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Publié par Edouard Boulogne

La Chine s'est réveillée : un Etat national-socialiste?

 

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( L'article suivant se distribue en trois parties.

La première consiste en un communiqué du député français Jacques Myard, de retour d'un voyage en Chine. Il m'a été communiqué par une lectrice guadeloupéenne résidant en métropole.

Le second est la reproduction d'un article publié par le journal Le Monde, analysant des révélations de Wikileacks. Il se passe lui aussi de commentaires.

Le troisième est la reproduction scannée d'un extrait du livre passionnant d'Alain Peyrefitte publié en 1989 :L'empire immobile, Le choc des mondes ( Fayard ).

Dans cet ouvrage, M. Peyrefitte fait le récit, et l'analyse, d'une mission confiée à la fin du XVIII ème siècle par le roi d'Angleterre Georges III à lord Macartney.

Il s'agissait d'entrer en pourparlers avec les Chinois pour l'ouverture à Pékin d'une ambassade britannique, en vue d'échanges techniques, scientifiques et commerciaux entre les deux pays. Cette mission fut un échec complet pour les raisons que donne l'empereur chinois dans une lettre au roi d'Angleterre par l'intermédiaire de Macartney. Alain Peyrefitte assortit d'un commentaire cette lettre étonnante.

Les Anglais devaient revenir en Chine en 1816, mais cette fois avec des dispositions moins amicales. La Chine amorçait par son orgueil millénaire un déclin qui devait durer jusqu'à la mort de Mao Tsé Toung.

J'ai pensé que la lecture d'un tel document pouvait aider à comprendre qu'une nation n'était pas, contrairement à ce que tendent à penser aujourd'hui des occidentaux sans culture historique,c'est à dire de simple entités économiques régies par les seules lois de l'économie libre échangiste.

Le comportement de la Chine actuelle, plein de morgue, tant à l'égard de la France que des Etats-Unis, et de ses autres « partenaires » ( mais il ne s'agit pas ici de bridge, encore moins de belote ) s'enracine dans une longue histoire.

Ainsi, peut-on comprendre l'importance d'une diplomatie pour les Etats, quine se résume pas à la mémorisation de simples cours de Sciences Po, ou de l'ENA. Plus que jamais la culture générale s'avère indispensable pour les responsables politiques. Car, lorsque l'on négocie, avec la Chine, mais aussi avec, par exemple l'Iran, des responsables Afghans, ou d'autres pays, il faudrait ne jamais oublier que nos vis-à-vis, capables de citer Adam Smith, Marx ou Keynes, ne sont pas toujours des cerveaux épris d'une rationalité simplement identique à la nôtre, mais qu'ils vivent aussi, face à nous, en ce jour, de 2010 ( après J-C ) en telle ou telle année après l'hégire, par exemple, dans un enracinement historique et spirituel bien différent du nôtre. Malheur à qui ignore ce décalage temporel!

Cela est important non seulement pour la signature de contrats commerciaux , mais aussi pour notre sécurité.

La Chine de ce jour, en tout cas qui a adopté les modes de production ( et leur efficacité ) capitalistes a gardé pour sa « gouvernance » son antique despotisme oriental renforcé par l'esprit totalitaire du marxisme-léninisme ( occidental, hélas!).

N'est-ce pas ce type de régime que l'on baptisa «  national-socialiste" dans les années 30 de l'autre siècle?

 

Edouard Boulogne.

 

( I ) Retour d'Asie : cessons d'être naïf!

 

le 6 décembre 2010

COMMUNIQUE DE PRESSE
de Jacques MYARD
Député UMP
Président du Cercle Nation et République



A/S Politique industrielle : retour d’Asie / cessons d’être naïfs !

Jacques MYARD, en compagnie de son collègue Jérôme LAMBERT, a effectué une mission en Asie pour apprécier la politique industrielle de la Chine et de la Corée. Cette mission s’inscrit dans le cadre d’un rapport pour la Commission des Affaires européennes de l’Assemblée nationale qu’ils rendront début 2011.


