Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Pages

Archives

Publié par Edouard Boulogne

Moi, Scrutateur, vous le savez lecteurs, je critique souvent Christiane Taubira. Je la critique parce que je hais l'intimidation, que je la méprise, que je la défie.

Mais je sais les risques que je cours. Quels risques? Mais celui d'être taxé de racisme. Et le racisme n'est pas un simple fait, méprisable ou non, une opinion, malencontreuse, mais un « délit ». Ce n'est pas moi qui le dit, mais M. Manuel Valls, ministre de l'intérieur, à propos de Dieudonné M'bala-M'bala, à propos duquel j'aurai à revenir, très prochainement.

Manuel Valls n'est pas le seul à se prévaloir d'un « antiracisme » pur et dur. Le journal Le Monde, Bible des conformistes du politiquement correct ( si l'on ose un tel pléonasme ), ayant à constater l'évidence, à savoir la médiocrité du bilan du ministre de la justice, l'exprime, mais avec les précautions qui conviennent, à un moment où le piège de « l'antiracisme à la confection duquel il a allègrement participé, tend à se retourner contre ses auteurs, et à empoisonner encore davantage la vie quotidienne des Français, à Paris, et ailleurs, aux Antilles notamment.

Le Monde donc, ayant à émettre des critiques contre la Taubira, se contorsionne et recourt à des formules comme celle-ci : «  La personne n'est pas en cause, on sait combien la ministre de la justice, parce que femme, noire, ardente, entière, politique, cristallise les haines les plus recuites de l'opposition ».

Ainsi, Christiane Taubira, « cristallise les haines de l'opposition », parce que noire! L'opposition ( le parti du MAL ) est donc tout entière délinquante, pour reprendre la terminologie de Manuel Valls, à propos de Dieudonné, qui est pourtant noir. On s'y perd. Et le constater me vaudra d'être rangé dans les rangs de « l'extrême droite », raciste ( comme il se doit ).

Mais enfin une femme blanche peut-être ardente, flamboyante, mais aussi sans âme, et terne. Tout comme elle peut être ardente, entière, politique, ( comme Marine Le Pen. J'ai osé ), et cristalliser, à tort ou à raison, la haine du pouvoir en place et de ses séides. 

Est-elle, l'un ou l'autre, en tant que blanche, ou en tant qu'être humain? 

Et de même pour une femme ( ou un homme ) noir ( e ).

On voit, je l'espère, à quoi sert la litanie antiraciste en vogue auprès des niais imbéciles ( et des malhonnêtes ).

Quoiqu'il en soit, ces précisions nécessaires ayant été dites, on peut lire l'article du Monde.

Bien que noire, Taubira commence à cristalliser des oppositions à sa politique et à son comportement. La petite dame va se fâcher, et le Monde pourrait bien, un jour prochain, connaître des avatars judiciaires.

Il n'est pas certain que ceux-là suffisent à inhiber très longtemps la colère du peuple qui commence à gronder.

Même en Guyane, où, à propos de sanctions injustes prises contre un policier qui n'avait fait que son devoir en étant strict et sévère à l'encontre de voyous, l'on a pu entendre ( sur Guyane 1ère ) un représentant de syndicat de policiers (pur Guyanais, si l'on voit ce que je veux dire ! ), s'exclamer contre « madame Taubira qui libère les voyous, et sanctionne les forces de l'ordre ».

 

Le Scrutateur.

 






Taubira Justice pour les mineurs-copie-1

 

La fin de l'état de grâce de Taubira. 

Peut-être y a-t-il une cruelle malédiction de l'histoire, qui veut que la gauche au pouvoir ne puisse que décevoir. On invoque Jean Jaurès, arrive Guy Mollet. Christiane Taubira n'y échappe évidemment pas, au contraire, elle l'incarne, à son corps défendant : le discours est flamboyant, la flamme du bilan vacille. La personne n'est pas en cause, on sait combien la ministre de la justice, parce que femme, noire, ardente, entière, politique, cristallise les haines les plus recuites de l'opposition ; on mesure mal en revanche la dévotion qu'elle engendre et le sillage de respect qu'elle laisse derrière elle.

Le Monde.fr a le plaisir de vous offrirla lecture de cet article habituellement réservé aux abonnés du Monde.fr. Profitez de tous les articles réservés du Monde.fr en vous abonnant à partir de 1€ / mois | Découvrez l'édition abonnés

La ministre l'a encore prouvé, mercredi 18 décembre, devant un public difficile, quelque 500 étudiants de Paris-VIII, au coeur de la Seine-Saint-Denis, qui lui ont jeté à la figure des poèmes corrosifs, « si je vous appelleChristiane/c'est que c'est meilleur pour monslam », et où il était plus question de « pines sous la table » que de réforme du droit des obligations.

