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Publié par Edouard Boulogne

La lecture de la lettre de Guy Môquet est une insulte à sa mémoire.

 


C'est avec un grand plaisir que le Scrutateur publie ce bel article du brillant publiciste, Philipp, qu'il a bien voulu nous envoyer. 
Philipp a bien raison de rappeler la très grande complexité des quatre années d'occupation de notre pays par les Allemands, de 1940 à 1944.  
Non seulement il y eut les collaborateurs,  des gens de droite et de gauche (par exemple le tristement célèbre Marcel Déat), mais aussi des communistes.
Le PCF (Parti communiste français) fut un parti collabo de 1939 (Pacte germano soviétique ),à 1941, (rupture de ce pacte), mais par la suite le PCF lutta officiellement pour la libération du sol, mais aussi pour l'instauraton du communisme en France à la libération. Un communisme, qui outre son caractère intrinsèquement pervers ( dixit le pape Pie XI ), était à l'époque sous le coupe de Staline, un des dictateurs les plus sanglants de l'histoire. Le livre dont on voit, ci-contre la photographie de couverture , de Jean-Marc Berlière et François Liaigre, souligne le malentendu qui trouble encore nombre de Français, abusés par l' enseignement d'une histoire "officielle" ( Le PCF n'hésitant pas liquider les "traîtres", les personnes qu'il appelait ainsi, le plus souvent ceelles qui, jusqu'en son propre sein, après la guerre, risquaient de s'opposer à son projet de maîtrise totalitaire sur la France).
Guy Mocquet, jeune adolescent de 17 ans luttait, lui, avec pureté, (loin de ces embrouilles), pour la France, et ce qu'il pensait être la justice.
Comme le dit Philipp, il est navrant de voir que se perpétuent, encore aujourd'hui, des manipulations des faits, et de sa propre lettre, qui n'honorent pas leurs auteurs.

Edouard Boulogne).




Depuis la décision prise unilatéralement par Nicolas Sarkozy en 2007 d’imposer la lecture de la Lettre du jeune Guy Môquet à tous les élèves de France, un débat n’a pas cessé d’agiter certains historiens sur le bien fondé de cette lecture.
On peut dans un premier temps s’interroger sur l’opportunité et la légitimité de cette obligation faite pour le seul bon plaisir d’un Prince Président peu enclin à consulter avant de décider mais surtout on doit s’interroger sur le choix de cette lecture et sur sa réalité historique.

Il est certainement utile de lire quelques textes édifiants à nos adolescents pour leur apporter des éléments de réflexions et d’humanité. La notion philosophique d’Humanité est certainement ce qui manque le plus à notre monde individualiste, outrageusement matérialiste, balayé par un flot d’informations trop rapides et trop envahissantes pour être digérées et comprises.

Et  pourquoi pas quelques rappels des notions de civisme, de politesse, de courtoisie puisque tous ces éléments pourtant bien indispensables à la vie collective sont oubliées par beaucoup d’adultes bien incapables ensuite de donner la moindre éducation à leurs rejetons rapidement ingérables.

Mais la lettre de Guy Môquet NON !

Ce n’est pas que la missive de ce pauvre jeune homme aux portes de la mort ne soit pas éminemment respectable, profondément touchante et chargée d’une émotion sincère et puissante. Personne ne peut nier avoir été sensible à ce petit message plein de tendresse délicate, de belle force de caractère, de résignation terrible. Personne d’ailleurs ne peut aborder ce qui touche à la Mort avec légèreté. C’est un sujet qui hante l’esprit de l’Homme, le bouleverse, le tenaille de peur irraisonnée, le terrasse d’angoisses sombres et misérables.
La connaissance de la Mort est sans doute l’élément qui devrait rendre l’Homme plus …. Humain et intelligent car cela devrait nous permettre de tout relativiser et de toujours rechercher le meilleur et le plus intelligent pour l’Humanité.

Las, l’Homme sait qu’il va mourir mais cela n’empêche pas une bonne partie de l’Humanité d’avoir le plus profond mépris pour la Vie en général.

« La Vie d’un Homme ne vaut rien mais rien ne vaut la Vie d’un Homme » (André Malraux ).