A ce stade J. MYARD retient les points suivants de son séjour de Chine et de Corée :

-      Tout d’abord une impression générale : Jacques MYARD ayant négocié dans les années 80 l’accord cadre franco-chinois sur la promotion des investissements, il a pu comparer la formidable évolution de la Chine sur le plan économique. Pékin était « plane » dans les années 80 avec des centaines de milliers de vélos, aujourd’hui des grattes ciel à l’architecture futuriste règnent en maîtres sur des centaines de milliers de voitures qui embouteillent les 7 périphériques ! Mais c’est surtout l’évolution des mentalités qui frappe : elle est phénoménale, en 20 ans on est passé d’un discours à langue de bois à des échanges très libres. Les responsables chinois sont à juste titre fiers des réalisations et des progrès de leur pays.

-      La Chine et la Corée ont une réelle politique industrielle dont l’objectif essentiel dans les deux cas est la défense de leurs intérêts nationaux.

-      La Chine comme la Corée pratiquent une concurrence asymétrique à leur profit exclusif :

-      En réglementant l’accès à leur marché et en protégeant leurs entreprises nationales de multiples façons

-      Aucune entreprise nationale n’est opéable, certains secteurs ne sont pas accessibles à des entreprises étrangères, sauf à des entreprises conjointes (joint ventures). C’est aussi le cas de la Corée pourtant membre de l’OCDE.

-      Les conditions de production nationale demeurent opaques au regard des règles financières et des conditions de travail. A ce titre, les entreprises d’Etat ou municipales reçoivent des aides publiques importantes ; le capital investi n’est pas rémunéré ; sur le plan de la législation du travail, il n’est pas rare que la règle des 3x8 se transforme en 2x12 sur une semaine soit 70 heures de travail lorsque la demande est forte.

-      Les normes industrielles nationales viennent souvent et opportunément bloquer les importations lorsque le produit étranger a une longueur d’avance sur le champion national : ce fut la cas de l’Ipad d’Apple bloqué à l’entrée en Corée jusqu’à la sortie du Galaxy de Samsung.

-      La Chine comme la Corée « administrent » leur monnaie et l’utilisent pour maintenir à leur économie un avantage des termes de l’échange. A ce propos, Jean-Claude TRICHET lui-même appréciera qu’en Corée, le Ministre des Finances assiste en personne au conseil d’administration de la banque centrale bien que la loi coréenne ait octroyé à cette dernière un statut d’indépendance !


Tout cela est certes connu, mais lorsqu’on touche du doigt ces réalités, on ne peut que se demander si Bruxelles et les idéologues du libéralisme exacerbé de la Commission européennes sont inconscientes, incompétentes, voire masoschistes pour accepter une concurrence totalement asymétrique au détriment de l’économie européenne.

Il est temps d’imposer la règle de réciprocité dans nos rapports avec les Etats qui sont au demeurant déterminés l’un comme l’autre à nous tailler des croupières sur leurs marchés extérieurs, en dégageant des marges bénéficiaires sur leurs marchés intérieurs. Ils traduisent cette volonté de conquête par le slogan « Chine sors de tes frontières ! » (« Go out China »). Ces pays ont compris ce que doit être une politique industrielle. A nous de cesser d’être naïfs !


__________ Information NOD32 5678 (20101206) __________

 

 

 

( II ) Informations données par Wikileaks.

 

http://www.lemonde.fr/international/article/2010/12/04/wikileaks-l-inquietude-occidentale-face-a-l-essor-du-nationalisme-chinois_1449211_3210.html

WikiLeaks : Asie et Occident inquiets de l'essor du nationalisme de la Chine

LEMONDE | 04.12.10 | 21h00  •  Mis à jour le 06.12.10 | 09h56

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Brandissant des drapeaux chinois et scandant des slogans hostiles à la France, des centaines de personnes manifestent, en avril 2008, à Changchun, dans le nord-est de la Chine, contre la position de la France sur le Tibet.

