps de la négociation, le rapport de force entre patrons et salariés. La grève de février /mars 2009 n’a pas réellement fait avancer la négociation. Elle n’a pas rendu les conditions de la négociation plus faciles. Elle n’a pas permis de satisfaire totalement les revendications des parties. L’objectif de cette grève était tout autre.
La grève n’est donc plus ce moyen, un peu artificiel et temporairement limité mais parfois indispensable et efficace, de discuter en égaux. Patrons contre salariés. Salariés contre patrons. Cette discussion entre égaux, cette négociation bilatérale n’est apparemment plus l’objectif. La grève LKP envisagée pour le 26 octobre 2010 vise maintenant à montrer sa force et sa capacité de nuisance , alors qu’on n’en a pas face à un Etat francais ( 4eme puissance mondiale ), a dire qu’on a des idées, alors qu’on n’en a pas, a prouver sa représentativité au sein de la population alors qu’elle est très limitée. Bref, la grève n’est plus ce qu’elle était : la bataille entre égaux est devenue une bataille d’egos. Montrer des biceps pour le LKP semble plus important que présenter des arguments. Ce sont des grèves de posture idéologique, de positionnement marxiste et indépendantiste en fait résidu d’un fondement idéologique obsoléte et qui date des années 60 , loin du dialogue social et des réalités. En d’autres termes, on ne traite pas des faits, on les fuit. On ne cherche pas à changer le monde de maniére contructive, on évite les vrais problémes ( aucun communiqué ni appel à manifester du LKP contre la réforme des retraites ! ) afin de changer le cadre départemental sans le dire ouvertement , mais en agissant masqué pour saper les fondements d’un systeme plébicisté en partie par le peuple à l’occasion des récentes élections régionales. C’est l’inverse de Mai 68 : soyez irréaliste, ne demandez pas le possible !
EN GUADELOUPE le mot grève RIME PLUS AVEC LA POLITIQUE DE LA TERRE BRULEE ; c’est le triomphe du ” fan tchou “de la démagogie et de la radicalité ! Oui, les actions du LKP en Guadeloupe en 2009 comme celles des syndicats en
France pour les retraites ( réforme juste ou injuste ) n’ont de la “grève” que le nom. On
n’interrompt pas le travail pour faire pression sur son patron afin d’améliorer
ses conditions de travail. On manifeste contre le pouvoir politique. Les
“grèves” contre la réforme du système des retraites visent nettement
le Gouvernement qui les proposent et les représentants du Peuple (députés et
sénateurs) qui les votent.
Il s’agit d’espèces de rebellions contre un pouvoir démocratiquement élu.
En France, personne ne conteste vraiment la légitimité du pouvoir en place , à part une fraction d’anarchistes. Le président de la République et les représentants du peuple sont démocratiquement élus, tout le monde en convient. N’empêche que des millions de personnes manifestent contre , et prennent le risque de conduire le pays à l’affrontement et à des dérapages dans la violence en cas de bras de fer et d’épreuvre de force.
En Guadeloupe, c’est plus compliqué. Le même comportement que les autres
Français s’ajoute à un comportement antillais de contestation du pouvoir
“colonial” et des élus considérés comme les relais et valets de ce pouvoir “colonial”.
Les manifestations populaires existent partout et sont un moyen d’expression comme un autre. En revanche, les grèves du peuple contre les dirigeants qu’il s’est choisi, qui n’affectent en définitive que le peuple lui-même, sont symptomatiques d’une organisation politique défaillante. Mais démocratique ! Ne l’oublions pas !
On reproche souvent les grèves aux syndicats. En fait, les syndicats quand ils portent des problèmes sociétaux de nature politique et non des problèmes de travail dans l’entreprise agissent pour et avec des partis politiques insuffisants. Et puis, on a les syndicats qu’on mérite,LUREL ET GILLOT sous le feu des critiques permanentes du LKP en ont fait la triste expérience avec l’envahissement du conseil général en 2009.
Nos syndicalistes ne sortent pas de nulle part. Ils sont issus de notre histoire,
comme les patrons, comme les politiques, comme nous-mêmes.
J’aime bien l’allusion aux substantifs. On se bat pour des mots et non pour la réalité.
C’est juste. Mais combien d’hommes privés de toute réalité n’ont pu se battre
que pour des mots ?
Paul Eluard disait :
“Et par le pouvoir d’un mot
Je
recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer
Liberté”

Etrangement, cela me rappelle un sujet de Bac Philo : « vaut-il mieux changer nos désirs que l’ordre du monde ?». Le texte original, tiré de la troisième morale provisoire de Descartes, est un peu différent et plus subtil, et mérite comme souvent d’être cité intégralement, ce qui permet, au passage, d’apprécier le style littéraire du XVII siècle .
Que cherche à nous dire Descartes ? Que si la volonté (ou le désir, ce qui est pareil pour lui) est illimitée, vouloir n’est pas avoir, désirer une chose n’est pas posséder cette chose. Et que cela ne sert à rien de vouloir quelque chose qu’on ne peut pas avoir. Il est inutile de désirer ce qu’on ne pourra jamais posséder. Arrêtons de désirer l’indésirable. Arrêtons de vouloir ce que nous ne pouvons avoir. Il ne s’agit pas de ne plus rêver : Descartes n’est pas fataliste ! Il s’agit de ne plus rêver à avoir ce que par nature nous ne pourrons jamais avoir, comme le « royaume de Chine ou du Mexique ». Comme le dit Descartes, nous n’aurons jamais un corps « aussi peu corruptible que les diamants », et nous n’aurons jamais « des ailes pour voler comme un oiseau ».
Que peut-on désirer alors ? Descartes est très clair : il faut « m’empêcher de rien désirer à l’avenir que je n’acquisse », il faut désirer « ce qui est en notre pouvoir ». Désirer ce qui est en notre pouvoir, c’est désirer ce qu’on peut changer, ce qui dépend de nous : soyons réalistes, exigeons le possible !
Quel rapport entre Descartes et les grèves ? Les grévistes de février /mars 2009 demandaient l’impossible (le déchoukage du statut quo) et le savaient. Le gouvernement et les élus demandaient eux aussi l’impossible (revenir en arrière) et le savaient. Bataille entre 2 impossibilités. Bataille entre 2 égos. Face à face. Ou plutôt face contre face. Rêve contre principe de réalité.
Mais, en guadeloupe , dans beaucoup de domaines, discuter des faits et des réalités semblent plus difficile que de se battre sur des rêves ou sur des mots comme “pwofitasyon” (autre grande spécialité guadeloupéenne). C’est l’immobilisme ou la révolution. L’ordre du monde immuable (car inchangé) ou les désirs immuables (car inchangés).
Faisons de nouveau, comme les poètes , rimer grève et rêve , mais évitons de sombrer dans la démagogie pour qui grève = destruction de l’économie et décomposition du corps social en montant les guadeloupéens les uns contre les autres. Pour changer la guadeloupe, changeons d’abord nos désirs pour vivre nos rêves du mieux vivre en bonne harmonie. Pour changer réellement, il vaut mieux changer ses désirs que désirer le changement dans le chaos… sans rien changer de fondamental sinon aggraver la situation économique et sociale de la guadeloupe par une surenchére syndicale de type populiste et une subversion politique coupable de n’apporter aucune solution viable aux problémes aigus que rencontre la guadeloupe.

DOLTO

 


 

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