Donc ce jeune qui sait qu’il va être fusillé est profondément touchant et il n’est pas question ici de porter atteinte à sa mémoire. Bien au contraire, il convient de la respecter et de ne pas accepter d’entendre et de lire n’importe quoi à son sujet !

Car voilà le vrai scandale de cette affaire.
En choisissant la lettre de Guy Môquet, N Sarkozy s’est livré à une véritable attaque de sa mémoire car il a favorisé un terrible mensonge historique que l’on ne peut accepter ni admettre.
La directive ministérielle adressée aux enseignants en début d’année scolaire pour les obliger à lire cette lettre fait mention de « jeune homme tombé sous la barbarie nazie » …
Et c’est là le mensonge, l’horrible détournement de la vérité.
On ne peut nier que ce sont bien les Allemands (le général Stülpnagel) qui ordonnent qu’en représailles à la mort du lieutenant-colonel Holtz, abattu à Nantes par la résistance, on fusille 50 otages. Mais ils n’interviennent en rien dans le choix des 50 malheureux qui vont être victimes de cela.

Le responsable et coupable du choix des futurs fusillés n’est autre que le Ministre de l’Intérieur de Vichy, Pierre Pucheu, un tenant pur et dur de la collaboration active, un farouche opposant aux communistes de tous bords qu’il poursuit de sa haine féroce et de sa vindicte efficace depuis bien avant la guerre.
Car il faut se souvenir qu’une large partie de la grande bourgeoisie française, animée d’un vif esprit de revanche antisocial depuis le Front Populaire de 1936, est très favorable aux thèses nazies et anti sémites. « Plutôt Hitler que les Communistes » disait-on dans certains milieux.  Pucheu fait partie de ce milieu là et il va appliquer cette théorie violemment anti Rouge à la lettre. Tous les suppliciés de cette triste affaire de Nantes, sont des militants soit communistes soit syndicalistes. En remplissant sa liste de futurs fusillés Pucheu pensent d’abord à protéger ceux qu’il considère être comme des bons Français. Il débarrasse le patronat des trublions syndicaux et la terre de ceux qu’il déteste par-dessus tout, les Communistes.
Les Allemands en cette affaire n’ont rien demandé de spécial et n’ont imposé aucun nom. La mort du jeune gamin de 17 ans, Guy Môquet n’est pas liée au fait qu’il fut un héros particulier (on ne lui en a pas laissé le temps !) mais simplement au fait qu’il était un  communiste désigné par un Ministre Français pour mourir sous les balles vengeresses d’un occupant accepté et ami.

Pire encore pour camoufler cette triste réalité historique, les pontes du ministère ont en 2007  volontairement triché sur le contenu authentique de cette lettre.
Dans son petit texte adressé à ses parents le jeune garçon a employé tout naturellement le vocabulaire qui était le sien et en bon militant communiste, il a utilisé pour désigner ceux qui allaient mourir avec lui le terme de « Camarades ». Mais cela n’a pas plu à nos bons menteurs ministériels qui n’ont pas hésité sans aucun remord ni scrupule à manipuler le texte du jeune garçon.
Les « camarades » ont été changés en « Compagnons » ce qui sonne évidemment mieux à l’oreille de ceux qui veulent faire dire à l’Histoire ce qu’elle n’a jamais dit !

Guy Môquet est mort parce qu’un Français collaborateur a choisi délibérément qu’il meure !