Brandissant des drapeaux chinois et scandant des slogans hostiles à la France, des centaines de personnes manifestent, en avril 2008, à Changchun, dans le nord-est de la Chine, contre la position de la France sur le Tibet.AFP/STR

Les bouffées de nationalisme chinois, l'ambassade des Etats-Unis à Pékin connaît. Elle en est la cible récurrente. Entre la puissance établie et la puissance émergente, les tensions sont permanentes (Taïwan, Tibet, droits de l'homme, yuan…) qui formatent, mêlées à une interdépendance économique croissante, une relation bilatérale fort complexe. Mais ce qui attire depuis peu l'attention des Américains, c'est la montée de la frustration et de l'inquiétude des autres missions diplomatiques basées à Pékin face à la nouvelle agressivité extérieure de la Chine.

Les télégrammes diplomatiques américains obtenus par Wikileaks, et consultés par Le Monde, se font l'écho de cette nouvelle donne, de cette altération du rapport de la Chine au monde. Un rapport plus rude et brutal, délesté désormais de l'angélisme et des naïvetés qui avaient accompagné les premiers pas du réveil chinois.

C'était le 30 novembre 2009. Ce jour-là se tenait à Nankin un sommet Chine-Union européenne (UE). L'ambiance est morose. Un an plus tôt, les Chinois avaient tout simplement annulé cette rencontre rituelle au motif que le président français, Nicolas Sarkozy, avait rencontré le dalaï-lama à Gdansk, en Pologne, conduisant alors les Européens – selon un câble américain daté du 21 janvier 2009 – à se demander si "une nouvelle génération de radicaux ne s'était pas imposée au sein du ministère chinois des affaires étrangères".

Cette fois-ci, le sommet a bien lieu. Oubliées, les rancunes de l'année écoulée ? Absolument pas. Les diplomates européens présents à Nankin, rapporte un câble américain daté du 23 décembre 2009, constatent la "nouvelle affirmation de puissance" de Pékin à l'égard de l'Europe. Le climat de la réunion "n'est pas amical".

Le premier ministre chinois, Wen Jiabao, le 3 juin 2010.

Le premier ministre chinois, Wen Jiabao, le 3 juin 2010.AP

L'attitude du premier ministre, Wen Jiabao, pourtant d'ordinaire plutôt affable, est même "agressive", selon un participant allemand. Les Chinois regardent de "haut" les Européens et témoignent "peu d'attention à leurs demandes". Comme s'il s'agissait de leur signifier que l'Europe n'est plus en "position de faire la leçon" à la Chine.

"NOUVELLE AFFIRMATION DE PUISSANCE MONDIALE"

Quelques jours plus tard, le malaise s'épaissit. Du 7 au 18 décembre se réunit à Copenhague (Danemark) la conférence internationale sur le changement climatique. Selon un diplomate britannique, l'attitude des dirigeants chinois présents, "rude" et "arrogante", a été "vraiment choquante".

En réaction, Paris et Londres demandent à leur ambassade respective à Pékin d'émettre une plainte auprès du ministère chinois des affaires étrangères sur la manière dont leurs "dirigeants ont été traités par les Chinois" à Copenhague, relate un câble américain daté du 12 février 2010. Aucune réponse ne leur sera fournie.

Ce même télégramme de l'ambassade de Washington à Pékin, consacré à la "nouvelle affirmation de puissance mondiale" de la Chine, relate des incidents rapportés par d'autres missions diplomatiques dans la capitale chinoise. Singapouriens et Indonésiens se plaignent d'une "politique plus agressive et arrogante" de Pékin en mer de Chine méridionale. Les Japonais se disent "frustrés" de l'"inflexibilité" de la République populaire en mer de Chine orientale. Quant aux Indiens qui, eux, connaissent des tensions avec la Chine au cœur de l'Himalaya, ils expriment le souhait de "se coordonner plus étroitement" avec les Américains pour faire face à "l'approche plus agressive de la Chine dans les relations internationales".

Manifestation anti-japonaise, à Chengdu, en Chine, le 16 octobre.

