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Publié par Edouard Boulogne


( Il y a bien eu un génocide perpétré par les Turcs aux dépens des arméniens. Fallait-il que le parlement français légifère à ce sujet, comme il l'a fait? André Derviche expose son point de vue ).

 

Turcs-et-Armeniens.jpg

 

 

Comme chacun sait, la loi procède toujours d'une double rigueur morale, et intellectuelle

 

 

Naturellement, personne ne soupçonnera le législateur de déroger à cette double exigence. Il n'empêche qu'aujourd'hui la loi "criminalisant" la négation du génocide arménien est en train de subir un examen de constitutionnalité devant la haute autorité compétente. D'aucuns soutiennent que ladite loi pourrait bien souffrir d'une malformation constitutionnelle intrinsèque. Une sorte de chétivité relative à son essence même.

Il faut dire qu'a priori cette loi particulièrement intelligente (qui “criminalise” la négation du génocide arménien) ferait de tout officiel Turc un délinquant - aux yeux de la loi française - dès lors que celui-ci poserait le pied sur le sol français. Car, sachant que les autorités turques ne reconnaissent pas le génocide arménien, autrement dit qu'ils le nient, la justice française devrait aussitôt sévir, car nul délit ne saurait rester impuni dans un état de droit, à plus forte raison quand ce délit est avéré, qu'il est de notoriété publique, et que son auteur est connu des autorités. On ne peut donc que proposer en commentaire de texte ce que dit le Président Sarkozy à ses contradicteurs lorsqu'il leur reproche (à propos de ce texte auquel il tient tant) de "ne pas voir plus loin que le bout de leur nez"... Certes le Président de la République clame urbi et orbi (et peut-être aussi un peu "offbi"), que si "son" texte est "retoqué" il en proposera un autre. Néanmoins, il est fort probable que Cyrano de Bergerac lui-même trouverait embarrassant un texte – "Nullum crimen, nulla poena, nullum judicium sine lege", mais aussi "Dura lex sed lex" – qui obligerait tout fonctionnaire français (lequel a le devoir de dénoncer le moindre délit dont il a connaissance aux autorités compétentes) à demander la mise en examen immédiate de tout haut fonctionnaire Turc se trouvant en France, à moins que ce dernier n'abjure officiellement le credo turc, autrement dit qu'il professe publiquement qu'il reconnaît le génocide arménien pour ce qu'il est, aux termes de sa définition par la loi française. Car, jusqu'à preuve du contraire, c'est la loi du sol qui prévaut en France (comme la jurisprudence et les z'intellectuels ne manquent pas de le rappeler, et même assez souvent). Alors, que faut-il penser de tout cela ? Et surtout qu’en pensera le Conseil Constitutionnel ? D'autant qu'il ne saurait y avoir en France une loi à deux vitesses, une loi qui traiterait les Français chez eux, en France, différemment  de la manière dont seraient traités en France, pour le même délit,  les étrangers – les dignitaires turcs, par exemple, voire le moindre Turc se trouvant en France et qui ne penserait pas comme la loi française exige qu'il le fasse sur l'histoire de son propre pays. La loi est censée être la même pour tous ; c'est même l'infraction qui provoque la sanction, et non la tête du client, quelles que soient les appréciations de ceux qui auraient, à tort, une interprétation clientéliste de l'esprit des lois. Aussi, peut-on imaginer de ne pas traduire le Président turc – si d’aventure celui-ci devait rendre visite à son homologue français – devant une cour pénale française (à moins qu'il abjure solennellement sur le sol français cette négation qui constitue un délit) ? Pas plus qu'on ne peut imaginer que la loi réprimant la négation du génocide arménien prévoie de soustraire aux foudres de la justice un justiciable français passible de la même cour pénale pour ce même délit institué par la loi en question, n'est-ce pas ?

C'est tout le problème des lois trop intelligentes : elles donnent des maux de têtes aux gens ordinaires, plutôt simples, et qui raisonnent avec candeur et logique là où ce qui importe, c'est cette géométrie et cette  finesse dont nos législateurs sont les seuls pourvus, du moins avec une telle abondance.

 

André Derviche

 

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Claude HOUËL 06/02/2012 15:22





NEGATIONNISME A GEOMETRIE VARIABLE


 


A partir du moment ou un génocide est reconnu par la loi, quelle est l’utilité d’un texte


punissant la négation de ce même génocide ?


N’y a-t-il pas aveu de grande faiblesse dans l’argumentaire pour que l’on doive se protéger de celui qui nierait l’évidence attestée par des historiens ?


La punition du négationniste offre à ce dernier une tribune pour fustiger une atteinte à sa liberté de croire et de penser, alors qu’en l’absence de sanction seule son ignorance etsa mauvaise foi
pourraient être relevées.


Par ailleurs si l’on veut légiférer sur l’Histoire, il ne faut pas la saucissonner pour faire plaisir à telle ou telle communauté, il faut l’appliquer à toutes les situations.


A titre d’exemple, le 22/01/2012, le Sénat, après l’assemblée nationale a voté la loi  condamnant la négation du génocide arménien.


On peut se poser la question  d’une énième loi « mémorielle », porte ouverte sur bien d’autres.


Il est facile de légiférer, du haut de notre stature autoproclamée de pays « défenseur des droits de l’homme », sur l’histoire d’un pays étranger.


Nous avons beaucoup plus de mal avec notre propre histoire récente : Combien de média ont relayé l’adoption, quasi  unanime, le 19/01/12, par le
sénat, d’une loi prévoyant des sanctions pour des injures envers les harkis et les pieds noirs ?


Pas simple de briser le tabou.


Nos chers élus n’ont pas osé parler de négationnisme en la matière réservant ce terme au génocide arménien.


Plus fort encore, Le secrétaire d'État aux Anciens combattants, Marc Laffineur, a soutenu la proposition de loi UMP. Il a justifié la
position du gouvernement en soulignant que «  le texte n'impose aucune interprétation de faits historiques ». «Il ne s'agit pas d'une loi mémorielle», a plaidé Marc
Laffineur.


Donc on peut sans problème nier le massacre, par le FLN, des milliers de harkis désarmés par l’armée française et en présence de cette
dernière.


Idem pour les pieds noirs massacrés, à Oran et ailleurs, tout cela après le cessez le feu.


Cette négation là est donc autorisée, à partir du moment où il n’y pas injure.


Probablement que l’on évite ainsi de fâcher l’Algérie qui célébrera bientôt les 50 ans de sa « victoire ».


Il faudra bien pourtant qu’un jour la France regarde son histoire en face, mais peut-être faudra-t-il attendre que la Turquie
condamne ce négationnisme là et d’autres nous concernant : Ce serait l’histoire de l’arroseur arrosé.


 


Source : http://www.collectifvan.org/article.php?r=0&id=60544