Et ce n’est du tout ce que l’on raconte aux jeunes à qui on lit sa lettre. Reconnaissons-le c’est cela qui est absolument inacceptable et indigne de sa mémoire.
Voila pourquoi cette volonté Présidentielle peut paraître particulièrement contestable et déplacée.
Le problème de la France avec cette période est que les Français ne veulent pas dire la vérité telle qu’elle a vraiment été.
Les Français veulent tirer un trait sur l’ombre peu ragoutante de la collaboration qui a terriblement entachée toute la période la guerre.
En fait pendant ces années d’occupation, la population française s’est trouvée devant un terrible dilemme qu’il ne nous appartient pas aujourd’hui de juger.
Il est facile de prétendre 60 ans plus tard que nous aurions fait partie des héros, c’est bien évidemment loin d’être si évident que cela.
Il y eut quelques héros absolument admirables (beaucoup dès 1940 se trouvaient être communistes parce que le Parti Communiste était habitué à la clandestinité et donc rapidement opérationnel mais certains communistes ont attendu la rupture du Pacte Germano Soviétique pour entrer en Résistance). Les mouvements de Résistance Gaulliste furent bien plus longs à mettre en place. Parmi ces grands résistants, il y eut les anonymes au courage sans limite, puis les opportunistes d’après le 6 juin 1944. Il y eut et c’est la grande majorité, ceux qui se sont contentés d’essayer de survivre en sauvant leur peau. Personne ne peut leur en vouloir ni les blâmer. Et il y eut les collaborateurs qui par convictions politiques, haine, lâcheté ou intérêts ont servilement servi la cause de l’occupant.
Et ils furent nombreux !

Certains mêmes ont fait du zèle et ont largement pactisé avec le diable.

Doit-on rappeler que la tragédie de la Grande Rafle du Vel D’Hiv les 16 et 17 juillet 1942 pendant laquelle 128OO juifs furent arrêtés, fut entièrement organisée par les ministres de Vichy (parmi lesquels un certain René Bousquet…), la Police Française collaboratrice et la Milice alors que les autorités Allemandes n’avaient à l’origine RIEN demandé et furent même « ennuyées « par le nombre de Juifs arrêtés par quelques 3000 policiers français…

La France entre 1940 et 1945 ne fut pas toujours aussi majestueuse et respectable qu’on voudrait bien nous le faire croire. Elle ne fut pas non plus au centre de cette guerre qu’elle n’a pas su gérer et qu’elle n’a pas gagné même si beaucoup de Français aujourd’hui voudraient bien s’en persuader. Nous n’avons pas été parfaitement admirables pendant cette triste période.
C’est un fait qu’il faut admettre honnêtement, l’Histoire de France comme celle de tous les pays du monde n’est pas toujours exemplaire ni fabuleuse. Les pays sont comme les Hommes qui les composent capables du pire comme du meilleur, du plus merveilleux comme du plus abject. C’est un fait que nous ne pouvons occulter si nous voulons avoir de l’Homme une vision juste et objective. Mentir sur ce point ne sert rien ni personne !
Ce serait sans doute un grand pas vers une vision juste de l’Humanité que de le reconnaître et d’arrêter de se dissimuler derrière des mensonges, des faux héros, de fausses images.

Voila pourquoi le choix de cette belle et triste lettre du pauvre Guy Môquet ne semble pas très justifié ni très moral. La mémoire du jeune homme est bafouée honteusement par ceux qui veulent exploiter sans vergogne des interprétations tronquées et mensongères.

Pourquoi alors ne pas avoir le courage de lire un texte d’un jeune fellagha algérien mort sous la torture française en 1957 ? La souffrance devant la Mort n’a pas de frontière, pas de drapeau et elle est universelle, éminemment respectable et touchante, terriblement humaine et le faire comprendre serait un acte éducatif majeur.

Pour apprendre aux jeunes à se conduire en Hommes nous ne pouvons accepter d’exploiter le mensonge et c’est le cas en cette affaire là !
Si nous voulons lire à nos enfants de beaux textes fondateurs, exaltants, porteurs de visions nobles et positives, cela doit être fait avec sincérité et respect. En aucun cas cela ne peut se faire à partir d’une approche honteuse, irrespectueuse de la mémoire de Celui qui, à quelques heures de la tragédie finale voulait tenter de dire ce qu’il avait de plus sincère au plus profond de son être en souffrance
.


Philipp. 