Manifestation anti-japonaise, à Chengdu, en Chine, le 16 octobre.REUTERS/STRINGER SHANGHAI

L'ex-premier ministre australien Kevin Rudd (un sinophone) qualifie lui de "paranoïaque" l'attitude de Pékin sur le Tibet et sur Taïwan lors d'un entretien avec Hillary Clinton à Washington (câble daté du 28 mars 2009). Alors que les deux dirigeants s'interrogent sur la réponse à y apporter, Mme Clinton fait cette savoureuse réflexion : "Comment traiter avec dureté son banquier ?". Détenteur massif de bons du Trésor américain, Pékin est aujourd'hui le créancier des Etats-Unis.

Face à ce concert d'inquiétudes convergentes, les diplomates américains de Pékin tentent de mieux analyser le phénomène du néonationalisme chinois. Au-delà des diplomates étrangers, ils interrogent beaucoup les Chinois eux-mêmes, étudiants, journalistes, universitaires. Le tableau qui en ressort est assez nuancé. Au-delà des gesticulations et des postures, l'ambassade américaine de Pékin pense (câble daté du 24 février 2008) que la Chine demeurera une "puissance du statu-quo" à "moyen terme" car sa croissance économique "tire profit" de l'actuelle mondialisation formatée par les Américains. Et après ?

"LE NATIONALISME DÉSTABILISATEUR EST SOUS CONTRÔLE"

Deux tentations contradictoires vont cohabiter. En premier lieu, la "puissance montante" de la Chine va nourrir la "volonté de se confronter aux Etats-Unis". Toutefois, la Chine aspirera simultanément à prendre ses responsabilités – ce qu'elle ne fait pas vraiment aujourd'hui – d' "actionnaire" (stakeholder) du système mondial, avec ce que cela implique d'implication dans les dossiers de l'environnement, de la non-prolifération, de la médiation des conflits…

Mais décoder le nationalisme chinois ne peut se limiter à l'analyse de la diplomatie officielle de la République populaire. Car l'émotion patriotique embrase les foules, et en particulier la jeunesse prompte à manifester contre les Américains (1999 lors de la guerre du Kosovo), le Japon (2005 à propos du conflit territorial sur les îles Diaoyu) ou la France (2008 à propos du Tibet).

L'essor de la Chine, décryptent plusieurs câbles américains, a nourri chez ces jeunes un sentiment de "fierté" qui les rend extrêmement susceptibles à tout geste de l'Occident jugé offensant pour l'honneur national.

En période de tensions, Pékin joue habilement de ces passions juvéniles. Mais le danger est évidemment qu'elles lui échappent et endommagent ses intérêts diplomatiques à long-terme. D'où la séquence en général assez brève des manifestations de rue. Alors que l'exaspération contre la presse occidentale (jugée "biaisée") est à son comble lors des émeutes au Tibet en mars 2008, un câble de l'ambassade (25 mars) note : "Le patriotisme est à vif mais le nationalisme déstabilisateur est sous contrôle".

Afin d'éviter l'irréparable, le "gouvernement central a décidé d'arrêter de jouer avec le feu", explique aux diplomates américains un journaliste chinois. Jusqu'à la prochaine poussée de fièvre…

Frédéric Bobin

Les télégrammes utilisés pour cet article :

A la suite des attaques informatiques subies par WikiLeaks et du refus de certains hébergeurs et de certains pays d’accueillir le site, il est difficile de pointer vers les documents utilisés pour la rédaction des articles. Nous faisons notre possible pour rétablir les liens, au moins provisoirement.

Article paru dans l'édition du 07.12.10


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( III) L'empire immobile 

 

Texte publié et commenté par A. Peyrefitte.

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1 Nous avons donc recours à l'original chinois, et en présentons pour la première fois la traduction intégrale*2que voici.

«Nous, par la grâce du Ciel, Empereur, ordonnons au Roi d'Angleterre de prendre note de Nos volontés**.

« Bien que ton pays, ô Roi, se situe dans les Océans lointains, tu as cependant disposé ton cœur à la Civilisation. Tu Nous as mandé un Envoyé pour Nous présenter respectueusement un message officiel. Traversant les mers, il est venu à Notre Cour pour accomplir les neuf prosternements du kotow et Nous présenter ses félicitations à l'occasion de Notre Anniversaire Impérial, ainsi que pour Nous offrir des produits locaux. Il a, de la sorte, témoigné de ton loyalisme***.