Mme Taubira s'en est évidemment merveilleusement tirée, elle aime l'odeur de la poudre et sait sortir du langage convenu des politiques. Elle a une méthode : parler sans notes, même sur des sujets techniques, ce qui force l'admiration, mais autorise toutes les digressions, voire les approximations dont il ne reste heureusement pas trace. Sur les questions précises, Mme Taubira répond presque toujours à côté. Elle l'a admis en riant à Saint-Denis : « C'est fait pour ça, les questions-réponses, pour que la réponse ne coïncide pas tout à fait à laquestion. »Son impressionnante mémoire lui permet de citer à brûle-pourpoint les poètes, et Mme Taubira enchante, à tous les sens du terme : elle fait plaisir, en disant à chacun qu'il a un rôle à jouer, elle éblouit, comme les phares des voitures les lapins, elle endort aussi.

Une bonne moitié de ses discours consiste à défendre non pas son bilan, mais la rectitude de son engagement, son besoin de « changer de métier tous les quatre ans », ses rêves d'Amazonie, son image finalement. Seuls les imbéciles en doutent : Mme Taubira est une femme estimable, drôle, chaleureuse et pétrie d'humanité, mais est-ce le problème ? La magie n'a qu'un temps : dix-huit mois, précisément. Le monde judiciaire, tétanisé par la gestion Sarkozy, un président qui s'est essuyé comme personne les pieds sur la magistrature, a triomphalement accueilli Christiane Taubira. Aucun ministre de la justice n'a obtenu autant d'ovations debout des juges, des avocats, des notaires ou des greffiers. Les magistrats sont pourtant très majoritairement conservateurs, par définition attachés à l'ordre établi, prudents parfois jusqu'à la couardise, mais avec une haute idée de leur mission : ils ne se voient pas comme des petits pois, ayant « la même couleur, le même gabarit, la même saveur », comme l'avait assuré, en mai 2007, le garant de l'autorité judiciaire.

Lire aussi : L'aura de Taubira

ABSENCE RÉELLE DE RÉFORMES

L'état de grâce de Mme Taubira a pris fin en novembre, lors des congrès des syndicats de magistrats. « Derrière les beaux discours, quellesréelles actions ? », avait attaqué Christophe Régnard, le président de l'Union syndicale des magistrats (majoritaire). Le Syndicat de la magistrature (gauche) a jugé à son tour qu'on ne trouve « que rarement trace d'une politique de gauche dans le domaine de la justice ». Le coup le plus rude a été porté le 3 décembre par un petit think tank de gauche, Droits, justice et sécurités, qui a préparé la candidature de François Hollande à la présidentielle – son animateur, l'avocat Jean-Pierre Mignard, est parrain de deux enfants du président. Le club a fait part « de son inquiétude sur l'absence réelle de réformes en profondeur pour la justice, après dix-huit moisd'exercice du pouvoir », et conclut rudement : « Combien de temps faudra-t-il pour continuer à réfléchir avant d'agir ? »

Les peines planchers, la rétention de sûreté, les tribunaux correctionnels pour mineurs n'ont toujours pas été supprimés ; les réformes du code civil et de la justice des mineurs sont dans les cartons ; l'ambitieux plan de lutte contre la récidive est sorti essoré des arbitrages ; le statut du parquet – le vrai chantier du XXIesiècle – est resté quasiment en l'état. Mme Taubira se fâche quand on dit que les réformes n'avancent guère. « Je ne vais pas travailler tous les jours, tous les dimanches, pour m'entendre dire : vous avez le ministère de laparole, s'est offusquée mercredi la ministre, interrogée par Mediapart. Les choses ont changé dans les juridictions. »Malheureusement pas tellement.

Ce n'est pas nécessairement de son fait. Le gouvernement juge les équilibres trop fragiles pour les réformes radicales, le poids du ministre de l'intérieur ruine les négociations, le Parlement a ensablé la réforme pourtant prudente du Conseil supérieur de la magistrature. Si l'on y ajoute le manque de moyens et les impressionnants conservatismes judiciaires, la révolution copernicienne dont la justice a besoin n'est pas pour demain.

Mais Mme Taubira est nécessaire : elle est devenue, depuis la bataille du mariage pour tous, l'icône de la gauche, et c'est justement de ce discours qu'a besoin le gouvernement. « Ne t'attarde pas àl'ornière des résultats », disait certes René Char. Mme Taubira, quasiment à elle seule, entretient la flamme. Pourvu que ce ne soit pas celle du souvenir.

johannes@lemonde.fr

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Vega de la Lyre 29/12/2013 10:24


Taubira rime avec Domota... Une icône, lui aussi?