 

 


 

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Philipp 03/11/2009 23:48


Je ne peux manquer de répondre aux deux internautes qui ont bien voulu faire ici quelques remarques sur mon article.
Pour ce qui est de la rtemarque de "CH.French"sur l'existence de la torture du côté français pendant la guerre d'Algérie, le fait est malheureusement avéré et officiellement reconnu même par les
autorités militaires françaises. Les guerres ont cela d'atroce que de toute façon personne n'en sort ni grandi ni propre. L'être humain qui s'y trouve mélé est toujours le jouet d'éléments qui le
dépassent et l'obligent parfois à commetre des actes qui lui répugnent et qui l'empêcheront de dormir pendant des années.
La guerre transforme toujours ceux qui y participent. La torture a été employée par les deux camps pendant cette période. Mais de toute façon en fait je ne voulais pas faire l'apologie d'un camp ou
de l'autre. Mon propos était juste de démontrer que la douleur et la souffrance devant la mort sont universelles et qu'il importait peu de choisir le texte d'un Français pour montrer aux jeunes
Français ce qu'est la douleur et la terreur devant la mort. La Mort n'a pas de carte d'identité!
Pour ce qui est de la remarque de M Claude HOUEL, je ne suis pas sûr comme il le dit que ce texte soit réellement reconnu de façon universelle par tous les jeunes et on peut se demander s'il est
bien indispensable de toujours faire référence à l'Homme face à la mort pour légitimer une action envers les jeunes.
Ne devrait-on pas se souvenir de cette phrase du Général Patton qui disait à ses tous jeunes soldats:" mourir pour votre pays et la plus belle connerie que vous pourrez faire si vous l'aimez
vraiment. Les USA ont besoin de forces vives et d'hommes bien vivants alors faites tout pour vivre pour votre Patrie".
Je fais partie de ceux qui pensent que nous pourrions mettre les statues d'Hommes ayant oeuvrés pour le bien de l'Humanité au centre de nos places publiques plutôt que celles de généraux pas
toujours compétents ou efficaces avec beaucoup de sang sur les mains.
L'Honneur d'un homme n'est pas dans sa mort en héros mais dans sa Vie en Homme.
Pour moi le vrai héros est celui qui malgré les soucis du quotidien arrive à survivre et à tenir son rôle de citoyen correctement.
Il y a à mon sens bien d'autres textes interessant pour nos jeunes. En disant cela je ne critique en rien cette lettre du jeune G Môquet.
De plus mon texte n'avait pas pour volonté d'utiliser le fait qu'il eut été Communiste ou pas mais juste de dénoncer le fait qu'on exploite son texte de façon honteuse et détournée.


Claude HOUEL 02/11/2009 23:50


A l'heure où certains cherchent leur identité perdue, il me semble que ce texte peut rassembler tout le monde car il est universellement humain.Le majorité des jeunes ne s'y trompent d'ailleurs
pas.Que ce jeune ait été communiste ou pas n'a aucune importance,il aurait pu être algérien,guadeloupéen,afghan ou de n'importe quelle nationalité:C'est une lettre d'amour d'un jeune à ses parents
et à son pays et une immense preuve de courage à l'heure de sa mort.
Dommage que sur ce site au moins on ne puisse retenir que cet aspect du message,débarrassé de toute considération politique ou partisane.
Concernant le message de ch/ffrench :Il est avéré que la torture a été utilisée en Algérie, les atrocités que vous décrivez également, auxquelles il aurait fallu ajouter les milliers de pieds noirs
et de harkis massacrés à la signature des accords d'Evian alors que l'armée française était encore présente en Algérie.
On aurait peut-être pu trouver là-bas un Guy Moquet,arabe,européen voire même communiste, mais le consensus aurait été encore plus difficile à trouver.
 


CH.FFRENCH 02/11/2009 16:58


Comme toujours Philipp nous donne un très bel article. Mais il y a quelque chose qui me dérange. Quand il dit : Pourquoi ne pas avoir le courage de lire un texte d'un jeune fellagha algérien mort
sous la torture française en 1957 ?
Mon époux a fait la guerre d'Algérie. Il a été décoré de la croix de la valeur militaire. Il assure qu'il n'a jamais vue de "tortures françaises" durant les 40 mois qu'il a effectué là-bas. Par
contre, il a vu beaucoup de "colons" avec le sourire arabe. C'est-à-dire la gorge tranchée d'une oreille à l'autre, avec dans la bouche, leur parties génitals coupées! Plusieurs soldats français
ont subit le même sort. Il en fait des cauchemars jusqu'à aujourd'hui! On pourrait donc, plutôt lire une de leur lettre à leur parent; ce qui remettrait les pendules à l'heure française, et non à
l'heure arabe!!!