« Nous avons examiné le texte de ton message officiel ; ses termes manifestent ton zèle. Nous y découvrons clairement ton humilité et ton obéissance sincères à Notre égard. Cette attitude est digne d'éloge et reçoit Notre entière approbation.

« Quant au Premier Envoyé et à son assistant, qui ont apporté le message officiel et les objets qui composaient ton tribut, Nous avons tenu compte du fait qu'ils sont venus de très loin et ont traversé les mers, et Nous avons étendu sur eux Notre faveur. Nous avons commandé à Nos ministres de les présenter à une audience Impériale. Nous leur avons offert un banquet et leur avons à plusieurs reprises accordé des présents pour montrer Notre bonté. Bien que les officiers, serviteurs et autres qui avaient le soin des navires, fussent repartis, au nombre de plus de six cents, pour Zhoushan sans venir jusqu'à Notre capitale, Nous leur avons accordé des présents, en sorte que tous aient également part à Notre bienveillance.

« Quant à la requête formulée dans ton message, ô Roi, à savoir d'être autorisé à envoyer l'un de tes sujets résider dans le Céleste Empire pour veiller au commerce de ton pays, elle n'est pas conforme aux rites du Céleste Empire et n'est donc pas recevable. Jusqu'à ce jour, chaque fois que des hommes des divers pays de l'Océan occidental ont désiré venir dans le Céleste Empire pour entrer dans Notre Service Impérial, Nous leur avons permis de se rendre dans Notre capitale. Mais une fois qu'ils y sont venus, ils ont été tenus d'adopter le costume, les coutumes et la langue du Céleste Empire : ils ont été confinés dans des résidences assignées et n'ont jamais été autorisés à regagner leur pays3.

« Telles sont les règles inflexibles du Céleste Empire. Tu les connais

 

* Le lecteur curieux pourra comparer les trois versions dans notre livre annexe. Une collision culturelle — La vision des Chinois.

** Cet exorde est délicatement omis dans le texte latin.

*** Ainsi, pour l'Histoire, qui se fonde sur des documents, les Anglais ont fait ce kotow : l'Empereur l'a écrit. Cet alinéa donne en latin : « Alors que vous demeurez. ô Roi, au-delà des étendues marines, poussé par votre délicatesse naturelle, vous avez jugé bon de m'envoyer un Légat qui vînt respectueusement me saluer, le jour de mon anniversaire. Vous lui avez confié des lettres patentes à me remettre, mandant qu'il arrivât jusqu'à moi et qu'il m'offrît, en signe de votre sincère affection pour moi, des cadeaux et des produits de votre pays. Ce qu'il fit. » Et tout à l'avenant...

246

 

2

sans doute, ô Roi. Pourtant, tu veux envoyer l'un de tes sujets dans la capitale. Mais il ne pourrait ni se conduire comme un homme de l'Océan occidental qui vient dans la capitale pour entrer à Notre Service et y demeurer sans pouvoir retourner dans son pays natal ; ni recevoir la permission d'aller et venir et d'entretenir une corres­pondance. Aussi ne serait-il d'aucune utilité.

«De surcroît, vastes sont les territoires auxquels commande le Céleste Empire. Tous les Envoyés des États vassaux qui se rendent dans Notre capitale sont soumis à des règles précises, relatives au logement qui leur est assigné, aux vivres qui leur sont procurés, aux déplacements qui leur sont autorisés. Jamais aucun précédent n'a permis qu'ils agissent à leur guise.

« Si ton pays entretenait quelqu'un dans la capitale, sa langue ne serait pas entendue, son costume serait différent et Nous ne pourrions pourvoir à le loger. S'il doit se conduire comme ces hommes de l'Océan occidental qui viennent dans la capitale pour entrer à Notre Impérial Service, Nous devrons lui ordonner, sans qu'il puisse faire exception, de quitter pour toujours son vêtement pour celui du Céleste Empire. Or, Nous n'avons jamais désiré obliger quiconque à faire ce qui lui serait pénible. Du reste, si le Céleste Empire désirait envoyer quelqu'un pour résider en permanence dans ton pays, assurément tu ne le permettrais pas*.

