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Publié par Edouard Boulogne

 

La poésie du jour : Plain-Chant, de Jean Cocteau.

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( Laissons pour un instant la politique. Il ne faut pas la négliger, car elle s'occupe de nous, même, et surtout quand nous la négligeons. Mais il ne faut pas en être obsédé, et il est de bonne politique de s'occuper, aussi, d'autre chose, par exemple de poésie. Beaucoup d'entre vous, ils me l'ont dit, ont aimé le poème du cher Jean, Indulgence, que vous ai proposé il y a peu. En voici un autre qui me séduisit a l'époque, lointaine, où je m'entichai exagérément de l'oeuvre de ce poète qui mérite pourtant beaucoup mieux que l'oubli relatif où il est tombé. Le Scrutateur).


 

 

Plain-Chant

 

Je n'aime pas dormir quand ta figure habite,

La nuit, contre mon cou ;

Car je pense à la mort laquelle vient si vite

Nous endormir beaucoup.


 

Je mourrai, tu vivras, et c'est ce qui m'éveille !

Est-il une autre peur ?

Un jour, ne plus entendre auprès de mon oreille

Ton haleine et ton cœur...


 

Ah ! je voudrais, gardant ton profil sur ma gorge,

Par ta bouche qui dort

Entendre de tes seins la délicate forge

Souffler jusqu'à ma mort...


 

Mauvaise compagne, espèce de morte,

De quels corridors,

De quels corridors pousses-tu la porte

Dès que tu t'endors ?...


 

Rien ne m'effraie plus que la fausse accalmie

D'un visage qui dort ;

Ton rêve est une Egypte, et toi c'est la momie

Avec son masque d'or.


 

Où ton regard va-t-il sous cette riche empreinte

D'une reine qui meurt,

Lorsque la nuit d'amour t'a défaite et repeinte

Comme un noir embaumeur ?


 

Abandonne, ô ma reine, ô mon canard sauvage,

Les siècles et les mers ;

Reviens flotter dessus, regagne ton visage

Qui s'enfonce à l'envers.


 

Jean Cocteau

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