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Publié par Edouard Boulogne

Cet article, du journal Le Monde, peu suspect d'hostilité à la gauche, écrit de surcroit par un journaliste bien ancré à gauche, n'est que plus révélatuer du désenchantement des Français pour ceux qu'ils ont portés au pouvoir en mai 212, à la suite d'une campagne d'intoxication qui comporte peu de précédent, et dont Nicolas Sarkozy fut le bouc émissaire.

LS.

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La règle se vérifie à chaque élection présidentielle et peut se résumer ainsi : dis

moi comment tu as été élu, et je te dirai comment tu gouverneras. La personnalité du chef de l'Etat, le choix du premier ministre, la solidité du gouvernement pèsent, bien évidemment. Tout comme le contexte économique du pays. Mais les conditions de l'élection elle-même fixent les rails de l'action de l'exécutif au moins pendant les premiers temps.

En 1981, l'illusion lyrique de la victoire de François Mitterrand résista jusqu'au printemps sui­vant. En 1995, il ne fallut guère plus de huit mois pour que les acrobaties électorales de Jacques Chirac ne lui retombent sur le nez. En 2007, Nicolas Sarkozy parvint à maintenir une petite annéel'élan vibrionnant. de sa brillants campa­gne.

Rarement autant qu'aujourd'hui, pourtant, l'allure du pouvoir n'aura été aussi déterminée et contrainte par l'élection de 2012. C'est ce que démontre l'ouvrage collectif, piloté par Pascal Perrineau, le directeur du Centre d'études politiques de Sciences Pô, et

consacré à « la décision électoraleen 2O12 « (Armand Colin/Recherches).

Au-delà des analyses savantes sur la campa­gne, ses enjeux, ses candidats, ses dynamiques et son résultat,se dessine, en effet, un paysage qui s'est imposé à tous les acteurs politiques depuis neuf mois : «la nature même de la victoire serrée de François Hollande éclaire le peu d'élan qui a suivi celle-ci. En dépit d'attentes fortes, la nouvelle équipe au pouvoir n'a pas bénéficié d'un état de grâce : le pessimisme et la défiance des électeurs, même de ceux qui ont fait la victoire du candidat socialiste, ont tout de suite repris le devant de la scène,note ! ainsi Pascal Perrineau.

La victoire serrée du 6 mai. tout d'abord. Certes, le candidat socialiste l'a emporté en recueillant 51,62% des 34,8 millions de suffra­ges exprimés par les Français au second tour de 1'élection présidentielle. Mais, compte tenu du nombre important de bulletins blancs,: ou nuls (2,1 millions}, le président élu n'était pas majoritaire parmi les 37 millions de volants. Si elle est incontestable et si elle fut, de bout en bout, la «chronique d'une victoireannoncée ». l'élection de Francois Hollande reste étriquée et fragile.

Voilà qui rend durablement modeste : il est frappant de constater que personne ne l'a oublié, à l'Elysée comme à Matignon, où l'on n'hésite pas à invoquer ce paramètre initial pour justifier, à l'occasion, l'extrême prudence dans la conduite des affaires du pays.

Le pessimisme et la défiance des électeurs, ensuite. Iis sont manifestes, y compris au plus fort de la campagne. L'analyse des données de l'enquête Présidoscopie 2012, menée auprès d'un panel d'électeurs par Ipsos entre novembre 2011 et mai 2012 pour le Cévipof. La Fondapol, la Fondation Jean Jaurès et Le Monde, est, à cet. égard, saisissante.

La défiance touche, en premier lieu, le président sortant. Jusqu'au bout, elle aura transformé la présidentielle en un « référendum anti-Sarkozy », selon l'expression de Jérôme Jaffré. Ce dernier rappelle qu'à la veille du premier tour 6o% des personnes interrogées avaient ; une mauvaise opinion de M- Sarkozy, et même 42% une très mauvaise opinion ; c'est le cas, évidemment, des électeurs de gauche, ;mais aussi du Front national, dont la porosité avec la droite est tout sauf évidente. L'entre-deux-tours ne change guère cette équation de base : à huit jours du second tour 56% des sondés ont encore une mauvaise opinion du président sortant et 41 % une très mauvaises soit 18 points de plus que le taux enregistré par son concurent En dépit de son dynamisme et de sa stature présidentielle, Nicolas Sarkozy ne surmontera jamais ce handicap, dont le candidat socialis­te fera son plus sûr atout.

Mais la défiance touche aussi, et sévèrement, François Hollande. Certes, il conserve durant toute la campagne l'image d'un homme honnête, sincère et sympathique, contrairement à son adversaire. Mais le « référendum anti gau­che » engagé par le candidat de l':UMP fait de sérieux dégâts.

Ainsi, à la mi-février 2012, 34% des sondés pensent que la situa­tion de la France s'améliorera si M- Hollande est élu, 36% pensent qu'elle se détériorera et 30 % répondent « ni l'un ni /'autre». Au moment du second tour, ils ne sont plus que 26 % à penser qu'elle s'améliorera, contre 46 % qu'elle se détériorera et 28 % ni l'un ni l'autre. Or on observe le mouve­ment inverse pour M.Sarkozy au moment du scrutin, les sondés ne sont plus que 41 % à penser que la situation du pays se dégradera s'il est réélu. «Le 6mai, conclut Jaffré, ( il y a à craindre une dégradation de l'état • du pays avec Hollande qu'avec Sarkozy.- Ce dernier membre de phrase est incertain, du fait de la qualité défaillante du document transmis. Note du Scrutateur ).

Un chiffre encore exprime encore sans ambiguïté le pessimisme : qui n'aura cessé de surplomber cette élection: alors que, en 2007, 57% des Français estimaient que le résultatprésidentielle pe mettra d'améliorer {beaucoup ou assez} les choses en France», ils ne sont plus que 37% à espérer au moment de l'élection de M. Hollande.

Neuf mois plus tard, par une étonnante concordance des chiffres, nous en sommes toujours là. : La dernière vague d 'enquêtes, réalisée en témoigne : le chef de l'Etat bénéficie de 35% de confiance, selon la SOFFRES, 36 % selon Ipsos, 38% selon Opinionway et CSA,; Seul l'IFOP dans son dernier baromètre lui accorde 43 % de satisfaction. Encore ces enquêtes ont-elles été réalisées après le déclenchement de la guerre au Mali qui ( ….) a permis ( au président ) d'enrayer la dégringolade qu'il avait enregistrée dans les sondages depuis la fin de l'été 2012. Si, selon l'Ifop, 67% des Français esti­ment que M. Hollande « défend bien les intérêts de la France à l'étranger» (en hausse de 9 points en un mois). Ils ne sont que 39 % pour penser qu'il mène une politique efficace contre la dette et les déficits et 37% qu'il mène une bonne politique économique.

Pour longtemps encore, le chef de l'Etat est donc condamné à se battre dos au. mur contre le scepticisme ou l'inquiétude profondé­ment enracinés dans l'esprit des.Françaïs depuis des années.

D'avoir été élu sans beaucoup d'illusions lui évite les réactions de rejet, souvent vindicatif, subies par son prédécesseur Mais cela ne le dispense pas. au contraire, de chercher à tout prix à redonn er de l'espoir.»

I courtois@temonde.ff

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