« En outre, nombreux sont les pays de l'Océan occidental ; le tien n'est pas le seul. Si, à ton exemple, ô Roi, ils Nous sollicitaient tous d'envoyer quelqu'un résider dans Notre capitale, comment pourrions-Nous consentir à chacune de ces prières ? Cela Nous serait absolu­ment impossible**.

« Comment pourrions-Nous aller jusqu'à changer les règles qui régissent le Céleste Empire, et qui sont plus que séculaires, sur la requête d'un seul — sur ta requête, ô Roi ?

« S'il est affirmé que ton intention, ô Roi, est de veiller aux intérêts du commerce, Nous observerons que des hommes de ton pays commercent à Macao depuis longtemps et qu'ils ont toujours été traités favorablement. Par exemple, dans le passé, le Portugal, l'Italie*** et d'autres pays ont parfois mandé des Envoyés vers le Céleste Empire pour prier qu'on veille à leur commerce ; et le Céleste

 

* Sans doute Heshen avait-il été désagréablement surpris que Macartney offrît ses vaisseaux pour emmener à Londres un ambassadeur de Chine permanent. Non seulement il ne donne pas suite à ces ouvertures humiliantes, mais il a rajouté une phrase par laquelle il feint de croire que. si les Chinois en faisaient la demande, elle ne pourrait évidemment qu'être repoussée ; ce qui est la manière ta plus élégante de fermer la porte.

** « Vous n'êtes pas les seuls. >» Voilà la Grande-Bretagne dans la constellation des petits royaumes vassaux. «Ceci impossible.» Pourquoi? Parce que cela ne s'est jamais fait. Ce qui ne s'est jamais fait ne pourra se faire. On touche ici le substrat mental de l'Empire immobile.

*** L'« Italie», qui n'existait pas, n'a jamais mandé d'Envoyé. Il doit s'agir du pape, qui ne s'occupait pas de commerce, mais qui a envoyé trois légats, en 1705, 1720 et 1725, pour tenter — sans succès — de résoudre la question des rites.

247

 

3 Empire, connaissant leur loyalisme, les a traités avec une grande bonté.

« Chaque fois qu'une question commerciale s'est élevée qui inté­ressât ces pays, elle a été réglée avec un soin extrême. Quand un négociant cantonais devint débiteur des navires étrangers, Nous commandâmes à Notre vice-roi de payer ces dettes sur les fonds du Trésor, et de punir sévèrement ce débiteur. Sans doute ton pays a-t-il entendu parler de cette affaire. Pourquoi donc des pays étrangers auraient-ils besoin d'envoyer quelqu'un demeurer dans la capitale C'est une requête sans aucun précédent et contraire aux règles fixées une fois pour toutes ; elle ne peut donc être satisfaite. De plus. la distance entre Macao, lieu où se conduit le commerce, et la capitale, est de quelque dix mille li* : s'il demeurait dans la capitale, comment: pourrait-il s'occuper du commerce ?

« S'il est avéré que, considérant Notre Empire avec admiration,tu désires étudier Notre civilisation, il n'en demeure pas moins que le Céleste Empire a son code de rites, différent en tous points de ce qui se pratique dans ton pays. Même si le sujet de ton pays quidemeurerait ici était capable de les apprendre, cela ne serait d'aucune utilité, puisque, ton pays ayant ses propres coutumes et règles, tu ne copieras certainement pas les rites chinois**.

«Maître du monde et des quatre mers, Nous Nous consacrons seulement à bien conduire les affaires du gouvernement. Nous n'accordons aucune valeur aux objets rares et coûteux. Or tu as fait. ô Roi, offrande au Trône de divers objets. Par considération pour ton loyalisme dont témoignent des présents venus de si loin, Nous avons spécialement ordonné au Tribunal des tributs de vassaux*** de les recevoir.

«En fait, les vertus et la puissance du Céleste Empire se sont répandues au loin dans les royaumes innombrables; ceux-ci sont venus Nous rendre hommage, et toutes sortes d'objets précieux venus par monts et par mers, ont été réunis ici. Ton Premier Envoyé et sa suite les ont vus de leurs yeux. Néanmoins, Nous n'avons jamais attaché de prix aux articles ingénieux, ni n'avons le moindre besoin des produits de tes manufactures****.

 

* Expression toute faite. Stricto sensu, exagération manifeste. Il faudrait diviser r; chiffre par deux.

** Le texte est d'une admirable précision. La Chine, pays civilisé, a des rites* codifiés par écrit (en latin : statuta, « ce qui a été arrêté et fixé »). L'Angleterre, pays barbare, n'a que des coutumes, qui se transmettent oralement (en latin : consueiudo*.

*** Le Céleste Empire, à la différence de la communauté internationale. dî comporte pas de ministère des Affaires étrangères (non plus que d'ambassades, légations ou consulats, ni en Chine, ni à l'étranger), mais seulement un Tribunal o tributs de vassaux. Les pères traducteurs ont prudemment omis de mentionner cène humiliante institution. Il faudra attendre l'électrochoc du sac du Palais d'Eté, en 1860, pour que la Chine finisse par se décider à créer un ministère des Affaires étrangères, puis à envoyer ses premières missions à l'extérieur.

**** Ces termes ont été arrêtés plusieurs semaines avant que les présents n'aient été déballés, à une époque où la Cour ne disposait encore que de leur liste provisoire.

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4 « En conséquence, ô Roi, pour ce qui est de ta requête d'envoyer quelqu'un demeurer dans Notre capitale, outre que cela n'est pas en harmonie avec les règles du Céleste Empire, Nous avons la ferme conviction que cela ne serait d'aucun avantage pour ton pays.

« C'est pourquoi Nous avons édicté ces instructions détaillées et ordonnons que tes Envoyés tributaires s'en retournent chez eux en sécurité. Toi, ô Roi, tu dois seulement agir selon Nos vœux, en •affermissant ta fidélité et en Nous jurant une obéissance perpétuelle, de façon que ton pays participe aux bienfaits de la paix.

«Outre les dons ordinaires et extraordinaires dont la liste est jointe, octroyés aux Premier et Second Envoyés et aux personnes de leur suite, ainsi qu'aux interprètes, soldats et serviteurs, et puisque ton Envoyé s'en retourne vers toi, Nous promulguons cet Édit particulier et t'octroyons des dons, ô Roi, de grande qualité et de grande valeur, selon le rite prescrit. Nous y avons ajouté des brocarts, les gazes et divers objets de curiosité tous de grand prix. La liste en est donnée à part. Reçois-les avec respect ; et mesure Notre bonté à ton égard. Ce texte est un Édit particulier. »

 

Le seul pays au monde

Voilà cette lettre. Intacte. Débarrassée de la chirurgie esthétique dont l'avaient embellie les missionnaires. Dévoilée dans sa nudité, que Macartney lui-même n'a pas connue et qu'après sa mort, on masquera pudiquement.

A George III, qui souhaite diffuser la technologie britannique de pointe et l'échanger avec les techniques chinoises, normaliser le commerce à Macao-Canton et l'étendre à d'autres ports, améliorer les conditions de résidence des Européens, ouvrir de nouveaux marchés, tout est refusé en raison de l'usage séculaire. Impossible de rien changer à ce qui est codifié. Impossible d'ouvrir ce qui est verrouillé. Jamais sans doute on ne vit société plus immobile ni plus close.

Restitué dans sa saveur originelle, ce document n'est pas seulement le plus singulier et le plus important de tous les textes concernant les relations entre la Chine et l'Occident, de Marco Polo à Deng Xiaoping. Il est aussi l'exemple le plus frappant que je connaisse d'une déformation dont on trouve des traces dans le comportement de beaucoup de peuples, mais qu'aucune nation n'a poussée plus loin que la Chine mandchoue. Cette déformation consiste, pour un peuple — une culture, une civilisation —, non seulement à se croire supérieur aux autres, mais à se vivre comme seul au monde. On pourrait l'appeler, par image, autisme collectif.

Alain Peyrefitte.

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